Retour sur la polémique Henry de Lesquen

Une fois n’est pas coutume, je vais aborder l’actualité et plus particulièrement une controverse qui fait un peu de bruit dans les milieux nationalistes: Henry de Lesquen et sa « censure » sur Twitter.

Qui est Henry de Lesquen?

Homme politique français et haut-fonctionnaire de formation économique, Henry de Lesquen s’est surtout fit connaître à la tête du Club de l’Horloge, un groupe de réflexion sur des sujets économiques fondé en 1974. Sur l’échiquier politique, ce groupe, rebaptisé Carrefour de l’Horloge en 2015, se situe entre la Droite classique (RPR/UMP/Républicains) et la Droite dite Nationaliste, actuellement représentée par le Front National. Sur le plan économique, son domaine de prédilection, ce groupe prône la liberté individuelle, la libre entreprise, et se rapproche nettement des travaux des économistes de l’école autrichienne (Menger, Mises, Hayek, Rothbard…), par opposition à l’école néo-libérale d’obédience néo-classique représentée par la quasi-totalité des économistes français et leurs représentants comme Jacques Attali, Alain Minc, Thomas Piketty, Albert Cohen…

L’école autrichienne d’économie réprouve l’intervention de l’Etat dans l’économie, y compris pour résoudre les « crises », estimant que c’est précisément l’intervention de l’Etat qui fausse les marchés et génère lesdites crises. L’école néo-classique, pour sa part, s’appuie lourdement sur des modèles économétriques interventionnistes.

Henry de Lesquen se revendique « national-libéral ». Il prône une identité française forte, mais aussi et surtout se fait le chantre des thèses racialistes et n’hésite pas à parler de « congoïdes » pour distinguer les noirs des blancs « caucasoïdes ». Il prône la « réémigration » des populations d’origine étrangère vers leurs pays d’origine ou vers le pays d’origine de leurs parents. Il récuse, bien évidemment, le droit du sol, et ne retient que le droit du sang: il ne suffit pas d’être né sur le territoire français et y avoir grandi pour en acquérir la nationalité, il faut également avoir des parents français. Il prône également l’abrogation des lois « antiracistes ».

Président de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen est assez présent sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter), il possède également un site internet créé en soutien à sa candidature à l’élection présidentielle française de 2017 (non validée pour absence de parrainage). Il anime également une chaîne youtube.

Condamné pour contestation de crimes contre l’Humanité et pour incitation à la haine raciale après des propos publiés sur son site et son compte twitter, Henry de Lesquen n’a cependant pas changé de ton, ni sur la forme ni sur le fond, que ce soit sur Twitter ou sur Facebook, et est de plus en plus populaire auprès d’une partie de l’électorat dit « d’extrême droite », majoritairement jeune. L’outrance de ses propos est tout à fait similaire à celui du vidéaste Peno, et des youtubeur Raptor Dissident, Lapin Taquin et Valek Noraj, à ceci près que ces auteurs n’ont jamais été condamnés pour des propos qui, bien que violents, n’ont apparemment pas fait l’objet de plaintes auprès de la Justice française.

Sa (relative) popularité croissante a amené les Inrocks à publier un article sur lui le 13 mai 2017, lui donnant à nouveau une certaine visibilité (de précédents articles avaient été publiés le 15 juin 2016, le 30 septembre 2016 et le 8 décembre 2016, tous aux Inrocks, qui semblent faire leur fond de commerce de la facile « lutte contre l’extrême-droite »). Quelques heures plus tard, le site d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation, publiait un article sur l’article des Inrocks.  En fin de journée, les comptes twitter de Henry de Lesquen faisaient l’objet de signalements, aboutissant à leur clôture. Cette censure provoque dans les heures qui suivent un mouvement de contestation de la part de ses « followers », l’ouverture d’une page facebook « de secours » et l’ouverture de deux nouveaux comptes twitter « officiels » par Henry de Lesquen.

Tout le monde s’en fout, mais…

Dans le contexte post-électoral qui a vu la victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen, la frustration de l’électorat nationaliste est palpable, et il en faut peu pour susciter les passions. La censure des comptes twitter de Henry de Lesquen trouve donc un écho très particulier, qu’il n’aurait probablement pas en temps plus normal.

Mais cet écho particulier amène également des réactions particulières, et à mon sens largement excessives. Si je réprouve la censure, comme je l’ai expliqué dans mon article sur la censure de Marsault l’été dernier, je réprouve tout autant les propos de M. de Lesquen, et ceci d’autant plus qu’il a été effectivement condamné.

Si je pense que des gens comme Dieudonné et Alain Soral sont condamnés avec raison pour leurs propos toujours border-line et leurs sous-entendus lourds de sens, je ne peux qu’approuver les sanctions pénales prononcées contre Henry de Lesquen et ses propos littéralement scandaleux. Au vingt-et-unième siècle, voir des mots comme « congoïde » dans la bouche et les écrits d’un homme pourtant intelligent et éduqué fait froid dans le dos. Ses propos sont tellement outranciers que beaucoup imaginent qu’il n’est qu’un troll de plus dans le vaste océan déferlant de haine qu’est internet. Ce n’est pas le cas: il pense réellement ce qu’il dit.

Je l’ai dit récemment sur Facebook, je me qualifie volontiers de Libéral, j’adhère aux écrits d’Adam Smith, de Frédéric Bastiat, de Carl Menger, de Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Robert Nozick et Murray Rothbard. Ces noms, à l’exception d’Adam Smith, vous sont probablement étrangers, même si vous avez fait de l’économie; ils sont pourtant incontournables et représentent l’essentiel de l’école dite « autrichienne » d’économie. Leur critique du Socialisme sur le plan politique et économique, leurs critiques de l’interventionnisme étatique sur les marchés, leur défense des libertés individuelles, me paraissent à la fois pertinentes et nécessaires. Henry de Lesquen les connaît et en parle régulièrement, ou en tout cas formule les mêmes critiques avec les mêmes arguments, ce qui indique qu’il connaît leurs écrits. Son libéralisme et le mien se recoupent donc.

Sur le plan politique, en revanche, nous sommes en totale opposition. Il me semble absolument incompatible avec l’esprit libéral d’opérer des distinctions racialistes pour opérer des revendications pseudo-nationalistes. La notion de marché et de libre-échange n’émerge pas de conceptions purement financières. Il s’agit au contraire de prôner le développement par l’échange. Dans les écrits d’Hayek, le phénomène d’échanges commerciaux est même qualifié de Catallaxie, du grec Katalein, qui désigne « l’échange qui fait de l’ennemi un allié ». L’esprit autrichien est résumé dans ce seul mot: le marché et la compétition qu’il génère ne signifie pas guerre économique, mais bien alliance généralisée. Or, cette alliance passe avant tout par la reconnaissance d’autrui sur un pied d’égalité. Le commerce est basé, en effet, sur l’égalité, contrairement au pillage, basé sur la force et la supériorité.

Or, Henry de Lesquen multiplie les références aux « cosmopolitisme », à la « musique nègre », et à l’art « dégénéré », des termes extrêmement forts, qui renvoient sans aucune ambiguité au nazisme. Vraiment, je déteste ce genre d’association vraiment omniprésente et généralement abusive quand on parle de l’extrême droite, mais là c’est totalement justifié. Le nom même de son parti « national-libéral » est un miroir du parti « national-socialiste » d’Adolf Hitler.

Entendons-nous bien: il est totalement légitime de reconnaître l’altérité de quelqu’un, de lui reconnaître sa culture, ses origines, son appartenance ethnique, en particulier lorsque la personne entend mettre en avant ses racines ethno-culturelles. Ce qui est intolérable, c’est de se servir de cette altérité pour dénigrer, rabaisser et insulter autrui. C’est totalement ce que fait Henry de Lesquen.

Le discours de cet homme, que je me suis refusé à pointer en lien en raison de son caractère outrancier et pénalement répréhensible, parasite totalement des débats qui sont pourtant légitimes. Par exemple, sa promotion de la réémigration, reprise des charters de Charles Pasqua est une nuisance absolue sur un débat réel concernant le futur des pays en développement. Les jeunes de ces pays viennent régulièrement en France pour étudier et obtenir des diplômes de qualité (les universités françaises développent également de plus en plus des réseaux de partenariats pour détacher des professeurs dans les universités locales). Beaucoup de jeunes diplômés restent cependant en France, où ils perçoivent des opportunités de carrière plus intéressantes et une qualité de vie de meilleure qualité. Le problème est que leurs compétences, financées avec le concours de leur pays d’origine, ne retournent pas là-bas et privent donc les pays en développement d’une partie de leurs ressources intellectuelles pourtant réellement nécessaires. Les propos de Henry de Lesquen détruisent d’avance tout débat pourtant légitime sur le retour des jeunes diplômés étrangers dans leur pays, en qualifiant par analogie tout discours en ce sens d’extrémisme xénophobe.  En outre, en associant le libéralisme à ce type de propos intolérables avec lesquels ils sont pourtant intrinsèquement antinomiques, il empêche tout débat sur les programmes politiques portant sur l’économie. Les débats entre marxistes et néo-classiques sont déjà suffisamment houleux (Mélenchon vs. Macron) pour ne pas avoir à subir l’opprobre généralisée à cause de lui si l’on se revendique proche des idées de Mises ou Hayek…

Conclusion

L’article des Inrocks (la série d’articles…) est absolument débile, se bornant à vouloir à tout prix coller Henry de Lesquen dans une pseudo-mouvance qui n’existe pas, mêlant jeux-vidéo.com et 4Chan, les memes Thug Life et Pepe, emojis « xénophobes » (on croit rêver) et Donald Trump. Ce grand bordel fourre-tout n’a aucune consistance et tient plus du délire gauchiste que de la réalité d’une extrême droite tellement bigarrée qu’elle n’arrive même pas à s’unir sur des points simples comme l’immigration ou l’Europe.

Je me réjouis de la censure de Henry de Lesquen, condamné pour ses propos (même si j’imagine qu’il a fait appel) dont la teneur est ahurissante et intolérable. Cet homme nuit à son pays et m’apparaît comme ces médecins qui autrefois préconisaient des saignées pour soigner l’anémie ou préconisaient de boire de l’urine mêlée de fèces pour soigner la peste bubonique: un parasite profitant de la détresse, exploitant le désespoir de ses compatriotes, à de seules et viles fins personnelles et égocentriques. Il ne s’agit pas d’un Conversano à côté de la plaque mais essayant malgré tout de s’informer et restant de bonne foi, mais bel et bien d’un homme éduqué et intelligent, pleinement conscient de ses paroles, qui a décidé de faire carrière sur un racisme assumé en affichant son mépris total pour tout le monde.

Le débat légitime et déjà difficile sur l’avenir de notre pays et de ses populations n’a pas besoin de ce genre d’énergumène.

Sombre Plume Présente: Agartha – La Vallée des Exilés

Quand cinq jeunes américains candides s’aventurent au Népal pour l’ascension de l’Everest et voient leurs projets compromis par les autorités, un guide local se propose de les accompagner pour réaliser l’ascension d’une montagne sacrée, moyennant quelques arrangements.

Mais bientôt, ce qui devait être l’aventure de leur vie va se heurter aux cruelles réalités qui se cachent derrière les cartes postales, et les confronter à une horreur qu’ils n’auraient pu imaginer dans leurs pires cauchemars.

Tiephaine Szuter emmène ses lecteurs au bout du monde dans une aventure qui n’épargnera personne! Oubliez ce que vous croyez savoir: la réalité est bien plus sombre que vous ne le pensiez.

Nous sommes fiers de publier Agartha – La Vallée des Exilés, le premier roman court de Tiephaine, totalement inédit! Suite indirecte de Caucasus dont il partage l’univers, ce roman  d’horreur réaliste nous emmène au Népal sur les traces de la légendaire Agartha. Mais ce voyage au sommet tournera bien vite en descente aux enfers…

Comme toujours, nos publications sont disponibles en format papier et en format numérique (kindle).

Le diabolique empire colonial français: l’exemple du Franc CFA

Actualité oblige, on parle beaucoup de la colonisation en France ces derniers jours, en se focalisant une fois de plus uniquement sur le cas algérien et en oubliant dédaigneusement nos amis d’Afrique sub-saharienne.
Pas mal de vidéos sur youtube abordent la question, à partir des propos de Macron, mis en perspective avec ceux de Fillon, pour vous expliquer que la colonisation a été une atrocité sans nom et bla et bla et bla. Beaucoup de posture idéologique, mais peu de fond, de matière historique. Si ces vidéos sont stupides (idéologiques) au possible et énormément putaclic, elles génèrent néanmoins pas mal de commentaires où j’ai pu voir quasi systématiquement des références à cet abominable instrument colonial encore vivant aujourd’hui: le Franc CFA.

De quoi me faire lever un sourcil, parce que de nature curieuse (et aussi parce que ça m’intéressait de loin pour mon mémoire de Master), j’ai lu au mois de novembre un mémoire de M2 justement sur les effets positifs et négatifs du franc CFA, pour au final une conclusion très en faveur de cette monnaie, et absolument pas dans un sens néo-colonialiste.

