Sombre Plume présente: Saoshyant & Rome

Je me décide enfin à donner des allures plus officielles concernant la sortie de Saoshyant, paru en août dernier, à l’occasion de la publication du deuxième volet de la trilogie Ecclesia, intitulé Rome.

Saoshyant, tout d’abord:
Disponible au format papier et numérique (kindle) 

Dans l’obscurité d’un passé depuis longtemps oublié est née une idée qui devait changer le monde et délivrer l’Homme de ses angoisses.

Le Sauveur, pourtant, s’est fait tyran usurpateur et sanguinaire par la voix des prophètes qui n’ont eu de cesse d’annoncer sa venue prochaine à leur propre profit.

De ses origines mazdéenne, le Saoshyant s’est mué en Ha Mashia’h à Babylone avant de devenir Christ à Jérusalem.

Depuis deux millénaires, l’Homme tue au nom de celui qui devait le sauver. De Zoroastre à Saint Paul et l’Iscariote, Tiephaine G. Szuter prolonge l’expérience du Liber Satanis dans le premier volume de la trilogie Ecclesia, consacrée à la naissance du Christianisme et de l’Église qui s’en réclame.

 

Comme je l’expliquais en décembre dernier, la trilogie Ecclesia, dont Saoshyant est le premier volet, s’inscrit dans la lignée de mon Liber Satanis et entend montrer comment une idée mystique a été manipulée pour faire passer une petite secte isolée en Orient au statut de religion globale.

Saoshyant plonge dans les racines mazdéennes du concept de « Sauveur » et montre comment ce concept spirituel est devenu une arme dans les mains de rebelles juifs contre la domination romaine.

Le second volet d’Ecclesia s’intitule donc logiquement Rome:

Disponible au format papier et numérique (kindle)

La ville éternelle! Rome, l’impériale, la majestueuse, capitale du monde… Et pourtant, tout ceci ne serait bientôt plus que poussière.

Depuis le lointain Orient, la mort de l’Empire est en marche.

L’exterminatrice de dieux et de traditions rongera Rome de l’intérieur, festoyant sur son cadavre pendant des siècles.

L’Église chrétienne détruira un monde, et le plongera dans l’obscurité pour un millier d’années…

Avec Rome, Tiephaine G. Szuter nous fait plonger dans le drame de la fin du Monde antique dont l’agonie dura quatre siècles. Rongée par la superstition et le fanatisme, Rome témoigne du destin des sociétés obscurantistes des hommes devenus fous par dévotion.

 

Rome se déroule donc à la période troublée de l’Empire, et se concentre sur les conséquences de la fondation de l’Eglise Catholique, qui prendra peu à peu l’ascendant sur le pouvoir de l’Etat romain, et détruira irrémédiablement le monde antique et son lien particulier avec la Nature, les anciennes traditions, et cherchera la domination sur l’Humanité toute entière. Mais cette dernière partie sera abordée dans le troisième volume d’Ecclesia, intitulé Peste, à paraître dans les prochains mois.

Comme toujours, je vous souhaite une bonne lecture en compagnie de mes écrits.

 

La pseudo-science catastrophiste, fléau du 21e siècle

Écouter l’émission « Existe-t-il une science du pire? » de France Culture du 26 octobre dernier pour me réveiller n’était à priori pas la meilleure des choses à faire pour partir sur de bonnes bases. 

Le concept de « science du pire » s’applique à décrire ces situations catastrophiques « découvertes » (voire provoquées) par la Science, comme le célébrissime concept de « changement climatique ».

Le sujet de l’émission est à priori séduisant, puisqu’il s’agit de présenter une discipline naissante, la « collapsologie » (ou « science de l’effondrement », du terme anglais « collapse »), et d’en expliquer les principes. Le concept même de fin du monde est à la mode depuis environ 2500 ans et la naissance des messianismes religieux (là, je vous renvoie à mon Saoshyant), mais il s’est particulièrement développé ces cinquante dernières années: craintes d’une guerre nucléaire, apocalypse zombie, virus mortel global, robots tueurs, effondrement des sociétés civilisées, invasion extra-terrestre, astéroïde tueur… La littérature et le cinéma ne manquent pas d’exemples et nous en abreuve en permanence. Il semble donc assez étonnant finalement qu’une discipline scientifique ne se soit pas attachée à étudier ce domaine avant.

Quoique.

Rappelons que la Science repose sur deux choses: l’observation, et l’expérimentation. Si on peut observer l’effondrement de sociétés passées ou existantes, et éventuellement formuler des hypothèses pour les expliquer, il manquera toujours le second aspect fondamental de la Science moderne. L’expérimentation, pour des raisons assez évidentes, ne peut pas être réalisée sur une société pour voir comment elle s’effondre. L’expérimentation supposant la réplication, c’est à dire la répétition d’un résultat dans les mêmes conditions, autant dire qu’il est impossible de considérer la « collapsologie » comme une science, à moins d’accepter que l’on puisse mener des expériences sur des groupes d’individus pour observer comment ils survivent et meurent dans des conditions déterminées par avance. Au cours de l’ère moderne, il n’y a que trois « civilisations » qui ont permis un tel niveau d’inhumanité: l’Allemagne national-socialiste, la Russie soviétique, et le Japon impérial (du moins, sa sinistre Unité 731).

La collapsologie présente donc un sérieux défaut épistémologique dans le fondement même de son approche, et ne saurait en aucun cas être considérée comme une science au même titre que la Physique, la Chimie, la Médecine ou la Biologie. Ça ne signifie pas qu’elle ne peut pas être pertinente dans sa démarche ou son propos, simplement il faut garder à l’esprit que n’étant pas une Science, toute décision politique, économique ou humaine prise par rapport à cette discipline ne semble pas avoir beaucoup plus de pertinence qu’une décision prise en fonction d’un jet de fléchette ou d’un jet de dé.
Mais, encore une fois, l’idée n’est pas elle-même scandaleuse, puisqu’elle s’apparente à l’Histoire (qui essaie d’observer le passé pour en déterminer les dynamiques, mais sans pouvoir faire de prédiction), et éventuellement la Sociologie, dont elle partage les travers. La collapsologie n’est finalement que le pendant lugubre de la futurologie, qui est une discipline cherchant à prédire le futur à partir de l’étude de dynamiques technologiques, sociales, économiques et politiques actuelles.

Le premier quart d’heure sert d’introduction à cette discipline (qui n’a rien de nouveau, même si le terme semble l’être) et présente un entretien avec Pablo Servigne, co-auteur avec Raphaël Stevens d’un ouvrage de 2015 sur ce sujet, et qui a initié le mouvement. L’émission de Nicolas Martin sur France Culture relève assez vite que la collapsologie s’apparente à une pseudo-science, avec tous les dangers que cela peut comporter: Pablo Servigne précise en effet que la collapsologie se fonde sur l’observation ainsi que l’intuition. Une belle manière de dire que la discipline tient totalement compte des biais de ses membres et s’en sert pour ses prédictions. C’est là que la collapsologie se distingue de toute discipline à prétention scientifique comme peut en avoir par exemple la sociologie: là où l’approche scientifique essaie au maximum d’éliminer les biais cognitifs (à priori, préjugés, mauvaises interprétations…) pour obtenir des résultats non seulement les plus précis possibles, mais surtout les plus fidèles possibles à la réalité, la collapsologie s’en sert.

Pourquoi cela pose-t-il un problème? Tout simplement parce qu’à partir du moment où on adopte une approche biaisée, le résultat ne peut qu’être biaisé, inexact et éloigné de la réalité. C’est le principe de l’approche idéologique. Pour être plus clair, mettez-vous dans la peau de quelqu’un qui imagine que le nombre 18 est un nombre extrêmement important, sans pour autant être capable d’expliquer pourquoi. Vous en avez l’intuition. Le fait que vous attachiez une importance à ce nombre plutôt qu’à un autre va faire qu’à chaque fois que vous allez y être confronté, vous allez le remarquer de façon beaucoup plus claire que tout autre nombre, quand bien même vous le verriez beaucoup moins qu’un autre (au hasard, le nombre 23). C’est ce qu’on appelle un biais de perception sélective, ou « cherry picking » en anglais, qui consiste à ne prendre que les éléments qui nous confortent nos préjugés (de façon consciente ou non) et nous permettent d’obtenir des résultats conformes à nos attentes. C’est par exemple la démarche adoptée par Françoise Lhéritier et Priscille Touraille en sociologie pour expliquer des différences physiologiques entre hommes et femmes (même si en ce qui concerne ces deux-là, on est carrément dans la falsification scientifique…).

Je ne me prononcerais pas plus avant sur cette émission (ce que j’ai écrit jusqu’ici est de toute façon suffisamment éloquent), n’ayant pas pu aller plus loin que la vingtième minute, faute de patience face aux élucubrations qu’on y entend. Inviter Vincent Mignerot, un essayiste qui se présente comme « chercheur en sciences sociales » sans en avoir ni l’activité ni le diplôme, aurait pu éventuellement être intéressant si celui-ci n’était pas animé par des motivations politiques: il est président de l’association Adrastia, qui cherche à engranger de l’argent sur le thème de la fin du monde. L’entendre préciser en réponse à la mention du Réchauffement Climatique que le GIEC (Groupe International d’Études sur le Climat) se base sur des méta-études aurait pu être pertinent (une méta-étude est une analyse portant sur des ensembles de travaux portant sur un même sujet, pour en faire surgir une analyse statistique sensée faire émerger des tendance générales, tout en s’affranchissant en théorie des biais cognitifs propres individuellement à chacune des études). Le GIEC ayant une influence majeure sur la politique nationale et mondiale, rappeler une partie de ses méthodes pour en faire la critique est un argument fort pour préciser que les travaux du GIEC ne sont pas exempts de défauts et que les suivre aveuglément n’est pas forcément une bonne idée, d’autant plus que ses prévisions sont catastrophistes et aboutissent à réclamer toujours plus de financements. Malheureusement, Vincent Mignerot n’a vraisemblablement aucune honte à prêcher pour sa paroisse en affirmant de façon vindicative que le GIEC est très en dessous de la réalité parce qu’il ne prend pas en compte les derniers travaux scientifiques. Entendre un pseudo-chercheur en sciences sociales s’en prendre à des études scientifiques certes critiquables sur certains points mais autrement plus solides que la camelote qu’il essaie de nous vendre, c’était beaucoup trop pour que je puisse encore perdre mon temps à l’écouter.

Alors pourquoi rédiger un article à ce propos, finalement? Hé bien parce que j’avais envie de parler de ces gens qui, comme Vincent Mignerot, produisent des pseudo-savoirs et cherchent à profiter du système français pour récolter des financements publics, sans jamais avoir à justifier de la pertinence et de la validité de leurs travaux. Autrement dit, ces gens sont des parasites qui vivent confortablement avec l’argent du contribuable, et bénéficient d’une rente à vie qui les exempte de travailler réellement. Ces rentiers sont extrêmement nombreux en France, et expliquent en partie le gaspillage d’argent public et le déficit de l’État, même si ils ne sont pas le seul problème qui gangrène la société française, loin s’en faut.

L’organisation de l’État français fait de celui-ci le point central de l’économie du pays. En impliquant l’État dans tous les processus de décision, comme par exemple l’organisation de la solidarité nationale redistribuant les richesses à destination des plus pauvres par le biais de l’impôt, la France a adopté un système économique dit « socialiste ». Le socialisme n’est pas synonyme d’humanisme comme on tend à le croire, mais de centralisation étatique: l’État, et plus exactement le Gouvernement, se voit investi du pouvoir de réguler et d’organiser tous les aspects de la vie nationale. C’est parce que cette centralisation du pouvoir et du processus de décision prétend se fonder sur la solidarité que l’on en a cette vision déformée aujourd’hui, du moins en France.

Cette centralisation a pour effet d’inciter les groupes sociaux-économiques à rechercher les faveurs de ceux qui sont au pouvoir, pour obtenir des avantages politiques, législatifs ou financiers, sans avoir à se soumettre au processus naturel de sélection par la concurrence. En d’autres termes, la centralisation incite à la corruption et à la collusion, pour permettre à des groupes qui ne justifient pas de la pertinence de leur existence par un apport concret à la société de simplement continuer à exister. Généralement, cette survie est assurée par la captation d’une partie de l’argent du contribuable par le biais de subventions étatiques, en échange de faveurs quelconques assurant le maintien au pouvoir d’une partie de la classe politique (mais pas forcément à des postes renouvelés par le biais d’élections périodiques).

