L’économie du Zimbabwe: une leçon pour les apprentis-sorciers

« Non mais l’autre, il nous parle du Zimbabwe, c’est quoi cette blague? »

Si j’aborde le sujet de l’économie du Zimbabwe, c’est parce que l’exemple de ce pays est l’archétype de tout ce qu’il ne faut pas faire quand on veut développer une économie de façon stable et pérenne.

Le Zimbabwe, c’est là, en vert.

Commençons par quelques données sur le pays, qui abrite une population de 16 millions de personnes, appartenant ultra-majoritairement à l’ethnie Shona (80% des habitants). Déjà, il faut savoir le Zimbabwe est l’un des rares pays africains à avoir abrité une civilisation dont on connait relativement bien l’histoire, et ce dès le Ve siècle de notre ère. Lorsque les anglais colonisent la région, sous le nom de Rhodésie à la toute fin du XIXe siècle, la civilisation Shona est en déclin depuis près de 4 siècles.

Pour des raisons d’organisation administrative, le pays est découpé en deux, avec la Rhodésie du Nord, et la Rhodésie du Sud. Ils essaient de rattacher la Rhodésie du Sud à l’Afrique du Sud, ce qui est un échec sur tous les plans, et les anglais décident de laisser de côté ce pays pour se concentrer sur le développement de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie du Nord.

Avec la décolonisation, est créée une Fédération regroupant les deux Rhodésies et le Nyassaland. On lit souvent que c’était pour préparer une indépendance sur le modèle sud-africain, avec des blancs à la tête de la Fédération en vue de conserver un accès aux ressources minières, mais l’idée me semble grotesque pour des tas de raisons que je ne développerais pas ici. Disons seulement qu’avec des blancs ultra-minoritaires, dans une dynamique de décolonisation, je ne vois pas comment cela aurait été possible. Toujours est-il que la Fédération éclate en 1964. La Rhodésie du Nord devient l’actuelle Zambie et le Nyassaland devient l’actuel Malawi. La Rhodésie du Sud reste la Rhodésie, menée par le Gouvernement de Ian Smith, qui perdurera jusqu’en 1979.

Ian Smith en couverture du Time, 5 novembre 1965

L’histoire post-indépendance de la Rhodésie du Sud est complexe, et mériterait un article à elle seule, aussi vais-je abréger en mentionnant simplement qu’à la suite d’une longue guerre contre les mouvements rebelles soutenus par les anglais (qui avaient refusé la déclaration d’indépendance de Ian Smith en 1964), écrasés par des pressions internationales et minés par des dissensions internes, la Rhodésie du Sud de Ian Smith devient le Zimbabwe de Robert Mugabe en 1980.

Commence alors un déclin économique unique dans l’histoire de la décolonisation.

Une économie détruite par l’avidité et l’incompétence

L’organisation économique du Zimbabwe de Mugabe était corporatiste, c’est à dire que chaque corps de métier est regroupé et s’auto-organise lui-même, en fonction de ses intérêts. Pensé comme la panacée pour tirer le maximum de chaque corps (agriculture, industrie, armée, santé publique…), le corporatisme crée en réalité les bases pour une société de conflits d’intérêts qui finit par paralyser une économie, parce que chaque corps se dispute l’exercice de telle ou telle activité. L’un des exemples types est celui du pain: l’agriculteur produit le blé, le boulanger produit et vend le pain. Mais entre les deux, il faut moudre le grain pour produire de la farine. Problème: le meunier relève-t-il de l’agriculture, ou du commerce? On crée pour résoudre le conflit un nouveau corps de métier pour départager le fermier et le boulanger. Seulement il faut amener le blé au meunier, puis livrer la farine au boulanger, une activité de transport. Vous comprenez le problème: on multiplie les intervenants, donc les intermédiaires, et donc les coûts, et très vite, le système s’asphyxie parce qu’il n’y a plus assez de monnaie en circulation.

Mugabe avait également fait mettre en place un système social complet: salaire minimum garanti, durcissement des règles juridiques encadrant le licenciement, dépenses publiques d’éducation et de santé qui triplent en dix ans, développement de l’emploi public jusqu’à lui faire peser 60% des emplois du pays, et pour permettre à tous les habitants d’accéder à la propriété puis à une société de consommation, les prix des biens et les taux de crédit étaient contrôlés par l’Etat.

Pour soutenir cette consommation intérieure, les entreprises devaient payer d’énormes taxes si elles souhaitaient exporter leurs produits. Or une telle politique conduit à déséquilibrer la balance commerciale: en exportant moins que ce qu’on importe, on réduit l’afflux de capitaux étrangers qui servent à payer les importations. Il faut donc acheter des devises étrangères pour payer ces importations, et pour maintenir un niveau de liquidités suffisants dans le pays pour faire tourner l’économie réelle (celle des gens dans les commerces).

Dernier ingrédient pour déclencher une crise économique majeure, le gouvernement Mugabe a interdit aux compagnies étrangères ayant des activités au Zimbabwe d’y distribuer des dividendes à leurs actionnaires, pensant ainsi favoriser les primes aux salariés. Or, dans les années 1980 (et ce n’est plus le cas aujourd’hui), les dividendes servaient avant tout à rémunérer les investisseurs étrangers qui apportaient de l’argent frais (et surtout, des devises étrangères) dans le pays pour développer son économie. En empêchant ce versement de dividendes, Mugabe a en réalité empêché les investisseurs étrangers de dépenser leur argent dans les projets des entrepreneurs locaux, qui en avaient pourtant désespérément besoin pour créer des emplois dans le secteur privé.

Résumons: des dépenses publiques énormes (à hauteur de 45% à la fin des années 1980), un déficit commercial qui assèche les liquidités du pays, et une politique décourageant l’afflux de capitaux étrangers pouvant compenser cet assèchement et aider dans le même temps au développement de l’économie, qui ne peut pas compenser avec des taux d’intérêt et des prix flottants puisque ceux-ci sont contrôlés par l’Etat.

Les interventions gouvernementales des années 1990

Face au problème de la dette publique s’accroissant à un rythme alarmant, le gouvernement Mugabe a tenté plusieurs réformes dans les années 1990. Le plus évident en cas d’assèchement des liquidités dans un pays est une émission monétaire, dont le résultat est une dévaluation de la monnaie. Le gouvernement injecte donc sur son marché intérieur un vaste volume de cash, dévaluant le dollar zimbabwéen de 40%. Au même moment, le contrôle des salaires, des prix des denrées et des taux d’intérêt est levé.

Le remède, appliqué de façon aussi rapide, est encore pire que le mal puisque cela crée dans le même temps une baisse des salaires, une hausse des prix des denrées alimentaires et des taux d’intérêt, et une hausse du chômage, sans pour autant réduire le problème des déficits publics qui restent au même niveau.

Sans surprise, l’économie du pays est mise K.O. par ces réformes, et s’ensuit une période de chaos économique. La situation est en fait similaire à celle des pays d’Europe de l’Est à la chute de l’empire soviétique, et tout comme pour eux, des signes d’amélioration timide commencent à se faire sentir au milieu des années 1990, preuve que les réformes commencent à produire leurs effets positifs (meilleure efficacité de l’économie, retour à l’emploi pérenne, circulation des capitaux dans l’économie réelle, prix des denrées représentant leur véritable valeur…). Additionnées à l’aide internationale, ces mesures auraient pu rendre au Zimbabwe une vraie dynamique et lui permettre un développement accéléré, et ceci d’autant plus que le pays est riche en ressources minérales.

Seulement voilà, Mugabe était un dirigeant apparemment décidé à ravager son propre pays, puisqu’il a décidé en 1998 d’engager l’armée du Zimbabwe en République Démocratique du Congo (autre pays souffrant d’un chaos politique et économique, aggravé par la convoitise de ses voisins comme le Rwanda et le Burundi sur ses ressources minérales…). Cette action en RDC, totalement illégale et contreproductive, aboutit à la suspension de l’aide internationale, pourtant vitale pour l’économie du pays. Après tout, si le Zimbabwe peut se permettre des opérations militaires, pourquoi continuer à lui verser de l’aide économique pour sa population? Les millions de dollars qui affluaient permettaient de maintenir la balance commerciale et soutenaient l’économie réelle avec de l’argent circulant permettant de ne plus émettre de monnaie nationale (et donc de dévaluer). Sans cette aide, l’économie du Zimbabwe est repartie dans une spirale descendante aboutissant à l’explosion des années 2000.

L’Hyperinflation et la ruine du Zimbabwe

Avec un tel climat économique, le Zimbabwe était clairement condamné sur le plan économique à devoir subir un déclin irrémédiable, avec au bout l’implosion de tout le système. Cette seule phrase résume à elle seule la décennie 2000, qui a vu la dette extérieure du pays exploser, son économie réelle s’effondrer, et sa monnaie subir une hyper inflation comme on n’en avait plus vu depuis les années 1920 en Allemagne et en Autriche, suite à la Première Guerre Mondiale.

Un billet avec une somme absurde, ne valant rien, sauf pour les numismates…

En réalité, je pense qu’on peut même dire que la situation du Zimbabwe était inédite dans l’histoire, encore pire que dans les années 1920. Pensez donc: en 2009, vous pouviez voir sur le bas côté des routes des billets de plusieurs milliards de dollars zimbabwéens que personne ne se donnait la peine de ramasser, tant ils ne valaient rien. Le plus gros billet de l’histoire de la monnaie a été émis au Zimbabwe, pour une valeur faciale de 100 000 milliards, l’équivalent de quelques dizaines d’euros seulement.

L’histoire du dollar zimbabwéen est elle-même révélatrice de l’immense problème généré par l’intervention gouvernementale dans l’économie. Créé en 1980, le dollar zimbabwéen ( surnommé Z$ pour plus de simplicité ci-après) voit sa valeur s’éroder au fil des ans, indépendamment des épisodes de dévaluation volontaire. D’une valeur d’environ 1,5 $US pour 1 Z$ en 1980, il fallait 1 million Z$ du pays pour acheter 1 livre sterling en 2006. En 2006, le gouvernement tente d’enrayer la crise en annonçant un changement de monnaie, avec une valeur de 1 $US pour 1000Z$, sans changement macro-économique préalable pour assurer la viabilité de cette monnaie. Même causes, même conséquences: l’inflation est repartie de plus belle, à ceci près que cette nouvelle monnaie n’avait plus la confiance ni de la population, ni des étrangers commerçant avec le pays. De facto, le dollar US est devenu la monnaie préférentielle pour les échanges commerciaux, tant à l’étranger qu’en interne, ce qui d’une part forçait les entreprises zimbabwéennes à acheter des dollars à un taux très désavantageux pour elles, et d’autre part, amenait la population à trafiquer des dollars US sur un véritable marché noir. Or, plus le dollar américain entrait dans l’économie du pays (sans intervention en ce sens de la part des Etats-Unis, il faut le préciser), et plus la défiance envers le dollar zimbabwéen augmentait, faisant gonfler l’inflation à un rythme soutenu.

Pour essayer de rétablir la situation économique devenue catastrophique, le gouvernement Mugabe change une nouvelle fois sa monnaie, avec un taux de 10 milliards Z$ anciens pour 1 Z$ nouveau, au 30 juillet 2008. Or, cela ne changeait strictement rien, puisque aucune réforme macroéconomique n’avait eu lieu, une situation très vite évidente puisque dans les semaines qui suivent, Mugabe fait autoriser certains détaillants à accepter les devises étrangères, en particulier US$ et Rand sud-africain, comme moyen de paiement légal. Cette autorisation bouleverse totalement l’économie à cause du signal qu’elle envoie: puisque d’autres monnaies avaient désormais cours dans le pays, cela signifiait que le Z$ ne valait plus rien. En moins six mois, cette nouvelle dénomination monétaire était devenu l’échec le plus absolu de l’Histoire de la Monnaie, avec l’émission de ce fameux billet de 10 trillions de Z$ (valant sur les marchés internationaux environ 50 US$).