  • Mais le Franc CFA, c’est quoi?
Le Franc CFA est une monnaie régionale regroupant 14 pays regroupés en deux zones (UEMOA – 8 pays / CEMAC – 6 pays). Cette monnaie ne doit pas être confondue avec le Franc CFA colonial, dont le fonctionnement était totalement différent: imposé aux colonies en 1939, il était totalement contrôlé par la France métropolitaine, tant dans son émission, la fixation de son cours par rapport au Franc, sa convertibilité en autre monnaie (dollar, livre sterling…), etc; il s’agissait principalement de découpler l’activité économique française de l’activité économique de ses colonies, à la fois pour des raisons d’efficacité économique que pour des raisons politiques, la décolonisation étant déjà dans les esprits de l’époque et se concrétisant à partir de 1945 dans les faits.
Grosso modo, le Franc CFA actuel (refondu en 1994) se caractérise par deux objectifs: la stabilité financière (en l’indexant sur le Franc français puis depuis 1999 sur l’Euro, avec un objectif de maintien de l’inflation sous les 2% annuels, comme en Europe) et le développement des échanges commerciaux et économiques entre les zones CFA et entre celles-ci et l’Europe(pas de taux de change entre les pays membres, libre et totale convertibilité du Franc CFA vers n’importe quelle monnaie…).
L’aire géographique appelée « zone CFA »
  • Comment ça marche?
Historiquement, pour faire tourner l’union monétaire sur des règles saines dans des pays encore fragiles, les pays membres ont confié à la France l’émission monétaire (l’impression des billets et pièces; ceci évite la tentation de certains dirigeants de multiplier les émissions non déclarées, mais aussi et plus généralement la déstabilisation monétaire par un seul pays). Et ces pays l’ont confiée de façon volontaire, à une époque où rappelons-le, ces pays entendaient préserver leur souveraineté quitte à s’appuyer sur l’URSS et les USA.
Depuis 1973 et les premiers accords de libre flottement des monnaies (le cours d’une monnaie peut librement fluctuer par rapport aux autres, ses cours ne dépendant que des marchés et des décisions de sa banque centrale et n’ont plus d’une valeur de référence liée à l’or ou au dollar), l’indexation du Franc CFA sur le Franc n’amène pas ces pays à subir une volatilité des cours de leur monnaie comme dans d’autres Etats africains.
Pourquoi? Parce que les engagements de la France empêchent celle-ci de pratiquer des politiques de totale liberté des cours de sa monnaie, sa banque centrale intervenant sur les marchés pour garantir une stabilité des cours par le biais de rachats et d’émissions, la stabilité du franc se mesurant par rapport à un « panier de monnaies », c’est à dire un indicateur de référence établi à partir du Dollar (USA), de la Livre Sterling (UK), du Mark (Allemagne), du Franc (France) et du Yen (Japon); pour des raisons évidentes c’est désormais l’Euro qui a remplacé le Mark et le Franc. Sans trop entrer dans les détails, les pays de la zone CFA, disposant d’une monnaie indexée d’abord sur le Franc puis à partir de 1999 sur l’Euro, bénéficient d’une solidité monétaire exemplaire pour des pays en développement.
  • Pourquoi le Franc CFA existe-t-il encore 70 ans après le début de la décolonisation?
Dès l’origine, une critique s’est élevée contre le système du franc CFA. Le contrôle de la monnaie par une banque centrale d’un Etat étant perçu comme une marque de souveraineté, il était impensable pour certains Etats décolonisés de le maintenir en l’état. Le Mali quitte le système en 1962, suivi de Madagascar en 1973, ces deux pays cherchant à développer leurs propres outils monétaires et financiers pour devenir des « Etats à part entière ».
Rappelons au passage que la dynamique était dans le sens des grands ensembles monétaires, avec plusieurs pays dotés d’une même monnaie contrôlée par une banque centrale internationale, comme en Europe avec le futur ECU (lui-même futur Euro) dès le début des années 1950 et la création de la CECA. Pas vraiment dans le sens d’une indépendance monétaire des pays, donc, et de fait, l’insécurité née de la fin des accords de Bretton-Woods (établissant une sorte de standard-dollar similaire au standard-or) et le libre flottement des monnaies décidé en 1973 a sérieusement secoué les nouvelles économies des pays africains. En 1984, donc, le Mali réintègre la zone CFA pour résoudre ses problèmes économiques.
Concrètement, l’indexation du Franc CFA sur le Franc a permis aux pays qui l’ont adopté de bénéficier de la stabilité du Franc sur les marchés internationaux: appartenant au panier de référence du FMI, le Franc ne pouvait en effet pas fluctuer énormément, au risque de déstabiliser l’économie mondiale. La stabilité d’une monnaie déterminant sa solidité et celle de l’économie qui s’y rattache, les pays de la zone CFA ont bénéficié d’une bonne crédibilité financière et d’une excellente stabilité monétaire, avec un contrôle strict de l’inflation et donc limitant l’impact des crises économiques. C’est un très sérieux avantage en ce qui concerne le crédit (entreprises, particuliers) ainsi que l’endettement de l’Etat, les taux restant stables dans la durée. Cette stabilité permet l’investissement national et étranger, puisque les profits peuvent être anticipés correctement et la rentabilité assurée en un temps prévisible. Sans trop entrer dans les détails techniques, c’est vraiment un atout énorme pour des économies naissantes que de pouvoir s’assurer d’une stabilité monétaire et d’une inflation très limitée (inférieure à 3% en zone CFA, à comparer aux 4.6% de l’Afrique du Sud, aux 10% de l’Ethiopie ou aux 17% du Ghana – Données Banque Mondiale).
croissance, PIB et population pour l’année 2015 en zone CFA
  • Le système CFA, un système néo-colonialiste?
La zone CFA n’est pas administrée par la France, mais par les pays africains eux-mêmes. La France a conservé sa fonction d’impression de la monnaie africaine sans pour autant avoir un quelconque pouvoir dessus; il s’agit en fait d’une sorte de précaution contre certains régimes peu scrupuleux voire corrompus qui pourraient être tentés d’imprimer des billets eux-mêmes pour s’enrichir mais déstabilisant au final gravement tout le système. La neutralité française de ce point de vue assure à tous l’honnêteté des partenaires. Il est vrai en revanche que pour permettre la stabilité monétaire et la garantie de celle-ci par la France puis par l’UE depuis 1999, la zone CFA doit laisser en dépôt 20% du volume de la monnaie émise dans les caisses du Trésor Public Français. Ici, attention: il ne s’agit pas d’un racket organisé par la France qui ferait ce qu’elle veut de cet argent. Non, il s’agit d’un dépôt de garantie qui n’est pas touché par qui que ce soit, hors politique de stabilisation décidée par les pays de la zone CFA eux-mêmes. Ni le Trésor Public français ni l’Etat français n’y touchent un seul franc. Il s’agit d’un dépôt permettant de crédibiliser les dettes, de la même manière que la France dispose ‘un stock d’or aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.
Du fait de l’Euro, la zone CFA ne dépend plus de la France depuis 1992 (accords de Maastricht) mais de l’Union Européenne en ce qui concerne la stabilité monétaire. La France participe aux institutions qui sont liées à la CEMAC et à l’UEMOA mais n’en est pas membre et à ce titre ne participe pas aux votes et ne prend pas part aux décisions, ses interventions se limitant aux débats. Le poids de la France est évidemment indéniable, en tant que pays industrialisé face à des pays émergents, et l’avis français est généralement écouté et suivi, mais pas forcément à la lettre.
Il est en effet franchement insultant et condescendant de croire que les pays africains ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes et de prendre leurs propres décisions. Nous ne vivons plus à une époque où les « nègres stupides se comportent comme des sauvages sans foi ni loi ». Je suis toujours sidéré par la propension typiquement occidentale des gens avec qui je discute à considérer l’Afrique comme un pays de débiles infantiles qui ne sauraient pas s’en sortir sans « nous ». Si le continent a traversé des crises indéniables et doit encore faire face à certains problèmes majeurs (rébellions centrafricaines, conflit larvé au Soudan du Sud, bandes islamistes au sahel, corne africaine anarchique…), il est également doué d’une formidable dynamique culturelle, économique et industrielle que les africains ont su générer à peu près seuls en s’appuyant sur l’exploitation de ressources minières et agroalimentaires, sur le tourisme, sur la culture (découvrez Nollywood si vous en doutez) mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine qui s’expatrie pour étudier et travailler à l’étranger.
Parce que c’est là qu’est tout l’intérêt pour les pays de la zone CFA: la convertibilité du Franc CFA en Euro évite les taux de change et les coûts de transfert. Ainsi, un travailleur malien en France peut envoyer de l’argent à sa famille et lui permettre d’investir sur place, sans surcoûts par rapport à un travailleur chinois qui lui devra payer le taux de change et les coûts de transfert bancaire.
Rien que pour le Sénégal, le montant des sommes transférées a ainsi dépassé le milliard de dollars/euros par an, pour un PIB d’environ 15 milliards de dollars/euros.
Enfin, le système CFA, s’il impose une discipline budgétaire aux pays membres, n’implique pas de « décision extérieure » concernant le budget de chacun de ses Etats, qui restent totalement libres de le fixer selon leurs priorités. Les seules limites imposées par le système CFA sont des engagements au point de vue du déficit budgétaire des Etats. En revanche, le FMI impose des réformes structurelles parfois mal venues (tout comme en ce qui concerne la Grèce) et empêche certaines politiques de développement, pourtant imposées comme objectif par l’ONU, qui demande aux pays africains d’avoir au moins 7% de croissance annuelle.
C’est ici que commence le vrai problème économique de la zone CFA. En économie (du moins selon la théorie keynesienne), les politiques monétaires peuvent aller dans deux directions. La première, c’est la croissance, tirée vers le haut par l’investissement rendu possible par l’endettement, au prix, donc, de l’inflation. La deuxième politique, c’est le contrôle de l’inflation par une stabilisation de la monnaie, qui réduit l’endettement mais aussi les investissements et donc ralentit la croissance.
Il y a donc d’un côté l’ONU qui pousse à la croissance, et de l’autre, une volonté de stabilité de la monnaie pour assurer l’économie, elle-même imposée par l’UEMOA et la CEMAC.
A titre personnel, et de par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, je pense que la zone CFA fait le bon choix en maintenant la stabilité économique et en ne sacrifiant pas la population sur l’autel illusoire de la croissance. Les investissements étrangers restent limités dans des pays dont le potentiel est énorme, ce qui veut dire que ce ne seront pas des Etats et entités étrangères qui vont se partager le gâteau et laisser quelques miettes aux africains, mais bien ces derniers qui vont profiter des fruits de leurs terres et de leur labeur. Le fait que les investissements étrangers restent limités assure l’indépendance économique de ces pays, malgré les réformes structurelles exigées par le FMI et qui causent déjà des dégâts tant sur la société civile que sur les Etats eux-mêmes. Les grandes multinationales et les banques n’ont qu’un pouvoir très limité sur ces pays, et contrairement à ce qu’on peut lire souvent, les pays africains de la zone CFA ne sont pas exploités et savent parfaitement jouer de la concurrence des grands groupes pour mettre en valeur leurs propres richesses.
Il est très intéressant de voir que l’un des principaux mouvements anti franc CFA ces derniers mois (pour ne pas dire le seul) est l’URPANAF, dirigé par Kémi Séba, suprémaciste noir, ancien leader de la Tribu Ka responsable du meurtre d’Ilan Alimi, le tout sur fond idéologique « Kémitiste » (inventée de toute pièce par Cheikh Anta Diop) qui n’est qu’une idéologie aryenne appliquée à une « identité » africaine fantasmée.

 

  • Le Franc CFA est-il donc si diabolique?
De l’avis général (cf. bibliographie en fin d’article), le Franc CFA a un impact réellement positif sur les économies de ces pays et encourage réellement le développement économique, politique et social. S’il y a quelques problèmes (d’ordre politique plus qu’économique), ils ne sont cependant que de deuxième ordre et ne remettent jamais en question l’existence ni le fonctionnement du Franc CFA lui-même.
La critique la plus sérieuse et la plus virulente émane de l’ancien premier ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’hésite pas à parler dans les médias de « servitude volontaire ». Le même homme, dans ses écrits institutionnels (articles publiés dans diverses revues universitaires à comité de lecture) loue le Franc CFA comme une bonne chose bien qu’améliorable (il n’est pas politique pour rien…).
De façon plus générale, aucun pays de la zone CFA ne souhaite remettre en question l’existence de cette monnaie, ou quitter la zone CFA. Madagascar réfléchit même à la réintégrer pour solutionner la crise économique que l’île subit depuis une quinzaine d’années.
En fait, les seules réelles critiques contre le Franc CFA ne sont pas le fait des africains eux-mêmes, mais de certains occidentaux.
D’une part, les américains ne sont pas très contents que le dollar, instrument de hard-power par excellence, ne se soit pas imposé dans la zone CFA. Il l’a fait dans de nombreux autres pays d’Afrique, que ce soit le Nigéria ou le Zimbabwe, où règne une crise économique absolument effarante depuis une vingtaine d’année, au point que la population abandonne totalement la monnaie nationale au profit du dollar. Si vous n’avez jamais vu de billet de 100 000 milliards de dollars, c’est ici.
D’autre part, la plus visible ici en France, certains pseudo intellectuels de gauche (communistes, anarchistes, mélenchonistes, certains socialistes) trouvent insupportable que la France ait pu garder d’excellents rapports avec ses anciennes colonies africaines et préfèreraient une tragédie apocalyptique à la sauce algérienne. Il y a donc, depuis 2014 au moins, mais surtout depuis l’année dernière, des gens qui viennent raconter tout et n’importe quoi sur la zone CFA. J’imagine que tous ces érudits que j’ai pu voir ici et là n’ont fait que tirer leurs infos de la fameuse émission Datagueule, qui a pondu début novembre 2016 une vidéo très, très à charge contre la France, mais qui ne rentre pas tellement dans les détails et dit beaucoup, beaucoup de conneries en se gardant bien d’expliquer les tenants et les aboutissants comme je viens de le faire. Vous pouvez la voir sur youtube, avec en guest star Kako Nubukpo dont les propos mesurés sont illustrés de manière très moraliste et dramatisée (« bouh les vilains colonisateurs »), même quand il ne critique absolument pas le CFA et parle d’autres mécanismes comme le FMI et d’autres problématiques comme les marges des entreprises maintenues au détriment des revenus des travailleurs et du budget des consommateurs, qui sont les mêmes absolument partout dans le monde et ne sont liées en aucune manière au Franc CFA.
  • En résumé:
Le Franc CFA n’est ni un frein au développement ni un outil néo-colonialiste de contrôle des économies africaines. Il est au contraire un gage de stabilité et de développement des échanges par une véritable intégration des économies régionales entre pays membres des deux unions, mais aussi avec les pays européens. Ses nombreux avantages ne sont pas obérés par les problèmes endémiques (corruption, sous-développement). Le Franc CFA est un réel atout par rapport aux autres pays africains qui n’en bénéficient pas, et aucun des pays membres n’entend quitter la zone CFA ou l’abolir. Surtout, les discussions au sein des deux unions régionales ne constituent pas, comme essaient de le faire croire certains, des dissensions ou des oppositions, ni une remise en cause « anticolonialiste » de la structure même des deux organisations UEMOA et CEMAC et pour cause: ce sont bien les africains qui détiennent leur avenir entre leurs mains. Les problèmes que connaissent ces pays ne sont pas différents de ceux des autres pays non membres de la zone CFA et sont même similaires à ceux de la zone Euro, et se situent non pas sur le plan économique mais plutôt sur le plan politique.
Bibliographie exhaustive (et sérieuse!) sur le sujet:
Il est probable que vous n’ayez pas accès aux articles eux-mêmes, ne disposant pas de comptes lecteurs affiliés à une université ou organisation scientifique. La plupart du temps, le résumé expose suffisamment le contenu de l’article sans notions économique de haut niveau, et donc accessible à peu près à tout le monde. Vous noterez que les articles de Kako Nunukpo, ex-premier ministre togolais invité de Datagueule, ne préconisent en rien la fin du Franc CFA…
Et un article très simple (peut être un peu simpliste) de Forbes Afrique présentant les deux scénarios non de l’abolition de la zone CFA mais de l’abandon de la politique de stabilité tirée du couplage à l’euro.