L’exemple le plus parfait pour illustrer ce mécanisme est le GIEC, dont j’ai parlé un peu plus tôt. Cet organisme international  est composé de représentants d’États nommés à leur poste par des gouvernements (il s’agit donc de postes politiques, et non de postes scientifiques), afin de produire des rapports à destination des autorités pour « guider l’action publique ». Nous avons donc des États qui depuis les années 1970 subissent une dépendance énergétique aux énergies carbonées, au premier rang desquelles le pétrole, qui s’est doublée au fil des ans d’une dépendance politique et financière au profit des États producteurs de pétrole, qui cherchent à justifier leurs politiques publiques d’investissements et de « transition énergétique » vers des énergies décarbonées, et s’appuient sur les travaux d’un organisme dont les membres sont tous nommés par leurs propres gouvernements pour justifier les politiques et stratégies nécessaires pour réduire la dépendance énergétique et financière envers les puissances pétrolières. Autant dire que le GIEC n’a aucun intérêt à produire un rapport réduisant l’impact des émissions de CO2 sur le climat, et a tout intérêt au contraire à produire des rapports catastrophistes… et à obtenir en échange de généreux financements assurant sa pérennité.

Ce principe s’applique à peu près à toutes les organisations associatives en France, depuis la petite association sportive communale qui a intérêt à bénéficier du prêt d’un bâtiment de la municipalité, jusqu’à des organisations internationales, gouvernementales ou non, y compris celles qui se défendent de toucher des subventions publiques (Greenpeace, par exemple, prétend ne pas être financée par un État, mais reçoit en réalité l’autorisation politique de mener ses actions avec la bienveillance policière et judiciaire, même quand il s’agit de bloquer des trains de combustible nucléaire ou d’envahir des centrales en ayant l’assurance de ne pas se faire tirer dessus…). Les entreprises y sont également très fortement incitées, comme on le voit depuis des années avec le MEDEF qui est systématiquement à l’œuvre en coulisse lors des réformes gouvernementales portant sur les entreprises, même si cela ne va pas du tout dans l’intérêt des PME qui représentent l’immense majorité des entreprises françaises.

Ce que les journalistes et politiques nomment « ultralibéralisme » n’est en réalité que le produit même de l’organisation socialiste de la société française. Il n’y a aucune libéralisation quand c’est l’État qui in fine prend toutes les décisions, même si celles-ci semblent donner du pouvoir à certains de ses affidés: ils font tous partie de la même entreprise de captation des richesses du peuple français par le biais de l’impôt. La seule différence avec les mafias est que ceux qui bénéficient de ce système se réfugient derrière l’apparente légitimité de leurs actes fournie par la Loi. Il n’y a plus aucun moyen normal de lutter contre ces gens, qui se fournissent les uns aux autres les justifications de leur activité et de leur rémunération: c’est un cercle vicieux qu’il devient de plus en plus impossible de briser.

La collapsologie n’est qu’un avatar de plus de ce problème majeur qui ronge la société française de l’intérieur. Il n’est guère étonnant qu’à aucun moment cette pseudo-discipline ne s’intéresse aux conséquences mêmes de son existence (le fait de faire une prédiction suffit souvent à la déjouer), ni encore moins aux véritables raisons qui poussent des sociétés civiles à l’effondrement et au basculement vers une autre organisation. Il ne faut rien attendre d’une discipline qui fait partie du problème, et qui passe son temps à crier au loup pour des raisons qui ne sont pas justifiées. Le jour où il se passera vraiment quelque chose, personne parmi ces oiseaux de mauvais augure ne le verra venir. C’est ce qui s’est passé avec la crise financière de 2008.

La leçon n’a visiblement pas porté ses fruits…

Il bouge encore!

Les deux mois qui viennent de s’écouler ont été l’occasion de grands chambardements dans nos vies, qui nous ont tenus éloignés malgré nous de Sombre Plume et de nos projets de publication.
Elora a une vie professionnelle et personnelle qui lui laisse très peu de temps à consacrer à sombre Plume, aussi dois-je prendre sur mes épaules la majorité de l’activité du site.
Seulement voilà, depuis septembre, je n’ai tout simplement pas arrêté: je me suis expatrié en Italie, pour les trois ans à venir, puisque je suis désormais officiellement doctorant. Il m’a fallu préparer les entretiens, la paperasse administrative française, la paperasse administrative italienne, la paperasse administrative universitaire, bref, beaucoup de tracas qui m’ont tenu éloigné beaucoup plus que je ne l’aurais voulu.

Mais ça y est, je suis en Italie, et je peux enfin commencer à souffler un petit peu pour animer Sombre Plume. Je partagerais probablement avec vous quelques notes de lecture que j’écris sur Babelio, ainsi que quelques petites choses à voir à Turin, la ville où je vis désormais, histoire de ne pas laisser Sombre Plume dans les limbes comme ces trois derniers mois.

Vous l’avez peut être vu, nous avons publié Saoshyant en août dernier, sans grande fanfare. C’est un projet qui m’est très personnel et assez particulier, qui marque mon premier pas dans un projet au long cours né dans la foulée de mon Liber Satanis. Il s’agissait à l’origine de décrire comment la religion Chrétienne et son Eglise étaient nées, à travers un cycle baptisé Ecclesia. Il y a trois tomes à ce jour, tous rédigés en 2009-2010, et intitulés Saoshyant, Rome et Peste.

Saoshyant, donc, retrace les origines de la religion chrétienne, depuis les origines du messianisme mazdéen (dont le « Sauveur » était appelé « Saoshyant ») que le peuple hébreu a largement croisé lors de son exil à Babylone, vers l’an -500 avant notre ère, jusqu’à la fondation formelle de l’Eglise catholique romaine, vers l’an 60.

A mi-chemin entre œuvre littéraire (reprenant la forme du Liber Satanis) et interprétation historique romancée, Ecclesia l’une de mes œuvres les plus intimes et personnelles.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur Liber Satanis, mes recherches m’ont amené à découvrir des textes religieux que je ne connaissais absolument pas, comme l’Evangile de Judas, les évangiles Gnostiques, les apocryphes chrétiens ou encore les écrits dits « inter-testamentaires », c’est à dire décrivant des faits s’intercalant entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Je n’ai jamais été très religieux, mais je dois avouer que découvrir et pénétrer l’envers du décor m’a totalement fait perdre la Foi. De cette désillusion est né le cycle Ecclesia, et donc Saoshyant, qui fournit ma vision de l’acte de naissance du christianisme en tant que religion.

Il est très intéressant pour moi, en tant qu’auteur, de revenir à ces textes que j’ai écrit il y a déjà 7-8 ans, à une période de ma vie qui était très particulière. Ma vision a en effet beaucoup évolué depuis: si je ne me revendique certainement pas croyant en une quelconque religion, je ne suis pas non plus athée, me considérant plutôt comme agnostique, c’est à dire à l’esprit « ouvert » aux mystères et au métaphysique/surnaturel.

Nietzsche, que j’ai lu à cette période, parlait de briser les Idoles. C’est exactement ce qu’a été Ecclesia pour moi: la destruction de mes idoles, de mes illusions religieuses. J’ai, depuis, découvert Carl Jung, et assume totalement ma pratique de la « magie » chaote (peu assidue, je dois le reconnaître).

Liber Satanis donnait la parole aux réprouvés des textes sacrés des monothéismes orientaux. Saoshyant est le point de départ d’un voyage matérialiste vers la spiritualité. J’espère que vous l’apprécierez.

Je devrais en principe faire paraître le second volet d’Ecclesia, intitulé Rome, d’ici la fin de l’année, vraisemblablement pour Noël. A très bientôt, donc.

Le Myanmar et la rébellion « Rohingya »

Mélenchon, expert en bobards.

« Du fait de leur religion, [les Rohingya] sont affreusement persécutés par la majorité birmane » – Jean-Luc Mélenchon, 8 septembre 2017, vlog commentant l’actualité (13:28 à 16:32)

La démagogie et la manipulation sont des armes redoutables lorsqu’elles sont employées sur des sujets concernant des pays situés à l’autre bout du monde, et sur lesquels on n’a a fortiori pas beaucoup de connaissances. Et, au vu de ce que balance Mélenchon, il n’y connait tellement rien qu’il est obligé de proférer un tissus de mensonge pour faire avancer son agenda politique.

Je ne prétend pas être un expert du Myanmar, mais j’ai été amené à lire pas mal de choses sur ce magnifique pays qui sort à peine de décennies de dictature militaire, contre laquelle de nombreux opposants luttaient, dont Aung San Suu kyi, héroïne-égérie de la Liberté adulée en Occident pour son combat pacifique contre les militaires, dans la plus pure tradition de son pays à la longue histoire bouddhiste. Elle est actuellement la dirigeante de facto du pays et a fait procéder à de nombreuses réformes démocratiques depuis la fin de son assignation à résidence et son élection au Parlement du Myanmar. Elle est aussi sous le feu de certains critiques qui l’accusent de passivité face à la répression des « Rohingya » en cours depuis octobre 2016.

Aung San Suu Kyi et Narendra Modi (Premier Ministre de l’Inde) le 6 septembre 2017. Les deux dirigeants ont abordé les solutions pouvant être mises en œuvre pour lutter contre l’immigration illégale des « Rohingya » en Inde

 

Les origines de la répression

En octobre 2016, le groupe armé Harakah al-Yaqin (ou « mouvement de la Foi ») a mené une attaque contre un poste frontière entre le Bangladesh et le Myanmar, dans la province côtière de Rakhine. Cette province, aussi appelée « Arakan » (elle porte le nom de « Rakhine »depuis l’arrivée des marins portugais au 17e siècle), avait déjà connu une éruption de violence de la part de la minorité musulmane en 2012 à l’encontre de la majorité bouddhiste, obligeant le gouvernement à déployer l’armée et à mettre en place un couvre-feu (officiellement, il y aura eu 78 morts, 87 blessés et… 140 000 déplacés).

(cliquer pour agrandir) Carte du Myanmar montrant les différentes provinces du pays, publiée par le gouvernement australien pour ses ressortissants voyageant au Myanmar, sur le site http://smartraveller.gov.au/ La province de Rakhine est la zone orangée au sud du pays, et la base arrière du groupe Harakah al-Yaqin est indiquée en rouge, à la frontière avec le Bangladesh

L’objectif d’Harakah al-Yaqin, officiellement formé à la suite des événements de 2012, est la création sur le territoire myanmarais d’un Etat indépendant, musulman, où serait appliqué la Sharia. Chose qui ne surprendra guère, ce mouvement est dirigé par Ata Ullah, un pakistanais né à Karachi et ayant passé toute sa vie à La Mecque, en Arabie Saoudite. Un étranger, sunnite salafiste de l’obédience wahhabite, donc… La base géographique (Gérard Challiand parlerait de « sanctuaire ») de ce mouvement se situe à la frontière entre Bangladesh et Myanmar, dans les jungles tropicales de la province de Rakhine, mais Harakah al-Yaqin est également présent à Maungdaw, la capitale de la province, où se concentrent la majorité des musulmans du pays (80% de la population de la ville est musulmane, dans un pays où ils ne représentent que 4% et 42% de la population de la province).

L’attaque du 9 octobre 2016 a laissé 9 policiers myanmarais morts, et a déclenché une vaste opération de police à Maungdaw et ses environs. Il s’agit d’une véritable opération militaire (la frontière étant peu marquée entre police et armée), au cours de laquelle seront arrêtées plusieurs dizaines de personnes suspectées de liens avec Harakah al-Yaqin, et de nombreuses maisons incendiées. Cette répression policière a entrainé une riposte de la part des civils, qui elle même a amené plus de violence, et ainsi de suite.

Pourquoi incendier des maisons au cours d’une opération de police? C’est ici que les choses commencent à sérieusement se compliquer, parce qu’il faut remonter à la décolonisation anglaise de la région. Le Myanmar accède à l’indépendance en 1948, juste après celles de l’Inde et du Pakistan en 1947. La partition des Indes anglaises en deux États s’explique par l’impossible conciliation entre hindous et musulmans, les violences intercommunautaires et la volonté des deux partis de n’avoir rien à faire l’une avec l’autre. Cette partition est l’occasion d’une grande violence, et causera la mort de près d’un million de personnes.

Le Pakistan, à l’époque, recouvre en réalité deux États: le Pakistan actuel, et le Pakistan oriental, qui deviendra en 1971 le Bangladesh, au terme d’une guerre avec le Pakistan qui aura fait 3 millions de morts et 10 millions de réfugiés.