Une dernière tentative de sauvetage du dollar zimbabwéen a lieu en février 2009, avec une valeur de 1 000 milliards de Z$ anciens pour 1 Z$ nouveau (et il fallait 300 000 milliards de Z$ anciens pour 1 US$). Une fois encore, sans réforme macro-économique, l’absence de confiance dans cette monnaie ne pouvait que conduire à un désastre encore plus rapide que les précédents. Aggravée par l’annonce du gouvernement que désormais toutes les devises étrangères seraient acceptées dans le pays, la crise aboutit à la suspension définitive de la cotation du dollar zimbabwéen en avril 2009. L’annonce constatant de facto la mort de cette monnaie n’a eu aucun effet sur l’économie, qui à cette date était de toute façon entièrement « dollarisée », effectuée en dollars US, voire en têtes de bétail dans les régions rurales, où la forme d’échange était revenue au troc…

L’annonce de la démonétisation définitive du Z$ en 2015 est passée presque inaperçue.

La malédiction du Zimbabwe

Le Zimbabwe avait pourtant tout pour être un pays riche et prospère. Dès l’indépendance de 1965, le gouvernement de Ian Smith avait mis en place les bases d’une économie saine, fondée sur l’agriculture, qui est l’un des secteur les plus dynamiques de ces régions fertiles de l’Afrique. L’agriculture devait permettre la constitution de capitaux nécessaires pour assurer la crédibilité internationale des finances du pays, et attirer des investisseurs pour exploiter les riches ressources minérales du Zimbabwe.

Le pays possède de très riches réserves de charbon (8 milliards de tonnes prouvées), des diamants (4% de la production mondiale), du Platine (10% de la production mondiale), du Palladium (5% de la production mondiale), de l’or, de l’argent, des minéraux technologiques comme le cobalt…

En fait, le Zimbabwe devrait théoriquement être l’un des pays les plus riches d’Afrique. Il ne subit pas l’ingérence étrangère comme peut la subir la République Démocratique du Congo, et est en relative paix au niveau civil, du fait de sa grande homogénéité ethnique (plus 80% de la population est de l’ethnie Shona). Comment expliquer, dans ces conditions, que le pays soit l’un des plus pauvres du monde?

Il faut remonter à 1980, et l’arrivée au pouvoir de Mugabe, qui a constitué une véritable catastrophe pour la population blanche, qui détenait majoritairement l’agriculture entre ses mains. Prétextant le « racisme » des blancs, Mugabe s’est employé à détruire les liens entre populations noires et populations blanches et à ostraciser ces dernières pour reprendre leurs terres, avec l’appui du gouvernement anglais qui l’avait mis au pouvoir. Comme il faut s’y attendre dans une économie basée sur l’agriculture depuis les années 1960, une telle attaque contre les fermiers blancs a mené à un déclin inexorable de tout le secteur, fragilisant les bases d’une économie déjà malmenée par les réformes que j’ai mentionnées plus haut. Pendant les décennies suivantes, Mugabe s’est employé à décharger ses responsabilités sur les « racistes » blancs, qu’il a fait persécuter. Alors qu’ils représentaient 275 000 personnes en 1975, les blancs n’étaient plus que 29 000 personnes en 2012. En 2015, Mugabe a fait voter une énième loi pour exproprier manu militari et sans compensation financières 3000 des 4500 familles de fermiers blancs qui restaient dans le pays, appelés à « quitter le pays ou mourir ». Cette loi a achevé de détruire le secteur agricole zimbabwéen, au point que le nouveau gouvernement, qui a pris le pouvoir en 2017, envisage de faire revenir ceux qui ont dû fuir en Afrique du sud et en Zambie pour survivre.

Robert Mugabe a été chassé du pouvoir le 14 novembre 2017, après 37 ans de règne de fer, dans un coup d’Etat dirigé « contre ses proches » accusés de détruire l’économie du pays. En n’accusant pas Mugabe de leurs maux, les mutins ont voulu préserver le pays d’une guerre civile qui n’aurait pas manqué d’éclater autrement…

Robert Mugabe, je l’ai dit, semble s’être évertué à détruire son pays, à la fois par incompétence et par avidité. L’intervention militaire de 1998 en RDC avait apparemment pour objectif non avoué de sécuriser les avoirs miniers que Mugabe avait secrètement acquis, et qui étaient menacés par des rebelles. Mugabe a apparemment pillé avec ses proches l’un des fonds de réserve constitué par la vente de diamants, pour une somme ahurissante de 25 milliards de dollars américains. Il dispose de résidences un peu partout dans le monde, chacune valant plusieurs millions de dollars US. Toute sa fortune s’est construite au détriment des zimbabwéens, et continue de se faire à leur détriment puisqu’il touche 1 million par an, en compensation pour le coup d’état qui l’a renversé en 2017, et ce jusqu’à sa mort (il a 95 ans).

Le nouveau président Mnangagwa n’est pas un inconnu puisqu’il était l’un de ses compagnons de route dès les années 1970. Il a acquis son surnom de « boucher » peu après l’indépendance en 1980, lors du massacre de plus de 20 000 civils, en majorité blancs et surtout noirs travaillant pour des blancs, commis dans le centre du pays.

Depuis le départ de cet homme qui a passé sa vie à détruire son pays et à accuser les blancs de tous les maux, les choses semblent aller un peu mieux au Zimbabwe.

C’était du moins le cas jusqu’à ces derniers jours. Le nouveau gouvernement a en effet annoncé la fin du système du taux-fixe de la quasi-monnaie basée sur le dollar, qui a pris le relais suite à la chute du Z$ en 2009. Concrètement, cela signifie que le Zimbabwe relance une nouvelle monnaie. Or, le nouveau gouvernement n’a pas constitué de réserves pour en garantir la crédibilité et la valeur, c’est à dire que l’on retombe dans la même situation qu’en 2006. Si le fait de laisser fluctuer à nouveau la valeur entre le dollar US et ce qui sert actuellement de monnaie nationale semble être une bonne chose pour de nombreux économistes, c’est qu’ils oublient que le pays souffre d’une grave pénurie de cash et que la majorité des échanges monétaires se fait sur le marché noir, hors d’atteinte du gouvernement. En réalité, cette annonce ne fait que diminuer la crédibilité de la quasi-monnaie locale, ce qui annonce un retour à la dollarisation, aux pénuries de cash, et une inflation majeure à venir.

Quelle solution pour une économie en crise?

La seule solution qui me paraît viable pour le Zimbabwe est d’abandonner toute prétention à avoir une monnaie « comme les autres », avec des taux de change fluctuants et adossée ou non au dollar pour bénéficier d’une stabilité comme le CFA indexé sur l’Euro.

En l’état actuel, sans réforme macro-économique majeure, la seule solution pour le Zimbabwe est d’adosser une nouvelle monnaie sur des valeurs stables et sûres: ses ressources minières. En créant un indice composite, c’est à dire en créant un panier de ressources dont la valeur équivaudrait à 1 dollar, représentant une fraction de la valeur d’une unité d’échange de tel ou tel métal (l’once pour les métaux précieux, le kilo pour les autres, la tonne pour le charbon…), le pays s’autoriserait une valeur monétaire fluctuante en fonction des marchés des ressources, appuyées sur des valeurs concrètes à même de redonner confiance en cette monnaie, et pourrait repartir sur des bases nettement plus saines, tout en se constituant une réserve pour crédibiliser son économie.

Sans parler d’un retour au standard-or, qui est dépassé et inadapté à une économie moderne, le Zimbabwe pourrait, s’il était mené par des dirigeants réellement concernés par le renouveau de l’économie de leur pays plutôt que par leurs richesses personnelles, retrouver une réelle dynamique de croissance et la prospérité dont il est théoriquement capable.

En l’absence de réformes libérant enfin l’économie, réduisant la part du secteur public dans l’emploi, cessant la discrimination contre ses populations blanches, autorisant les entreprises étrangères à réinvestir normalement dans le pays et dotant le pays d’une monnaie crédible, le Zimbabwe est condamné à un cycle infernal de chaos économique. Jusqu’ici, il n’y a pas eu de violences majeures liées à la situation catastrophique de l’économie. Mais pour combien de temps?


L’anti-science du réchauffement climatique

Un article a attiré mon attention:
https://www.rt.com/news/450291-colonization-climate-change-cooling/
La Science débile en action: « le génocide est une arme contre le réchauffement climatique ».
C’est le genre d’étude où TOUT est débile. La manipulation des données est totale. Exemple? L’estimation des populations américaines entre 1492 et 1600, période au cours de laquelle ladite population aurait chuté de 95% à cause des européens, en raison des épidémies, des guerres et des famines.
Il faut savoir qu’aucune épidémie, pas même Ebola, n’a un taux de mortalité aussi élevé. Même en y ajoutant les conflits armés, qui n’ont pas fait plus de 100 000 morts sur l’ensemble du siècle, et même en présumant qu’il y a eu des famines, il n’est statistiquement pas possible d’éliminer 95% d’une population (avec les moyens de l’époque). Un effondrement de cette nature et aussi rapide aurait mené à l’extinction inéluctable et irrémédiable des populations amérindiennes (on parle ici aussi bien des populations d’Amérique du Nord que de celles du Sud), parce qu’il suppose une mortalité infantile dantesque (les enfants étant les plus faibles, ils sont les premiers à périr des épidémies et des famines).
Pire: la colonisation (à buts commerciaux, même pas de peuplement) de l’Amérique du nord n’a commencé qu’à partir de 1565, avec la première colonie implantée en Floride par les espagnols, ce qui signifie que la population des amérindiens du nord se serait effondrée en 35 ans! Tous les démographes vous le diront: un effondrement aussi rapide signifie l’extinction irrémédiable d’une population à court terme. Surtout que dans les faits, rien ne distingue le 16e siècle du 17e: les causes de ce prétendu effondrement n’ayant pas disparu après 1600, il est impossible que ces populations aient pu survivre au 17e siècle. Pourtant, ils sont toujours là, comme le prouve les tests ADN qui montrent non pas une disparition, mais un métissage: si les peuples ont pu disparaître, les populations, elles, sont restées.
Autre problème avec cette théorie totalement fumeuse, les périodes ne coïncident pas. Le « petit âge glaciaire » est une période relativement froide qui a débuté au début du 14e siècle, et s’est terminé au tout début du 19e siècle. C’est à dire qu’il a commencé AVANT la colonisation des Amériques par les européens. Il s’est également terminé AVANT le début de l’industrialisation du 19e siècle (les premières usines employant des machines à vapeur et donc utilisant du charbon n’ouvrent leurs portes qu’à partir des années 1840).
Le Petit âge glaciaire est expliqué par deux phénomènes parfaitement naturels et qui faisaient l’unanimité chez les climatologues jusqu’ici: les cycles de Milankovitch (liés à l’orbite terrestre et au fait que notre planète soit inclinée sur son axe de rotation) combinés à une activité solaire « anormalement » (comprendre « pas encore comprise ») réduite, comme en attestent les recensements de tâches solaires effectués depuis Galilée.
Balancer, donc, que ce refroidissement des températures globales est dû à la quasi-extermination d’un ensemble de population (évidemment commis par les méchants européens, bouuuh les blancs bouuuh), ce n’est rien d’autre que de l’idéologie pure et dure, à l’image de la science nazie et de la science soviétique, qui trafiquaient tout ce qu’ils pouvaient pour « prouver » qu’ils avaient raison.
Je n’invoque pas les nazis et les soviétiques au hasard: suggérer que la chute drastique d’une population a pu provoquer un refroidissement globale, c’est suggérer qu’on pourrait vaincre le prétendu réchauffement climatique en exterminant une partie de la population humaine. Inscrit dans la dynamique médiatique de ces derniers mois, où on vous dit d’arrêter de faire des gosses pour sauver la planète, que l’avortement c’est « trendy » et qu’on peut même en faire un happening (parce que ça fait l’occasion de se faire valoir avec un drame personnel), mais qu’il faut faire quand même de la place aux migrants africains parce qu’ils sont trop nombreux pour chez eux et qu’il faudra payer nos retraites, dans ce mouvement là, donc, on voit toute la rhétorique mortifère qui est organisée contre l’Occident.
Je dis souvent (pas sur Facebook) que le 21e siècle sera un siècle de génocides qui feront passer ceux du 20e pour de joyeuses balades bucoliques. Plus le temps passe, plus je vois des éléments se mettre en place, et plus je sais que c’est exactement ce qui arrivera, si on les laisse continuer dans cette voie.
Eteignez vos télés. Fermez vos journaux. Faites des gosses. Donnez leur des valeurs. Protégez leur héritage. Luttez.
Et si vous avez la patience, l’article est ici:
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0277379118307261