Entretien avec Tiephaine G. Szuter

A l’occasion de la sortie de Werwolf, j’ai posé quelques questions à Tiephaine pour nous présenter la dernière parution de Sombre Plume et nous parler un peu de ses projets.

Werwolf, par Tiephaine G. Szuter. Inclut également Walpurgisnacht, un nouvelle inédite. Disponible en format papier – 5,20€ ou numérique 2,99€.

 

Werwolf est sorti il y a quelques jours chez Sombre Plume. Il s’agit de la réédition de ton deuxième texte paru chez les éditions numériques House Made of Dawn en 2014. Il s’agit d’une histoire de loup-garou sur fond de seconde guerre mondiale, un sujet doublement piégeur dont tu t’es tiré avec brio en développant une histoire qui n’a à la lecture aucun arrière-goût de déjà-vu. Peux-tu nous en dire un peu plus?

T.G.S.:  Werwolf est une novella un peu particulière parce que c’est ma seule incursion jusqu’ici dans la mythologie classique de l’angoisse/horreur. Je suis d’ordinaire plutôt lovecraftien, j’ai tendance à préférer l’horreur indicible et cosmique à des archétypes plus classiques comme le vampire ou le lycanthrope. Mais Werwolf c’est aussi et avant tout une histoire de tankistes en déroute au cœur du front de l’est en pleine guerre mondiale. Les loup-garou, c’est un petit « plus » fantastique à une histoire qui se veut réaliste au maximum.

Effectivement, on sent qu’il y a un énorme travail de recherche en lisant ton texte et un souci du détail un peu déroutant quand on n’y connait rien… Mais le résultat c’est qu’on est vraiment au cœur de l’action, avec tes personnages: comme le disait une des critiques parues à l’époque, on a froid et faim avec eux, et on ressent une vraie angoisse quand ils sont confrontés à leurs ennemis. Comment t’est venue cette histoire et pourquoi avoir choisi de mettre en scène des soldats allemands plutôt que des soviétiques ou des américains?

T.G.S.:  D’ordinaire, je ne fais que développer une idée que j’ai eue après un cauchemar. C’était le cas avec Caucasus et Agartha (NdR: qui sera prochainement publié chez Sombre Plume) ou pour d’autres textes plus courts comme Walpurgisnacht qui accompagne Werwolf. Mais pour ce dernier, c’est un peu différent: l’idée m’est simplement venue au cours d’une partie vraiment intense sur un jeu en ligne où on s’affronte à coups de blindés de la seconde guerre mondiale, et au milieu du duel qui déterminerait le vainqueur de la partie, le cœur battant et les veines gonflées d’adrénaline, j’ai réalisé que les hommes et femmes qui ont vraiment vécu des guerres à bord de leurs chars ont dû ressentir des émotions terriblement plus intenses, et en particulier la peur. A l’origine, j’avais conçu une histoire mettant en scène des tankistes ayant commis des crimes abominables et se retrouvant chassés par une bestiole monstrueuse. Mais ça ne fonctionnait pas vraiment, et en commençant l’écriture je me suis vite retrouvé confronté à des limites à la fois techniques et morales: à la base, je voulais mettre en scène de vrais enfoirés qui se retrouvaient « punis », mais dans ce genre d’histoire il ne peut pas y avoir d’attachement aux personnages, sauf à vouloir atténuer leur responsabilité. C’est la dernière chose que je voulais: rendre « humains » des criminels de guerre, surtout dans un contexte aussi terrible qu’a pu l’être le front de l’est. Quand cet embryon de texte est devenu Werwolf, j’ai naturellement conservé les soldats allemands plutôt que des soldats soviétiques parce que je voulais garder cet aspect « culpabilité ». Surtout, si mon texte met en scène des soldats allemands, il met aussi en scène un sixième personnage, le char Tigre Fenrir.

Fenrir c’est en effet le fond de toute l’histoire, que tu décris avec un luxe de détails…

T.G.S.: C’est à la fois un personnage et un décor, il fallait donc que je sois très précis dans ce que je décrivais. J’ai passé des heures dans mes bouquins et sur internet pour trouver des infos sur la vie à bord d’un char et sur comment l’espace y est aménagé, mais j’ai surtout eu la chance de vivre à ce moment-là à quelques kilomètres du musée des blindés de Saumur, qui justement accueille l’un des derniers chars Tigre encore existant. J’ai pris contact avec eux pour savoir si il était possible de le visiter, sachant très bien que normalement c’est impossible, pour des tas de raisons de responsabilité et d’assurance, mais à ma grande surprise, ils m’ont répondu favorablement et vraiment enthousiastes. J’ai donc eu droit à une visite privée du Tigre, du Tigre II, du Jagdtiger et du SU-100 avec un de leurs techniciens, après avoir simplement adhéré à leur association. J’ai vraiment ressenti comme un privilège de pouvoir rentrer dans ce char qui a réellement combattu il y a 70 ans. L’odeur d’huile et de métal prend encore à la gorge et même si la quasi-totalité des équipements ont été retirés, je peux vous dire que l’intérieur est vraiment étroit. L’expression « cercueil de métal » est littérale, et je crois que l’humilité et le respect que j’ai ressenti pour tous ces hommes et femmes qui vivent et meurent dans ces chars, encore aujourd’hui, m’a aidé à vraiment rédiger une histoire qui tient la route.

Quand ton texte a été publié chez House Made of Dawn il y a deux ans et demi, il t’avait été reproché de ne pas avoir inclus des notes de bas de page pour expliquer certains termes que tu emploies. As-tu écouté tes lecteurs et inclus quelques explications?

T.G.S.: En fait, non. A l’époque, j’avais envisagé mon texte comme s’adressant à plusieurs publics, simples amateurs d’horreur comme connaisseurs des chars de combat. L’un des reproches qui m’avait été fait sur Caucasus était de casser le rythme de l’histoire avec un procédé d’écriture particulier, et j’avoue ne vraiment pas avoir voulu faire face à ce genre de reproche pour de simples notes explicatives. Werwolf fonctionne parce que c’est un texte d’immersion, mettre des notes de bas de page aurait cassé cette dynamique de lecture, même si je suis bien conscient que le fait de se retrouver face à un mot qu’on ne connaît pas peut aussi casser une atmosphère. Maintenant, la plupart des termes en question sont des termes techniques dont l’incompréhension ne nuit pas à l’histoire. On comprend par exemple assez facilement que la couche de Zimmerit qui recouvre Fenrir est un revêtement particulier servant au camouflage et à la protection du char. J’ai essayé au maximum de mettre l’explication des termes non pas dans des notes hors-texte, mais dans le texte lui-même. Le seul qui m’a posé un peu plus de soucis était le Wolfsangel, pour lequel on a eu recours à un petit artifice sur la couverture avec Elora (NdR: qui travaille sur la conception graphiques des ouvrages publiés chez Sombre Plume).

Justement, il y a eu quelques discussions à ce sujet: ne crains-tu pas qu’on associe Werwolf à des mouvements néo-nazis, étant donné la présence de ce Wolfsangel et les articles que tu publies parfois?

T.G.S.: on en a pas mal discuté avec Elora en effet, et c’est quelque chose que j’appréhende un peu étant donné le drôle de monde dans lequel on vit aujourd’hui et dans lequel tout semble prétexte pour accuser autrui d’être un néo-nazi. Mais précisément parce qu’on m’a accusé d’être un néo-nazi sous des prétextes aussi cons que le fait que je mange de la viande, ce genre d’accusation n’a plus vraiment d’impact sur moi. C’est l’histoire de Pierre et le Loup: à force de crier à tort et à travers, plus personne n’écoutera le jour où ça viendra vraiment et de fait, ce genre de critique tend à faire perdre toute crédibilité à celui qui s’y amuse. Pour en revenir à la question du Wolfsangel sur la couverture de Werwolf, c’était un peu plus délicat parce que là, pour le coup, c’est vraiment un symbole nazi, utilisé régulièrement comme marquage sur les véhicules et sur certains insignes comme celui de la division SS « Das Reich » responsable entre autres du massacre d’Oradour-sur-Glane. Plus proche de nous, il est actuellement utilisé par le régiment de volontaires ukrainiens « A3OB » (« Azov ») dans le Donbass, et ces gens là ne sont pas simplement nationalistes comme on veut bien le dire, puisqu’ils utilisent le Wolfsangel sur un Soleil Noir, un symbole SS qui était au cœur de la mythologie mortifère mise en place par Himmler et qu’on retrouve au cœur du Wewelsburg, le château-monastère de l’ordre SS. Effectivement, on prend peut être le risque d’être associés avec des gens comme ça si on se limite à un jugement au premier coup d’oeil, mais en même temps… Werwolf est une histoire de soldats allemands menés par un ex-SS, bref une histoire qui met en scène sinon des nazis, au moins des gens qui évoluaient dans ce milieu-là et emploient des termes typiques comme « untermenschen » ou « sous-hommes » pour parler des soviétiques. Bref, si on ne peut pas légitimement utiliser un Wolfsangel pour eux, alors que c’est le truc le plus légitime qui soit, je ne vois pas trop ce qui nous différencierait d’une dictature où la censure idéologique est partout sous prétexte de « lutter contre les vilains »… Werwolf est une fiction, dont l’action se déroule dans un temps et un espace indéterminés sur le front de l’est pendant la seconde guerre mondiale, et rien d’autre. Ceux et celles à qui ça poserait un problème n’ont qu’à lire mon histoire pour se rendre compte que je suis loin d’être un sympathisant de ce genre de mouvements…

Caucasus et Werwolf avaient été publiées chez House Made of Dawn, une maison d’édition numérique qui a malheureusement fermé ses portes en juillet dernier. Pourquoi ne pas avoir cherché un nouvel éditeur?

T.G.S.: C’est assez simple en fait. J’ai contacté en 2015 deux éditeurs pour leur proposer Caucasus, Werwolf et Agartha sous forme de recueil, qui devait s’appeler « Les Ombres ». Je savais que les délais seraient assez longs, et qu’il y avait peu de chance que ça aboutisse étant donné que le genre horreur/fantastique n’est pas si populaire qu’on pourrait le croire, sans même parler du problème du caractère non-inédit de deux de mes novela. Le premier éditeur n’a tout simplement jamais répondu, et j’ai dû relancer le second pour obtenir une réponse-type de refus, mes textes « ne correspondant pas à la ligne éditoriale », un foutage de gueule en règle quand on sait que ce même éditeur publie des textes de Lovecraft et consorts. Pour être honnête, je n’avais pas grande illusion concernant leurs réponses, étant donné qu’en France on préfère publier des bouquins d’auteurs morts depuis longtemps, ou Stephen King. Quand on regarde les collections « horreur/fantastique », on voit assez vite qu’on ne publie rien, en France, on se contente de traduire des auteurs anglo-saxons. Pourtant on a des auteurs vraiment bons et originaux. C’était le cas chez House Made of Dawn, qui publiait chaque mois une novela de qualité et qui se démenait vraiment pour faire vivre ce genre en France avec des auteurs français dont plusieurs ont eu des prix dans des festivals littéraires locaux. Pourtant, les gros éditeurs français comme Bragelonne ou Mnémos ne font que nous traduire des romans américains ou republier une énième fois Lovecraft, Masterton, Herbert, Lumley ou Barker. Les auteurs français, on les compte sur les doigts d’une main, et quand ils ne sont pas confinés au seul format numérique, il s’agit d’auteurs connus de SF depuis les années 1970, 1980. Quant aux jeunes auteurs, on ne les retrouve que sur des thèmes à la mode, genre la romance Bit-Lit ou le Steampunk et toutes ses déclinaisons. Alors bien sûr, j’apprécie les auteurs américains, mais les livres que je vois sortir aujourd’hui à 25 boules, je les ai lus il y a vingt piges chez Fleuve Noir pour 50 francs de l’époque. J’avoue que je ne vois pas bien l’intérêt de republier ces textes quand ceux-ci sont encore disponibles en librairie et sont trouvables pour une poignée d’euros et sans aucun mal dans les circuits d’occasion. J’adorerais lire du neuf, mais en dehors de quelques textes chez Le Belial’, le paysage français est vraiment pauvre et désespérant. Sans les petits éditeurs quasi invisibles et qui ne durent généralement et malheureusement pas bien longtemps, il n’y aurait pas de de littérature de genre en France, et en particulier en ce qui concerne l’horreur/fantastique. J’avais donc le choix: soit j’arrêtais d’écrire, soit je publiais moi-même.