Carte tirée de Wikipédia, montrant le découpage des Indes anglaises au moment de la décolonisation de la région en 1947, sous l’impulsion de Mohandas Ghandi

 

Ces réfugiés musulmans sont allés là où ils le pouvaient, c’est à dire en Inde d’une part, et au Myanmar d’autre part. C’est ce qui va déclencher la grave crise actuelle, et ce, dès 1978.

Si dans les années 1950, juste après l’indépendance, la province de Rakhine a été agitée par un mouvement indépendantiste de la part de la minorité musulmane, ce mouvement s’est vite essoufflé et a pris définitivement fin lors du coup d’état militaire de 1962. La guerre d’indépendance du Bangladesh provoque l’exode massif de plusieurs centaines de milliers de personnes de confession musulmane (sunnite) au Myanmar, dans cette province où traditionnellement et historiquement, la présence musulmane est importante. La tentation de l’indépendance étant encore présente dans les esprits, et renforcée par la guerre au Bangladesh, les autorités myanmaraises décident d’expulser manu militari autant de réfugiés qu’elles pourront vers leur pays d’origine.

La particularité de ces réfugiés était qu’ils s’étaient établi dans la province, pour y habiter durablement. Ils étaient devenus, de facto, des migrants illégaux, et n’entendaient aucunement retourner au Bangladesh. La junte militaire traitait donc ces populations comme des clandestins, résidant illégalement au Myanmar. Le problème était que la junte avait un peu trop tendance à expulser les citoyens myanmarais de confession musulmane avec les Bangladeshi, pour essayer de se débarrasser de ceux qui n’avaient pas oubliés leurs projets d’indépendance. Toujours est-il que devant le reflux de ses ressortissants dans des conditions souvent brutales, le gouvernement du Bangladesh a porté l’affaire devant l’ONU. Des négociations eurent lieu, et finalement le Bangladesh accepta de reprendre 200 000 de ses ressortissants pour mettre fin à la crise entre les deux pays.

Cela n’arrêta néanmoins pas l’immigration illégale entre les deux pays, la frontière étant extrêmement poreuse puisque matérialisée par une jungle tropicale épaisse et impossible à contrôler parfaitement (il n’y a pas de barrière, clôture ou mur passant au milieu de la jungle et le contrôle se fait par des patrouilles de police peu efficaces). En 1982, les autorités militaires du Myanmar décident donc, pour essayer d’enrayer l’afflux de migrants, de refuser d’octroyer la citoyenneté aux nouveaux venus bangladeshi. Là encore, il faut se rendre compte que le Myanmar n’était pas (et n’est toujours pas) un pays centralisé et bien développé. Il n’y avait pas à ce moment là, formellement, de document d’identité attestant de l’origine réelle des personnes présentes sur le territoire. Un migrant bangladeshi pouvait tout à fait s’établir dans la région et demander à être reconnu comme citoyen myanmarais par les autorités. En 1982, le Myanmar essaie donc de mettre en place un contrôle de l’immigration avec un système de délivrance de papiers d’identité strict, refusant aux migrants illégaux le même traitement que les citoyens myanmarais.

C’est de là que naissent la majorité des accusations de discrimination à l’encontre des populations musulmanes du pays, abusivement appelés « Rohingya ». C’est aussi ce qui explique pourquoi la police brûle des maisons lors de ses opérations contre Harakah al-Yaqin: elles sont traitées comme des installations illégales par des migrants illégaux, et donc détruites.

 

Les Rohingya: un fantasme sans aucune réalité?

L’appellation « Rohingya » pour désigner les populations musulmanes du Myanmar est au mieux un abus de langage, au pire une fraude totale.

Manifestation anti-« rohingya » en… Inde… suite aux attaques perpétrées par l’Harakah al-Yaqin

La présence musulmane dans la région est attestée depuis dès le 8e siècle, et matérialisée par la présence de marchands d’origine arabe. Ces marchands arabes établissent des comptoirs un peu partout dans l’océan indien, et s’installent parfois durablement. Les toutes premières populations musulmanes descendent de ces marchands, et ne représentent qu’une infime partie de la population de l’époque, qui est alors très majoritairement bouddhiste, hindoue et animiste. L’animisme et l’hindouisme disparaissent au fil des décennies (ils ne représentent respectivement plus que 0.1% et 0.5% de la population aujourd’hui au Myanmar), et le christianisme ne s’implante jamais vraiment dans le pays (il représente 6.2% de la population en 2015, contre 4.3% de musulmans).

La présence musulmane se renforce à partir du 15e siècle et la période du royaume Mrauk U, recouvrant l’actuelle province de Rakhine (alors appelée Arakan) et une partie du littoral bangladeshi. Ce royaume faisait partie du sultanat du Bengale, dont la religion officielle était l’Islam sunnite de l’école hanafite, c’est à dire celle des 4 grandes écoles islamiques qui est la plus libérale et la plus tolérante, mettant en avant la rationalité devant la littéralité des textes islamiques. C’est cette littéralité qui est au cœur de l’école malikite qui a cours au Maroc, et surtout de l’école hanbalite dont sont issues les doctrines wahhabite et salafiste et plus généralement tous les mouvements sectaires et jihadistes.

Le Royaume de Mrauk U prospère pendant environ un siècle, jusqu’au milieu du 16e, et subit de plein fouet l’instabilité du sultanat du Bengale, qui finit par s’effondrer en 1576 et être absorbé dans l’empire Moghol, lui aussi principalement musulman mais beaucoup plus instable et beaucoup moins centralisé que le sultanat du Bengale. Si le Mrauk U perdure officiellement jusqu’en 1784, il s’agit en fait de trois royaumes aux contours différents qui se sont succédés entre 1430 et 1784. En réalité, l’Arakan n’appartient plus au sultanat dès 1531, date à laquelle il tombe entre les mains des moghols et qui marque la fin du premier royaume Mrauk U. Après 1576 et le départ des moghols, la population musulmane de l’Arakan ne s’étend plus et cohabite avec une population bouddhiste aussi nombreuse qu’elle. L’Arakan bascule définitivement aux mains de l’empire birman en 1785, dont la religion est le bouddhisme.

Le nom Arakan semble être transformé en « Rakhine » après l’arrivée des marchands/pirates portugais au 17e siècle, du moins du point de vue occidental, puisque ce nom est repris lorsque les anglais arrivent dans la région et la colonisent à partir de 1824. C’est le nom « Rakhine » qui survivra lors de l’indépendance, peut être pour marquer la différence entre cette région à majorité bouddhiste avec l’ancienne région historiquement plutôt musulmane. Le reste, vous l’avez lu plus haut.

A l’arrivée des anglais, il y a donc plusieurs « types » de populations musulmanes:

  • les descendants des marchands arabes du 8e siècle et suivants, puis leur retour sous la période du sultanat
  • les bengalis de la période du sultanat
  • les moghols de la (très) courte présence dans l’Arakan de l’Empire Moghol (1531-1576)

Sous la présence anglaise (1824-1948), les mouvements de populations venues de toutes les Indes Britanniques brouillent un peu les cartes, mais il ne semble pas y avoir d’arrivée massive de populations issues d’autres « souches » que celles qui sont citées ici. J’ai lu à plusieurs reprises que les anglais auraient « importé » des populations musulmanes extérieures au Myanmar, sans que l’assertion ne soit jamais étayée, et sans que je ne puisse moi-même en trouver une quelconque trace. Il est en revanche vrai que les mouvements de populations (notamment indiennes et chinoises) étaient plus faciles dans un territoire unifié sous l’administration britannique, et il est possible qu’il y ait eu des mouvements plus ou moins « importants » en proportion: on parle d’une région qui avait à l’époque moins de 500 000 habitants (10 000 n’est pas un nombre très grand mais en proportion, il est important), et qui en abrite aujourd’hui 3.1 millions.

S’y ajoutent ensuite et peut être surtout les « pakistanais orientaux » (les bangladeshi) après l’indépendance, à partir des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, dont seuls ceux qui sont arrivés avant la guerre d’indépendance du Bangladesh sont considérés comme myanmarais.

Mais où sont les Rohingya? Ils n’existent tout simplement pas, du moins en termes ethniques comme on le voit trop souvent dans les médias. Le terme est en réalité né sous la plume des indépendantistes musulmans de la province de Rakhine dans les années 1950. Il s’agissait de désigner sous une seule et même appellation les populations musulmanes de la région, pour créer l’illusion d’une ethnicisation et ancrer leur histoire commune dans une tradition remontant au 8e siècle. En créant une ethnie « Rohingya », les revendications indépendantistes étaient sensées avoir plus de poids. L’historien japonais Aye Chan va même jusqu’à affirmer que le mot « Rohingya » a été inventé exprès par les intellectuels musulmans indépendantistes, et qu’il n’existe pas avant cette période, dans aucune langue.  Fin connaisseur de l’histoire du Myanmar, Aye Chan y est régulièrement accueilli depuis les années 1990. Son travail universitaire n’est pas remis en cause ni critiqué, même si il existe une polémique sur ses déclarations relatives au terme « Rohingya », d’autres historiens adoptant plutôt le point de vue des indépendantistes musulmans. Les documents historiques semblent lui donner raison. Lors de la constitution de l’assemblée constituante en 1947, les populations musulmanes de la région étaient désignées sous le nom « Arakese-indians » (« indiens de l’Arakan ») et non sous le nom de « Rohingya ».

Ce terme apparaît officiellement pour la première fois en 1948 dans un mémorandum rédigé par Mohammed Abdul Gaffar, membre de l’assemblée constituante, et demandant à ce que soit employé le terme Rohingya pour désigner les « Arakese-indians ». Le mot est formé à partir de « Rohang », le nom indien de la région. Pourquoi ne pas avoir voulu employer le nom musulman « Arakan » d’origine arabo-perse en vigueur depuis le 8e siècle,  mystère et boules de gomme.

Une chose est cependant sûre: les populations musulmanes au Myanmar et en particulier dans la province de Rakhine ne sont en aucun cas homogènes, que ce soit d’un point de vue ethnique ou d’un point de vue religieux. Comme on l’a vu, l’histoire de la région démontre que c’était plutôt le courant hanafite, plutôt libéral et tolérant, qui a dominé jusqu’à aujourd’hui. Or, les indépendantistes se rattachent, par réaction identitaire, plutôt aux traditions littéralistes, hanbalites, et la rébellion actuellement à l’œuvre est carrément salafiste wahhabite, pour ne pas dire jihadiste, même si l’Harakah al-Yaqin n’a pas encore de base populaire assez solide pour prétendre publiquement s’attaquer à autre chose que l’État myanmarais.

L’immense majorité de la population musulmane reste néanmoins tolérante et pacifique, même si des incidents (vols et agressions, parfois viols et meurtres) impliquant des musulmans contre des bouddhistes surgissent régulièrement. Ceux qui ont la citoyenneté octroyée par le Myanmar se considèrent d’ailleurs pour la plupart comme myanmarais avant de se dire musulmans. Ce sont ceux qui n’ont pas la nationalité et sont arrivés après 1982 (instauration des lois drastiques sur l’immigration illégale) qui se présentent aujourd’hui comme musulmans et « Rohingya ».

Ce mot, finalement, désigne moins les musulmans du pays que ses immigrés clandestins…

 

L’éternelle fable de l’éternelle persécution des musulmans

Le storytelling en cours depuis cet été est que les méchants « birmans » (ressortissants d’un empire qui a disparu au début du 19e siècle, mais passons) persécutent les gentils musulmans innocents et commettent même un quasi-génocide. Car, honnêtement, que seraient nos médias sans histoires de génocides? Érythrée, Cisjordanie/Gaza, Syrie, Burundi, Tchétchénie, et maintenant Myanmar, plus aucune actualité ne semble être développée sans qu’il n’y ait un génocide quelque part.

Ce recours à l’exagération quasi-burlesque est facilité par le fait que les opérations policières et militaires au Myanmar emploient régulièrement une force excessive contre des civils. Ce comportement est hérité de la présence coloniale britannique, qui ne se préoccupait pas de maintenir l’ordre mais menait une politique de répression indistincte contre la violence subie par les coloniaux. En d’autres termes, il s’agissait d’expéditions punitives où des villages étaient incendiés et les populations civiles étaient battues et subissaient des exécutions extra-judiciaires.

Après le coup d’état militaire de 1962, les méthodes coloniales britanniques ont été mises en œuvre par l’armée myanmaraise à l’encontre des populations du pays, quelle que soit leur origine ou leur confession. En l’espace de quelques années, 300 000 personnes d’origine chinoise (Han), indienne (Ghurka, etc.), bengali, népalaise, ainsi que descendant d’européens restés après la décolonisation, ont fui le pays devenu dictature. Il ne s’agissait pas d’étrangers, mais bien de myanmarais descendants d’immigrés légaux.