Du « gay-nocide » tchétchène…

Et nous y revoilà déjà. Ou encore. Les vilains tchétchènes s’en prendraient à nouveau aux gentils homos. La dernière fois c’était il y a bientôt deux ans. Mes prises de position à l’époque étaient les mêmes qu’aujourd’hui, donc si vous avez raté l’épisode, vous pourrez vous rattraper ici. Mes écrits m’avaient même valu une shitstorm familiale, mais je ne regrette rien. Long story, short story, un de mes cousins est homo et son compagnon est un avocat qui a trouvé le bon filon pour faire parler de lui en attaquant tous azimuts des personnalités accusées d’être « homophobes ». Évidemment, cette histoire était du pain béni, et il a cherché à attirer la lumière sur lui en s’attaquant rien moins qu’à Kadyrov, d’une manière qui m’avait fait bondir. Le Droit International étant ma première spécialité, voir que l’on cherchait à faire passer ces faits pour un génocide m’avait on ne peut plus révolté (plus encore que pour l’affaire des « Rohingas » du Myanmar…). Je reviendrais là dessus un peu plus loin dans cet article, parce qu’on en revoit les prémices poindre le bout du nez.

Comme je le disais à l’époque, ces « histoires » ne sont que des histoires jusqu’à preuve du contraire. Les témoignages anonymes sans aucune circonstance de lieu ou de temps ne sont rien de plus que des rumeurs. De fait, il y a 18 mois, nos médias allaient jusqu’à parler de « camps de concentration pour gays », voire pour certains imbéciles, de « génocide contre les gays ». C’était et c’est toujours d’une débilité absolue, du même niveau que ces histoires d’exécutions atroces avec force détail en provenance de Corée du Nord (exécution aux chiens affamés, exécution au canon anti-aérien…).

Mettons-nous d’accord tout de suite: la Tchétchénie n’est PAS un paradis sur Terre. Loin de là. C’est une république islamique despotique et népotique dirigé d’une main de fer par le clan Kadyrov, Ramzan en tête. Le clan Kadyrov est musulman, pratiquant de l’école soufie, qui est largement promue et mise en œuvre dans la petite république du Caucase (parce que, oui, aussi choquant que ça puisse être, c’est bien une république). Ce n’est pas un hasard si Kadyrov a le soutien du Kremlin: la Tchétchénie (et le Daghestan voisin) est depuis les années 1980 une « terre d’islamisation », que les saoudiens essaient de conquérir avec leur école islamique, le salafisme wahhabite. La deuxième guerre de Tchétchénie, au début des années 2000, était une guerre contre le séparatisme tchétchène, fondé largement sur l’islamisation. Ramzan Kadyrov et son clan en sont sortis grands vainqueurs, et ce, même après l’attentat qui a tué son père en 2004.
Ils sont toujours soutenus sans aucune faille par le Kremlin parce qu’ils liquident les wahhabites là où ils les trouvent, et maintiennent une véritable stabilité dans la région.

C’est dans ce contexte de conflit religieux que doit se comprendre la répression tchétchène. A la répression d’Etat se cumule une sorte d’entreprise mafieuse, où les hommes de main du clan Kadyrov (sans forcément dépendre de lui, mais lui ayant prêté allégeance et appelés de ce fait « Kadyrovtsi ») font régner une répression-extorsion systématisée. Les Kadyrovtsi sont une sorte de milice privée, investie de pouvoirs de police et de renseignement. Nés en 1994 en tant que force insurrectionnelle militant pour l’indépendance de la Tchétchénie, ils sont devenus la garde rapprochés du clan Kadyrov. Si Ramzan les a officiellement dissouts en 2006, soit en les intégrant dans l’appareil d’Etat (armée, police…), soit en les congédiant, leur réseau est tel qu’ils continuent d’exister de façon semi-officielle en tant qu’organisation paramilitaire.
La politique de répression en Tchétchénie est simple: si un individu « prend le maquis » (c’est à dire rejoint les rangs des wahhabites), les kadyrovtsi vont s’en prendre à ses parents, ses frères et sœurs, ou ses cousins. Ce seront d’abord des menaces pour inciter les membres de la famille à faire revenir le candidat au « maquis ». Leur réputation est suffisante pour que ce soit un succès, mais quand ce n’est pas le cas, les kadyrovtsi recourent à l’enlèvement/prise d’otage, et les maisons de membres de la famille sont incendiées. L’idée est de faire en sorte que les familles elles-mêmes empêchent des prises de position « anti-tchétchènes » sous peine de subir la sanction à la place du mis en cause.

Ce système est efficace, mais aboutit à des arrestations-détentions qu’on qualifierait, dans un Etat de droit, d’arbitraires et d’illégales: il n’y a aucune mise en accusation, aucun procès, ni évidemment aucun contrôle. C’est là qu’arrivent ces histoires de « gays » arrêtés. Des gens (qui ne sont pas homosexuels) sont « arrêtés » et « interrogés », et relâchés sur « caution », c’est à dire qu’ils sont enlevés, battus voire torturés, et éventuellement relâchés après demande de rançon (bien souvent non payée), ou assassinés. Ces enlèvements et assassinats étaient quotidiens pendant les premières années du règne de Ramzan Kadyrov, ils sont cependant moins fréquents aujourd’hui. Comme je l’ai déjà dit, ils ne visent certainement pas spécifiquement les homos mais concernent l’ensemble de la population, et ceux qui sont accusés de l’être ne le sont la plupart du temps même pas, et sont de fervents musulmans. Il s’agit là d’une stratégie d’intimidation particulièrement féroce dans un territoire traditionaliste où l’homosexualité est considérée comme une déviance ostracisante et honteuse pour les familles, qui liquident la plupart du temps elles-mêmes leurs membres dont l’homosexualité est découverte, ou plus rarement envoient leur proche en Russie ou à l’étranger. Et il faut ici le préciser de façon claire: ce n’est pas seulement la Tchétchénie, mais tout l’espace musulman qui est concerné.

L’homosexualité est un tabou généralisé dans l’espace musulman. Elle l’est encore plus dans les territoires traditionalistes comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, ou, donc, la Tchétchénie. Il faut être un crétin d’une ignorance absolue pour croire qu’un homosexuel se revendiquerait comme tel en public en Tchétchénie, ou qu’il existe des lieux où les homos pourraient se retrouver « en secret », dans l’arrière-salle d’un café. Imaginer dans ces conditions qu’il y aurait de vastes rafles d’homosexuels qui seraient ensuite parqués dans des « camps de concentration » relève du délire.

Outre les opposants au régime, les kadyrovtsi visent en priorité les personnes qui ne sont pas suffisamment « tchétchènes », c’est à dire qui tiennent des propos anti-Kadyrov ou anti-russes (et donc souvent pro-Occidentaux), qui font la promotion de l’Islam wahhabite, ou ne vont pas à la mosquée. Ils ciblent également les jeunes qui boivent de l’alcool (dont la vente est très règlementée et limitée entre 8h et 10h du matin), se droguent, ou ont un comportement non conforme (tenue, attitude…). Certaines de ces personnes s’avèrent être homosexuelles, presque toujours des jeunes qui ont gardé leur orientation pour eux et n’ont pas eu le temps ou les moyens de partir avant d’être arrêtés, mais dire que ce sont eux qui sont ciblés serait cracher au visage des milliers de victimes qu’on oublierait.

Indéniablement, ces enlèvements constituent des crimes, en particulier lorsque les victimes sont battues, parfois torturées voire assassinées. S’agit-il de génocide pour autant? Certainement pas. Le crime de génocide est défini selon l’article 6 du Statut de Rome instituant la Cour Pénale Internationale comme constitué par des actes (meurtres, tortures physiques et/ou psychologiques, atteinte aux conditions essentielles de survie, empêchement des naissances, et transferts forcés des enfants vers un autre groupe) commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Je le précise donc ici: les homosexuels, même constitués en « communauté », ne sont pas et ne seront jamais un groupe national (une nationalité), ethnique (un peuple), racial ou religieux.

Le crime de Génocide est extrêmement particulier et le Droit International le restreint volontairement à quelques cas très particuliers et particulièrement emblématiques. Il s’agit ici de ne pas « déconsidérer » les génocides des juifs, des tziganes ou des tutsis. La plupart des crimes sont donc qualifiés de Crimes contre l’Humanité, dont la définition est beaucoup plus large (donnée par l’article 7 du Statut de Rome). Cette définition couvre le crime d’extermination (le meurtre systématisé de tout ou partie d’une population, sans considération pour sa nationalité, son ethnie, sa race ou sa religion), ce qui démontre la volonté de réserver la qualification de génocide à des cas extrêmement restreints et spécifiques.

Les disparitions forcées, les assassinats d’opposants politiques ou religieux, lorsqu’ils sont organisés par l’Etat ou l’une de ses institutions entrent dans la sphère de définition des Crimes contre l’Humanité, dont la peine est la même que pour le Génocide (article 77 du Statut de Rome). On comprend donc ici qu’il n’y a pas d’enjeu juridique particulier en ce qui concerne la qualification des crimes commis en Tchétchénie. La difficulté serait de savoir si les kadyrovtsi agissent en tant que milice privée ou organisation criminelle, ou en tant qu’organe officiel du pouvoir. Surtout, la Russie ayant signifié en 2016 son retrait de la Cour Pénale Internationale (dont elle avait signé le statut, mais jamais ratifié et donc jamais mis en œuvre ni appliqué), la question serait de savoir qui irait chercher Ramzan Kadyrov pour le traduire devant la Cour…
Une chose est sûre: vouloir à tout prix aller chercher le qualificatif de génocide est ridicule et démontre une ignorance crasse du Droit International, parce que cela ne peut pas, juridiquement, aboutir. Cela démontre aussi, et surtout, une volonté d’ordre politique.

Tout le monde aujourd’hui cherche à avoir « son » génocide. Des musulmans accusant les autorités du Myanmar aux algériens accusant la France coloniale, en passant par les homosexuels à propos de la Tchétchénie, l’enjeu politique est immense, car l’effet politique d’un génocide aboutit à une quasi-immunité, une interdiction de toute critique qui serait désormais perçue comme une persécution de plus. Il y a aujourd’hui une véritable « course au génocide », une rivalité mémorielle qui pourrit tout débat politique. Or, l’immunité politique est nécessaire pour certains groupes qui entendent faire avancer leur agenda politique, les uns pour instaurer peu à peu la Sharia, les autres pour s’assurer de pouvoir reprendre la promotion de la pédophilie comme dans les années 1970, mais cette fois en la faisant passer pour une orientation sexuelle « naturelle ».