Et tu as donc franchi le pas de l’autoédition…

T.G.S.: Oui, c’est une question à laquelle je faisais face depuis déjà un bon moment avec mon Liber Satanis qui est franchement impubliable autrement en raison de sa forme et de son contenu, et jusqu’à récemment, c’était totalement impossible d’envisager quelque chose de concret à moins d’y laisser ma chemise. J’ai d’abord rencontré un imprimeur français et ça s’est très mal passé, la personne que j’ai rencontrée refusant de m’établir un devis avec les options que je demandais. Je me suis retrouvé au final avec un projet papier franchement minable, format poche, couverture souple sans aucune finition ni illustration et avec un papier recyclé de piètre qualité, le tout annoncé à 2000€ hors-taxe pour 200 exemplaires. Qui serait assez dingue pour accepter un truc pareil? Finalement, Amazon qu’on décrie tellement me sauve la mise avec l’impression à la demande, par le biais de leur plateforme Createspace. Le système est assez simple: un client achète un bouquin sur Amazon, qui l’imprime à l’unité et l’expédie dans les 48h. Pour un auteur indépendant, ça ne génère aucun coût en amont, puisqu’il n’y a pas de stock ni d’expédition à gérer, et pour le lecteur, ça autorise la découverte d’ouvrages qui ne passent pas les barrages des « comités de lecture » des éditeurs. Le revers de la médaille c’est qu’on n’a clairement pas le même impact promotionnel et généralement, les gens voient l’autoédition d’un assez mauvais œil pour des tas de bonnes raisons mais aussi des mauvaises: l’autoédition n’est pas le refuge des mauvais auteurs, mais de ceux que le circuit commercial refuse. Il ne faut pas s’attendre à avoir des revenus importants non plus, même si au moins il n’y a pas besoin de courir après puisque la part auteur est versée mensuellement. Maintenant, très franchement, ce que je gagne là me convient très bien, et même si c’est pas grand-chose, c’est toujours supérieur à la marge de 10% offerte par les éditeurs classiques qui ne versent les gains qu’une fois par an. L’important, pour moi, c’était que mes textes soient accessibles, et j’ai vraiment la chance d’avoir Elora pour produire un rendu quasi-professionnel, même si on cafouille encore un peu sur des points de détails. On essaie de faire les choses bien, et jusqu’ici, les premiers retours ont été très positifs.

Nous avons évoqué rapidement Agartha, que tu as écrit en 2015 et qui est encore inédit. Peux-tu nous en dire plus sur ce texte et tes projets chez Sombre Plume?

T.G.S.: Agartha est un roman court qui met en scène une bande d’amis américains qui partent à l’assaut des sommets népalais. Ca ne se passe évidemment pas très bien et leur ascension tourne plutôt en descente aux enfers… C’est aussi une sorte de suite à Caucasus, puisqu’on y retrouve certains personnages, mais cette fois le contexte est totalement différent et les deux histoires sont indépendantes l’une de l’autre. Pour ce qui est des autres projets, on en a vraiment tellement que je ne saurais pas tous les évoquer. Dans les tuyaux, on a déjà la publication sur un an des trois premiers tomes d’Ecclesia, un de mes projets qui reprend la forme du Liber Satanis et a pour thème la naissance de la religion chrétienne et sa diffusion. Nous devrions également publier prochainement le premier ouvrage d’Elora consacré à sa vision très personnelle de la « Magie du Chaos », qui comme son nom ne l’indique pas relève plutôt de théories relatives à la psyché humaine. Et nous avons aussi ce vieux serpent de mer qu’est la publication de Paradise Lost & Regained de John Milton, avec les aquarelles de William Blake ou encore la publication du Satan de Henri Delpech, l’une des rares épopées poétiques françaises, publiée en 1860-61. Et nous préparons aussi une édition anglophone de nos textes. Sans parler de mes projets d’écriture en cours… Bref, beaucoup de pain sur la planche!

 

Retrouvez Werwolf et nos autres publications sur amazon

Sombre Plume présente: Werwolf

Sombre Plume publie en ce début d’année la novella de Tiephaine G. Szuter, intitulée Werwolf.

Enlisés dans la campagne russe à bord de leur char, cinq soldats allemands errent en quête de secours. Le froid, la fatigue et la peur pèsent sur eux depuis trop longtemps. Mais le vrai danger vient peut-être d’ailleurs, de quelque chose qui dépasse leur imagination de simple soldat. Car que peuvent être ces ombres abominables qui rôdent de plus en plus près du char lorsque la nuit tombe?

Tiephaine G. Szuter s’empare du mythe de la lycanthropie et nous entraine cette fois de plus dans son univers étrange et cauchemardesque à travers une novella qui renouvelle le genre!

Disponible en format papier et Kindle sans DRM.

La nouvelle mode des Fake News

Ayant décidé de laisser passer la période des primaires, des élections américaines et de la transition politique qui a suivi, je m’étais abstenu d’intervenir sur Sombre Plume, après quelques articles qui m’ont valu quelques discussions houleuses.

La lecture d’un article de France24 sur le nouvel outil du journal Le Monde contre les « fake news » m’incite à sortir de mon silence relatif, parce qu’il y a là un gros danger, à mes yeux, pour l’information, sous toutes ses formes.

Le terme « fake news » s’est imposé pendant les dernières semaines de l’élection américaine qui a vu la victoire de Donald Trump puis dans les jours qui ont suivi, comme l’explication-reine de la victoire de ce dernier: parce que les électeurs américains ont étés manipulés par de « fausses actualités » (comme l’emblématique Pizza Gate), Hillary Clinton, candidate préférée des journalistes occidentaux et soutenue par tout l’establishment, a perdu l’élection de façon injuste.

S’il est vrai qu’Hillary Clinton a perdu de façon injuste (elle disposait de 3 millions de voix de plus que son adversaire mais a perdu en raison de règles d’attribution des grands électeurs), il est extrêmement simpliste de dire que Trump a remporté l’élection simplement sur des rumeurs et calomnies, car c’est avant tout sur son programme de politique intérieure qu’il a remporté l’élection.

Peu importe qui a gagné ou comment, le résultat est là: on nous bassine depuis des semaines avec le nouveau truc à la mode, et qui va révolutionner l’information occidentale. Les « fake news ».

Concrètement, une « fake news » est une pseudo-information qui surgit de façon impromptue pour expliquer une situation de façon biaisée, ou pour lancer une rumeur proche de la calomnie ou de la diffamation. Bref, c’est un mensonge ou un article idéologique qui déforme la réalité. Les défenseurs de « l’information vraie » entendent donc pourfendre les « menteurs », une attitude à priori louable dont on ne peut que s’étonner qu’elle n’ait pas été réalisée dès le début de l’ère de l’information, voire dès le début du journalisme!

La réalité, vous vous en doutez, est plus contrastée que ce rêve qu’on essaie de nous vendre.

Avant même de parler d’information, il faut considérer les faits qui la structurent. Ainsi, les articles de journaux comme Le Monde, Le Figaro ou Libération sont basés sur des faits rapportés par les agences de presse, comme l’AFP ou Reuters. Ces agences publient des dépêches se bornant en principe à énoncer un fait: tel pays a subi telle catastrophe, qui a provoqué tant de morts et tant de blessés, telle personnalité politique a été mise en examen dans telle affaire en raison de tel comportement potentiellement délictuel ou criminel. Il s’agit ici du fait, de l’information brute que les journalistes vont traiter dans leurs propres articles. Ces faits sont généralement indiscutables et de première main, et sont en principe corroborés par les autres agences de presse à partir soit de la même source, soit d’une source complémentaire.

Ces sources sont en principe issues de services officiels, tels que la police, les magistrats, les pompiers, les porte-paroles de tel entité politique ou de tel service d’urgence. Elles peuvent être appuyées par des enregistrements phoniques ou photographiques directs, que ces enregistrements proviennent de caméras de surveillance, de reporters de terrain ou de simples passants ayant filmé l’événement.

Jusqu’ici, difficile de parler de « fake news ». Les faits sont réels ou ne le sont pas, et il est rare qu’une agence de presse raconte des bobards (mais pas impossible). Il n’y a guère que sur des conflits armés où les « informations » transmises sont sujettes à caution, n’ayant souvent pas pu être vérifiées (tel massacre de population, tel bombardement sur des civils, etc.) comme l’a parfaitement démontré le récent conflit en Syrie.

Le problème survient lorsque l’information brute est traitée par les journalistes. Entendons-nous dès à présent sur ce que le terme « journaliste » recouvre: je parle bien des individus travaillant pour une rédaction de presse écrite ou un journal d’information télévisuel ou radiophonique, et non des individus derrière leur écran sur un site internet.

Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais de transmettre une information à travers un regard « éclairant ». Comprendre ici « un regard partisan, biaisé et partial ».

On sait très bien par exemple que Libération est un organe de presse d’extrême gauche faisant la promotion de l’altermondialisme, de l’écologisme (pas de l’écologie, la distinction est importante), du multiculturalisme, et d’une vision présentée comme humaniste du monde. A l’inverse, Le Figaro est un organe de presse plutôt libéraliste (pas libéral, la nuance est importante), européaniste voire transatlantiste, et se concentrant plutôt sur une vision affairiste du monde. Pour faire simple, il n’y a pas en France d’organe de presse ou d’information qui soit réellement neutre.

Donc, déjà, rien qu’avec ce premier constat, on voit que cette histoire de « fake news » prend un drôle d’aspect. C’est d’autant plus troublant quand on sait que les journaux principaux en France reçoivent des centaines de millions d’euros d’aides gouvernementale chaque année. De quoi se poser de sérieuses questions quant à l’impartialité voire à l’honnêteté des rédactions qui, en diffusant un article un peu trop critique, pourraient mettre en jeu leur avenir. De fait, en France, la collusion journalistes/politiques est totale, comme l’illustre parfaitement le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat et basé sur l’ouvrage éponyme de Serge Halimi.

Pire: il n’existe plus aucun journaliste de terrain. Les images de conflits que nous voyons sont achetées à des journalistes étrangers ou à des indépendants pas toujours honnêtes, mais qui font aussi face à des risques d’arrestation importants voire à des risques mortels. Les rares journalistes qui se déploient en marge des événements ne le font que pour faire dans le sensationnel, l’émotionnel, mais pas pour informer. Et quand ils le font pour informer, ils sont accusés par leurs confrères de déformer la réalité et de mentir.

Clairement, nos journalistes ne sont donc pas du côté de la vérité et de l’information, et sont devenus de mauvais commentateurs et des analystes de comptoir qui déblatèrent à qui mieux mieux sur le néant total qu’ils génèrent eux-mêmes, quel que soit le sujet qu’ils abordent, et avec une bêtise d’autant plus grande que le sujet est important.

Dans ce contexte, il est donc alarmant de voir une rédaction comme Le Monde prétendre offrir un « outil de lutte contre les fake news » pour faire le tri entre les informations « de qualité » et le reste. Je suis particulièrement inquiet en ce qui concerne le classement entre « sites très fiables » et « sites peu fiables ». S’il ne fait par exemple aucun doute qu’un site comme Wikistrike se borne à déblatérer des mensonges au kilomètre en toute circonstance, je suis un peu plus dubitatif en ce qui concerne un site d’information comme Slate ou même Libération ou Le Monde, dont les « informations » sont partisanes et se bornent à commenter des communiqués de presse. Avons-nous eu un traitement normal et impartial des élections américaines? La réponse est clairement non, 100% des journalistes ayant promu la candidature de Clinton, qui a été encensée quel qu’ait été son discours, même lorsqu’il était encore plus belliciste que les Néo-Con de l’ère Bush Jr. ou lorsqu’il se contentait de simplement insulter son adversaire. Aurons-nous un traitement impartial de l’élection présidentielle française, quand on sait déjà que les journalistes n’en ont que pour Emmanuel Macron?

Au-delà de la politique et du traitement des conflits sur lesquels je me suis déjà beaucoup étendu, c’est le fait même que ces journaleux puissent prétendre nous dire quoi lire et à qui faire confiance qui m’interpelle.

Si des gens souscrivent par exemple aux thèses dites conspirationnistes, ce n’est pas parce qu’ils sont idiots ou mal informés, mais parce que d’une part un certain nombre de conspirations se sont avérées être vraies (que l’on pense aux révélations de Snowden sur la surveillance généralisée de l’ensemble des communications mondiale!), et d’autre part parce que ceux qui les propagent s’évertuent à leur donner toutes les apparences de sérieux possibles: témoignages, recoupements, sources et références, bref, tout ce que nos journaleux ne font plus, si tant est qu’ils l’aient jamais fait.