Les musulmans n’étaient pas particulièrement visés. Avant l’indépendance du Bangladesh, ceux qui étaient visés étaient ceux qui avaient soutenu les prétentions indépendantistes de la province de Rakhine, leurs familles, ainsi que les religieux, suspectés de tenir des propos antigouvernementaux. Si je dis que les musulmans n’étaient pas particulièrement visés, c’est parce que les chrétiens et les bouddhistes l’étaient tout autant. Ils ne l’étaient pas en raison de leurs opinions religieuses, mais en tant qu’opposants politiques: sous le couvert de leurs discours religieux, il était facile, du point de vue militaire, de tenir des propos critiques contre le Gouvernement. De ce fait, les chrétiens et les musulmans subissaient une présence policière constante, et les bouddhistes étaient confinés dans leurs monastères.

De façon très intéressante, ce qui se passe aujourd’hui avec les « Rohingya » suit exactement le même fil qu’avec les « Karen », à ceci près que les premiers sont une « ethnie » musulmane quand la seconde est une « ethnie » chrétienne (le terme d’ethnie est abusif, car ces populations n’ont ni tradition religieuse homogène, ni surtout de langue commune). Les « Karen » sont originaires de la province de Kayin (dite Karen), à la frontière avec la Thaïlande.

Province de Kayin (Karen) en rouge. Située à la frontière avec la Thaïlande, cette province abrite un ensemble de populations disparates regroupées sous le terme fourre-tout « Karen ».

A l’occasion du mouvement de décolonisation de la région, dès 1947, les habitants de cette province ont essayé de faire valoir leur droit à l’indépendance, qui a tout autant échoué que pour les musulmans et leur « Arakan » dans la province de Rhakine. Les « Karen » ont organisé très tôt une résistance armée, avec une insurrection en janvier 1949, réprimée dans le sang, sans jamais être éliminée.

La révolte populaire généralisée de 1988 (immortalisée dans le film hollywoodien Rangoon) a permis à ces groupes armés de revenir en force. En réaction, le Gouvernement militaire a lancé une vaste opération de répression qui a duré au moins jusqu’à la fin de la junte en 2011.

Pour faire un peu démago, mais parce que l’exemple est extrêmement parlant, le film « Rambo » (2008) dépeint la situation des populations de la région et surtout la répression féroce menée contre la rébellion par le Tatmadaw, l’armée du Myanmar (le film est d’autant plus manichéen que l’équipe de tournage a essuyé des tirs de l’armée lors du tournage de séquences de jungle à proximité de la frontière du Myanmar, et Sylvester Stallone a raconté avoir rencontré sur place des survivants d’exactions particulièrement cruelles).

Rambo, en 2008, assimilait déjà répression contre la rébellion « Karen » et quasi-génocide… les médias et politiques de 2017 ne semblent pas valoir mieux

Pourquoi venir prétendre que « les musulmans » du Myanmar sont persécutés en parlant d’eux comme d’un peuple inventé de toute pièce mais présenté comme « millénaire », alors que personne n’a jamais levé le plus petit doigt pour les « Karen » ni encore moins pour les Hmongs du Laos?

La réponse est assez simple: parce que certaines organisations ont aujourd’hui tout intérêt à dresser les musulmans, en Occident mais aussi ailleurs, contre les non-musulmans. On est totalement dans la stratégie héritée de l’ouvrage médiéval que l’on trouve aujourd’hui publié en France sous le nom « Le Livre des Ruses: la stratégie des arabes » chez Phébus, dans la collection Libretto. Il s’agit d’une compilation de textes éducatifs à travers des exemples et anecdotes, comme on peut en trouver dans la littérature politico-stratégique asiatique. L’une de ces techniques vise à frapper en premier puis à accepter d’encaisser la riposte, pour ensuite se mettre dans la position de la victime aux yeux de tout le monde.

C’est ce qui se passe aujourd’hui au Myanmar, après les attaques du 9 octobre 2016 orchestrées par l’Harakah al-Yaqin. En tuant 9 policiers, puis en se réfugiant au sein des populations civiles, ce groupe a provoqué une répression féroce à l’encontre de groupes civils jusque-là relativement pacifiques. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, et la réaction du Gouvernement myanmarais n’a fait que leur permettre d’avancer leurs pions sur leur échiquier politique en se donnant les moyens de recruter encore plus de monde. L’élan de sympathie envers les « Rohingya » amène déjà des organisations islamiques à récolter des fonds pour « aider les populations ». Or, l’humanitaire est pour les organisations islamistes le parfait moyen de financer des groupes terroristes. En outre, la multiplication des images de « persécutions » et présentées comme ne ciblant qu’exclusivement les musulmans « parce qu’ils sont musulmans » (et non parce qu’ils abritent des membres d’organisations terroristes…) renforce l’idée anxiogène pour les musulmans à l’autre bout du monde qu’ils sont effectivement persécutés, même si ils vivent dans des pays libéraux qui leur aménagent de plus en plus d’espaces et leur octroient de plus en plus de mesures d’exception.

Cette méthode est redoutable, car elle permet à ces organisations radicales hanbalites d’éliminer sans coup férir les opinions plus libérales et plus tolérantes issues des écoles hanafites, pour au final imposer une vision monolithique de l’Islam, dans sa version la plus hostile et mortifère, le salafisme.

Mélenchon joue ici un jeu très dangereux, en se positionnant dans le storytelling génocidaire des « musulmans opprimés et persécutés parce qu’ils sont musulmans ». Ce long article démontre que la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça, et qu’il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, surtout quand ces gentils-là n’existent même pas (en tout cas, pas tels qu’on les décrit).

Il semble que l’objectif des salafistes de déclencher des affrontements intercommunautaires ait ici pleinement été atteint. Reste à espérer que ces tensions ne dégénèrent pas plus qu’elles ne l’ont déjà fait ces dernières années, les populations bouddhistes et les autres minorités ethnico-religieuses ayant eu à souffrir au moins autant que les populations musulmanes.

Ce connard de Mélenchon, s’il était réellement humaniste et anti-clérical comme il le prétend, ne soutiendrait aucunement la thèse des « persécutions des musulmans parce qu’ils sont musulmans » et chercherait à appeler à l’apaisement. Lui ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Un feu qui couve depuis des années et qui a amené des moines bouddhistes non-violents à se battre dans les rues et à devenir à travers le prisme des médias occidentaux des bourreaux sanguinaires…

Un rappel que la tolérance ne doit pas être à sens unique. Ce ne sont pas toujours les minorités qui sont persécutées par la majorité.

 

Casse du Code du Travail: vers un retour à l’efficacité de la Grève?

M. Macron devrait se sentir bien seul dans les semaines à venir…

Il faut bien l’avouer, la rentrée en France s’annonce déprimante. La période de vacances estivales n’aura pas changé grand chose: on sait depuis l’élection de M. Macron et les législatives qui ont suivi que les grandes réformes qui arrivent vont chambouler le système social à la française, et qu’en réaction devraient s’organiser des mouvements de grève et manifestations qui serviront de prétexte à certains groupes violents pour commettre leurs habituelles exactions.

La casse du Code du Travail est anxiogène à plus d’un titre. Perçue comme un recul majeur des acquis sociaux obtenus principalement dans la première moitié du 20e siècle, la réforme semble d’autant plus violente qu’elle sera menée par ordonnances, et non adoptée par la voie parlementaire. Elle est annoncée comme « flexibilisant » le marché du travail, c’est à dire permettant des licenciements plus facilement et plus rapidement. L’emploi, en effet, est LE sujet de préoccupation en France depuis une trentaine d’années, sujet perçu comme étant d’autant plus important depuis la crise financière de 2008 que le chômage n’a cessé de servir de prétexte à diverses réformes négatives sans que la situation ne s’arrange le moins du monde.

 

Une réforme à peu près inutile

Cette fameuse réforme Macron devrait entrer dans l’Histoire comme la troisième macronnerie de la République Française, après les Lois Macron (la loi « pour la croissance et l’activité » du 6 août 2015) et El Khomri (la loi « travail » ou « relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels » du 8 août 2016). Pour être complet, il faudrait ajouter à ces lois certaines des dispositions contenues dans la Loi Sapin II (Loi « relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique », du 9 décembre 2016) mais passons.

Cette troisième macronnerie vise, donc, à réformer le code du travail de fond en comble, et notamment les mesures relatives à l’emploi et au licenciement, pour soutenir les employeurs et permettre aux chômeurs et demandeurs d’emploi de trouver plus facilement main d’œuvre et rémunération.

Mais les choses ne sont pas si simples. Le marché du travail peut être divisé en trois catégories:

  • les emplois liés à la supervision de l’activité (cadres…), où les qualifications sont importantes (bac +3 et plus) et où généralement une expérience de plusieurs années est exigée; ces emplois donnent lieu à des contrats à durée indéterminée parce que les compétences apportées sont relativement rares et il faut donc pouvoir les capter et les conserver
  • les emplois liés directement à l’activité (production, logistique, services…), qui nécessitent des compétences relativement simples et rapides à acquérir (type BTS, DUT, certains BEP/CAP et Bac pro, et certaines formations spécifiques type CACES…); généralement ces emplois sont pourvus via un CDI, mais peuvent tout à fait être pourvus via des CDD longue durée sans que le remplacement du salarié n’impacte sensiblement l’activité
  • les emplois non qualifiés, qui ne nécessitent que très peu de formations voire pas du tout. Ces emplois là sont pourvus via intérim et parfois CDD courte durée (jusqu’à trois mois), contrat saisonnier, voire par stage (qui rime avec esclavage…)

La flexibilité du marché du travail se fait actuellement au niveau des intérimaires et travailleurs temporaires, qui sont les premiers à ne pas être maintenus ou renouvelés lorsque l’activité diminue. A l’inverse, lorsque l’activité augmente, les recrutements se font sur des contrats temporaires. Ce n’est que lorsque l’augmentation est durable, c’est à dire lorsque l’entreprise investit et cherche à se développer, que le travail se pérennise via des CDI.

Depuis le milieu des années 2000, la France est dans un contexte très particulier qui devrait être très favorable aux jeunes générations (de plus en plus diplômées, donc cherchant des emplois stables), puisque la génération des « baby-boomers » arrive à la retraite, libérant des emplois de façon massive. Or, on constate mois après mois que les départs en retraite ne sont pas compensés par des recrutements, et donnent plutôt prétexte à la suppression d’emplois et à la « réorganisation/rationalisation » de services entiers. Pire, « l’externalisation des services » (parfois au prix de délocalisations) et le recours de plus en plus massif à des « travailleurs indépendants » (type autoentrepreneurs) ne semble pas non plus enrayer le chômage, malgré une flexibilité absolue puisqu’il n’y a plus dans ce cas de relation de travail, mais une prestation de service, rémunérée à la tâche.

Nombreux sont ceux qui voient dans « l’ubérisation » du travail un retour des tâcherons du 19e siècle, des entrepreneurs-ouvriers rémunérés à la tâche, travaillant avec leurs propres outils, et généralement rémunérés juste de quoi passer la journée et la nuit…

Difficile, dans ces conditions, de comprendre quel peut être l’impact de la réforme Macron sur le marché du travail, alors que celui-ci tend à disparaître et à se replier sur les activités les plus critiques, nécessitant expérience et formation supérieure.

C’est d’autant moins compréhensible que s’est développée depuis une petite vingtaine d’années (mais surtout au cours de la dernière décennie) une tendance des employeurs à faire fi des dispositions légales et contractuelles pour évincer quelqu’un de son emploi. Le harcèlement moral, mais aussi la dégradation volontaire des conditions de travail des salariés pour les faire partir, sont des pratiques très courantes dans le management et les services RH. Et si vraiment cela ne suffit pas, la pratique du licenciement abusif est courante et relativement peu coûteuse (paradoxalement, c’est parfois ce qui peut arriver de mieux à un salarié, qui évite d’être poussé au suicide…). Je parle ici d’expérience, puisque j’en ai subi un en 2012. Ce que mon employeur et son responsable RH n’avaient pas prévu, c’est que j’irais aux prud’hommes pour contester les faits qui m’étaient reprochés et pour contester mon licenciement (quitte à faire des études de Droit et étudier le Droit du Travail, autant le mettre en application, après tout).  Même si j’ai facilement gagné mon procès, l’opération aurait pu être rentable pour eux, puisqu’ils n’ont dû me verser qu’un peu plus de 2000 euros (mais le procès leur en a coûté près de 6000 en frais d’avocats et de pseudo-expertises, parce qu’ils ont été stupides et arrogants jusqu’au bout dans cette affaire…). Les condamnations aux prud’hommes ne donnent pas lieu à des versements faramineux, de l’ordre de quelques milliers d’euros, hormis pour certains dossiers assez particuliers (licenciements de cadres, harcèlement moral suivi de tentative de suicide, harcèlement sexuel…), à condition qu’ils soient suffisamment solides. Un bon moyen, donc, de licencier quelqu’un devenu gênant à relativement peu de frais et sans casse-tête administratif avec propositions de reclassement etc.