Il est temps d’arrêter ce délire génocidaire et de retrouver un peu plus de sérénité dans les débats. Le dévoiement du vocabulaire finit par faire perdre toute nuance aux mots et aux notions qu’ils recouvrent. Lorsque les mots n’ont plus d’importance parce qu’ils sont tous devenus synonymes, on perd leur richesse et leur intérêt. Lorsque l’exceptionnel devient banal, la banalité est sans importance, et il semble que certains préfèrent se préoccuper d’inventer des génocides à l’autre bout de la planète plutôt que de s’occuper de la misère qu’ils ont sous les yeux au quotidien.

Triste monde pour de bien tristes sires aux petits égos méprisables.

9 septembre 1922: la Tragédie de Smyrne

Le 9 septembre 1922 commençait la tragédie de Smyrne.
Ville sous administration grecque depuis le démantèlement de l’Empire Ottoman, du 15 mai 1919 jusqu’au 8 septembre 1922 à 22h, elle passe à cette heure-là (décidée administrativement, ce qui permettra de lancer des opérations d’évacuation) sous la domination des « nationalistes » turcs, ceux-là même qui sont responsables du génocide arménien.

Pendant 4 jours, ils vont se livrer sur les civils à des massacres, pillages, viols, tortures, sans aucune retenue et selon les témoignages, avec une intolérable cruauté, avant d’incendier la ville pour la réduire en cendres, le 13 septembre. Les deux-tiers de Smyrne seront ainsi détruits (les quartiers turcs seront laissés intacts, tandis que les quartiers juifs ne seront que très peu touchés, contrairement aux quartiers grecs et arméniens qui seront réduits à néant), les troupes turques bloquant les sorties de la ville pour empêcher les survivants d’échapper aux flammes. La ville comptait près de 400 000 habitants, dont 165 000 turcs, et comptait 150 000 grecs, 25 000 juifs, 20 000 européens dont 3 000 français, et 25 000 arméniens auxquels s’ajoutaient des milliers de réfugiés rescapés du génocide et tous les européens ayant trouvé refuge dans la ville pendant les 3 ans de guerre greco-turque. La moitié (estimés à plus de 100 000, le New York Times du 17 septembre 1922 parlera de 200 000 morts) vont périr dans des circonstances atroces. Toutes les victimes seront non-turques.

Les troupes britanniques et surtout les troupes françaises, venues tenter d’évacuer les populations civiles, décriront des scènes d’apocalypse et seront témoin d’exactions (comme le martyr de Saint Chrysostome de Smyrne) contre lesquelles les soldats ne peuvent rien, ayant reçu l’ordre formel de ne pas intervenir pour préserver la neutralité de leur pays. Les navires de secours ne parvenaient souvent pas à entrer dans le port, tant il y avait de cadavres flottant dans l’eau: leur masse gonflée et pourrissante était telle qu’elle suffisait à les repousser par leur seul nombre.

Un certain nombre de récits ont été publiés à l’époque pour relater les faits, de façon extrêmement édulcorée mais déjà suffisamment éloquente. On peut en trouver un certain nombre ici: https://archive.org/stream/martyrdomofsmyrn00oecoiala…

Les turcs nationalistes (un qualificatif trompeur: leur nationalisme n’était pas un « panarabisme », mais un islamisme pur et dur) surnommaient la ville « Smyrne l’Impure » ou encore « Smyrne l’Infidèle », parce qu’elle était historiquement un havre de relative tolérance où populations chrétiennes, juives et musulmanes vivaient en relative cordialité, sans toutefois se mélanger. L’arrivée des turcs va changer radicalement tout ça: ils renommeront la ville Izmir, et déporteront 30 000 rescapés vers l’intérieur du pays, au cours d’une « marche de la mort » où presque tous périront, soit exécutés, soit d’épuisement (ils n’avaient ni eau ni nourriture, devant se contenter de ce qu’ils trouvaient parfois en chemin).

La marine grecque, revenant dans la ville le 24 septembre, évacuera 180 000 personnes, la plupart arrivées après le massacre pour fuir le pays. En 1923, la Grèce et la Turquie procèderont à des échanges de populations. Après le massacre, que les turcs appellent « la Glorieuse Reconquête d’Izmir », un recensement en 1927 établit la population d’Izmir à 185 000, composée à 88% de turcs (dits « musulmans » dans le recensement), le reste étant ultra-majoritairement juifs. Comme le notera plus tard l’historien Giles Milton (dans « Le Paradis Perdu – 1922, la destruction de Smyrne la Tolérante »), 3000 années de présence grecque en Anatolie venaient de trouver une fin brutale, Smyrne devenant le symbole sanglant de la destruction de tout un monde qui n’existera plus jamais.

3 septembre 1939: la France déclare la guerre au IIIe reich

http://www.ina.fr/video/CAF94005580

C’est la rentrée des classes, mais c’est aussi le triste anniversaire de l’entrée de la France dans la seconde guerre mondiale.
Le 3 septembre 1939, l’Angleterre et la France entrent de facto en guerre contre l’Allemagne nazie, à l’expiration de leur ultimatum. Le 1er septembre, les troupes de la Wehrmacht attaquaient la Pologne sans déclaration de guerre, provoquant la mobilisation générale en France et au Royaume-Uni. Le front de l’ouest, pourtant, n’est pas ouvert. Français, belges et anglais se raccrochent à l’espoir d’une résolution diplomatique par le biais d’une conférence que Mussolini souhaitait organiser sur le problème de la Pologne. Le conflit remonte en fait à la résolution de la Première Guerre Mondiale, à la fin de laquelle l’Allemagne perd énormément de territoires: ses colonies, bien sûr, mais surtout l’Alsace, à l’ouest, et les régions dites du « couloir de Dantzig », à l’est. Hitler entend les récupérer, fidèle aux idées pangermanistes de l’époque. Il lance donc les troupes allemandes à l’assaut des territoires anciennement allemands, comme il avait fait contre la République Tchèque en 1938. Les français et les anglais avaient alors abandonné la République Tchèque et donné un blanc-seing à Hitler pour annexer les Sudètes (majoritairement peuplée de germanophones), espérant calmer ses appétits expansionnistes (il avait promis qu’il n’irait pas plus loin). Sauf Qu’Hitler voulait aussi la Pologne, et le Lebensraum pour l’Allemagne, étendu vers l’est (et dépeuplé de ses populations slaves, par la force si besoin).
Le 3 septembre 1939, donc, la France et l’Angleterre se retrouvent dans la guerre. Mais n’ont pas les moyens de la mener. La France était depuis la fin de la Première Guerre le berceau du Pacifisme politique. Nombre de ses « intellectuels » prônaient un désarmement complet. Résultat, quand vient la guerre (parce qu’elle est venue, que les pacifistes le voulaient ou non), ni la France ni l’Angleterre ne l’ont préparée. L’industrie de l’armement est relancée en catastrophe pour remettre à niveau les équipements. En France, ce sera le développement du char B1Bis (presque invincible pour les chars allemands, comme ils en feront l’amère expérience) et du chasseur Dewoitine D.520, notamment.
Seulement, c’est déjà beaucoup trop tard. Les mois de flottement, aux cours desquels des affrontements extrêmement limités se produiront sur notre sol et le sol belge, ne seront pas suffisants pour compenser le manque de préparation et d’entrainement des troupes françaises et belges, qui subiront de très lourdes pertes malgré une résistance acharnée. Ce défaut déjà mortel se trouvait aggravé par un État-major incompétent, dirigé par le Général Gamelin, qui n’a jamais pris les initiatives qui auraient pourtant pu changer le cours de la guerre. En septembre 1939, la guerre contre l’Allemagne était gagnable, en prenant d’assaut un pays vidé de ses soldats (presque tous lancés à l’assaut de la Pologne) et en le privant de son cœur industriel (majoritairement situé à l’ouest de l’Allemagne). En mai 1940, l’occasion était passée, et la guerre était perdue d’avance.

Sombre Plume présente: Saoshyant & Rome

Je me décide enfin à donner des allures plus officielles concernant la sortie de Saoshyant, paru en août dernier, à l’occasion de la publication du deuxième volet de la trilogie Ecclesia, intitulé Rome.

Saoshyant, tout d’abord:
Disponible au format papier et numérique (kindle) 

Dans l’obscurité d’un passé depuis longtemps oublié est née une idée qui devait changer le monde et délivrer l’Homme de ses angoisses.

Le Sauveur, pourtant, s’est fait tyran usurpateur et sanguinaire par la voix des prophètes qui n’ont eu de cesse d’annoncer sa venue prochaine à leur propre profit.

De ses origines mazdéenne, le Saoshyant s’est mué en Ha Mashia’h à Babylone avant de devenir Christ à Jérusalem.

Depuis deux millénaires, l’Homme tue au nom de celui qui devait le sauver. De Zoroastre à Saint Paul et l’Iscariote, Tiephaine G. Szuter prolonge l’expérience du Liber Satanis dans le premier volume de la trilogie Ecclesia, consacrée à la naissance du Christianisme et de l’Église qui s’en réclame.

 

Comme je l’expliquais en décembre dernier, la trilogie Ecclesia, dont Saoshyant est le premier volet, s’inscrit dans la lignée de mon Liber Satanis et entend montrer comment une idée mystique a été manipulée pour faire passer une petite secte isolée en Orient au statut de religion globale.

Saoshyant plonge dans les racines mazdéennes du concept de « Sauveur » et montre comment ce concept spirituel est devenu une arme dans les mains de rebelles juifs contre la domination romaine.

Le second volet d’Ecclesia s’intitule donc logiquement Rome:

Disponible au format papier et numérique (kindle)

La ville éternelle! Rome, l’impériale, la majestueuse, capitale du monde… Et pourtant, tout ceci ne serait bientôt plus que poussière.

Depuis le lointain Orient, la mort de l’Empire est en marche.

L’exterminatrice de dieux et de traditions rongera Rome de l’intérieur, festoyant sur son cadavre pendant des siècles.

L’Église chrétienne détruira un monde, et le plongera dans l’obscurité pour un millier d’années…

Avec Rome, Tiephaine G. Szuter nous fait plonger dans le drame de la fin du Monde antique dont l’agonie dura quatre siècles. Rongée par la superstition et le fanatisme, Rome témoigne du destin des sociétés obscurantistes des hommes devenus fous par dévotion.

 

Rome se déroule donc à la période troublée de l’Empire, et se concentre sur les conséquences de la fondation de l’Eglise Catholique, qui prendra peu à peu l’ascendant sur le pouvoir de l’Etat romain, et détruira irrémédiablement le monde antique et son lien particulier avec la Nature, les anciennes traditions, et cherchera la domination sur l’Humanité toute entière. Mais cette dernière partie sera abordée dans le troisième volume d’Ecclesia, intitulé Peste, à paraître dans les prochains mois.

Comme toujours, je vous souhaite une bonne lecture en compagnie de mes écrits.

 

La pseudo-science catastrophiste, fléau du 21e siècle

Écouter l’émission « Existe-t-il une science du pire? » de France Culture du 26 octobre dernier pour me réveiller n’était à priori pas la meilleure des choses à faire pour partir sur de bonnes bases. 

Le concept de « science du pire » s’applique à décrire ces situations catastrophiques « découvertes » (voire provoquées) par la Science, comme le célébrissime concept de « changement climatique ».