Ce n’est pas en employant un code couleur que l’on peut contrer les rumeurs et autres mensonges qui certes pullulent sur le web mais pas vraiment plus que dans nos journaux. Il y a une quinzaine d’année, toutes les chaines de télévision s’arrachaient Karl Esser, qui affirmait sans aucune preuve qu’il avait participé à la construction de bunkers secrets sous Bagdad. Information bidon, évidemment, qui aurait dû amener certaines réflexions sur la démarche journalistique. Mais non, les mêmes rédactions n’hésitent pas encore aujourd’hui à publier des rumeurs sur la Corée du Nord avec le plus grand sérieux.

Alors pourquoi croire que ces mêmes journalistes, ou du moins que les mêmes organismes d’information qui ne sont pas foutus d’être neutres et de traiter l’information autrement que comme le gouvernement le leur dit, vont pouvoir être impartiaux et faire un tri honnête dans les informations de confiance et le reste?

Dans un contexte où d’un seul coup, on nous parle de « fake news » qui pullulent alors qu’elles ont toujours existé, je me demande bien ce qu’annonce cette tendance au contrôle de l’information publique qui ne va faire que se renforcer au fil du temps.

Sans vouloir être alarmiste, ce que je vois poindre le bout de son nez depuis plusieurs années et particulièrement ces derniers mois, c’est tout simplement la fin de notre Liberté. Le renforcement des capacités de contrôle des populations par les services de renseignement, l’abandon total de nos forces de l’ordre qui ne peuvent plus traiter les affaires qui leur sont rapportées, y compris les plus graves (11% à peine des victimes de viol recensées portent plainte), la montée d’une classe politique qui confond autoritarisme et gouvernement, le total déni de légitimité de la Démocratie qui depuis 10 ans envahit toute l’Europe, l’armée qui ne mène plus des missions de combat mais des missions de pacification de populations hostiles, le financement et l’encouragement à la montée des communautarismes et des extrémismes religieux (musulmans comme chrétiens)… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on nous prépare la loi martiale et une guerre civile comme ce taré d’Alex Jones aux Etats-Unis, mais quand même, c’est bien une nouvelle forme de totalitarisme qui arrive petit à petit…

Je me demande vraiment ce qu’on nous prépare, et je crains que nous devions nous préparer à faire face à des heures sombres comme on n’en a encore jamais vues. Il n’y a rien à attendre de gens qui nous infantilisent et nous disent quoi penser, quoi dire, quoi faire, qui voter. Notre pays, notre civilisation n’a pas besoin de ces gens qui ne font que nous pousser vers l’abîme. La question est: les laisserons-nous faire ce qu’ils veulent et continuerons-nous à marcher dans leurs combines?

Nous ne redresserons pas notre pays par le haut avec des élections truquées d’avance, mais bien à partir de sa base, par nos propres comportements, et ça, ça commence par nous faire notre propre opinion, sans avoir besoin d’un garde chiourme par dessus notre épaule.

Sombre Plume présente: Caucasus

Sombre Plume publie aujourd’hui Caucasus, une novella de Tiephaine G. Szuter.

CaucasusParue en janvier 2014 chez les regrettées éditions House Made of Dawn, Caucasus était indisponible depuis près de deux ans et il était grand temps que nous prenions ce problème en main. C’est donc chose faite!

Caucasus, qui inclut également la nouvelle Le Tertre parue dans la revue Klaatu #3 (Décembre 2012, Ithaac Editions), est disponible en format numérique (Kindle) et pour la première fois en version papier (134 pages).

C’est aussi l’occasion pour nous de nous lancer beaucoup plus loin dans l’édition, et d’autres textes devraient suivre très rapidement avec Werwolf, une autre novella de Tiephaine prévue pour décembre.

La Jungle de Calais et les clandestins de France: quelques réalités

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite procéder à quelques petits rappels:

1/ Sombre-Plume ne génère toujours pas de revenus via la pub, nul besoin de crier au buzz ou je ne sais quoi.

2/ Nous ne sommes pas d’extrême-droite. Alors oui, effectivement quelques sujets abordés ces derniers mois peuvent laisser penser que nous avons des accointances avec ce bord-là, mais c’est faux. Nos articles démontrent assez bien le contraire quand on prend la peine de les lire.

3/ Les commentaires sont toujours modérés à priori, donc les trolls peuvent éviter de perdre leur temps avec les insultes, elles ne passeront pas.

Qu’est-ce que la Jungle?

Aujourd’hui commence le démantèlement de ce camp illégal que les associations et les médias ont surnommé « la Jungle », non loin de Calais. Qu’est-ce que la Jungle? Cet article du Figaro nous renseigne assez bien sur son historique et les circonstances de son apparition. Ainsi, il ne s’agit pas d’un seul camp apparu l’année dernière lors de la « crise des migrants », mais d’un ensemble de campements de fortune plus ou moins organisés apparus suite au démantèlement du camp de Sangatte, en 2002. Jusqu’en juin 2014, les associations ne recensaient qu’environ 900 personnes, et il s’agissait alors d’un pic d’affluence encore inégalé (contre environ 400 en moyenne sur une année). Il s’agissait majoritairement de jeunes hommes adultes seuls, originaires d’Afrique, d’Asie Centrale (Afghanistan en tête), et du proche Orient. Les groupes ethniques ne se mélangent pas, les bagarres et autres agressions sont fréquentes, et les problèmes sanitaires se multiplient (en mai 2014, une épidémie de gale amène les autorités à raser une partie des campements insalubres). Déjà démantelée en 2009, la « Jungle » est réapparue en quelques jours. Un centre d’accueil avait finalement été bâti dans l’urgence fin 2014-début 2015.

La « crise migratoire » de l’été 2015

Quand la « crise » éclate en 2015, la Jungle ne compte que 1300 personnes, majoritairement des somaliens et des érythréens. En octobre, ils sont environ 6000, ayant transité par les filières turques, « bizarrement » et « subitement » très efficaces: Syriza est arrivé au pouvoir en Grèce en janvier 2015 et les contrôles frontaliers sont désormais inexistants, suite au chantage opéré par l’Allemagne et l’Union Européenne à propos des mesures d’austérité visant à rembourser la dette du pays. Pour l’année 2015, ce sont plus de 885 000 entrées via la Turquie qui seront recensées par Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures (rapport d’activité 2015, p. 10). Le même rapport nous apprend que cette année-là, ce sont plus de 1 800 000 transits illégaux qui ont été détectés, dont 600 000 syriens et 267 000 afghans (voir p. 11 du rapport). La plupart de ces entrées avaient pour destination l’Allemagne, où la politique d’Angela Merkel d’accueil généralisé, extrêmement contestée par la population, visait à offrir aux industries allemandes une main d’œuvre très peu coûteuse. Il faut en effet rappeler que suite aux pressions européennes, l’Allemagne a été obligée d’instaurer un salaire minimum début 2015 pour ses salariés nationaux. Avec des industries de pointe et des salariés allemands qualifiés, une telle mesure permet de sécuriser le niveau économique de la population. La contrepartie demandée par les industriels était de pouvoir disposer d’une main d’œuvre très bon marché, sans qualification. Le vivier des jeunes allocataires obligés de travailler dans des associations et des structures de proximité pour moins de 3,50€ de l’heure n’étant pas disponible, le gouvernement allemand est allé chercher ses futurs travailleurs directement dans les flux migratoires, « pour faire face à une crise démographique« . Au final, l’Allemagne aurait accueilli entre 800 000 et un million de ces migrants clandestins, sans s’encombrer aucunement des procédures légales pourtant assez permissives prévues par l’Union Européenne, et surtout, qui ne sont pas concernés par le salaire minimum mis en place pour les travailleurs allemands: il s’agit ni plus ni moins que d’en faire des ouvriers corvéables à merci.

Une immigration économique et clandestine

Car c’est peut être là que réside le cœur du problème. Que l’Allemagne décide de recourir à l’immigration massive pour assurer le renouvellement de sa main d’œuvre n’est pas, en soi, un problème , sauf pour ceux qui se préoccupent de la théorie du remplacement des populations européennes. Loin d’être une théorie conspirationniste, les migrations de remplacement sont une réalité apparue dans un rapport de l’ONU en 2001; il s’agit de ces migrations « organisées » par certains pays développés pour faire face à la baisse de natalité au sein de leur population nationale, et qui ont pour effet de « remplacer » les populations locales par d’autres qui lui seront plus ou moins intégrées.

Bref, que l’Allemagne fasse appel à l’immigration pour faire face au déclin de la natalité de sa population est un choix politique qui n’est, en principe, que du ressort de ce pays (le Japon préconise exactement l’inverse et entend recourir à l’automatisation et à la robotisation de tous les secteurs de l’économie et de la vie sociale). Le fait est cependant que l’Allemagne est membre de l’Union Européenne et qu’au sein de l’Union, les mouvements de population sont libres, ce qui explique par exemple les fortes réticences de petits pays comme la Hongrie, l’Autriche, la Slovaquie, la République Tchèque ou la Roumanie face à ce genre de politique: délivrés de l’emprise soviétiques depuis 1991, ces populations ont un fort attachement à leurs racines culturelles qui leur étaient déniées sous l’URSS et ne souhaitent pas devoir subir ce qui leur apparaît comme une nouvelle fracture culturelle, ceci d’autant plus que la majorité des pays de l’est de l’Europe a eu à affronter pendant des siècles les invasions et influences ottomanes, dont les conséquences ont été la série de guerres des Balkans des années 1990. Guère étonnant, donc, de voir ces pays bâtir des murs pour empêcher les migrations clandestines de s’imposer à eux.

Vous l’aurez remarqué, je ne parle pas de « réfugiés », mais bien de migrants clandestins. Un réfugié est une personne déplacée par un conflit dans son pays et cherchant asile dans un autre pays. Un réfugié entend retourner dans son pays lorsque le conflit sera terminé, si cela lui est possible. En outre, le statut de réfugié n’est pas automatique, une commission ad hoc doit le reconnaître spécifiquement (en France, un seul organisme est habilité, l’OFPRA). L’Allemagne elle-même sélectionne les migrants syriens auxquels elle accorde ce statut (38 000 sur 55 000 l’ayant demandé l’année dernière).

En outre, ces migrants n’ont aucun visa, aucun permis de séjour, et n’ont suivi aucune procédure légale pour arriver en Europe. Tous ont emprunté des filières clandestines et illégales, payant des passeurs jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour une traversée dangereuse et régulièrement mortelle. Pire, la plupart de ces migrants ont dû, pour se payer le passage vers l’Europe, travailler pour mettre de l’argent de côté. Ils avaient un toit, un travail, et étaient donc en sécurité: l’argument selon lequel ils fuiraient la guerre ne tient donc pas, il s’agit d’une migration économique. Pour enfoncer le clou, si l’été 2015 a vu de nombreuses familles arriver en Europe via la Turquie, la majorité des migrants reste néanmoins composée d’hommes jeunes (moins de 30 ans) et seuls (célibataires sans famille). Ceux-ci représentent plus de 72% des migrants, contre seulement 13% de femmes. Il faut ajouter enfin que sur les migrants recensés comme « enfants » (de 0 à 18 ans), de plus en plus d’adultes se prétendent mineurs pour bénéficier de conditions d’accueil plus avantageuses, et surtout, éviter d’être expulsés. Selon les chiffres disponibles, 70% des « mineurs » sont en réalité des adultes…

Enfin, la majorité des populations syriennes fuyant la guerre civile (4,6 millions de personnes) ne se rend pas en Europe, mais est accueillie en Turquie, en Jordanie, au Liban, en Irak et en Egypte. L’immense majorité des déplacés refuse néanmoins de quitter leur pays et vivent en Syrie (7,6 millions), une bonne partie d’entre eux soutenant le régime d’Assad contre les rébellions financées et armées par les Etats-Unis et l’Europe et contre le Califat Islamique.

Avec seulement 1 millions de syriens accueillis en Europe depuis 2011, on ne peut pas dire que nos Etats soient de grands philanthropes, d’autant plus qu’une partie des syriens se voit refuser l’asile et se retrouve donc sous menace d’expulsion dans un programme d’échange conclu avec la Turquie. Concrètement, la Turquie, qui a besoin de diplômés, échange des manuels (non qualifiés) contre des intellectuels (diplômés de grandes écoles et universités) avec des pays européens qui requièrent surtout de la main d’œuvre bon marché.

La question du diplôme est également au centre de la propagande pro-migratoire. Selon les associations et les journalistes, les migrants seraient « bardés de diplômes« , et des « travailleurs très qualifiés ». Si la Syrie fait partie du réseau Erasmus Mundus, qui permet une harmonisation et surtout une reconnaissance réciproque des diplômes, en permettant aux étudiants étrangers de venir passer un diplôme en Europe selon les standards européens, tous les diplômes délivrés en Syrie ou ailleurs dans le monde ne sont pas reconnus dans les pays d’Europe. En fait, la majorité des diplômes étrangers doivent passer une commission d’évaluation avant d’être éventuellement reconnus, les conditions sont généralement très strictes, hors certains métiers (médecins, infirmières, chercheurs…) pour lesquels un besoin ou un intérêt se fait particulièrement sentir. Ainsi, même si ces migrants sont réellement diplômés (ils n’attestent presque jamais de l’obtention des diplômes qu’ils affirment détenir), ils ne seront pas pour autant fondés à s’en prévaloir, que ce soit en France ou un autre pays européen.

