Sombre Plume a 8 ans!

Si le site Sombre Plume a été lancé officiellement le 1er mai 2011, c’est bel et bien le 28 avril de la même année que j’ai ouvert ces pages avec ma comparse Laura, que vous connaissez mieux sous son pseudonyme d’Elora.

Le logo originel de Sombre Plume

Ni elle ni moi n’aurions deviné où nous mènerait notre rencontre au hasard des rayonnages « Histoire Médiévale » d’une librairie de Poitiers, trois ans plus tôt. L’amitié qui naquit de notre dispute originelle pour savoir qui achèterait le dernier exemplaire du livre que nous voulions tous les deux perdure toujours, même si nos liens se sont distendus. Laura est partie vivre à Londres il y a quelques années, moi-même partant dans le sud de la France puis l’Italie, et Sombre Plume s’est transformé au fil des ans en même temps que nos relations.

La toute première illustration accompagnant l’ouverture de Sombre Plume, le 1er mai 2011. (Vision of Faust, Falero, 1878)

C’est le goût de l’écriture et des livres qui est à l’origine de notre projet commun, Sombre Plume. Il devait s’agir à l’origine d’un site de publication de nos écrits, servant à la fois à leur donner de la visibilité au delà de nos cercles amicaux et familiaux, et à nous motiver pour continuer à écrire. Nos textes étaient publiés sous forme de pdf, directement téléchargeables sur Sombre Plume, de façon gratuite et sans pub. Encore aujourd’hui, Sombre Plume respecte cette philosophie, et la publicité, cette plaie du 21e siècle, est totalement absente du site.

C’est donc le 1er mai 2011 que Sombre Plume ouvre ses portes. La première publication que nous avons présentée à nos lecteurs était mon Liber Satanis, que j’avais écrit en 2008, quelques semaines avant ma rencontre avec Laura. Elle-même avait présenté un court texte portant sur l’ésotérisme dans la littérature romantique. Pendant quelques mois, nous avons présenté chaque semaine un texte de notre main, avant que fatalement, les textes viennent à manquer, ni elle ni moi n’écrivant suffisamment pour tenir un tel rythme. Nous avions tenté d’instaurer une tradition baptisée « Nox Invicta », se tenant aux alentours du 21 juin pour le solstice d’été. A cette occasion, nous avons co-écrit un ensemble de textes dans un univers mêlant mysticisme, astronomie et horreur, nos thèmes de prédilection. Cependant, notre travail était absolument ingrat: nous passions des heures à écrire et mettre en page nos histoires, et les visites sur Sombre Plume étaient proches de zéro. Quand les textes à publier ont manqué, Laura et moi avons pris un peu nos distances du site, le temps de réfléchir à ce que nous allions faire, envisageant même de fermer Sombre Plume.

L’échec de la publication du Paradis Perdu & Reconquis a changé beaucoup de choses… (Satan Vaincu, Gustave Doré)

Nous sommes revenus quelques mois plus tard avec pour projet de démarrer notre maison d’édition. Sans emploi tous les deux à ce moment là, c’était pour nous une manière de sortir du chômage et de faire ce que nous aimions. Nous avons alors préparé le terrain, en publiant une épopée totalement oubliée aujourd’hui, intitulée « Satan », par Henri Delpech, et datant de 1859. L’œuvre, indisponible encore aujourd’hui malgré l’impression à la demande et les rééditions estampillées BNF, est pourtant un monument poétique de la période romantique française. Son auteur a cependant eu le malheur de n’être pas parisien mais bordelais, et de ne pas fréquenter les bons cercles… Après « Satan », nous nous sommes attelés à l’un des projets qui nous a tenu le plus à cœur, et qui s’est révélé être un véritable serpent de mer: la publication du Paradis Perdu et du Paradis Reconquis de John Milton, agrémenté des 3 ensembles d’aquarelles par William Blake sensé les illustrer. Aucune édition papier ni numérique n’avait avant nous rassemblé à la fois le texte original et ses aquarelles, ni la traduction française. C’est cette traduction qui nous fera nous arracher les cheveux. Si nous avons publié à l’origine la traduction de Chateaubriand, celle-ci est une véritable trahison du texte originel de John Milton, et nous ne voulions pas le reprendre pour une édition papier, que nous préparions le plus sérieusement du monde. La recherche d’une traduction fidèle au texte en anglais et libre de droits s’est avérée être un vrai chemin de croix, au point que nous avons fini par décider de nous atteler à une traduction intégrale. Un travail de titan, que nous avons fini par abandonner quand Laura est partie vivre à Londres.

Mon tout premier texte publié chez un éditeur semi-pro, dans le fanzine Klaatu #3 de l’hiver 2012-2013