Le sujet de l’émission est à priori séduisant, puisqu’il s’agit de présenter une discipline naissante, la « collapsologie » (ou « science de l’effondrement », du terme anglais « collapse »), et d’en expliquer les principes. Le concept même de fin du monde est à la mode depuis environ 2500 ans et la naissance des messianismes religieux (là, je vous renvoie à mon Saoshyant), mais il s’est particulièrement développé ces cinquante dernières années: craintes d’une guerre nucléaire, apocalypse zombie, virus mortel global, robots tueurs, effondrement des sociétés civilisées, invasion extra-terrestre, astéroïde tueur… La littérature et le cinéma ne manquent pas d’exemples et nous en abreuve en permanence. Il semble donc assez étonnant finalement qu’une discipline scientifique ne se soit pas attachée à étudier ce domaine avant.

Quoique.

Rappelons que la Science repose sur deux choses: l’observation, et l’expérimentation. Si on peut observer l’effondrement de sociétés passées ou existantes, et éventuellement formuler des hypothèses pour les expliquer, il manquera toujours le second aspect fondamental de la Science moderne. L’expérimentation, pour des raisons assez évidentes, ne peut pas être réalisée sur une société pour voir comment elle s’effondre. L’expérimentation supposant la réplication, c’est à dire la répétition d’un résultat dans les mêmes conditions, autant dire qu’il est impossible de considérer la « collapsologie » comme une science, à moins d’accepter que l’on puisse mener des expériences sur des groupes d’individus pour observer comment ils survivent et meurent dans des conditions déterminées par avance. Au cours de l’ère moderne, il n’y a que trois « civilisations » qui ont permis un tel niveau d’inhumanité: l’Allemagne national-socialiste, la Russie soviétique, et le Japon impérial (du moins, sa sinistre Unité 731).

La collapsologie présente donc un sérieux défaut épistémologique dans le fondement même de son approche, et ne saurait en aucun cas être considérée comme une science au même titre que la Physique, la Chimie, la Médecine ou la Biologie. Ça ne signifie pas qu’elle ne peut pas être pertinente dans sa démarche ou son propos, simplement il faut garder à l’esprit que n’étant pas une Science, toute décision politique, économique ou humaine prise par rapport à cette discipline ne semble pas avoir beaucoup plus de pertinence qu’une décision prise en fonction d’un jet de fléchette ou d’un jet de dé.
Mais, encore une fois, l’idée n’est pas elle-même scandaleuse, puisqu’elle s’apparente à l’Histoire (qui essaie d’observer le passé pour en déterminer les dynamiques, mais sans pouvoir faire de prédiction), et éventuellement la Sociologie, dont elle partage les travers. La collapsologie n’est finalement que le pendant lugubre de la futurologie, qui est une discipline cherchant à prédire le futur à partir de l’étude de dynamiques technologiques, sociales, économiques et politiques actuelles.

Le premier quart d’heure sert d’introduction à cette discipline (qui n’a rien de nouveau, même si le terme semble l’être) et présente un entretien avec Pablo Servigne, co-auteur avec Raphaël Stevens d’un ouvrage de 2015 sur ce sujet, et qui a initié le mouvement. L’émission de Nicolas Martin sur France Culture relève assez vite que la collapsologie s’apparente à une pseudo-science, avec tous les dangers que cela peut comporter: Pablo Servigne précise en effet que la collapsologie se fonde sur l’observation ainsi que l’intuition. Une belle manière de dire que la discipline tient totalement compte des biais de ses membres et s’en sert pour ses prédictions. C’est là que la collapsologie se distingue de toute discipline à prétention scientifique comme peut en avoir par exemple la sociologie: là où l’approche scientifique essaie au maximum d’éliminer les biais cognitifs (à priori, préjugés, mauvaises interprétations…) pour obtenir des résultats non seulement les plus précis possibles, mais surtout les plus fidèles possibles à la réalité, la collapsologie s’en sert.

Pourquoi cela pose-t-il un problème? Tout simplement parce qu’à partir du moment où on adopte une approche biaisée, le résultat ne peut qu’être biaisé, inexact et éloigné de la réalité. C’est le principe de l’approche idéologique. Pour être plus clair, mettez-vous dans la peau de quelqu’un qui imagine que le nombre 18 est un nombre extrêmement important, sans pour autant être capable d’expliquer pourquoi. Vous en avez l’intuition. Le fait que vous attachiez une importance à ce nombre plutôt qu’à un autre va faire qu’à chaque fois que vous allez y être confronté, vous allez le remarquer de façon beaucoup plus claire que tout autre nombre, quand bien même vous le verriez beaucoup moins qu’un autre (au hasard, le nombre 23). C’est ce qu’on appelle un biais de perception sélective, ou « cherry picking » en anglais, qui consiste à ne prendre que les éléments qui nous confortent nos préjugés (de façon consciente ou non) et nous permettent d’obtenir des résultats conformes à nos attentes. C’est par exemple la démarche adoptée par Françoise Lhéritier et Priscille Touraille en sociologie pour expliquer des différences physiologiques entre hommes et femmes (même si en ce qui concerne ces deux-là, on est carrément dans la falsification scientifique…).

Je ne me prononcerais pas plus avant sur cette émission (ce que j’ai écrit jusqu’ici est de toute façon suffisamment éloquent), n’ayant pas pu aller plus loin que la vingtième minute, faute de patience face aux élucubrations qu’on y entend. Inviter Vincent Mignerot, un essayiste qui se présente comme « chercheur en sciences sociales » sans en avoir ni l’activité ni le diplôme, aurait pu éventuellement être intéressant si celui-ci n’était pas animé par des motivations politiques: il est président de l’association Adrastia, qui cherche à engranger de l’argent sur le thème de la fin du monde. L’entendre préciser en réponse à la mention du Réchauffement Climatique que le GIEC (Groupe International d’Études sur le Climat) se base sur des méta-études aurait pu être pertinent (une méta-étude est une analyse portant sur des ensembles de travaux portant sur un même sujet, pour en faire surgir une analyse statistique sensée faire émerger des tendance générales, tout en s’affranchissant en théorie des biais cognitifs propres individuellement à chacune des études). Le GIEC ayant une influence majeure sur la politique nationale et mondiale, rappeler une partie de ses méthodes pour en faire la critique est un argument fort pour préciser que les travaux du GIEC ne sont pas exempts de défauts et que les suivre aveuglément n’est pas forcément une bonne idée, d’autant plus que ses prévisions sont catastrophistes et aboutissent à réclamer toujours plus de financements. Malheureusement, Vincent Mignerot n’a vraisemblablement aucune honte à prêcher pour sa paroisse en affirmant de façon vindicative que le GIEC est très en dessous de la réalité parce qu’il ne prend pas en compte les derniers travaux scientifiques. Entendre un pseudo-chercheur en sciences sociales s’en prendre à des études scientifiques certes critiquables sur certains points mais autrement plus solides que la camelote qu’il essaie de nous vendre, c’était beaucoup trop pour que je puisse encore perdre mon temps à l’écouter.

Alors pourquoi rédiger un article à ce propos, finalement? Hé bien parce que j’avais envie de parler de ces gens qui, comme Vincent Mignerot, produisent des pseudo-savoirs et cherchent à profiter du système français pour récolter des financements publics, sans jamais avoir à justifier de la pertinence et de la validité de leurs travaux. Autrement dit, ces gens sont des parasites qui vivent confortablement avec l’argent du contribuable, et bénéficient d’une rente à vie qui les exempte de travailler réellement. Ces rentiers sont extrêmement nombreux en France, et expliquent en partie le gaspillage d’argent public et le déficit de l’État, même si ils ne sont pas le seul problème qui gangrène la société française, loin s’en faut.

L’organisation de l’État français fait de celui-ci le point central de l’économie du pays. En impliquant l’État dans tous les processus de décision, comme par exemple l’organisation de la solidarité nationale redistribuant les richesses à destination des plus pauvres par le biais de l’impôt, la France a adopté un système économique dit « socialiste ». Le socialisme n’est pas synonyme d’humanisme comme on tend à le croire, mais de centralisation étatique: l’État, et plus exactement le Gouvernement, se voit investi du pouvoir de réguler et d’organiser tous les aspects de la vie nationale. C’est parce que cette centralisation du pouvoir et du processus de décision prétend se fonder sur la solidarité que l’on en a cette vision déformée aujourd’hui, du moins en France.

Cette centralisation a pour effet d’inciter les groupes sociaux-économiques à rechercher les faveurs de ceux qui sont au pouvoir, pour obtenir des avantages politiques, législatifs ou financiers, sans avoir à se soumettre au processus naturel de sélection par la concurrence. En d’autres termes, la centralisation incite à la corruption et à la collusion, pour permettre à des groupes qui ne justifient pas de la pertinence de leur existence par un apport concret à la société de simplement continuer à exister. Généralement, cette survie est assurée par la captation d’une partie de l’argent du contribuable par le biais de subventions étatiques, en échange de faveurs quelconques assurant le maintien au pouvoir d’une partie de la classe politique (mais pas forcément à des postes renouvelés par le biais d’élections périodiques).

L’exemple le plus parfait pour illustrer ce mécanisme est le GIEC, dont j’ai parlé un peu plus tôt. Cet organisme international  est composé de représentants d’États nommés à leur poste par des gouvernements (il s’agit donc de postes politiques, et non de postes scientifiques), afin de produire des rapports à destination des autorités pour « guider l’action publique ». Nous avons donc des États qui depuis les années 1970 subissent une dépendance énergétique aux énergies carbonées, au premier rang desquelles le pétrole, qui s’est doublée au fil des ans d’une dépendance politique et financière au profit des États producteurs de pétrole, qui cherchent à justifier leurs politiques publiques d’investissements et de « transition énergétique » vers des énergies décarbonées, et s’appuient sur les travaux d’un organisme dont les membres sont tous nommés par leurs propres gouvernements pour justifier les politiques et stratégies nécessaires pour réduire la dépendance énergétique et financière envers les puissances pétrolières. Autant dire que le GIEC n’a aucun intérêt à produire un rapport réduisant l’impact des émissions de CO2 sur le climat, et a tout intérêt au contraire à produire des rapports catastrophistes… et à obtenir en échange de généreux financements assurant sa pérennité.

Ce principe s’applique à peu près à toutes les organisations associatives en France, depuis la petite association sportive communale qui a intérêt à bénéficier du prêt d’un bâtiment de la municipalité, jusqu’à des organisations internationales, gouvernementales ou non, y compris celles qui se défendent de toucher des subventions publiques (Greenpeace, par exemple, prétend ne pas être financée par un État, mais reçoit en réalité l’autorisation politique de mener ses actions avec la bienveillance policière et judiciaire, même quand il s’agit de bloquer des trains de combustible nucléaire ou d’envahir des centrales en ayant l’assurance de ne pas se faire tirer dessus…). Les entreprises y sont également très fortement incitées, comme on le voit depuis des années avec le MEDEF qui est systématiquement à l’œuvre en coulisse lors des réformes gouvernementales portant sur les entreprises, même si cela ne va pas du tout dans l’intérêt des PME qui représentent l’immense majorité des entreprises françaises.

Ce que les journalistes et politiques nomment « ultralibéralisme » n’est en réalité que le produit même de l’organisation socialiste de la société française. Il n’y a aucune libéralisation quand c’est l’État qui in fine prend toutes les décisions, même si celles-ci semblent donner du pouvoir à certains de ses affidés: ils font tous partie de la même entreprise de captation des richesses du peuple français par le biais de l’impôt. La seule différence avec les mafias est que ceux qui bénéficient de ce système se réfugient derrière l’apparente légitimité de leurs actes fournie par la Loi. Il n’y a plus aucun moyen normal de lutter contre ces gens, qui se fournissent les uns aux autres les justifications de leur activité et de leur rémunération: c’est un cercle vicieux qu’il devient de plus en plus impossible de briser.