En résumé, on a donc des migrations clandestines par essence illégales, dont seule une fraction est d’origine syrienne (30% seulement des 1 800 000 migrants en 2015, pic du soi-disant « exode syrien »), 72% des migrants sont des hommes isolés, 70% des mineurs sont en réalité des adultes. Les diplômes dont ils se targuent ne sont jamais attestés, et doivent de toute façon être validés en commission d’équivalence. Mais on vous fait quand même croire que ce sont des familles avec des jeunes enfants qui viennent se réfugier en Europe, quitte à vous balancer des images de garçonnet noyé pour bien vous le faire gober…

La situation des enfants

Les enfants migrants, parlons-en. Ils sont quelques dizaines de milliers à avoir pu faire la traversée avec leurs parents ou du moins, des personnes se présentant comme telles. Si l’on pourrait croire que nos pays donnent la priorité aux familles, il n’en n’est rien. La plupart doivent attendre dans des camps de migrants le bon vouloir des autorités pour l’attribution d’un logement social.

Or, ces camps sont une horreur pour les jeunes enfants. Les agressions sexuelles mais aussi la prostitution forcée y sont monnaie courante, parce que les enfants sont les premières victimes de la traite des êtres humains que les associations pseudo-humanitaires font passer pour des migrations fuyant les guerres. Les articles de faits divers sont effarants et très honnêtement, en faire la liste serait long et ne serait qu’une longue liste d’atrocités. Plus de 10 000 mineurs ont disparu dès leur arrivée en Europe l’année dernière. Même si une partie d’entre eux a probablement rejoint leurs familles, la majorité sont aux mains de réseaux criminels internationaux.

Pourquoi reloge-t-on des hommes majeurs seuls alors que l’on fait attendre des mois et des mois des familles qui ont à priori toute légitimité pour être relogées dans l’un des 77 000 logements sociaux vacants en France? Pourquoi les associations comme Amnesty International ou la Cimade restent-elles silencieuses comme des tombes face à ces problèmes quand elles organisent un prosélytisme monstre pour l’accueil des clandestins? Où sont les journalistes quand se produisent ce genre de faits, alors qu’ils sont capables de nous jeter à la figure des photos d’enfants ensanglantés ou morts au petit déjeuner?

Les clandestins en France

Pendant que l’on s’occupe de gens qui n’ont aucune légitimité pour être en France, parce qu’ils y sont clandestinement, les médias et les politiques osent essayer de faire croire que notre pays accueille des « réfugiés ». C’est tout simplement totalement faux. Selon le rapport 2015 de l’OFPRA, seuls 23% des demandeurs du statut de réfugié l’ont obtenu cette année-là. A titre d’exemple et selon ce rapport, à peine 3400 syriens ont demandé ce statut en France (et 96% l’ont obtenu), contre 5000 soudanais, 3000 bangladais et 3100 kosovars. En 2014, 64 000 personnes ont déposé un dossier à l’OFPRA, contre 80 000 en 2015 (cf. p.36 du rapport). L’augmentation est réelle, mais il ne s’agit pas non plus d’un raz-de-marée comme on pourrait le croire après la crise migratoire de l’été 2015. Un tiers des demandes émanent de femmes, mais 45% d’entre elles proviennent de pays européens (Albanie, Kosovo…) et 42% proviennent de pays américains (Haïti…). Les 13% restant concernent surtout des femmes africaines (Djibouti, Ouganda…), et donc assez peu de femmes syriennes ou irakiennes.

Avec à peine 4.25% des demandes, on ne peut pas dire que les migrants soient principalement des syriens, en tout cas en France et selon ces chiffres. Alors pourquoi nous vendre de la souffrance humaine comme on peut en voir sur tous nos écrans à longueur de semaine, depuis maintenant 18 mois?

Notre pays subit le chômage de plein fouet, et celui-ci concerne aussi bien les jeunes sans qualification que les jeunes diplômés (12,5% des demandeurs d’emploi ont un diplôme supérieur niveau Bac +2, dont la moitié a en poche un bac +3 et plus). Notre tissus industriel est complètement détruit et ne nécessite donc pas de main d’œuvre peu ou pas qualifiée. En outre, nos démographie n’est pas menacée, puisque le seuil de renouvellement des populations est largement atteint avec une natalité de 2,2.

Faire croire aux français que les migrants clandestins sont une « chance pour la France » est donc non seulement un mensonge, mais aussi une saloperie incroyable. Notre pays est incapable de s’occuper de ses exclus, n’a aucune politique industrielle et creuse sa dette par milliards et multiplie les taxes pour financer des structures de solidarité clairement inefficaces. Comment peut-on oser faire croire que notre pays et ses structures peuvent absorber sans sourciller des dizaines de milliers de personnes supplémentaires chaque année? Les migrants ne s’y trompent pas, et préfèrent des pays comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l’Allemagne à la France, non parce que nous sommes d’affreux fascistes anti-immigrés (rappelons quand même que le Brexit a eu lieu sur la question des migrations…), mais parce que les perspectives d’avenir sont meilleures chez nos voisins. Notre jeunesse veut déguerpir de son pays: 65% des jeunes diplômés veulent aller travailler à l’étranger, plus d’un tiers des 18-34 ans voudrait s’expatrier.

Encore plus absurde, on expulse des jeunes gens qui sont installés en France depuis parfois plusieurs années et qui mènent des études supérieures avec succès alors qu’ils n’ont commis aucun délit, mais on offre à des clandestins des cours et des entrées à la fac sans s’interroger sur leurs capacités réelles à suivre les diplômes où ils seront inscrits!

Comment peut-on oser exiger des français qu’ils accueillent des jeunes migrants quand la jeunesse française veut partir? Comment peut-on oser exiger des français qu’ils paient sur leurs impôts l’accueil de personnes qui n’ont aucune légitimité à être là, quand leurs propres enfants n’ont pas les moyens de faire d’études et n’ont aucune perspective d’emploi?

La France est historiquement une terre d’accueil. Les français aiment partager leur culture avec autrui et entretiennent une tradition d’accueil indéniable au vu des chiffres du tourisme qui année après année démontrent que nous ne sommes pas un pays xénophobe. Les échanges culturels sont partout, qu’il s’agisse de la musique, du cinéma, de l’alimentation, de modes de vie et de régimes, etc.

Oui, les français ont un problème avec une certaine partie de la population qui lui crache à la figure à tous propos. Le chien qui mord la main qui le nourrit ne mérite aucune considération. Pour autant, personne ou presque ici ne fait l’amalgame avec ces étrangers qui apprennent à apprécier notre gastronomie, nos vins, nos paysages, qui partagent nos joies lors d’événements sportifs ou culturels, qui partagent notre chagrin lors des catastrophes et attentats, et qui râlent avec nous contre tout et n’importe quoi. Notre histoire fait de nous l’un des pays les plus ouverts sur le monde et les autres cultures, et nous ne sommes en rien xénophobes. Pourtant, malgré nos traditions et notre mode de vie ouvert, nos politiques et les médias serviles qui leur cirent les pompes n’ont de cesse de nous insulter, de nous dire que nous sommes des extrémistes racistes, et veulent nous obliger à partager les quelques miettes qui nous restent avec des gens qu’on prétend réfugiés alors qu’ils ne sont que des clandestins dont certains sont des individus dangereux.

L’humanisme décérébré dont font preuve une partie des médias et des associations est non seulement difficile à comprendre, mais surtout irresponsable et presque criminel. Comment peut-on tolérer que ces gens, par leurs discours, fassent croire à des gens qui vivent des situations précaires et dangereuses, qu’ils pourront bénéficier d’aides alors que ce n’est ni le cas ni l’intention des autorités? Par leurs discours, ces militants associatifs font naître un espoir chez des populations pauvres et/ou menacées, et ne font qu’entretenir les réseaux de passeurs et de traite des êtres humains, sans même parler du risque mortel encouru lors de la traversée de la méditerranée. Aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut accueillir toute la misère du monde. En prétendant vouloir sauver tout le monde, ces gens irresponsables ne vont faire qu’une seule chose: perdre tout le monde. Mais il est vrai que certains parmi ces associations semblent y trouver totalement leur compte sans même parler des généreuses subventions perçues par ces petits groupes et qui permettent de vivre en se faisant passer pour des gens « ouverts » et « humains ».

Les réactions identitaires n’ont jamais été aussi fortes en Europe depuis les années 1920-1930. Pourquoi encourager les filières illégales de migration alors que TOUT existe pour permettre légalement l’arrivée dans des conditions saines et durables d’étrangers, que ce soit pour étudier ou pour s’installer?

Je me demande, quand je vois ce qui se passe depuis 20 ans en Europe, si un projet plus sombre n’essaie pas de nous pousser à n’avoir plus que deux choix: disparaître, ou replonger dans le fascisme. Très franchement, je ne vois pas de raison d’avoir confiance en l’avenir.

Une guerre de religions en France au 21e siècle?

Ce 24 août 2016 marque l’anniversaire des Massacres de la Saint Barthélémy de 1572, au cours desquels  10 à 30 000 protestants furent assassinés à Paris et en Province, pour le seul fait de leur religion. Cet anniversaire, dans le contexte actuel d’omniprésence du terrorisme islamiste et des intégrismes religieux, prend une dimension très particulière.

Le 16e siècle en France est une période franchement compliquée, mais dont l’étude est vraiment intéressante, car elle rappelle certains événements actuels. Comme ce n’est pas vraiment la période la plus étudiée dans les établissements scolaires, laissez-moi vous faire un petit résumé…

Tout commence au 15e siècle, lorsqu’un obscur ecclésiastique allemand conteste les dérives de l’Eglise catholique qui vit dans une opulence d’autant plus scandaleuse que ses membres se préoccupent plus de politique que de Foi. On est en pleine chasse aux sorcières menée par l’Inquisition (le Malleus Maleficarum ou Der HexenHammer en allemand, ou Marteau des Sorcières a paru en 1487), qui frappe très durement les contrées germaniques, et des gens innocents sont envoyés au bûcher par des évêques qui s’approprient leurs biens au passage. Martin Luther, en placardant sur la porte de son église un manifeste contre une nouvelle opération financière de la papauté (la vente d’indulgences), amorce sans le vouloir un mouvement qui deviendra une religion à part entière, le Protestantisme. En un demi-siècle, la Réforme s’étend à tout le Saint Empire Germanique, en Suisse, aux Pays-Bas, en Angleterre, et bien sûr en France. Il s’agit autant d’un mouvement religieux que politique, les deux domaines étant intrinsèquement liés à l’époque. Or, la Réforme rejette l’autorité du Pape, dont l’Eglise s’immisce en permanence dans les affaires temporelles des royaumes chrétiens.

En France, l’affaire met aux prises les deux camps par l’intermédiaire de l’Amiral de Coligny, chef de file du parti protestant, et du Duc de Guise, chef du parti catholique. Ce dernier est l’un des plus proches conseillers du Roi Henri II qui meurt en 1559 (de la manière que  Michel de Nostre-Dame avait prédit…). Son fils, François II, qui n’est âgé que de 15 ans, confie les rênes du pouvoir à la famille des Guise. François II meurt à son tour quelques mois plus tard, et c’est Charles IX qui monte sur le trône, à 10 ans à peine, en 1560.

L’influence des Guise sur le Gouvernement est énorme, malgré la régence de Catherine de Médicis qui essaie tant bien que mal d’atténuer leur pouvoir en favorisant le parti royal. Les Guise sont si puissants que le parti protestant essaiera de les mettre aux arrêts en 1560, au cours des événements de la Conjuration d’Amboise. Si ce complot échoue, le traumatisme est énorme, car c’est la première fois que le Roi est directement « menacé ». A partir de ce moment, les Guise ont un pouvoir total et un conflit armé débute contre le parti protestant et ses places fortes. A partir de 1562 et le Massacre de Wassy (20 à 74 victimes protestantes selon les sources), les guerres se succèdent. Trois camps sont en présence: le parti catholique, le parti protestant (qui représente environ 2 millions de personnes dans un royaume de 20 millions), et le parti royal que Catherine de Médicis essaie désespérément de garder neutre afin de préserver l’intégrité du Royaume.

En 1570, après des conflits meurtriers et ruineux dans lesquels se sont impliqués des puissances étrangères, une paix durable semble entrer en vigueur, Charles IX accordant aux protestant une certaine liberté de culte par l’Edit de Saint-Germain.

En 1572, sont célébrées à Paris les noces de Marguerite de Valois (future « Reine Margot ») et de Henri de Navarre (futur Henri IV). A cette occasion, qui voit une catholique épouser un protestant, des membres très influents des deux partis sont réunis, dont les Guise et l’Amiral de Coligny. Les événements qui suivent sont sujets à caution et tout et n’importe quoi a été dit à leur sujet, néanmoins il semble que les Guise aient voulu faire assassiner Coligny pour venger l’un des leurs tué dix ans auparavant. S’ensuivent des tensions entre parti catholique et parti protestant, qui culminent avec l’assassinat des principaux chefs protestants présents à Paris. Coligny, qui avait survécu à la tentative d’assassinat, est tiré hors de son lit et défenestré par une petite troupe à la solde des Guise.

Ces assassinats ciblés, dans un contexte de tensions au sein de la population civile, amènent les parisiens à s’attaquer eux aussi aux protestants, au cours de la nuit de la Saint Barthélémy. L’événement provoquera la mort de 3000 personnes en quelques heures, et se répandra dans toute la France au cours de la « saison des saint Barthélémy ». Les sources ne fournissent pas le nombre exact des victimes, mais celles-ci sont estimées à environ 10 000, certains avançant le chiffre de 30 000. Ces massacres traumatisent durablement le Royaume, et aboutiront aux réflexions sur la liberté d’opinion des Lumières au 18e siècle.

Pourquoi ces événements sont-ils importants aujourd’hui, au 21e siècle?