Pourtant, la réforme Macron devrait plafonner les montants et les limiter encore plus strictement. C’est là que le bât blesse, parce que ni les CDI, ni les conventions collectives, ni la Loi, ni même le juge ne permettront au salarié d’être protégé contre les abus de son employeur. Même en considérant que le travail disparaît au profit de « prestataires », cette disposition-là anéantit la sécurité du petit noyau dur qu’il restait encore.

Cette réforme est donc à peu près inutile, et dangereuse. Loin de flexibiliser un marché du travail déjà quasiment liquide, elle précarise le salarié, sur lequel repose pourtant toute l’architecture fiscale de l’Etat en matière sociale. En diminuant les ressources liées au travail tout en maintenant voire accroissant les charges (sécurité sociale, assurance chômage, impôts sur le revenu, CSG…), cela ne peut avoir à terme qu’un impact désastreux sur la dette publique, déjà désastreuse puisque l’Etat doit emprunter sur les marchés pour pouvoir continuer à rembourser les intérêts des dettes déjà contractées (ce qu’on appelle le « service de la dette »).

 

Le retour de bâton dans les dents

Paradoxalement, cette prédation du Travail (on n’est plus du tout dans une libéralisation ici) pourrait aboutir à un retour en force de l’activité syndicale, qui était devenue plus nuisible qu’autre chose aux salariés ces dernières années.

Les syndicats ne servaient en effet plus à grand chose, à part de paratonnerre et de prétexte à faire semblant d’être dans le « dialogue social », notion orwellienne sensée démontrer que Gouvernement et représentants syndicaux négociaient les meilleures réformes possible pour tout le monde. Cette vaste farce a amené les syndicats à endosser chacun un rôle défini: la CFDT valide systématiquement les projets (TOUS les projets), FO fait mine de vaguement s’y opposer aux côtés de l’invisible CFTC, et la CGT organise la ligne dure de l’opposition avec des vrais-faux blocages et pseudo-actions coup-de-poing d’une ou deux heures (entre 9h et 17h, en respectant deux heures de pause repas à midi, quand même).

Avant l’avalanche d’insultes, j’ai le droit de me moquer, j’étais syndiqué CGT, aussi dingue que ça puisse paraître.

Le tout est maintenu sous contrôle par le biais de « journées de mobilisation » où on défile en faisant du bruit, en criant des slogans bateaux, avec parfois quelques fumigènes, et surtout des banderoles préparées de façon professionnelle et des drapeaux aux couleurs rouges chatoyantes. Certes, ces journées de manif’ voient de plus en plus souvent les milices d’extrême-gauche s’en prendre aux policiers et aux vitrines des grandes enseignes (assurées et remboursées sous 72h, sauf pour les petits commerces qui eux doivent attendre parfois plusieurs mois…), mais ça ne dure jamais vraiment et surtout, la violence reste canalisée et soigneusement organisée (ça n’arrive jamais sur les Champs Élysées, par exemple: les enragés-mous-du-bulbe ne cassent que là où le Gouvernement les laisse faire…).

Et tout ça pour qu’au final, les réformes passent, avec s’il le faut le petit coup de pouce du « 49- 3 » (c’est à dire la procédure dite du vote bloqué à l’Assemblée, qui considère un texte de loi comme adopté tel quel sauf si les députés votent une motion de défiance contre le Gouvernement).

Ce triste cirque pourrait cependant avoir du sérieux plomb dans l’aile si la réforme Macron est effectivement mise en oeuvre. En supprimant le Code du Travail tel qu’il existe, et en transférant les négociations du niveau national au niveau de la Branche d’activité (qui négocie déjà les Conventions Collectives) voire au niveau des entreprises elles-mêmes, le Gouvernement redonne aux salariés un peu plus de pouvoir. Non pas que ce soit prévu (au contraire!), mais c’est ce qui se produit quand on abaisse d’un échelon des négociations.

Plus on a d’échelons dans une négociation, plus on doit rechercher le consensus le plus général possible. Jusqu’ici, les cheminots devaient être d’accord avec les salariés de la sidérurgie, qui eux-mêmes devaient être d’accord avec les employés de centre d’appel etc. Bref, un joyeux bordel où tout le monde était incapable de se mettre d’accord tant les intérêts de chacun étaient divers, ce qui profitait au Gouvernement qui pouvait jouer des divisions en appuyant sur les « avantages » des uns par rapport aux autres pour foutre encore plus le boxon.

En abaissant les négociations d’un échelon, ces divisions tendent à disparaître. Lorsqu’on négocie au niveau de l’entreprise, on peut même voir réapparaître des exigences très spécifiques (installation d’une pointeuse pour avoir un vrai suivi des heures de travail, aménagements spécifiques pour améliorer le confort ou la sécurité, renouvellement des matériels…) qui seraient totalement impossibles autrement.

Je doute même de la capacité de certains employeurs à mener de telles négociations, quand on voit des entreprises embaucher des cadres pour encadrer d’autres cadres encadrant eux-mêmes d’autres cadres, parce que plus personne n’est foutu de gérer son boulot sans se noyer dans un verre d’eau (ou des réunions-présentations Powerpoint nulles à mourir).

Des négociations sont en cours pour la prochaine Convention de Genève pour reconnaître le .ppt comme acte de torture, voire, même si c’est peu probable, comme Crime Contre l’Humanité.

Quoi qu’il en soit, une telle redistribution des cartes ne peut in fine que renforcer les syndicats et les salariés, qui dès lors retrouveraient un intérêt à se réunir au sein d’associations de défense de leurs droits (des syndicats d’entreprise locaux, apolitiques et indépendants des grandes fédérations politisées nationales, si vous préférez).

Le système sous contrôle si si bien rôdé que j’ai décrit un peu plus haut serait totalement grippé. Au lieu d’organiser des manifestations inutiles à Paris, les salariés pourraient bloquer très efficacement leur entreprise et forcer leur employeur à négocier directement, sans se défausser sur un syndicat patronal ou le Gouvernement. En d’autres termes, cette loi pourrait en quelques mois rendre tout son intérêt (et toute sa violence économique) à la Grève, sans concertation douloureuse au niveau nationale, sans trahison des grandes fédérations syndicales. Sans manif’, pas de dégradations ni violences qui discréditent l’ensemble des mouvements de façon systématique. Alors certes, la grève n’est pas forcément efficace, surtout si l’employeur dispose de moyens importants comme on l’a vu récemment avec ce coup de com’ par hélicoptère chez GM&S (coup de com’ car c’est économiquement une hérésie totale, au prix de l’heure de vol d’un hélicoptère et sa charge utile ridiculement inadaptée à une production industrielle…). La grève peut même être contre-productive et motiver une délocalisation-sanction (extrêmement coûteuse néanmoins, mais toujours moins qu’une faillite). Un employeur sera néanmoins beaucoup plus enclin à négocier sans coup de force dès lors qu’il se sentira isolé, privé du soutien du Gouvernement comme on le retrouve dans les grands mouvements sociaux de ces dernières années.

 

Conclusion… en attendant mieux

Je reste extrêmement dubitatif sur la nécessité sociale et économique de cette réforme. Je ne pense pas qu’elle changera quoi que ce soit sur le marché du travail, surtout dans un contexte où il y a 3 millions de chômeurs et une immigration massive (main d’œuvre non qualifiée) qui plombe les rares embellies rapportées par Pôle Emploi. Malgré mes réticences, je dois tout de même avouer que cette réforme qui abaisse l’échelon des négociations me semble être positive pour les salariés, pour les raisons exposées. Mes illusions restent néanmoins fragiles sur ce point… Et ceci d’autant plus que nous ne sommes qu’au tout début du mandat de M. Macron qui me semble avoir beaucoup trop d’attrait pour l’autorité pour permettre une remise à plat saine de l’organisation de nos structures économiques, politiques et sociales vermoulues.

La France en Marche… affiche du Parti Franciste (1933-1944), un parti fasciste et collaborationniste. Ne jamais oublier les dérives autoritaires et charismatiques du 20e siècle…

Sombre Plume Présente: Agartha

Quand cinq jeunes américains candides s’aventurent au Népal pour l’ascension de l’Everest et voient leurs projets compromis par les autorités, un guide local se propose de les accompagner pour réaliser l’ascension d’une montagne sacrée, moyennant quelques arrangements.

Mais bientôt, ce qui devait être l’aventure de leur vie va se heurter aux cruelles réalités qui se cachent derrière les cartes postales, et les confronter à une horreur qu’ils n’auraient pu imaginer dans leurs pires cauchemars.

Tiephaine Szuter emmène ses lecteurs au bout du monde dans une aventure qui n’épargnera personne! Oubliez ce que vous croyez savoir: la réalité est bien plus sombre que vous ne le pensiez.

Nous sommes fiers de publier Agartha – La Vallée des Exilés, le premier roman court de Tiephaine, totalement inédit! Suite indirecte de Caucasus dont il partage l’univers, ce roman  d’horreur réaliste nous emmène au Népal sur les traces de la légendaire Agartha. Mais ce voyage au sommet tournera bien vite en descente aux enfers…

Comme toujours, nos publications sont disponibles en format papier et en format numérique (kindle).