La collapsologie n’est qu’un avatar de plus de ce problème majeur qui ronge la société française de l’intérieur. Il n’est guère étonnant qu’à aucun moment cette pseudo-discipline ne s’intéresse aux conséquences mêmes de son existence (le fait de faire une prédiction suffit souvent à la déjouer), ni encore moins aux véritables raisons qui poussent des sociétés civiles à l’effondrement et au basculement vers une autre organisation. Il ne faut rien attendre d’une discipline qui fait partie du problème, et qui passe son temps à crier au loup pour des raisons qui ne sont pas justifiées. Le jour où il se passera vraiment quelque chose, personne parmi ces oiseaux de mauvais augure ne le verra venir. C’est ce qui s’est passé avec la crise financière de 2008.

La leçon n’a visiblement pas porté ses fruits…

Il bouge encore!

Les deux mois qui viennent de s’écouler ont été l’occasion de grands chambardements dans nos vies, qui nous ont tenus éloignés malgré nous de Sombre Plume et de nos projets de publication.
Elora a une vie professionnelle et personnelle qui lui laisse très peu de temps à consacrer à sombre Plume, aussi dois-je prendre sur mes épaules la majorité de l’activité du site.
Seulement voilà, depuis septembre, je n’ai tout simplement pas arrêté: je me suis expatrié en Italie, pour les trois ans à venir, puisque je suis désormais officiellement doctorant. Il m’a fallu préparer les entretiens, la paperasse administrative française, la paperasse administrative italienne, la paperasse administrative universitaire, bref, beaucoup de tracas qui m’ont tenu éloigné beaucoup plus que je ne l’aurais voulu.

Mais ça y est, je suis en Italie, et je peux enfin commencer à souffler un petit peu pour animer Sombre Plume. Je partagerais probablement avec vous quelques notes de lecture que j’écris sur Babelio, ainsi que quelques petites choses à voir à Turin, la ville où je vis désormais, histoire de ne pas laisser Sombre Plume dans les limbes comme ces trois derniers mois.

Vous l’avez peut être vu, nous avons publié Saoshyant en août dernier, sans grande fanfare. C’est un projet qui m’est très personnel et assez particulier, qui marque mon premier pas dans un projet au long cours né dans la foulée de mon Liber Satanis. Il s’agissait à l’origine de décrire comment la religion Chrétienne et son Eglise étaient nées, à travers un cycle baptisé Ecclesia. Il y a trois tomes à ce jour, tous rédigés en 2009-2010, et intitulés Saoshyant, Rome et Peste.

Saoshyant, donc, retrace les origines de la religion chrétienne, depuis les origines du messianisme mazdéen (dont le « Sauveur » était appelé « Saoshyant ») que le peuple hébreu a largement croisé lors de son exil à Babylone, vers l’an -500 avant notre ère, jusqu’à la fondation formelle de l’Eglise catholique romaine, vers l’an 60.

A mi-chemin entre œuvre littéraire (reprenant la forme du Liber Satanis) et interprétation historique romancée, Ecclesia l’une de mes œuvres les plus intimes et personnelles.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur Liber Satanis, mes recherches m’ont amené à découvrir des textes religieux que je ne connaissais absolument pas, comme l’Evangile de Judas, les évangiles Gnostiques, les apocryphes chrétiens ou encore les écrits dits « inter-testamentaires », c’est à dire décrivant des faits s’intercalant entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Je n’ai jamais été très religieux, mais je dois avouer que découvrir et pénétrer l’envers du décor m’a totalement fait perdre la Foi. De cette désillusion est né le cycle Ecclesia, et donc Saoshyant, qui fournit ma vision de l’acte de naissance du christianisme en tant que religion.

Il est très intéressant pour moi, en tant qu’auteur, de revenir à ces textes que j’ai écrit il y a déjà 7-8 ans, à une période de ma vie qui était très particulière. Ma vision a en effet beaucoup évolué depuis: si je ne me revendique certainement pas croyant en une quelconque religion, je ne suis pas non plus athée, me considérant plutôt comme agnostique, c’est à dire à l’esprit « ouvert » aux mystères et au métaphysique/surnaturel.

Nietzsche, que j’ai lu à cette période, parlait de briser les Idoles. C’est exactement ce qu’a été Ecclesia pour moi: la destruction de mes idoles, de mes illusions religieuses. J’ai, depuis, découvert Carl Jung, et assume totalement ma pratique de la « magie » chaote (peu assidue, je dois le reconnaître).

Liber Satanis donnait la parole aux réprouvés des textes sacrés des monothéismes orientaux. Saoshyant est le point de départ d’un voyage matérialiste vers la spiritualité. J’espère que vous l’apprécierez.

Je devrais en principe faire paraître le second volet d’Ecclesia, intitulé Rome, d’ici la fin de l’année, vraisemblablement pour Noël. A très bientôt, donc.

Le Myanmar et la rébellion « Rohingya »

Mélenchon, expert en bobards.

« Du fait de leur religion, [les Rohingya] sont affreusement persécutés par la majorité birmane » – Jean-Luc Mélenchon, 8 septembre 2017, vlog commentant l’actualité (13:28 à 16:32)

La démagogie et la manipulation sont des armes redoutables lorsqu’elles sont employées sur des sujets concernant des pays situés à l’autre bout du monde, et sur lesquels on n’a a fortiori pas beaucoup de connaissances. Et, au vu de ce que balance Mélenchon, il n’y connait tellement rien qu’il est obligé de proférer un tissus de mensonge pour faire avancer son agenda politique.

Je ne prétend pas être un expert du Myanmar, mais j’ai été amené à lire pas mal de choses sur ce magnifique pays qui sort à peine de décennies de dictature militaire, contre laquelle de nombreux opposants luttaient, dont Aung San Suu kyi, héroïne-égérie de la Liberté adulée en Occident pour son combat pacifique contre les militaires, dans la plus pure tradition de son pays à la longue histoire bouddhiste. Elle est actuellement la dirigeante de facto du pays et a fait procéder à de nombreuses réformes démocratiques depuis la fin de son assignation à résidence et son élection au Parlement du Myanmar. Elle est aussi sous le feu de certains critiques qui l’accusent de passivité face à la répression des « Rohingya » en cours depuis octobre 2016.

Aung San Suu Kyi et Narendra Modi (Premier Ministre de l’Inde) le 6 septembre 2017. Les deux dirigeants ont abordé les solutions pouvant être mises en œuvre pour lutter contre l’immigration illégale des « Rohingya » en Inde

 

Les origines de la répression

En octobre 2016, le groupe armé Harakah al-Yaqin (ou « mouvement de la Foi ») a mené une attaque contre un poste frontière entre le Bangladesh et le Myanmar, dans la province côtière de Rakhine. Cette province, aussi appelée « Arakan » (elle porte le nom de « Rakhine »depuis l’arrivée des marins portugais au 17e siècle), avait déjà connu une éruption de violence de la part de la minorité musulmane en 2012 à l’encontre de la majorité bouddhiste, obligeant le gouvernement à déployer l’armée et à mettre en place un couvre-feu (officiellement, il y aura eu 78 morts, 87 blessés et… 140 000 déplacés).

(cliquer pour agrandir) Carte du Myanmar montrant les différentes provinces du pays, publiée par le gouvernement australien pour ses ressortissants voyageant au Myanmar, sur le site http://smartraveller.gov.au/ La province de Rakhine est la zone orangée au sud du pays, et la base arrière du groupe Harakah al-Yaqin est indiquée en rouge, à la frontière avec le Bangladesh

L’objectif d’Harakah al-Yaqin, officiellement formé à la suite des événements de 2012, est la création sur le territoire myanmarais d’un Etat indépendant, musulman, où serait appliqué la Sharia. Chose qui ne surprendra guère, ce mouvement est dirigé par Ata Ullah, un pakistanais né à Karachi et ayant passé toute sa vie à La Mecque, en Arabie Saoudite. Un étranger, sunnite salafiste de l’obédience wahhabite, donc… La base géographique (Gérard Challiand parlerait de « sanctuaire ») de ce mouvement se situe à la frontière entre Bangladesh et Myanmar, dans les jungles tropicales de la province de Rakhine, mais Harakah al-Yaqin est également présent à Maungdaw, la capitale de la province, où se concentrent la majorité des musulmans du pays (80% de la population de la ville est musulmane, dans un pays où ils ne représentent que 4% et 42% de la population de la province).

L’attaque du 9 octobre 2016 a laissé 9 policiers myanmarais morts, et a déclenché une vaste opération de police à Maungdaw et ses environs. Il s’agit d’une véritable opération militaire (la frontière étant peu marquée entre police et armée), au cours de laquelle seront arrêtées plusieurs dizaines de personnes suspectées de liens avec Harakah al-Yaqin, et de nombreuses maisons incendiées. Cette répression policière a entrainé une riposte de la part des civils, qui elle même a amené plus de violence, et ainsi de suite.

Pourquoi incendier des maisons au cours d’une opération de police? C’est ici que les choses commencent à sérieusement se compliquer, parce qu’il faut remonter à la décolonisation anglaise de la région. Le Myanmar accède à l’indépendance en 1948, juste après celles de l’Inde et du Pakistan en 1947. La partition des Indes anglaises en deux États s’explique par l’impossible conciliation entre hindous et musulmans, les violences intercommunautaires et la volonté des deux partis de n’avoir rien à faire l’une avec l’autre. Cette partition est l’occasion d’une grande violence, et causera la mort de près d’un million de personnes.

Le Pakistan, à l’époque, recouvre en réalité deux États: le Pakistan actuel, et le Pakistan oriental, qui deviendra en 1971 le Bangladesh, au terme d’une guerre avec le Pakistan qui aura fait 3 millions de morts et 10 millions de réfugiés.

Carte tirée de Wikipédia, montrant le découpage des Indes anglaises au moment de la décolonisation de la région en 1947, sous l’impulsion de Mohandas Ghandi

 

Ces réfugiés musulmans sont allés là où ils le pouvaient, c’est à dire en Inde d’une part, et au Myanmar d’autre part. C’est ce qui va déclencher la grave crise actuelle, et ce, dès 1978.

Si dans les années 1950, juste après l’indépendance, la province de Rakhine a été agitée par un mouvement indépendantiste de la part de la minorité musulmane, ce mouvement s’est vite essoufflé et a pris définitivement fin lors du coup d’état militaire de 1962. La guerre d’indépendance du Bangladesh provoque l’exode massif de plusieurs centaines de milliers de personnes de confession musulmane (sunnite) au Myanmar, dans cette province où traditionnellement et historiquement, la présence musulmane est importante. La tentation de l’indépendance étant encore présente dans les esprits, et renforcée par la guerre au Bangladesh, les autorités myanmaraises décident d’expulser manu militari autant de réfugiés qu’elles pourront vers leur pays d’origine.

La particularité de ces réfugiés était qu’ils s’étaient établi dans la province, pour y habiter durablement. Ils étaient devenus, de facto, des migrants illégaux, et n’entendaient aucunement retourner au Bangladesh. La junte militaire traitait donc ces populations comme des clandestins, résidant illégalement au Myanmar. Le problème était que la junte avait un peu trop tendance à expulser les citoyens myanmarais de confession musulmane avec les Bangladeshi, pour essayer de se débarrasser de ceux qui n’avaient pas oubliés leurs projets d’indépendance. Toujours est-il que devant le reflux de ses ressortissants dans des conditions souvent brutales, le gouvernement du Bangladesh a porté l’affaire devant l’ONU. Des négociations eurent lieu, et finalement le Bangladesh accepta de reprendre 200 000 de ses ressortissants pour mettre fin à la crise entre les deux pays.