Vous ne pouvez pas avoir manqué les polémiques qui ont émaillé l’été (migrants, burkini australo-libanais…), ni les attentats de Nice et de Rouen, sans parler des attaques dans la rue ou dans les trains (en Allemagne). Plus que jamais en France, les tensions entre musulmans et catholiques sont palpables et aboutissent de plus en plus à des actes de violence, de part et d’autre. Au milieu de ces tensions, se trouve un gouvernement non seulement faible, mais en plus totalement à côté de la plaque et idéologiquement ancré sur des notions totalement faussées.

Avant de poursuivre plus avant, je préfère préciser deux-trois choses. Si j’aime mon pays, je ne suis pas un extrémiste xénophobe. J’aime la société française en ce qu’elle est à l’écoute du monde, de par son histoire, et ouverte aux autres cultures. Même si les français sont parfois arrogants, je ne connais pas d’autre pays où les citoyens organisent autant de fêtes populaires où chacun peut y trouver son compte. Je ne connais aucun autre pays où il y a une réelle volonté de « vivre ensemble », c’est à dire de façon non-communautarisée. Mais cette volonté est en train de disparaître…

Notre ouverture sur les cultures islamiques n’est pas récente: le coran a été traduit par Du Ryer dès 1647 en français; il s’agit à ma connaissance de la première traduction occidentale moderne de ce texte. Voltaire lui-même connaissait partiellement l’histoire de l’Islam et en a tiré en 1742 un pamphlet anti-religieux intitulé Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, dirigé contre l’Eglise Catholique. Au 19e siècle, les Orientalistes « redécouvrent » le Proche-Orient. Avec la campagne d’Egypte de Napoléon Ier, une véritable passion pour les cultures arabo-islamiques et les civilisations pré-islamiques s’empare du pays. Le Coran est retraduit à de nombreuses reprises (en « Alcoran », « Koran », etc), les peintres et les écrivains s’inspirent de thèmes de la culture islamique et ottomane et produisent une vision fantasmée qui finira par motiver en grande partie l’aventure colonialiste française (car avant d’être une conquête, le colonialisme était bel et bien perçu comme une « aventure exotique », avant de se transformer en projet politique conquérant à part entière). Bref, la France a un véritable amour pour les cultures islamiques, de même que nous avons un véritable amour pour les cultures asiatiques, africaines, mésoaméricaines, nordiques ou slaves.

Cet amour est cependant mis à mal depuis une vingtaine d’années, au point qu’aujourd’hui, une hostilité communautaire réelle est palpable. Il suffit de regarder les commentaires d’un article faisant vaguement allusion aux conflits orientaux ou à la religion pour se rendre compte qu’il existe une véritable fracture d’origine religieuse entre européens et maghrébins, quelle que soit leur nationalité, et d’autant plus dangereuse que personne ne semble avoir l’intelligence ou le courage d’énoncer les problèmes et de proposer des solutions sans stigmatiser et catégoriser les uns ou les autres.

Là encore je préfère préciser quelques petites choses. Les deux « camps » ont tort, et sont manipulés par des groupes d’influence qui ont leur propre agenda politique, et qui se servent des événements à leur profit pour donner l’illusion qu’ils ont raison. De façon générale, les gens aspirent à la paix et à la bonne entente, quelle que soit leur culture ou leur origine, mais le climat ambiant est délibérément anxiogène, avec un risque terroriste islamiste omniprésent dans les médias et dans la bouche de nos gouvernants. On oublie cependant beaucoup trop que la France est un Etat laïc où la liberté d’opinion et de conscience est protégée et promue, et la Religion est en principe séparée de l’Etat, appartenant à la sphère privée pour ne pas dire personnelle.

En principe.

Depuis 2003 en effet, l’Etat a créé à l’instigation du Ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), association de type loi 1901 pour « représenter les musulmans de France ». Par pur opportunisme électoral, il s’agissait de promouvoir une vision idéologique communautariste de la religion musulmane, dans un contexte où le candidat à l’élection de 2007 entendait promouvoir la « discrimination positive » à l’américaine, alors que les pays anglo-saxons n’intègrent pas leurs minorités mais favorisent le communautarisme intégriste, qu’il soit religieux (qu’on pense aux Mormons, à la Scientologie ou aux Amish, qui se rassemblent dans des villes créées de toutes pièces pour eux) ou militant (groupes d’influence pro-Israel, associations LGBT, lobbys pro-armes…). Son adversaire, le premier Ministre Dominique de Villepin, a créé en 2005 la Fondation des Oeuvres de l’Islam de France, dans une optique moins clivante puisqu’il s’agissait de permettre le financement transparent des Mosquées et de leur fonctionnement. Dans la foulée, le Gouvernement français a opéré un rapprochement spectaculaire avec l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Qatar à des fins affairistes et financières. En contrepartie, notre pays a accueilli des religieux formés dans ces pays, c’est à dire issus de mosquées salafistes et traditionalistes. S’il faut reconnaître que cette pénétration des doctrines traditionalistes islamistes ne date pas de cette époque puisqu’on peut en trouver l’origine avec la création de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) en 1983, fédération proche des Frères Musulmans (désormais considérés comme organisation terroriste) et le mouvement politique islamique Ennahdha (le même qui prendra le pouvoir en Tunisie après la chute de Ben Ali en 2011), la pénétration des idées extrémistes s’est largement accélérée en France dans les années 2000.

Depuis lors, les polémiques n’ont jamais cessé, et les conflits proche-orientaux ont été importés sur notre territoire. Alors que nous n’étions pas visés par les attentats d’Al Qaïda après le 11 septembre (et qui ont frappé Madrid en 2004 et Londres à deux reprises en juillet 2005), nous nous sommes retrouvés en première ligne en raison de la publication par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet en février 2006. L’intervention en Afghanistan promue par le président Sarkozy a permis le recrutement de jeunes français par Al Qaïda (comme Mohamed Merah), et la radicalisation d’un nombre de plus en plus croissant de fidèles musulmans aux opinions rigoristes.

Comment en est-on arrivés là? Contrairement à l’idée générale, le terrorisme ne trouve pas son origine et sa justification dans une lecture post-colonialiste des interventions occidentales au Proche-Orient. Nous ne sommes pas ciblés parce que nous bombardons la Syrie ou soutenons (de moins en moins) Israel. Les attentats actuels proviennent d’une radicalisation qui a pris énormément de temps, et dont l’origine en France peut être retracée aux années 1980. Le mouvement Ennahdha (fondé en 1981) et les Frères Musulmans (fondés en 1928), qui ont dirigé l’UOIF, sont des mouvements politiques ET religieux: ils promeuvent l’idée de sociétés islamiques soumises à la Charia, bref en quelques mots, de conquérir et convertir les Etats non-islamiques pour instaurer un Califat Islamique (une obsession chez les intégristes musulmans), selon des préceptes pseudo-religieux datant de la fin du 19e siècle. Or, leur méthode est celle de la patience: par de petites touches, ils avancent leurs pions et radicalisent suffisamment de gens sans en avoir l’air jusqu’au moment où ils peuvent prendre le pouvoir, si possible par les urnes, comme en Tunisie en 2011. Cette méthode a été clairement exposée par Rached Gannouchi, ce qui a provoqué in fine sa chute…

Dans un pays comme la France, très ouvert aux autres historiquement et par nature, ces islamistes ont avancé leurs projets par des demandes à priori légitimes, comme la reconnaissance des fêtes religieuses (Ramadan, Aïd, Pélerinage à la Mecque), puis la reconnaissance du régime Halal dans la société (alors que les méthodes d’abattage rituel sont totalement contraires aux méthodes normalement en vigueur en France), puis la tenue de congrès de plus en plus importants, la volonté de promouvoir les « minorités visibles » à la télévision (alors que la France ne reconnaît qu’un type de citoyen quelle que soit son origine, le citoyen français…), puis la promotion de « produit ethniques« , puis la tentative de promotion d’un néo-créationnisme religieux à l’école, puis l’apparition de plus en plus fréquente de vêtements intégristes comme le Niqab (et désormais le Burqini)… Cet islamisme littéralement rampant a bénéficié d’une part de la bonne volonté française de ne pas exclure qui que ce soit de la vie publique, et d’autre part du militantisme idéologique et sélectif d’organisations pseudo-antiracistes qui oublient systématiquement de prendre fait et cause pour les asiatiques, accusent d’islamophobie toute personne critiquant les dérives communautaristes et intégristes de certains musulmans, et nient l’existence du racisme à l’encontre des populations blanches, comme si seuls les blancs étaient racistes

Aujourd’hui, la société française se polarise entre d’un côté les « antiracistes » et les islamistes, et de l’autre, les « nationalistes » (qui ne savent même plus pour quelle France ils militent, entre Vichy et Napoléon) et leurs alliés catholiques intégristes (Civitas, Deus Vult, Manif Pour Tous, SOS tout petits, et toute cette nébuleuse nauséabonde). Et au milieu, donc, des gens qui essaient d’éviter le conflit entre les deux camps, gens qui sont de moins en moins nombreux. Ces deux camps-là veulent en découdre. La rhétorique islamiste est désormais celle de la future guerre civile (« pour la défense des minorités musulmans opprimées »), de même que celle des « néonationalistes » (qui prônent la défense armée du « peuple français de souche »).

Une nouvelle guerre civile, religieuse, est tellement plausible désormais en France qu’elle devient désormais un sujet littéraire et un sujet de propagande.  C’est également une notion qui revient en permanence dans les commentaires d’articles voire dans la bouche des professionnels eux-mêmes.

Quatre siècles et demi après la sanglante Saint Barthélémy, des organisations politico-religieuses menacent une nouvelle fois de déchirer notre pays et de le plonger dans le sang et le chaos. On ne peut plus se permettre de tolérer l’intrusion du fait religieux dans la vie quotidienne de notre société: il faut le combattre de toutes nos forces, qu’il s’agisse de l’Islam ou de l’Eglise, qu’il s’agisse d’organisation religieuses ou de leurs soutiens indirects (partis, franc-maçons, associations…), sous peine de voir notre belle France se muer en un nouveau conflit des Balkans. Seule la laïcité la plus radicale et la plus intransigeante pourra nous éviter le pire…

Dessiner en France au 21e siècle: retour sur la censure de Marsault

(Au vu de la sensibilité à fleur de peau de chacun dans cette histoire, je commence par rappeler quelques petites choses:

1/ sombre-plume.fr ne génère aucun revenu tiré de la publicité, et pour cause: nous la détestons. Peu importe le trafic sur le site, donc, nos revenus ne sont tirés que de la vente de nos ouvrages, hors sombre-plume.

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3/ sombre-plume est dédié à la création littéraire et artistique, laquelle se base sur  certains sujets de société comme les libertés d’opinion et d’expression, les manipulations qui y ont trait, et beaucoup d’autres choses. Néanmoins, sombre-plume est farouchement neutre en ce qui concerne la politique: écrire un article sur Marsault n’implique pas que nous soyons d’extrême gauche ou d’extrême droite. La pensée extrémiste binaire est une manipulation que nous n’acceptons pas et que nous n’accepterons jamais, et nous nous employons à être le plus neutre possible dans nos articles.

Je rappelle aussi que les commentaires sont modérés a priori, et que si sombre-plume est un espace ouvert au public, il reste néanmoins une propriété immatérielle privée dont nous sommes légalement responsables: 99% des commentaires postés jusqu’ici n’ont pas été publiés, notamment sur nos articles sur les néo-religieux et la « France Chrétienne ». Bonne lecture!)

Le dessinateur Marsault: une gueule et un style uniques
Le dessinateur Marsault: une gueule et un style uniques dans la bande dessinée française

Il y a quelques jours, une violente polémique a agité les pages Facebook de Marsault, PaieTaSchneck, et plusieurs autres pages où les « débats » se sont étendus.

Pour ceux et celles qui l’ignorent, Marsault est un dessinateur français dont l’œuvre à l’encre de Chine est vouée à l’expression d’une critique de société sur fond d’humour noir et de violence crue, dans le plus pur héritage de la bande dessinée française du 20e siècle. Son travail est non-conventionnel puisque Marsault n’est pas issu d’une école d’arts et a appris le dessin seul, à force de pratique. Dessiner n’est pas son métier: il est avant tout ouvrier, ce qui explique le caractère « brut de décoffrage » tant de l’homme que de son art.

Ce côté ouvrier franchouillard est à la base de son travail, qui exprime la colère que l’on peut ressentir en Province dans le milieu ouvrier, tant à l’encontre de la politique du Gouvernement qu’à l’encontre d’une certaine partie de la jeunesse insouciante des grandes villes qui « cyber-milite » contre le « racisme », « l’homophobie », le « sexisme », pour « l’environnement » ou les régimes végétariens et végans, qui bien souvent sont perçus comme des donneurs de leçon illégitimes, sans parler des modes sur les réseaux sociaux (photos duckface, « like si tu as un coeur », etc.).

"Eugène" est un personnage récurrent chez Marsault, caricature et personnification violente du rejet de certains comportements perçus comme des travers de société
« Eugène » est un personnage récurrent chez Marsault, caricature et personnification violente du rejet de certains comportements perçus comme des travers de société

Si son travail n’est pas techniquement irréprochable et parfois inégal d’une planche à l’autre en terme de qualité et précision du trait, il n’en reste pas moins que Marsault est un vrai dessinateur satyrique, dans la lignée des dessinateurs de Pilote, Charlie Hebdo, Fluide Glacial, Siné, Hara-Kiri et autres.