Le déni des peuples: réécriture de l’Histoire et populisme

Trois lignes dans un article anodin sur l’anniversaire de l’entrée officielle des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Il n’en faut pas plus pour dire des conneries aussi immenses que l’Océan Pacifique et me faire rentrer dans une colère noire.
L’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale moderne s’est faite à un moment où l’Allemagne avait déjà perdu la guerre, avec l’épuisement de ses forces vives (pour ne pas dire le gaspillage) dans la bataille de Verdun entre février et décembre 1916, l’apogée de l’impéritie de l’état-major allemand qui ne comprend pas la guerre qu’il livre et applique encore des méthodes héritées des guerres prussiennes cinquante ans plus tôt. Côté anglais et français en revanche, les choses évoluent, les Etats-Majors sont renouvelés lentement mais sûrement. Surtout, l’innovation technologique que représentent les chars anglais Mark I à IV et français Schneider CA1 puis Saint-Chamond et Renault FT marquent un tournant dans la guerre malgré leurs défauts vite compensés. Tournant que ratent totalement les allemands… et les américains.
Le 6 avril 1917, le contingent de l’armée américaine représente… une division à peine, dont l’entrainement n’a pas commencé (La France en a 95 de 15 000 hommes, dont 70 combattent par roulement à Verdun, les anglais en ont 75 de 18 000 hommes). Les américains n’arriveront réellement sur le front européen qu’à l’automne 1918, quand tout est déjà plié militairement depuis longtemps. L’aide américaine est anecdotique, presque opportuniste, elle ne change absolument pas le cours de la guerre, qui est remportée par les soldats anglais et les soldats français avec leur sang, leurs larmes et leurs tripes.
Si l’Allemagne parvient à se battre encore presque deux ans après Verdun, c’est uniquement parce que sur le front de l’est, la Russie tsariste s’effondre de l’intérieur avec la révolution soviétique, permettant d’abord un report des troupes (les combats diminuent énormément en intensité et se produisent surtout entre russes blancs et russes rouges), puis un retrait de ce front pour tenter de compenser la catastrophe qui se produit à l’ouest avec la montée en puissance sans précédent des armées franco-anglaises. Les manœuvres stratégiquement désespérées que l’armée allemande commence à opérer dès le printemps 1917 comme le retrait-piège qui conduira à l’offensive du chemin des dames côté français (un vrai fiasco, le dernier de cette ampleur et surtout celui qui déclenche un réel changement dans l’approche stratégique des états-majors français) ne sont pas à mettre au compte des américains, mais bien des français et des anglais qui ont usé les capacités militaires allemandes sans ciller. Tout ce que cherchent les allemands désormais, c’est briser les lignes de front pour non pas gagner la guerre, mais pouvoir négocier la paix en évitant une debellatio qui surviendra dans les faits avec le Traité de Versailles de 1919.
Je le dis, et je le répète: les amerloques n’ont RIEN fait pendant la première guerre mondiale sur le plan militaire. RIEN, putain.
On n’a pas eu besoin d’eux, si ce n’est pour une seule chose: fournir à nos soldats un espoir de renfort pour les faire tenir. Et le fait est que ça a été contre-productif, puisque les grandes mutineries de 1917 se produisent à peine un mois après cette fameuse « entrée en guerre des américains » (je rappelle quand même que les Etats-Unis ont une politique ultra-isolationniste dès 1823 avec la « Doctrine Monroe », et surtout avec l’élection de Wilson de 1912 et sa réélection de 1916 avec le slogan « He Kept Us Out of War »… Ironie de l’Histoire). Les fameux « sauveurs » n’arrivent qu’à la fin octobre 1917, et ne servent qu’en deuxième ligne parce qu’ils ne peuvent pas combattre (artillerie rachitique, formation tactique et au maniement des armes minables, doctrine stratégique inexistante). De fait, sur les 116 000 soldats américains tués pendant la guerre, seuls 53 000 l’ont été au combat (les autres le sont par la Grippe Espagnole, maladies et accidents). A titre de comparaison, les anglais perdent au combat 19 000 hommes, pour le seul 1er juillet 1916 (premier jour de la bataille de la Somme qui fera 440 000 morts français, anglais et allemands, tous au combat).
Au sortir de la Guerre, les américains ne sont certainement pas une puissance mondiale. Ils ne sont que des péquenauds comparés aux seules vraies puissances mondiales que sont le Royaume-Uni et la France au sortir de la guerre, aux côtés du Japon, de l’autre côté du globe (et qui est la seule puissance non européenne à pouvoir faire face aux armées occidentales). La France était, au sortir de la Guerre, la première puissance mondiale suivie de très près par le Royaume-Uni: c’est là que réside toute l’ampleur du drame de la défaite de 1940 après vingt ans de militantisme pacifiste acharné et dont nous ne nous sommes jamais remis. Hitler voulait détruire la France et vu l’état de notre pays aujourd’hui, il a parfaitement réussi.
La réécriture de l’Histoire, surtout de cette manière aussi mensongère, me met hors de moi. Dire que ces connards d’américains nous ont sauvés pendant la première guerre mondiale, c’est cracher sur les tombes et insulter la mémoire de 9,6 millions d’européens tués au cours du conflit et de dizaines de millions d’autres qui ont eu à en souffrir et y ont survécu, avec toutes les conséquences que cela entrainait pour les millions de mutilés, de « gueules cassées », de gazés et autres invalides de guerre.
Dévaloriser notre Histoire, nous enlever notre fierté, rabaisser et nier notre civilisation, c’est exactement ce qui a produit Hitler, Mao et Al-Baghdadi. Ne pleurez pas après les Trump, Poutine et tous les autres « populistes »: ce sont les seuls qui empêchent les vrais salopards de nous replonger dans l’obscurantisme sanguinaire en rendant un semblant de fierté à des peuples broyés par une finance dévoyée et des politiques corrompus.

Le diabolique empire colonial français: l’exemple du Franc CFA

Actualité oblige, on parle beaucoup de la colonisation en France ces derniers jours, en se focalisant une fois de plus uniquement sur le cas algérien et en oubliant dédaigneusement nos amis d’Afrique sub-saharienne.
Pas mal de vidéos sur youtube abordent la question, à partir des propos de Macron, mis en perspective avec ceux de Fillon, pour vous expliquer que la colonisation a été une atrocité sans nom et bla et bla et bla. Beaucoup de posture idéologique, mais peu de fond, de matière historique. Si ces vidéos sont stupides (idéologiques) au possible et énormément putaclic, elles génèrent néanmoins pas mal de commentaires où j’ai pu voir quasi systématiquement des références à cet abominable instrument colonial encore vivant aujourd’hui: le Franc CFA.

De quoi me faire lever un sourcil, parce que de nature curieuse (et aussi parce que ça m’intéressait de loin pour mon mémoire de Master), j’ai lu au mois de novembre un mémoire de M2 justement sur les effets positifs et négatifs du franc CFA, pour au final une conclusion très en faveur de cette monnaie, et absolument pas dans un sens néo-colonialiste.

  • Mais le Franc CFA, c’est quoi?
Le Franc CFA est une monnaie régionale regroupant 14 pays regroupés en deux zones (UEMOA – 8 pays / CEMAC – 6 pays). Cette monnaie ne doit pas être confondue avec le Franc CFA colonial, dont le fonctionnement était totalement différent: imposé aux colonies en 1939, il était totalement contrôlé par la France métropolitaine, tant dans son émission, la fixation de son cours par rapport au Franc, sa convertibilité en autre monnaie (dollar, livre sterling…), etc; il s’agissait principalement de découpler l’activité économique française de l’activité économique de ses colonies, à la fois pour des raisons d’efficacité économique que pour des raisons politiques, la décolonisation étant déjà dans les esprits de l’époque et se concrétisant à partir de 1945 dans les faits.
Grosso modo, le Franc CFA actuel (refondu en 1994) se caractérise par deux objectifs: la stabilité financière (en l’indexant sur le Franc français puis depuis 1999 sur l’Euro, avec un objectif de maintien de l’inflation sous les 2% annuels, comme en Europe) et le développement des échanges commerciaux et économiques entre les zones CFA et entre celles-ci et l’Europe(pas de taux de change entre les pays membres, libre et totale convertibilité du Franc CFA vers n’importe quelle monnaie…).
L’aire géographique appelée « zone CFA »
  • Comment ça marche?
Historiquement, pour faire tourner l’union monétaire sur des règles saines dans des pays encore fragiles, les pays membres ont confié à la France l’émission monétaire (l’impression des billets et pièces; ceci évite la tentation de certains dirigeants de multiplier les émissions non déclarées, mais aussi et plus généralement la déstabilisation monétaire par un seul pays). Et ces pays l’ont confiée de façon volontaire, à une époque où rappelons-le, ces pays entendaient préserver leur souveraineté quitte à s’appuyer sur l’URSS et les USA.
Depuis 1973 et les premiers accords de libre flottement des monnaies (le cours d’une monnaie peut librement fluctuer par rapport aux autres, ses cours ne dépendant que des marchés et des décisions de sa banque centrale et n’ont plus d’une valeur de référence liée à l’or ou au dollar), l’indexation du Franc CFA sur le Franc n’amène pas ces pays à subir une volatilité des cours de leur monnaie comme dans d’autres Etats africains.
Pourquoi? Parce que les engagements de la France empêchent celle-ci de pratiquer des politiques de totale liberté des cours de sa monnaie, sa banque centrale intervenant sur les marchés pour garantir une stabilité des cours par le biais de rachats et d’émissions, la stabilité du franc se mesurant par rapport à un « panier de monnaies », c’est à dire un indicateur de référence établi à partir du Dollar (USA), de la Livre Sterling (UK), du Mark (Allemagne), du Franc (France) et du Yen (Japon); pour des raisons évidentes c’est désormais l’Euro qui a remplacé le Mark et le Franc. Sans trop entrer dans les détails, les pays de la zone CFA, disposant d’une monnaie indexée d’abord sur le Franc puis à partir de 1999 sur l’Euro, bénéficient d’une solidité monétaire exemplaire pour des pays en développement.
  • Pourquoi le Franc CFA existe-t-il encore 70 ans après le début de la décolonisation?
Dès l’origine, une critique s’est élevée contre le système du franc CFA. Le contrôle de la monnaie par une banque centrale d’un Etat étant perçu comme une marque de souveraineté, il était impensable pour certains Etats décolonisés de le maintenir en l’état. Le Mali quitte le système en 1962, suivi de Madagascar en 1973, ces deux pays cherchant à développer leurs propres outils monétaires et financiers pour devenir des « Etats à part entière ».
Rappelons au passage que la dynamique était dans le sens des grands ensembles monétaires, avec plusieurs pays dotés d’une même monnaie contrôlée par une banque centrale internationale, comme en Europe avec le futur ECU (lui-même futur Euro) dès le début des années 1950 et la création de la CECA. Pas vraiment dans le sens d’une indépendance monétaire des pays, donc, et de fait, l’insécurité née de la fin des accords de Bretton-Woods (établissant une sorte de standard-dollar similaire au standard-or) et le libre flottement des monnaies décidé en 1973 a sérieusement secoué les nouvelles économies des pays africains. En 1984, donc, le Mali réintègre la zone CFA pour résoudre ses problèmes économiques.
Concrètement, l’indexation du Franc CFA sur le Franc a permis aux pays qui l’ont adopté de bénéficier de la stabilité du Franc sur les marchés internationaux: appartenant au panier de référence du FMI, le Franc ne pouvait en effet pas fluctuer énormément, au risque de déstabiliser l’économie mondiale. La stabilité d’une monnaie déterminant sa solidité et celle de l’économie qui s’y rattache, les pays de la zone CFA ont bénéficié d’une bonne crédibilité financière et d’une excellente stabilité monétaire, avec un contrôle strict de l’inflation et donc limitant l’impact des crises économiques. C’est un très sérieux avantage en ce qui concerne le crédit (entreprises, particuliers) ainsi que l’endettement de l’Etat, les taux restant stables dans la durée. Cette stabilité permet l’investissement national et étranger, puisque les profits peuvent être anticipés correctement et la rentabilité assurée en un temps prévisible. Sans trop entrer dans les détails techniques, c’est vraiment un atout énorme pour des économies naissantes que de pouvoir s’assurer d’une stabilité monétaire et d’une inflation très limitée (inférieure à 3% en zone CFA, à comparer aux 4.6% de l’Afrique du Sud, aux 10% de l’Ethiopie ou aux 17% du Ghana – Données Banque Mondiale).
croissance, PIB et population pour l’année 2015 en zone CFA
  • Le système CFA, un système néo-colonialiste?
La zone CFA n’est pas administrée par la France, mais par les pays africains eux-mêmes. La France a conservé sa fonction d’impression de la monnaie africaine sans pour autant avoir un quelconque pouvoir dessus; il s’agit en fait d’une sorte de précaution contre certains régimes peu scrupuleux voire corrompus qui pourraient être tentés d’imprimer des billets eux-mêmes pour s’enrichir mais déstabilisant au final gravement tout le système. La neutralité française de ce point de vue assure à tous l’honnêteté des partenaires. Il est vrai en revanche que pour permettre la stabilité monétaire et la garantie de celle-ci par la France puis par l’UE depuis 1999, la zone CFA doit laisser en dépôt 20% du volume de la monnaie émise dans les caisses du Trésor Public Français. Ici, attention: il ne s’agit pas d’un racket organisé par la France qui ferait ce qu’elle veut de cet argent. Non, il s’agit d’un dépôt de garantie qui n’est pas touché par qui que ce soit, hors politique de stabilisation décidée par les pays de la zone CFA eux-mêmes. Ni le Trésor Public français ni l’Etat français n’y touchent un seul franc. Il s’agit d’un dépôt permettant de crédibiliser les dettes, de la même manière que la France dispose ‘un stock d’or aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.
Du fait de l’Euro, la zone CFA ne dépend plus de la France depuis 1992 (accords de Maastricht) mais de l’Union Européenne en ce qui concerne la stabilité monétaire. La France participe aux institutions qui sont liées à la CEMAC et à l’UEMOA mais n’en est pas membre et à ce titre ne participe pas aux votes et ne prend pas part aux décisions, ses interventions se limitant aux débats. Le poids de la France est évidemment indéniable, en tant que pays industrialisé face à des pays émergents, et l’avis français est généralement écouté et suivi, mais pas forcément à la lettre.
Il est en effet franchement insultant et condescendant de croire que les pays africains ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes et de prendre leurs propres décisions. Nous ne vivons plus à une époque où les « nègres stupides se comportent comme des sauvages sans foi ni loi ». Je suis toujours sidéré par la propension typiquement occidentale des gens avec qui je discute à considérer l’Afrique comme un pays de débiles infantiles qui ne sauraient pas s’en sortir sans « nous ». Si le continent a traversé des crises indéniables et doit encore faire face à certains problèmes majeurs (rébellions centrafricaines, conflit larvé au Soudan du Sud, bandes islamistes au sahel, corne africaine anarchique…), il est également doué d’une formidable dynamique culturelle, économique et industrielle que les africains ont su générer à peu près seuls en s’appuyant sur l’exploitation de ressources minières et agroalimentaires, sur le tourisme, sur la culture (découvrez Nollywood si vous en doutez) mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine qui s’expatrie pour étudier et travailler à l’étranger.
Parce que c’est là qu’est tout l’intérêt pour les pays de la zone CFA: la convertibilité du Franc CFA en Euro évite les taux de change et les coûts de transfert. Ainsi, un travailleur malien en France peut envoyer de l’argent à sa famille et lui permettre d’investir sur place, sans surcoûts par rapport à un travailleur chinois qui lui devra payer le taux de change et les coûts de transfert bancaire.
Rien que pour le Sénégal, le montant des sommes transférées a ainsi dépassé le milliard de dollars/euros par an, pour un PIB d’environ 15 milliards de dollars/euros.
Enfin, le système CFA, s’il impose une discipline budgétaire aux pays membres, n’implique pas de « décision extérieure » concernant le budget de chacun de ses Etats, qui restent totalement libres de le fixer selon leurs priorités. Les seules limites imposées par le système CFA sont des engagements au point de vue du déficit budgétaire des Etats. En revanche, le FMI impose des réformes structurelles parfois mal venues (tout comme en ce qui concerne la Grèce) et empêche certaines politiques de développement, pourtant imposées comme objectif par l’ONU, qui demande aux pays africains d’avoir au moins 7% de croissance annuelle.
C’est ici que commence le vrai problème économique de la zone CFA. En économie (du moins selon la théorie keynesienne), les politiques monétaires peuvent aller dans deux directions. La première, c’est la croissance, tirée vers le haut par l’investissement rendu possible par l’endettement, au prix, donc, de l’inflation. La deuxième politique, c’est le contrôle de l’inflation par une stabilisation de la monnaie, qui réduit l’endettement mais aussi les investissements et donc ralentit la croissance.
Il y a donc d’un côté l’ONU qui pousse à la croissance, et de l’autre, une volonté de stabilité de la monnaie pour assurer l’économie, elle-même imposée par l’UEMOA et la CEMAC.
A titre personnel, et de par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, je pense que la zone CFA fait le bon choix en maintenant la stabilité économique et en ne sacrifiant pas la population sur l’autel illusoire de la croissance. Les investissements étrangers restent limités dans des pays dont le potentiel est énorme, ce qui veut dire que ce ne seront pas des Etats et entités étrangères qui vont se partager le gâteau et laisser quelques miettes aux africains, mais bien ces derniers qui vont profiter des fruits de leurs terres et de leur labeur. Le fait que les investissements étrangers restent limités assure l’indépendance économique de ces pays, malgré les réformes structurelles exigées par le FMI et qui causent déjà des dégâts tant sur la société civile que sur les Etats eux-mêmes. Les grandes multinationales et les banques n’ont qu’un pouvoir très limité sur ces pays, et contrairement à ce qu’on peut lire souvent, les pays africains de la zone CFA ne sont pas exploités et savent parfaitement jouer de la concurrence des grands groupes pour mettre en valeur leurs propres richesses.
Il est très intéressant de voir que l’un des principaux mouvements anti franc CFA ces derniers mois (pour ne pas dire le seul) est l’URPANAF, dirigé par Kémi Séba, suprémaciste noir, ancien leader de la Tribu Ka, le tout sur fond idéologique « Kémitiste » (inventée de toute pièce par Cheikh Anta Diop) qui n’est qu’une idéologie aryenne appliquée à une « identité » africaine fantasmée.