Cela n’arrêta néanmoins pas l’immigration illégale entre les deux pays, la frontière étant extrêmement poreuse puisque matérialisée par une jungle tropicale épaisse et impossible à contrôler parfaitement (il n’y a pas de barrière, clôture ou mur passant au milieu de la jungle et le contrôle se fait par des patrouilles de police peu efficaces). En 1982, les autorités militaires du Myanmar décident donc, pour essayer d’enrayer l’afflux de migrants, de refuser d’octroyer la citoyenneté aux nouveaux venus bangladeshi. Là encore, il faut se rendre compte que le Myanmar n’était pas (et n’est toujours pas) un pays centralisé et bien développé. Il n’y avait pas à ce moment là, formellement, de document d’identité attestant de l’origine réelle des personnes présentes sur le territoire. Un migrant bangladeshi pouvait tout à fait s’établir dans la région et demander à être reconnu comme citoyen myanmarais par les autorités. En 1982, le Myanmar essaie donc de mettre en place un contrôle de l’immigration avec un système de délivrance de papiers d’identité strict, refusant aux migrants illégaux le même traitement que les citoyens myanmarais.

C’est de là que naissent la majorité des accusations de discrimination à l’encontre des populations musulmanes du pays, abusivement appelés « Rohingya ». C’est aussi ce qui explique pourquoi la police brûle des maisons lors de ses opérations contre Harakah al-Yaqin: elles sont traitées comme des installations illégales par des migrants illégaux, et donc détruites.

 

Les Rohingya: un fantasme sans aucune réalité?

L’appellation « Rohingya » pour désigner les populations musulmanes du Myanmar est au mieux un abus de langage, au pire une fraude totale.

Manifestation anti-« rohingya » en… Inde… suite aux attaques perpétrées par l’Harakah al-Yaqin

La présence musulmane dans la région est attestée depuis dès le 8e siècle, et matérialisée par la présence de marchands d’origine arabe. Ces marchands arabes établissent des comptoirs un peu partout dans l’océan indien, et s’installent parfois durablement. Les toutes premières populations musulmanes descendent de ces marchands, et ne représentent qu’une infime partie de la population de l’époque, qui est alors très majoritairement bouddhiste, hindoue et animiste. L’animisme et l’hindouisme disparaissent au fil des décennies (ils ne représentent respectivement plus que 0.1% et 0.5% de la population aujourd’hui au Myanmar), et le christianisme ne s’implante jamais vraiment dans le pays (il représente 6.2% de la population en 2015, contre 4.3% de musulmans).

La présence musulmane se renforce à partir du 15e siècle et la période du royaume Mrauk U, recouvrant l’actuelle province de Rakhine (alors appelée Arakan) et une partie du littoral bangladeshi. Ce royaume faisait partie du sultanat du Bengale, dont la religion officielle était l’Islam sunnite de l’école hanafite, c’est à dire celle des 4 grandes écoles islamiques qui est la plus libérale et la plus tolérante, mettant en avant la rationalité devant la littéralité des textes islamiques. C’est cette littéralité qui est au cœur de l’école malikite qui a cours au Maroc, et surtout de l’école hanbalite dont sont issues les doctrines wahhabite et salafiste et plus généralement tous les mouvements sectaires et jihadistes.

Le Royaume de Mrauk U prospère pendant environ un siècle, jusqu’au milieu du 16e, et subit de plein fouet l’instabilité du sultanat du Bengale, qui finit par s’effondrer en 1576 et être absorbé dans l’empire Moghol, lui aussi principalement musulman mais beaucoup plus instable et beaucoup moins centralisé que le sultanat du Bengale. Si le Mrauk U perdure officiellement jusqu’en 1784, il s’agit en fait de trois royaumes aux contours différents qui se sont succédés entre 1430 et 1784. En réalité, l’Arakan n’appartient plus au sultanat dès 1531, date à laquelle il tombe entre les mains des moghols et qui marque la fin du premier royaume Mrauk U. Après 1576 et le départ des moghols, la population musulmane de l’Arakan ne s’étend plus et cohabite avec une population bouddhiste aussi nombreuse qu’elle. L’Arakan bascule définitivement aux mains de l’empire birman en 1785, dont la religion est le bouddhisme.

Le nom Arakan semble être transformé en « Rakhine » après l’arrivée des marchands/pirates portugais au 17e siècle, du moins du point de vue occidental, puisque ce nom est repris lorsque les anglais arrivent dans la région et la colonisent à partir de 1824. C’est le nom « Rakhine » qui survivra lors de l’indépendance, peut être pour marquer la différence entre cette région à majorité bouddhiste avec l’ancienne région historiquement plutôt musulmane. Le reste, vous l’avez lu plus haut.

A l’arrivée des anglais, il y a donc plusieurs « types » de populations musulmanes:

  • les descendants des marchands arabes du 8e siècle et suivants, puis leur retour sous la période du sultanat
  • les bengalis de la période du sultanat
  • les moghols de la (très) courte présence dans l’Arakan de l’Empire Moghol (1531-1576)

Sous la présence anglaise (1824-1948), les mouvements de populations venues de toutes les Indes Britanniques brouillent un peu les cartes, mais il ne semble pas y avoir d’arrivée massive de populations issues d’autres « souches » que celles qui sont citées ici. J’ai lu à plusieurs reprises que les anglais auraient « importé » des populations musulmanes extérieures au Myanmar, sans que l’assertion ne soit jamais étayée, et sans que je ne puisse moi-même en trouver une quelconque trace. Il est en revanche vrai que les mouvements de populations (notamment indiennes et chinoises) étaient plus faciles dans un territoire unifié sous l’administration britannique, et il est possible qu’il y ait eu des mouvements plus ou moins « importants » en proportion: on parle d’une région qui avait à l’époque moins de 500 000 habitants (10 000 n’est pas un nombre très grand mais en proportion, il est important), et qui en abrite aujourd’hui 3.1 millions.

S’y ajoutent ensuite et peut être surtout les « pakistanais orientaux » (les bangladeshi) après l’indépendance, à partir des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, dont seuls ceux qui sont arrivés avant la guerre d’indépendance du Bangladesh sont considérés comme myanmarais.

Mais où sont les Rohingya? Ils n’existent tout simplement pas, du moins en termes ethniques comme on le voit trop souvent dans les médias. Le terme est en réalité né sous la plume des indépendantistes musulmans de la province de Rakhine dans les années 1950. Il s’agissait de désigner sous une seule et même appellation les populations musulmanes de la région, pour créer l’illusion d’une ethnicisation et ancrer leur histoire commune dans une tradition remontant au 8e siècle. En créant une ethnie « Rohingya », les revendications indépendantistes étaient sensées avoir plus de poids. L’historien japonais Aye Chan va même jusqu’à affirmer que le mot « Rohingya » a été inventé exprès par les intellectuels musulmans indépendantistes, et qu’il n’existe pas avant cette période, dans aucune langue.  Fin connaisseur de l’histoire du Myanmar, Aye Chan y est régulièrement accueilli depuis les années 1990. Son travail universitaire n’est pas remis en cause ni critiqué, même si il existe une polémique sur ses déclarations relatives au terme « Rohingya », d’autres historiens adoptant plutôt le point de vue des indépendantistes musulmans. Les documents historiques semblent lui donner raison. Lors de la constitution de l’assemblée constituante en 1947, les populations musulmanes de la région étaient désignées sous le nom « Arakese-indians » (« indiens de l’Arakan ») et non sous le nom de « Rohingya ».

Ce terme apparaît officiellement pour la première fois en 1948 dans un mémorandum rédigé par Mohammed Abdul Gaffar, membre de l’assemblée constituante, et demandant à ce que soit employé le terme Rohingya pour désigner les « Arakese-indians ». Le mot est formé à partir de « Rohang », le nom indien de la région. Pourquoi ne pas avoir voulu employer le nom musulman « Arakan » d’origine arabo-perse en vigueur depuis le 8e siècle,  mystère et boules de gomme.

Une chose est cependant sûre: les populations musulmanes au Myanmar et en particulier dans la province de Rakhine ne sont en aucun cas homogènes, que ce soit d’un point de vue ethnique ou d’un point de vue religieux. Comme on l’a vu, l’histoire de la région démontre que c’était plutôt le courant hanafite, plutôt libéral et tolérant, qui a dominé jusqu’à aujourd’hui. Or, les indépendantistes se rattachent, par réaction identitaire, plutôt aux traditions littéralistes, hanbalites, et la rébellion actuellement à l’œuvre est carrément salafiste wahhabite, pour ne pas dire jihadiste, même si l’Harakah al-Yaqin n’a pas encore de base populaire assez solide pour prétendre publiquement s’attaquer à autre chose que l’État myanmarais.

L’immense majorité de la population musulmane reste néanmoins tolérante et pacifique, même si des incidents (vols et agressions, parfois viols et meurtres) impliquant des musulmans contre des bouddhistes surgissent régulièrement. Ceux qui ont la citoyenneté octroyée par le Myanmar se considèrent d’ailleurs pour la plupart comme myanmarais avant de se dire musulmans. Ce sont ceux qui n’ont pas la nationalité et sont arrivés après 1982 (instauration des lois drastiques sur l’immigration illégale) qui se présentent aujourd’hui comme musulmans et « Rohingya ».

Ce mot, finalement, désigne moins les musulmans du pays que ses immigrés clandestins…

 

L’éternelle fable de l’éternelle persécution des musulmans

Le storytelling en cours depuis cet été est que les méchants « birmans » (ressortissants d’un empire qui a disparu au début du 19e siècle, mais passons) persécutent les gentils musulmans innocents et commettent même un quasi-génocide. Car, honnêtement, que seraient nos médias sans histoires de génocides? Érythrée, Cisjordanie/Gaza, Syrie, Burundi, Tchétchénie, et maintenant Myanmar, plus aucune actualité ne semble être développée sans qu’il n’y ait un génocide quelque part.

Ce recours à l’exagération quasi-burlesque est facilité par le fait que les opérations policières et militaires au Myanmar emploient régulièrement une force excessive contre des civils. Ce comportement est hérité de la présence coloniale britannique, qui ne se préoccupait pas de maintenir l’ordre mais menait une politique de répression indistincte contre la violence subie par les coloniaux. En d’autres termes, il s’agissait d’expéditions punitives où des villages étaient incendiés et les populations civiles étaient battues et subissaient des exécutions extra-judiciaires.

Après le coup d’état militaire de 1962, les méthodes coloniales britanniques ont été mises en œuvre par l’armée myanmaraise à l’encontre des populations du pays, quelle que soit leur origine ou leur confession. En l’espace de quelques années, 300 000 personnes d’origine chinoise (Han), indienne (Ghurka, etc.), bengali, népalaise, ainsi que descendant d’européens restés après la décolonisation, ont fui le pays devenu dictature. Il ne s’agissait pas d’étrangers, mais bien de myanmarais descendants d’immigrés légaux.

Les musulmans n’étaient pas particulièrement visés. Avant l’indépendance du Bangladesh, ceux qui étaient visés étaient ceux qui avaient soutenu les prétentions indépendantistes de la province de Rakhine, leurs familles, ainsi que les religieux, suspectés de tenir des propos antigouvernementaux. Si je dis que les musulmans n’étaient pas particulièrement visés, c’est parce que les chrétiens et les bouddhistes l’étaient tout autant. Ils ne l’étaient pas en raison de leurs opinions religieuses, mais en tant qu’opposants politiques: sous le couvert de leurs discours religieux, il était facile, du point de vue militaire, de tenir des propos critiques contre le Gouvernement. De ce fait, les chrétiens et les musulmans subissaient une présence policière constante, et les bouddhistes étaient confinés dans leurs monastères.