 

Son humour décalé voire très noir n’est pas non plus absolument unique, puisque de nombreux dessinateurs usent des mêmes ressorts comiques (principalement l’outrance, le mauvais goût ou la violence absurde), à l’image des dessinateurs de Glory Owl, Ultimex, ou les dizaines d’autres, français comme étrangers, seulement connus par une petite communauté. Il n’est pas non plus à mettre entre toutes les mains, notamment parce qu’il s’attaque parfois à des sujets extrêmement polémiques comme le handicap (attention âmes sensibles s’abstenir), la « beauferie« , le terrorisme et les réactions qu’il génère au sein de la population… Il a également publié de nombreux dessins caricaturant les militants de « la bien-pensance« , et quelques dessins représentant Jean-Marie Le Pen ou des nazis (, ou encore ), ce qui a amené un certain nombre de gens à le considérer d’extrême-droite, et ce qui a amené certains sites nationalistes à reprendre ses dessins, comme Fdesouche ou Egalité et Réconciliation.

Comme on peut s’en douter, Marsault est un dessinateur controversé, qui déplaît à énormément de monde (notamment tous ceux qui se sentent visés par ses dessins), mais qui est néanmoins soutenu par une base de fans ne se réduisant plus à quelques lecteurs occasionnels, et ceci d’autant moins que Marsault est désormais publié aux éditions Ring, qui publient entre autres auteurs Laurent Obertone (La France Orange Mécanique), Zineb El Rhazoui (ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo, co-auteur avec Charb de la Vie de Mahomet) ou Philippe Verdier (ancien présentateur météo écarté pour avoir critiqué le GIEC, auteur de Climat Investigation)…

Depuis un an, la page Facebook de Marsault était attaquée par une petite bande de cyber-militants considérant le dessinateur comme un partisan d’extrême-droite, fasciste, misogyne, raciste, [insérer toute la palette habituelle des qualificatifs désobligeants]. Quelques-uns de ses dessins avaient été censurés par l’algorithme Facebook au motif qu’ils enfreignaient les règles de la communauté (alors que la propagande djihadiste ne l’est toujours pas, y compris les vidéos de décapitation, mais passons…), sans grande surprise au vu de certaines de ses œuvres. Après avoir tracé un signalement jusqu’à un petit groupe de militantes « féministes », Marsault a publié sur Facebook un dessin inspiré par la rhétorique de ce genre de groupes, le 27 décembre 2015.

Le dessin à l'origine de la cyber-guerre menée contre Marsault
Le dessin à l’origine de la cyber-guerre menée contre Marsault

La réponse ne s’est pas faite attendre, et le dessin a été censuré au bout de quelques jours. La cyber-guerre contre Marsault a pris dès lors une toute autre ampleur.

Ses dessins rendant hommage au chanteur de Mötörhead décédé à la fin de l’année 2015 ont également été attaqués par une vague de signalements qui ont abouti à leur censure, de même que son dessin rendant hommage à David Bowie. Cette censure ne s’est exercée que par l’exploitation des algorithmes de censure de Facebook: quelques signalements entrainent une révision « manuelle » (en réalité, exercée par un algorithme essayant d’identifier le contenu de l’image, du message ou de la vidéo), mais une vague de signalements massifs entraine la censure automatique de l’image ou de la vidéo visée, l’algorithme jugeant que la masse de signalements est suffisante pour censurer sans chercher plus loin.

Depuis le début de l’année, TOUS les dessins de Marsault publiés sur Facebook ont été censurés, quel que soit leur sujet, sans que jamais la discussion ne soit engagée avec lui via sa page, un site ou même les commentaires. La page de Marsault avait été fermée de façon temporaire (un mois) par Facebook au mois de décembre, avant de l’être définitivement début août. Un dessin de Marsault avait sur la fin une espérance de « vie » de quelques heures avant la censure, même lorsqu’il prenait fait et cause pour les grévistes contre la Loi Travail ou contre le Gouvernement. Cette fermeture intervient à peine quelques jours après que les éditions Ring aient été dévalisées dans des conditions clairement liées à une volonté de détruire le travail accompli depuis des mois, à quelques semaines de la rentrée littéraire de septembre 2016.

Il est important à ce stade de rappeler l’article 222-33-2 du code pénal, qui définit le Harcèlement comme étant « des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte [aux] droits et [à la] dignité, d’altérer [la] santé physique ou mentale ou de compromettre [l’]avenir professionnel [d’autrui] ». De ce point de vue-là, la cyber-guerre menée contre Marsault pour aboutir à la censure de sa page Facebook et de ses publications s’apparente donc bien à un harcèlement en règle. Si ce dessinateur controversé était réellement raciste, misogyne et autres, l’affaire aurait dû être portée au pénal par des associations de défense des minorités (ce qui n’a pas été le cas), et non faire l’objet d’une vendetta virtuelle sur internet.

Après la fermeture de sa page Facebook, Marsault est tombé sur cette publication publique, privatisée depuis, où l’auteur se félicite de la fermeture de la page principale du dessinateur et appelle à la censure de sa deuxième page. Or, cette jeune femme est à l’origine de la cyber-guerre menée contre Marsault depuis la publication de son dessin du 27 décembre 2015, ou en tout cas fait partie du petit groupe à l’origine de celle-ci. Précisons tout de suite pourquoi je n’ai pas censuré l’identité Facebook de celle-ci dans le lien que j’ai pointé: d’une part, il s’agit d’un pseudonyme et non de son identité réelle, pseudonyme qui est d’ailleurs commun sur Facebook. Les moyens de l’identifier sont limités, d’autant plus que celle-ci a changé sa photo de profil et privatisé ses publications. En outre, une recherche avec deux mots clés (« Marsault » et « Harcèlement ») permettent de retrouver la publication originale en quelques clics, et celle-ci a largement été relayée au cours des derniers jours, l’anonymiser n’aurait eu, donc, aucun effet. Et à titre purement personnel, j’estime que quand on se prétend militant, que ce soit de gauche, de droite ou d’un extrême, on a le courage de ses opinions en public, sinon c’est de la pure hypocrisie.

Dans un élan peut être un peu rapide, Marsault a décidé de publier une capture d’écran de ladite publication sur sa deuxième page, sans l’anonymiser et en annonçant que la jeune femme pouvait s’attendre à recevoir « 3-4 messages ». Si parmi les quelques 500 fils de commentaires de son article on a pu constater beaucoup de colère parmi ses fans, qui ont pour certains largement dépassé le cadre de la critique virulente (allusions à des violences, physiques comme sexuelles, insultes…), on a aussi pu voir une certaine incompréhension sur la non-anonymisation de la publication (qui aurait théoriquement pu « protéger » les jeunes femmes en question d’éventuelles représailles dans le monde physique, qui seraient absolument insupportables et à condamner très durement). Dans l’ensemble néanmoins, il s’agissait surtout de messages de soutien et d’encouragement à Marsault.

Comme il fallait s’y attendre, les choses n’en sont pas restées là et plusieurs groupes s’en sont mêlés, dont la page Paye Ta Shnek  qui a pris fait et cause pour défendre la jeune femme à l’origine du conflit. Seulement voilà, l’administratrice de PTS n’a pas seulement pris fait et cause pour elle, elle a aussi appelé ses quelques 150 000 abonnés à signaler la publication de Marsault, ainsi qu’à signaler sa page pour le faire censurer totalement, dans un commentaire de sa publication originale qui a été retiré depuis.

D’un côté, il y avait donc un artiste harcelé depuis quasiment un an et particulièrement depuis 8 mois, finalement censuré et qui a réagi d’une manière inconsidérée en n’anticipant pas les réactions violente d’une minorité infime de sa base de fans à l’encontre des jeunes femmes ciblées (notons néanmoins qu’on ne saura probablement jamais combien de messages directs celles-ci auront reçu, ni leur teneur. En prétendant avoir reçu des « centaines » de menaces de mort et d’appels au viol sans fournir aucun détail ou exemple, elles se placent clairement en position de victimisation virtuelle à partir de leurs seules déclarations, une méthode que je juge franchement facile et manipulatrice. Si menaces il y a, portez plainte, au lieu de vous en prévaloir pour vous donner le beau rôle dans cette histoire nauséabonde).

De l’autre côté, on a une communauté de cyber-militants très actifs, hurlant au scandale, ayant harcelé et fait censurer Marsault depuis des mois, et surtout appelant à la censure définitive d’un artiste certes bourrin et controversé mais néanmoins tout à fait en droit de dessiner ce qu’il dessine et protégé par nos libertés fondamentales d’opinion et d’expression aussi longtemps qu’il n’aura pas été condamné par un tribunal.

Il y a des torts des deux côtés, néanmoins je ne peux m’empêcher de penser que la véritable victime dans cette histoire n’est autre que Marsault lui-même. Que l’on apprécie ou pas son art qu’il revendique inspiré par des grands noms comme Gotlib ou Uderzo, ce dessinateur a non seulement le droit de dessiner ce qu’il dessine (aussi longtemps qu’il n’est pas condamné par la Justice, encore une fois), mais il est encore protégé par ce qu’il y a de plus sacré dans notre société: la liberté d’expression telle qu’issue du procès intenté contre Charlie Hebdo après l’affaire des caricatures de Mahomet.

L'un des nombreux exemples de couverture de Hara-Kiri que l'on peut trouver sur google
L’un des nombreux exemples de couverture de Hara-Kiri que l’on peut trouver sur google, sachant que le contenu était généralement bien plus trash

A la grande époque de la bande dessinée française, les journaux comme Hara-Kiri ou Charlie Hebdo ont publié des dessins du même tonneau que ceux de Marsault, signant donc une tradition bien française de l’irrévérence ancrée depuis plusieurs décennies dans notre paysage sociétal.

Il ne s’agit pas de défendre un dessinateur sous prétexte qu’il serait de gauche et donc « au dessus de tout soupçon ». Un satiriste, par définition, se moque d’un groupe de personne, voire d’une personne en particulier, en usant d’un comique d’exagération forcément caricatural. Il s’agit de permettre à chacun d’exercer son métier ou son activité dans le cadre légal en étant protégé contre les attaques à son encontre, inévitables, et quelle qu’en soit l’origine. Marsault, tout comme Charb ou Wolinski, DOIT pouvoir s’exprimer en toute quiétude dès lors qu’il n’a pas été condamné par la Justice. La censure extra-judiciaire et le harcèlement qu’elle suppose, qu’elle soit de gauche ou de droite, est une méthode fasciste, totalitariste, quelles que puissent être les justifications que l’on peut invoquer. Si un artiste n’est pas condamnable, alors même si ses publications ne nous plaisent pas, elles doivent être sereinement publiées. Siné avait été accusé en son temps d’antisémitisme, sans jamais être condamné.

Or, c’est précisément le même problème qui touche actuellement Marsault: attaqué pour son prétendu racisme, sa prétendue misogynie, ses prétendues sympathies pour l’extrême droite et ses soi-disant relations avec Alain Soral (en raison de la reprise de certains dessins de Marsault sur Egalité et Réconciliation), ce dessinateur a été privé de sa liberté d’expression parce qu’il a déplu à quelques dizaines de personnes qui n’ont jamais mis à l’épreuve le contenu de ses dessins contestés devant la justice. Dans une France post-Charlie Hebdo, c’est un véritable scandale que de voir des appels à la censure d’un artiste, innocent jusqu’à preuve du contraire, quel que soit son talent ou sa formation, quelles que soient ses opinions alléguées ou réelles, quel que soit le sujet général ou le ton de ses créations.

L’administratrice de PTS affirme que son appel à la censure n’avait rien à voir avec Charlie Hebdo et ne concernait que la publication de Marsault incriminant la jeune femme qui a participé à son harcèlement depuis le début de l’année. La première version de son appel à la censure, modifiée le lendemain, incluait pourtant bien un appel à signaler l’ensemble de la page de Marsault, pas seulement sa publication. Elle a participé, en outre, aux attaques contre lui, au même titre que l’Empêcheuse de Peser en Rond, la Team Bagarre, et plusieurs autres, qui ont eu lieu au cours des derniers mois de façon systématique et indiscriminée. La gestion stalinienne de PTS au cours du conflit, par une censure de tout commentaire et un bannissement de toute personne un tant soit peu en désaccord avec la ligne de la page, suggère à juste titre qu’il est impossible de discuter sereinement avec ces gens. Elizabeth Lévy, directrice de rédaction du journal Causeur qui leur a consacré un dossier l’année dernière, l’avait déjà souligné en expliquant que si le « combat féministe » semble légitime alors qu’il est gagné depuis longtemps, ces « néo-féministes » sont ultra-dangereuse pour notre démocratie et notre société car ne tolèrent pas les opinions différentes des leurs, et surtout, ne supportent pas les hommes, comme le démontre très bien ce blog. Or, on n’est plus là dans le cadre du féminisme, mais dans la plus pure misandrie, tout aussi sexiste et dangereuse que la misogynie.

Marsault a été la victime facile de ce genre de groupuscules, mais il n’est pas le seul. Il suffit aujourd’hui de déclarer quelqu’un raciste ou antisémite ou misogyne pour déclencher sur lui l’opprobre générale, même en ne fournissant aucune preuve ou en en forgeant de toute pièces, quitte à associer une personne à de vrais salopards comme Dieudonné ou Soral, qui eux ont été condamnés à de multiples reprises.

Alors, comme toujours, quand vous lisez quelque chose sur quelqu’un (et cet article ne doit pas faire exception), ne vous contentez pas de ce que vous avez lu, même si c’est illustré avec des captures d’écran ou des citations par essence tronquées et hors contexte. Allez voir ce que la personne fait, dit, publie, allez voir qui elle est, aussi bien dans ce qu’elle montre que dans ce qu’elle peut dire dans des entretiens. Faites-vous votre propre opinion, et ne vous laissez pas imposer une pensée unique…

Merci Marsault!
Merci pour tout Marsault, et rendez-vous en octobre dans toutes les bonnes librairies!