 

  • Le Franc CFA est-il donc si diabolique?
De l’avis général (cf. bibliographie en fin d’article), le Franc CFA a un impact réellement positif sur les économies de ces pays et encourage réellement le développement économique, politique et social. S’il y a quelques problèmes (d’ordre politique plus qu’économique), ils ne sont cependant que de deuxième ordre et ne remettent jamais en question l’existence ni le fonctionnement du Franc CFA lui-même.
La critique la plus sérieuse et la plus virulente émane de l’ancien premier ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’hésite pas à parler dans les médias de « servitude volontaire ». Le même homme, dans ses écrits institutionnels (articles publiés dans diverses revues universitaires à comité de lecture) loue le Franc CFA comme une bonne chose bien qu’améliorable (il n’est pas politique pour rien…).
De façon plus générale, aucun pays de la zone CFA ne souhaite remettre en question l’existence de cette monnaie, ou quitter la zone CFA. Madagascar réfléchit même à la réintégrer pour solutionner la crise économique que l’île subit depuis une quinzaine d’années.
En fait, les seules réelles critiques contre le Franc CFA ne sont pas le fait des africains eux-mêmes, mais de certains occidentaux.
D’une part, les américains ne sont pas très contents que le dollar, instrument de hard-power par excellence, ne se soit pas imposé dans la zone CFA. Il l’a fait dans de nombreux autres pays d’Afrique, que ce soit le Nigéria ou le Zimbabwe, où règne une crise économique absolument effarante depuis une vingtaine d’année, au point que la population abandonne totalement la monnaie nationale au profit du dollar. Si vous n’avez jamais vu de billet de 100 000 milliards de dollars, c’est ici.
D’autre part, la plus visible ici en France, certains pseudo intellectuels de gauche (communistes, anarchistes, mélenchonistes, certains socialistes) trouvent insupportable que la France ait pu garder d’excellents rapports avec ses anciennes colonies africaines et préfèreraient une tragédie apocalyptique à la sauce algérienne. Il y a donc, depuis 2014 au moins, mais surtout depuis l’année dernière, des gens qui viennent raconter tout et n’importe quoi sur la zone CFA. J’imagine que tous ces érudits que j’ai pu voir ici et là n’ont fait que tirer leurs infos de la fameuse émission Datagueule, qui a pondu début novembre 2016 une vidéo très, très à charge contre la France, mais qui ne rentre pas tellement dans les détails et dit beaucoup, beaucoup de conneries en se gardant bien d’expliquer les tenants et les aboutissants comme je viens de le faire. Vous pouvez la voir sur youtube, avec en guest star Kako Nubukpo dont les propos mesurés sont illustrés de manière très moraliste et dramatisée (« bouh les vilains colonisateurs »), même quand il ne critique absolument pas le CFA et parle d’autres mécanismes comme le FMI et d’autres problématiques comme les marges des entreprises maintenues au détriment des revenus des travailleurs et du budget des consommateurs, qui sont les mêmes absolument partout dans le monde et ne sont liées en aucune manière au Franc CFA.
  • En résumé:
Le Franc CFA n’est ni un frein au développement ni un outil néo-colonialiste de contrôle des économies africaines. Il est au contraire un gage de stabilité et de développement des échanges par une véritable intégration des économies régionales entre pays membres des deux unions, mais aussi avec les pays européens. Ses nombreux avantages ne sont pas obérés par les problèmes endémiques (corruption, sous-développement). Le Franc CFA est un réel atout par rapport aux autres pays africains qui n’en bénéficient pas, et aucun des pays membres n’entend quitter la zone CFA ou l’abolir. Surtout, les discussions au sein des deux unions régionales ne constituent pas, comme essaient de le faire croire certains, des dissensions ou des oppositions, ni une remise en cause « anticolonialiste » de la structure même des deux organisations UEMOA et CEMAC et pour cause: ce sont bien les africains qui détiennent leur avenir entre leurs mains. Les problèmes que connaissent ces pays ne sont pas différents de ceux des autres pays non membres de la zone CFA et sont même similaires à ceux de la zone Euro, et se situent non pas sur le plan économique mais plutôt sur le plan politique.
Bibliographie exhaustive (et sérieuse!) sur le sujet:
Il est probable que vous n’ayez pas accès aux articles eux-mêmes, ne disposant pas de comptes lecteurs affiliés à une université ou organisation scientifique. La plupart du temps, le résumé expose suffisamment le contenu de l’article sans notions économique de haut niveau, et donc accessible à peu près à tout le monde. Vous noterez que les articles de Kako Nunukpo, ex-premier ministre togolais invité de Datagueule, ne préconisent en rien la fin du Franc CFA…
Et un article très simple (peut être un peu simpliste) de Forbes Afrique présentant les deux scénarios non de l’abolition de la zone CFA mais de l’abandon de la politique de stabilité tirée du couplage à l’euro.

Entretien avec Tiephaine G. Szuter

A l’occasion de la sortie de Werwolf, j’ai posé quelques questions à Tiephaine pour nous présenter la dernière parution de Sombre Plume et nous parler un peu de ses projets.

Werwolf, par Tiephaine G. Szuter. Inclut également Walpurgisnacht, un nouvelle inédite. Disponible en format papier – 5,20€ ou numérique 2,99€.

 

Werwolf est sorti il y a quelques jours chez Sombre Plume. Il s’agit de la réédition de ton deuxième texte paru chez les éditions numériques House Made of Dawn en 2014. Il s’agit d’une histoire de loup-garou sur fond de seconde guerre mondiale, un sujet doublement piégeur dont tu t’es tiré avec brio en développant une histoire qui n’a à la lecture aucun arrière-goût de déjà-vu. Peux-tu nous en dire un peu plus?

T.G.S.:  Werwolf est une novella un peu particulière parce que c’est ma seule incursion jusqu’ici dans la mythologie classique de l’angoisse/horreur. Je suis d’ordinaire plutôt lovecraftien, j’ai tendance à préférer l’horreur indicible et cosmique à des archétypes plus classiques comme le vampire ou le lycanthrope. Mais Werwolf c’est aussi et avant tout une histoire de tankistes en déroute au cœur du front de l’est en pleine guerre mondiale. Les loup-garou, c’est un petit « plus » fantastique à une histoire qui se veut réaliste au maximum.

Effectivement, on sent qu’il y a un énorme travail de recherche en lisant ton texte et un souci du détail un peu déroutant quand on n’y connait rien… Mais le résultat c’est qu’on est vraiment au cœur de l’action, avec tes personnages: comme le disait une des critiques parues à l’époque, on a froid et faim avec eux, et on ressent une vraie angoisse quand ils sont confrontés à leurs ennemis. Comment t’est venue cette histoire et pourquoi avoir choisi de mettre en scène des soldats allemands plutôt que des soviétiques ou des américains?

T.G.S.:  D’ordinaire, je ne fais que développer une idée que j’ai eue après un cauchemar. C’était le cas avec Caucasus et Agartha (NdR: qui sera prochainement publié chez Sombre Plume) ou pour d’autres textes plus courts comme Walpurgisnacht qui accompagne Werwolf. Mais pour ce dernier, c’est un peu différent: l’idée m’est simplement venue au cours d’une partie vraiment intense sur un jeu en ligne où on s’affronte à coups de blindés de la seconde guerre mondiale, et au milieu du duel qui déterminerait le vainqueur de la partie, le cœur battant et les veines gonflées d’adrénaline, j’ai réalisé que les hommes et femmes qui ont vraiment vécu des guerres à bord de leurs chars ont dû ressentir des émotions terriblement plus intenses, et en particulier la peur. A l’origine, j’avais conçu une histoire mettant en scène des tankistes ayant commis des crimes abominables et se retrouvant chassés par une bestiole monstrueuse. Mais ça ne fonctionnait pas vraiment, et en commençant l’écriture je me suis vite retrouvé confronté à des limites à la fois techniques et morales: à la base, je voulais mettre en scène de vrais enfoirés qui se retrouvaient « punis », mais dans ce genre d’histoire il ne peut pas y avoir d’attachement aux personnages, sauf à vouloir atténuer leur responsabilité. C’est la dernière chose que je voulais: rendre « humains » des criminels de guerre, surtout dans un contexte aussi terrible qu’a pu l’être le front de l’est. Quand cet embryon de texte est devenu Werwolf, j’ai naturellement conservé les soldats allemands plutôt que des soldats soviétiques parce que je voulais garder cet aspect « culpabilité ». Surtout, si mon texte met en scène des soldats allemands, il met aussi en scène un sixième personnage, le char Tigre Fenrir.

Fenrir c’est en effet le fond de toute l’histoire, que tu décris avec un luxe de détails…

T.G.S.: C’est à la fois un personnage et un décor, il fallait donc que je sois très précis dans ce que je décrivais. J’ai passé des heures dans mes bouquins et sur internet pour trouver des infos sur la vie à bord d’un char et sur comment l’espace y est aménagé, mais j’ai surtout eu la chance de vivre à ce moment-là à quelques kilomètres du musée des blindés de Saumur, qui justement accueille l’un des derniers chars Tigre encore existant. J’ai pris contact avec eux pour savoir si il était possible de le visiter, sachant très bien que normalement c’est impossible, pour des tas de raisons de responsabilité et d’assurance, mais à ma grande surprise, ils m’ont répondu favorablement et vraiment enthousiastes. J’ai donc eu droit à une visite privée du Tigre, du Tigre II, du Jagdtiger et du SU-100 avec un de leurs techniciens, après avoir simplement adhéré à leur association. J’ai vraiment ressenti comme un privilège de pouvoir rentrer dans ce char qui a réellement combattu il y a 70 ans. L’odeur d’huile et de métal prend encore à la gorge et même si la quasi-totalité des équipements ont été retirés, je peux vous dire que l’intérieur est vraiment étroit. L’expression « cercueil de métal » est littérale, et je crois que l’humilité et le respect que j’ai ressenti pour tous ces hommes et femmes qui vivent et meurent dans ces chars, encore aujourd’hui, m’a aidé à vraiment rédiger une histoire qui tient la route.