Entre temps, j’avais goûté aux joies de la publication papier, dans un fanzine diffusé à Tours. La revue Klaatu était un projet mené par une association qui entendait diffuser des œuvres picturales et écrites, et que mon libraire de l’époque soutenait. Il m’avait dit d’envoyer un de mes textes, ce que j’ai fait, et c’est ainsi que ma nouvelle Le Tertre a été publiée à l’hiver 2012-2013. Difficile d’exprimer ce que ça représentait pour moi, tant cela signait l’aboutissement d’efforts monstrueux, à la fois sur le plan personnel qu’en termes de travail. C’était la première fois qu’en dehors de mes parents, quelqu’un lisait et appréciait mes écrits. Même ma compagne de l’époque ne me soutenait pas, et sans Laura pour m’épauler, et sans Klaatu à ce moment-là, Sombre Plume n’existerait probablement plus, si tant est qu’il ait vu le jour. L’année 2012 avait été pour moi une année particulièrement dure: je travaillais en intérim dans des conditions indignes, puis j’ai été embauché en CDI. Prévoyant d’en profiter pour reprendre mes études que je pouvais enfin payer et soutenir, j’ai dû affronter à la fois une compagne qui faisait tout pour m’empêcher de reprendre mes études, et mon employeur qui voyait d’un très mauvais œil ma reprise d’études en Droit. Tant et si bien qu’après avoir subi un véritable harcèlement moral pendant 4 mois, mon employeur m’a licencié sur un motif fallacieux deux semaines avant le début de la période d’examens universitaires… Quand le rédac’ chef de Klaatu m’a contacté pour me dire qu’il publierait le Tertre, ça a été une véritable bouffée d’air, même si ça n’a pas empêché la dépression de me frapper durement pendant les six mois qui ont suivi. Pour Laura, les choses n’avaient pas été roses non plus, si bien que le passage 2012-2013 reste dans notre mémoire comme une véritable charnière dans nos vies.

Caucasus, chez House Made of Dawn

L’année 2013 s’est terminée sur une note plus heureuse en ce qui me concerne, puisque les toutes jeunes éditions numériques House Made of Dawn a retenu un de mes textes, intitulé Caucasus, avec à la clé un véritable contrat d’édition. Si l’éditeur ne publiait jusque là que des romans, ma novella avait suffisamment plu pour motiver la création d’un nouveau format avec un rythme de parution mensuel baptisé « Courts Lettrages », dont Caucasus a été le premier titre. Une sacrée revanche pour moi après des épreuves que je ne souhaite à personne, d’autant qu’un deuxième texte, intitulé Werwolf, a été retenu quelques mois plus tard. Mieux encore: Caucasus a carrément été honoré d’un passage télévisuel, dans l’émission Rêves & Cris du 14 mars 2014, sur la chaine No Life!

Werwolf, chez House Made of Dawn

Puis, donc 2014 est arrivée. Contrairement aux rumeurs qui bruissaient ici et là, Laura et moi n’avons jamais été un couple, même si nous nous sommes énormément rapprochés cette année-là. Nous avons tenté de relancer Sombre Plume de nombreuses fois, sans jamais vraiment de succès: soit nous n’avions pas le temps, soit nous n’avions simplement rien à y publier. En 2014 pourtant, nous avons relancé nos projets de faire de Sombre Plume une vraie maison d’édition, et nous avons publié mon Liber Satanis au format Kindle, grâce à la plateforme Amazon Create Space. On critique énormément Amazon, mais on ne peut pas leur reprocher de favoriser l’expression littéraire, puisque leur plateforme d’autoédition permet aux auteurs de diffuser leurs œuvres au format électronique et papier. C’était en tout cas un véritable test pour nous, d’autant que ce texte m’a toujours semblé un peu maudit. Il a suffisamment marché pour nous remotiver et relancer nos projets… sans y arriver.

Le travail de Laura à Londres ne lui permettant plus de participer à notre aventure, j’ai pris sur moi la décision de chambouler Sombre Plume pour essayer de maintenir le site à flots. La version actuelle est née de ce chamboulement, et ne mentionne plus qu’occasionnellement nos écrits. Je publie seul mes ouvrages grâce à Amazon, même si Laura les relit dans la mesure du possible. C’est ainsi que j’ai republié mon Liber Satanis, pour la troisième fois, mais cette fois-ci avec un vrai design dont je reprends les codes dans les autres ouvrages de notre collection afin de former un tout homogène. J’ai republié Caucasus et Werwolf, suite à l’autodissolution de House Made of Dawn, puis j’ai publié un inédit, Agartha. Puis ont suivi Saoshyant et Rome, sortes de suites de mon Liber Satanis, et écrits à sa suite en 2008. Reste Peste, qui devait arriver au printemps 2018, mais qui s’est retrouvé mis entre parenthèse du fait de mon programme doctoral à Turin, puis par l’annonce de l’arrêt de la plateforme Amazon Create Space, au profit de la plateforme Kindle Direct Publishing, que je n’ai pas encore vraiment pris le temps de découvrir. Si Laura m’a donné un coup de main au départ pour la mise en page et passe de temps en temps en ces pages, c’est désormais seul que je tiens Sombre Plume, à la fois sur le site et sur la « maison d’édition ».

Et me voilà donc, 8 ans après, ne sachant absolument pas dans quelle direction ira ce site pour les années qui viennent. D’expérience, de toute façon, les projets que l’on forme tombent à l’eau et ce sont d’autres qui sont accomplis à la place! Je n’écris plus de fiction depuis Agartha, c’est à dire depuis 4 ans. J’essaie de maintenir en vie Sombre Plume en publiant des articles sur les choses qui me font bondir (comme cet article sur la censure de Marsault), et je pense continuer à rédiger des critiques littéraires, comme celle que j’ai publiée à propos de la Comédie de Dante par Kolja Micevic. J’ai dors et déjà quelques idées qu’il me faut mettre en ordre…
Et peut être, pourquoi pas, ouvrir ces pages à d’autres auteurs/rédacteurs, voire, folie suprême, relancer la page facebook de Sombre Plume…

Merci à vous, chers lecteurs, que vous soyez de passage ou fidèles au rendez-vous malgré tous ces errements. Je vous donne rendez-vous très bientôt pour de nouveaux articles. Mais avant, j’ai un anniversaire à arroser…

Tiephaine G. Szuter

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