Pour un capitalisme social

Si vous fréquentez Sombre Plume de façon régulière, vous savez que j’aime commencer mes articles par quelques rappels pour faire taire certains reproches qui peuvent m’être adressés. Cet article ne fera pas exception. Je rappelle donc avant d’entrer dans le vif du sujet que j’ai un Master d’économie, et que j’ai été formé par des économistes de l’école Autrichienne, c’est à dire dans un esprit Libéral au sens propre du terme. Le « Laissez Faire, Laissez Passer », Adam Smith, la liberté de l’entrepreneuriat, les libertés économiques en général, c’est l’essence de ma formation et j’y adhère complètement. Mais j’ai été aussi intérimaire et ouvrier, et je n’ai pas oublié ce qu’était ma condition à l’époque, et je reste très attaché au Travail et à la Protection Sociale. Vous ne me verrez donc jamais défendre l’école de Chicago et la Finance et encore moins ses pseudo-élites.
Je suis capitaliste (dans le sens que je défends à travers mes articles), et anti-mondialiste. Le capitalisme que je défend est un capitalisme social, et l’article qui suit s’attache à vous présenter les principes de base d’une « économie libérale au service du Peuple ».


Le Capitalisme, comme j’aime à le rappeler, n’est pas une idéologie, mais un mode d’organisation de la production. Il vise à augmenter les rendements, c’est à dire le ratio entre coûts et revenus, afin de dégager un profit le plus efficient possible (et non, comme on le dit trop souvent, le « plus élevé possible »), afin de dégager un surplus appelé « bénéfice », qui sera réinvesti dans l’appareil de production.
Cet appareil de production comprend les moyens physiques (équipements, machines…) et la main d’œuvre (percevant un salaire).

Lorsque le profit tiré de la vente des produits est « le plus élevé possible », c’est à dire le modèle économique des grandes multinationales comme Nike (dont les chaussures vendues 100€ ont généré un salaire de quelques centimes), Apple (qui délocalise ses instruments de production en Chine, où l’on fait travailler des enfants et des « criminels sociaux »), Levi’s (qui fait travailler des détenus américains payés quelques centimes de l’heure), BMW (qui fait travailler légalement des migrants pour un salaire de 1.80€ de l’heure), et des tonnes d’autres encore. Ce capitalisme-là est un esclavagisme qui ne dit pas son nom, et doit être éradiqué, tant pour les dommages qu’il cause aux sociétés que pour les dégâts causés à l’environnement et au vivant.

Le Capitalisme en réalité est à l’origine pensé pour se perpétuer, c’est à dire assurer son avenir. Il ne sert à rien d’augmenter sa production et de saturer un marché pour engranger un maximum de profits pour se retrouver l’année suivante en faillite parce que les débouchés auront été détruits l’année précédente. De même, il ne sert à rien de réduire les salaires ou d’exporter l’appareil de production pour les maintenir les plus bas possibles, si c’est pour que les salariés ne puissent pas eux-mêmes acheter ce qu’ils produisent (à l’exception du Luxe, qui répond à d’autres logiques). Toute la leçon de Gerald Ford était de démontrer que si ses propres salariés ne pouvaient acheter ses voitures, leur production n’avait aucun intérêt.

C’est parce que Gerald Ford acceptait de limiter le surplus/bénéfice qu’il pouvait dégager de ses voitures que ses ouvriers pouvaient les acheter. Le surplus économique auquel il renonçait se traduisait en surplus social dont ses salariés étaient les bénéficiaires à travers leurs salaires. Parce qu’il maintenait des salaires relativement élevés et limitait ainsi le profit qu »il engrangeait, les ouvriers de Ford bénéficiaient d’un meilleur pouvoir d’achat, qu’il pouvaient affecter à l’amélioration de leurs conditions de vie.

Si l’on dit souvent que le capitalisme du 19e siècle fut une horreur industrialiste dans laquelle l’être humain se retrouvait broyé, on oublie de préciser que c’est à la même période que les grands patrons d’industrie ont mis en place une série de mesures en faveur du logement et des loisirs des ouvriers et de leurs familles et de l’éducation des enfants, qui donneront le Paternalisme. D’inspiration saint-Simonienne, cette approche de la vie de l’entreprise favorisait le bien-être des salariés au-delà des simples murs de l’entreprise. Un relatif équilibre économique s’instaurait entre d’une part le dirigeant, qui percevait une partie des bénéfices de son entreprise (après impôt et réinvestissement), et les salariés, qui bénéficiaient d’une partie du surplus dégagé par l’entreprise se traduisant en mesures à objectif social. Dans les faits, il est indéniable que la situation ouvrière à la fin du 19e siècle était bien meilleure qu’au début.

C’est ce capitalisme social qu’il nous faut retrouver aujourd’hui: le Capital doit servir à l’amélioration des conditions de vie de chacun, et non à contribuer à la « richesse » de quelques uns qui n’en font rien.

Comment le traduire dans les faits? Il suffirait de réapprendre à partager les fruits du labeur de chacun au bénéfice de tous, c’est à dire à limiter les dividendes des actionnaires au profit de primes aux salariés, tout en réaménageant un réinvestissement des bénéfices dans la recherche et l’innovation. Mais plutôt que de l’imposer par une Loi qui serait contournée, surtout dans une société mondialisée, il s’agit de réapprendre aux entrepreneurs et actionnaires à respecter l’économie réelle, plutôt que de courir après les mirages de l’économie financière, où les crises sont organisées pour le profit de quelques uns (toujours les mêmes) et où la richesse est virtuelle et égoïste. Cela implique, également, de démolir le système européen actuel, qui empêche ce type d’initiative au nom, et c’est un comble, de la libre concurrence et de la liberté d’entreprendre.

La définanciarisation de l’économie au profit de sa « rematérialisation » passe par un principe simple: 1 euro versé aux actionnaire équivaut à 1 euro réinvesti dans l’entreprise, et à 1 euro versé aux salariés. Bien sûr, un tel partage entrainera un rééquilibrage drastique de certaines valeurs sur les marchés, mais ce ne sera jamais un mal, considérant que toutes les actions d’entreprise sont sur-évaluées par rapport à leur valeur réelle: le cours du marché est une valeur gonflée, sans rapport avec la valeur économique réelle de l’action, c’est à dire sans rapport avec la valeur de l’entreprise ni ses bénéfices. De quoi donner des sueurs froides aux financiers qui spéculent et manipulent les cours, mais aussi de quoi ré-asseoir l’économie sur des bases plus saines et réalistes.

Plutôt que de parler de justice sociale, un terme fortement connoté et largement dévoyé, je préfère la notion d’équité. L’équité consiste à exiger de chacun l’effort dont il est capable, et de lui donner les fruits qu’ils mérite. Un financier qui contribue à la réussite d’un projet a tout autant le droit d’en tirer des bénéfices que le travailleur qui a fourni l’effort pour le bâtir, il ne s’agit aucunement de dresser l’un contre l’autre, mais au contraire de réapprendre à chacun de travailler l’un avec l’autre, pour contribuer ensemble à la réussite du projet et par voie de conséquence, à l’amélioration de la société. C’est ici que l’on retrouve l’esprit du saint-simonisme: l’association de chacun doit permettre à tous d’une part de trouver sa place, et d’autre part d’améliorer les conditions d’existence de l’ensemble de la communauté.

L’essence du capitalisme social est ici: cesser d’exploiter des faiblesses d’autrui aux fins d’un enrichissement sans cause ni buts, mais au contraire l’aider selon son mérite pour renforcer l’ensemble de la communauté afin que tous jouissent de meilleures conditions d’existence.

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