Quand ton texte a été publié chez House Made of Dawn il y a deux ans et demi, il t’avait été reproché de ne pas avoir inclus des notes de bas de page pour expliquer certains termes que tu emploies. As-tu écouté tes lecteurs et inclus quelques explications?

T.G.S.: En fait, non. A l’époque, j’avais envisagé mon texte comme s’adressant à plusieurs publics, simples amateurs d’horreur comme connaisseurs des chars de combat. L’un des reproches qui m’avait été fait sur Caucasus était de casser le rythme de l’histoire avec un procédé d’écriture particulier, et j’avoue ne vraiment pas avoir voulu faire face à ce genre de reproche pour de simples notes explicatives. Werwolf fonctionne parce que c’est un texte d’immersion, mettre des notes de bas de page aurait cassé cette dynamique de lecture, même si je suis bien conscient que le fait de se retrouver face à un mot qu’on ne connaît pas peut aussi casser une atmosphère. Maintenant, la plupart des termes en question sont des termes techniques dont l’incompréhension ne nuit pas à l’histoire. On comprend par exemple assez facilement que la couche de Zimmerit qui recouvre Fenrir est un revêtement particulier servant au camouflage et à la protection du char. J’ai essayé au maximum de mettre l’explication des termes non pas dans des notes hors-texte, mais dans le texte lui-même. Le seul qui m’a posé un peu plus de soucis était le Wolfsangel, pour lequel on a eu recours à un petit artifice sur la couverture avec Elora (NdR: qui travaille sur la conception graphiques des ouvrages publiés chez Sombre Plume).

Justement, il y a eu quelques discussions à ce sujet: ne crains-tu pas qu’on associe Werwolf à des mouvements néo-nazis, étant donné la présence de ce Wolfsangel et les articles que tu publies parfois?

T.G.S.: on en a pas mal discuté avec Elora en effet, et c’est quelque chose que j’appréhende un peu étant donné le drôle de monde dans lequel on vit aujourd’hui et dans lequel tout semble prétexte pour accuser autrui d’être un néo-nazi. Mais précisément parce qu’on m’a accusé d’être un néo-nazi sous des prétextes aussi cons que le fait que je mange de la viande, ce genre d’accusation n’a plus vraiment d’impact sur moi. C’est l’histoire de Pierre et le Loup: à force de crier à tort et à travers, plus personne n’écoutera le jour où ça viendra vraiment et de fait, ce genre de critique tend à faire perdre toute crédibilité à celui qui s’y amuse. Pour en revenir à la question du Wolfsangel sur la couverture de Werwolf, c’était un peu plus délicat parce que là, pour le coup, c’est vraiment un symbole nazi, utilisé régulièrement comme marquage sur les véhicules et sur certains insignes comme celui de la division SS « Das Reich » responsable entre autres du massacre d’Oradour-sur-Glane. Plus proche de nous, il est actuellement utilisé par le régiment de volontaires ukrainiens « A3OB » (« Azov ») dans le Donbass, et ces gens là ne sont pas simplement nationalistes comme on veut bien le dire, puisqu’ils utilisent le Wolfsangel sur un Soleil Noir, un symbole SS qui était au cœur de la mythologie mortifère mise en place par Himmler et qu’on retrouve au cœur du Wewelsburg, le château-monastère de l’ordre SS. Effectivement, on prend peut être le risque d’être associés avec des gens comme ça si on se limite à un jugement au premier coup d’oeil, mais en même temps… Werwolf est une histoire de soldats allemands menés par un ex-SS, bref une histoire qui met en scène sinon des nazis, au moins des gens qui évoluaient dans ce milieu-là et emploient des termes typiques comme « untermenschen » ou « sous-hommes » pour parler des soviétiques. Bref, si on ne peut pas légitimement utiliser un Wolfsangel pour eux, alors que c’est le truc le plus légitime qui soit, je ne vois pas trop ce qui nous différencierait d’une dictature où la censure idéologique est partout sous prétexte de « lutter contre les vilains »… Werwolf est une fiction, dont l’action se déroule dans un temps et un espace indéterminés sur le front de l’est pendant la seconde guerre mondiale, et rien d’autre. Ceux et celles à qui ça poserait un problème n’ont qu’à lire mon histoire pour se rendre compte que je suis loin d’être un sympathisant de ce genre de mouvements…

Caucasus et Werwolf avaient été publiées chez House Made of Dawn, une maison d’édition numérique qui a malheureusement fermé ses portes en juillet dernier. Pourquoi ne pas avoir cherché un nouvel éditeur?

T.G.S.: C’est assez simple en fait. J’ai contacté en 2015 deux éditeurs pour leur proposer Caucasus, Werwolf et Agartha sous forme de recueil, qui devait s’appeler « Les Ombres ». Je savais que les délais seraient assez longs, et qu’il y avait peu de chance que ça aboutisse étant donné que le genre horreur/fantastique n’est pas si populaire qu’on pourrait le croire, sans même parler du problème du caractère non-inédit de deux de mes novela. Le premier éditeur n’a tout simplement jamais répondu, et j’ai dû relancer le second pour obtenir une réponse-type de refus, mes textes « ne correspondant pas à la ligne éditoriale », un foutage de gueule en règle quand on sait que ce même éditeur publie des textes de Lovecraft et consorts. Pour être honnête, je n’avais pas grande illusion concernant leurs réponses, étant donné qu’en France on préfère publier des bouquins d’auteurs morts depuis longtemps, ou Stephen King. Quand on regarde les collections « horreur/fantastique », on voit assez vite qu’on ne publie rien, en France, on se contente de traduire des auteurs anglo-saxons. Pourtant on a des auteurs vraiment bons et originaux. C’était le cas chez House Made of Dawn, qui publiait chaque mois une novela de qualité et qui se démenait vraiment pour faire vivre ce genre en France avec des auteurs français dont plusieurs ont eu des prix dans des festivals littéraires locaux. Pourtant, les gros éditeurs français comme Bragelonne ou Mnémos ne font que nous traduire des romans américains ou republier une énième fois Lovecraft, Masterton, Herbert, Lumley ou Barker. Les auteurs français, on les compte sur les doigts d’une main, et quand ils ne sont pas confinés au seul format numérique, il s’agit d’auteurs connus de SF depuis les années 1970, 1980. Quant aux jeunes auteurs, on ne les retrouve que sur des thèmes à la mode, genre la romance Bit-Lit ou le Steampunk et toutes ses déclinaisons. Alors bien sûr, j’apprécie les auteurs américains, mais les livres que je vois sortir aujourd’hui à 25 boules, je les ai lus il y a vingt piges chez Fleuve Noir pour 50 francs de l’époque. J’avoue que je ne vois pas bien l’intérêt de republier ces textes quand ceux-ci sont encore disponibles en librairie et sont trouvables pour une poignée d’euros et sans aucun mal dans les circuits d’occasion. J’adorerais lire du neuf, mais en dehors de quelques textes chez Le Belial’, le paysage français est vraiment pauvre et désespérant. Sans les petits éditeurs quasi invisibles et qui ne durent généralement et malheureusement pas bien longtemps, il n’y aurait pas de de littérature de genre en France, et en particulier en ce qui concerne l’horreur/fantastique. J’avais donc le choix: soit j’arrêtais d’écrire, soit je publiais moi-même.

Et tu as donc franchi le pas de l’autoédition…

T.G.S.: Oui, c’est une question à laquelle je faisais face depuis déjà un bon moment avec mon Liber Satanis qui est franchement impubliable autrement en raison de sa forme et de son contenu, et jusqu’à récemment, c’était totalement impossible d’envisager quelque chose de concret à moins d’y laisser ma chemise. J’ai d’abord rencontré un imprimeur français et ça s’est très mal passé, la personne que j’ai rencontrée refusant de m’établir un devis avec les options que je demandais. Je me suis retrouvé au final avec un projet papier franchement minable, format poche, couverture souple sans aucune finition ni illustration et avec un papier recyclé de piètre qualité, le tout annoncé à 2000€ hors-taxe pour 200 exemplaires. Qui serait assez dingue pour accepter un truc pareil? Finalement, Amazon qu’on décrie tellement me sauve la mise avec l’impression à la demande, par le biais de leur plateforme Createspace. Le système est assez simple: un client achète un bouquin sur Amazon, qui l’imprime à l’unité et l’expédie dans les 48h. Pour un auteur indépendant, ça ne génère aucun coût en amont, puisqu’il n’y a pas de stock ni d’expédition à gérer, et pour le lecteur, ça autorise la découverte d’ouvrages qui ne passent pas les barrages des « comités de lecture » des éditeurs. Le revers de la médaille c’est qu’on n’a clairement pas le même impact promotionnel et généralement, les gens voient l’autoédition d’un assez mauvais œil pour des tas de bonnes raisons mais aussi des mauvaises: l’autoédition n’est pas le refuge des mauvais auteurs, mais de ceux que le circuit commercial refuse. Il ne faut pas s’attendre à avoir des revenus importants non plus, même si au moins il n’y a pas besoin de courir après puisque la part auteur est versée mensuellement. Maintenant, très franchement, ce que je gagne là me convient très bien, et même si c’est pas grand-chose, c’est toujours supérieur à la marge de 10% offerte par les éditeurs classiques qui ne versent les gains qu’une fois par an. L’important, pour moi, c’était que mes textes soient accessibles, et j’ai vraiment la chance d’avoir Elora pour produire un rendu quasi-professionnel, même si on cafouille encore un peu sur des points de détails. On essaie de faire les choses bien, et jusqu’ici, les premiers retours ont été très positifs.

Nous avons évoqué rapidement Agartha, que tu as écrit en 2015 et qui est encore inédit. Peux-tu nous en dire plus sur ce texte et tes projets chez Sombre Plume?

T.G.S.: Agartha est un roman court qui met en scène une bande d’amis américains qui partent à l’assaut des sommets népalais. Ca ne se passe évidemment pas très bien et leur ascension tourne plutôt en descente aux enfers… C’est aussi une sorte de suite à Caucasus, puisqu’on y retrouve certains personnages, mais cette fois le contexte est totalement différent et les deux histoires sont indépendantes l’une de l’autre. Pour ce qui est des autres projets, on en a vraiment tellement que je ne saurais pas tous les évoquer. Dans les tuyaux, on a déjà la publication sur un an des trois premiers tomes d’Ecclesia, un de mes projets qui reprend la forme du Liber Satanis et a pour thème la naissance de la religion chrétienne et sa diffusion. Nous devrions également publier prochainement le premier ouvrage d’Elora consacré à sa vision très personnelle de la « Magie du Chaos », qui comme son nom ne l’indique pas relève plutôt de théories relatives à la psyché humaine. Et nous avons aussi ce vieux serpent de mer qu’est la publication de Paradise Lost & Regained de John Milton, avec les aquarelles de William Blake ou encore la publication du Satan de Henri Delpech, l’une des rares épopées poétiques françaises, publiée en 1860-61. Et nous préparons aussi une édition anglophone de nos textes. Sans parler de mes projets d’écriture en cours… Bref, beaucoup de pain sur la planche!

 

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Sombre Plume présente: Werwolf

Sombre Plume publie en ce début d’année la novella de Tiephaine G. Szuter, intitulée Werwolf.

Enlisés dans la campagne russe à bord de leur char, cinq soldats allemands errent en quête de secours. Le froid, la fatigue et la peur pèsent sur eux depuis trop longtemps. Mais le vrai danger vient peut-être d’ailleurs, de quelque chose qui dépasse leur imagination de simple soldat. Car que peuvent être ces ombres abominables qui rôdent de plus en plus près du char lorsque la nuit tombe?

Tiephaine G. Szuter s’empare du mythe de la lycanthropie et nous entraine cette fois de plus dans son univers étrange et cauchemardesque à travers une novella qui renouvelle le genre!

Disponible en format papier et Kindle sans DRM.