De façon très intéressante, ce qui se passe aujourd’hui avec les « Rohingya » suit exactement le même fil qu’avec les « Karen », à ceci près que les premiers sont une « ethnie » musulmane quand la seconde est une « ethnie » chrétienne (le terme d’ethnie est abusif, car ces populations n’ont ni tradition religieuse homogène, ni surtout de langue commune). Les « Karen » sont originaires de la province de Kayin (dite Karen), à la frontière avec la Thaïlande.

Province de Kayin (Karen) en rouge. Située à la frontière avec la Thaïlande, cette province abrite un ensemble de populations disparates regroupées sous le terme fourre-tout « Karen ».

A l’occasion du mouvement de décolonisation de la région, dès 1947, les habitants de cette province ont essayé de faire valoir leur droit à l’indépendance, qui a tout autant échoué que pour les musulmans et leur « Arakan » dans la province de Rhakine. Les « Karen » ont organisé très tôt une résistance armée, avec une insurrection en janvier 1949, réprimée dans le sang, sans jamais être éliminée.

La révolte populaire généralisée de 1988 (immortalisée dans le film hollywoodien Rangoon) a permis à ces groupes armés de revenir en force. En réaction, le Gouvernement militaire a lancé une vaste opération de répression qui a duré au moins jusqu’à la fin de la junte en 2011.

Pour faire un peu démago, mais parce que l’exemple est extrêmement parlant, le film « Rambo » (2008) dépeint la situation des populations de la région et surtout la répression féroce menée contre la rébellion par le Tatmadaw, l’armée du Myanmar (le film est d’autant plus manichéen que l’équipe de tournage a essuyé des tirs de l’armée lors du tournage de séquences de jungle à proximité de la frontière du Myanmar, et Sylvester Stallone a raconté avoir rencontré sur place des survivants d’exactions particulièrement cruelles).

Rambo, en 2008, assimilait déjà répression contre la rébellion « Karen » et quasi-génocide… les médias et politiques de 2017 ne semblent pas valoir mieux

Pourquoi venir prétendre que « les musulmans » du Myanmar sont persécutés en parlant d’eux comme d’un peuple inventé de toute pièce mais présenté comme « millénaire », alors que personne n’a jamais levé le plus petit doigt pour les « Karen » ni encore moins pour les Hmongs du Laos?

La réponse est assez simple: parce que certaines organisations ont aujourd’hui tout intérêt à dresser les musulmans, en Occident mais aussi ailleurs, contre les non-musulmans. On est totalement dans la stratégie héritée de l’ouvrage médiéval que l’on trouve aujourd’hui publié en France sous le nom « Le Livre des Ruses: la stratégie des arabes » chez Phébus, dans la collection Libretto. Il s’agit d’une compilation de textes éducatifs à travers des exemples et anecdotes, comme on peut en trouver dans la littérature politico-stratégique asiatique. L’une de ces techniques vise à frapper en premier puis à accepter d’encaisser la riposte, pour ensuite se mettre dans la position de la victime aux yeux de tout le monde.

C’est ce qui se passe aujourd’hui au Myanmar, après les attaques du 9 octobre 2016 orchestrées par l’Harakah al-Yaqin. En tuant 9 policiers, puis en se réfugiant au sein des populations civiles, ce groupe a provoqué une répression féroce à l’encontre de groupes civils jusque-là relativement pacifiques. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, et la réaction du Gouvernement myanmarais n’a fait que leur permettre d’avancer leurs pions sur leur échiquier politique en se donnant les moyens de recruter encore plus de monde. L’élan de sympathie envers les « Rohingya » amène déjà des organisations islamiques à récolter des fonds pour « aider les populations ». Or, l’humanitaire est pour les organisations islamistes le parfait moyen de financer des groupes terroristes. En outre, la multiplication des images de « persécutions » et présentées comme ne ciblant qu’exclusivement les musulmans « parce qu’ils sont musulmans » (et non parce qu’ils abritent des membres d’organisations terroristes…) renforce l’idée anxiogène pour les musulmans à l’autre bout du monde qu’ils sont effectivement persécutés, même si ils vivent dans des pays libéraux qui leur aménagent de plus en plus d’espaces et leur octroient de plus en plus de mesures d’exception.

Cette méthode est redoutable, car elle permet à ces organisations radicales hanbalites d’éliminer sans coup férir les opinions plus libérales et plus tolérantes issues des écoles hanafites, pour au final imposer une vision monolithique de l’Islam, dans sa version la plus hostile et mortifère, le salafisme.

Mélenchon joue ici un jeu très dangereux, en se positionnant dans le storytelling génocidaire des « musulmans opprimés et persécutés parce qu’ils sont musulmans ». Ce long article démontre que la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça, et qu’il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, surtout quand ces gentils-là n’existent même pas (en tout cas, pas tels qu’on les décrit).

Il semble que l’objectif des salafistes de déclencher des affrontements intercommunautaires ait ici pleinement été atteint. Reste à espérer que ces tensions ne dégénèrent pas plus qu’elles ne l’ont déjà fait ces dernières années, les populations bouddhistes et les autres minorités ethnico-religieuses ayant eu à souffrir au moins autant que les populations musulmanes.

Ce connard de Mélenchon, s’il était réellement humaniste et anti-clérical comme il le prétend, ne soutiendrait aucunement la thèse des « persécutions des musulmans parce qu’ils sont musulmans » et chercherait à appeler à l’apaisement. Lui ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Un feu qui couve depuis des années et qui a amené des moines bouddhistes non-violents à se battre dans les rues et à devenir à travers le prisme des médias occidentaux des bourreaux sanguinaires…

Un rappel que la tolérance ne doit pas être à sens unique. Ce ne sont pas toujours les minorités qui sont persécutées par la majorité.

 

Casse du Code du Travail: vers un retour à l’efficacité de la Grève?

M. Macron devrait se sentir bien seul dans les semaines à venir…

Il faut bien l’avouer, la rentrée en France s’annonce déprimante. La période de vacances estivales n’aura pas changé grand chose: on sait depuis l’élection de M. Macron et les législatives qui ont suivi que les grandes réformes qui arrivent vont chambouler le système social à la française, et qu’en réaction devraient s’organiser des mouvements de grève et manifestations qui serviront de prétexte à certains groupes violents pour commettre leurs habituelles exactions.

La casse du Code du Travail est anxiogène à plus d’un titre. Perçue comme un recul majeur des acquis sociaux obtenus principalement dans la première moitié du 20e siècle, la réforme semble d’autant plus violente qu’elle sera menée par ordonnances, et non adoptée par la voie parlementaire. Elle est annoncée comme « flexibilisant » le marché du travail, c’est à dire permettant des licenciements plus facilement et plus rapidement. L’emploi, en effet, est LE sujet de préoccupation en France depuis une trentaine d’années, sujet perçu comme étant d’autant plus important depuis la crise financière de 2008 que le chômage n’a cessé de servir de prétexte à diverses réformes négatives sans que la situation ne s’arrange le moins du monde.

 

Une réforme à peu près inutile

Cette fameuse réforme Macron devrait entrer dans l’Histoire comme la troisième macronnerie de la République Française, après les Lois Macron (la loi « pour la croissance et l’activité » du 6 août 2015) et El Khomri (la loi « travail » ou « relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels » du 8 août 2016). Pour être complet, il faudrait ajouter à ces lois certaines des dispositions contenues dans la Loi Sapin II (Loi « relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique », du 9 décembre 2016) mais passons.

Cette troisième macronnerie vise, donc, à réformer le code du travail de fond en comble, et notamment les mesures relatives à l’emploi et au licenciement, pour soutenir les employeurs et permettre aux chômeurs et demandeurs d’emploi de trouver plus facilement main d’œuvre et rémunération.

Mais les choses ne sont pas si simples. Le marché du travail peut être divisé en trois catégories:

  • les emplois liés à la supervision de l’activité (cadres…), où les qualifications sont importantes (bac +3 et plus) et où généralement une expérience de plusieurs années est exigée; ces emplois donnent lieu à des contrats à durée indéterminée parce que les compétences apportées sont relativement rares et il faut donc pouvoir les capter et les conserver
  • les emplois liés directement à l’activité (production, logistique, services…), qui nécessitent des compétences relativement simples et rapides à acquérir (type BTS, DUT, certains BEP/CAP et Bac pro, et certaines formations spécifiques type CACES…); généralement ces emplois sont pourvus via un CDI, mais peuvent tout à fait être pourvus via des CDD longue durée sans que le remplacement du salarié n’impacte sensiblement l’activité
  • les emplois non qualifiés, qui ne nécessitent que très peu de formations voire pas du tout. Ces emplois là sont pourvus via intérim et parfois CDD courte durée (jusqu’à trois mois), contrat saisonnier, voire par stage (qui rime avec esclavage…)

La flexibilité du marché du travail se fait actuellement au niveau des intérimaires et travailleurs temporaires, qui sont les premiers à ne pas être maintenus ou renouvelés lorsque l’activité diminue. A l’inverse, lorsque l’activité augmente, les recrutements se font sur des contrats temporaires. Ce n’est que lorsque l’augmentation est durable, c’est à dire lorsque l’entreprise investit et cherche à se développer, que le travail se pérennise via des CDI.

Depuis le milieu des années 2000, la France est dans un contexte très particulier qui devrait être très favorable aux jeunes générations (de plus en plus diplômées, donc cherchant des emplois stables), puisque la génération des « baby-boomers » arrive à la retraite, libérant des emplois de façon massive. Or, on constate mois après mois que les départs en retraite ne sont pas compensés par des recrutements, et donnent plutôt prétexte à la suppression d’emplois et à la « réorganisation/rationalisation » de services entiers. Pire, « l’externalisation des services » (parfois au prix de délocalisations) et le recours de plus en plus massif à des « travailleurs indépendants » (type autoentrepreneurs) ne semble pas non plus enrayer le chômage, malgré une flexibilité absolue puisqu’il n’y a plus dans ce cas de relation de travail, mais une prestation de service, rémunérée à la tâche.

Nombreux sont ceux qui voient dans « l’ubérisation » du travail un retour des tâcherons du 19e siècle, des entrepreneurs-ouvriers rémunérés à la tâche, travaillant avec leurs propres outils, et généralement rémunérés juste de quoi passer la journée et la nuit…

Difficile, dans ces conditions, de comprendre quel peut être l’impact de la réforme Macron sur le marché du travail, alors que celui-ci tend à disparaître et à se replier sur les activités les plus critiques, nécessitant expérience et formation supérieure.

C’est d’autant moins compréhensible que s’est développée depuis une petite vingtaine d’années (mais surtout au cours de la dernière décennie) une tendance des employeurs à faire fi des dispositions légales et contractuelles pour évincer quelqu’un de son emploi. Le harcèlement moral, mais aussi la dégradation volontaire des conditions de travail des salariés pour les faire partir, sont des pratiques très courantes dans le management et les services RH. Et si vraiment cela ne suffit pas, la pratique du licenciement abusif est courante et relativement peu coûteuse (paradoxalement, c’est parfois ce qui peut arriver de mieux à un salarié, qui évite d’être poussé au suicide…). Je parle ici d’expérience, puisque j’en ai subi un en 2012. Ce que mon employeur et son responsable RH n’avaient pas prévu, c’est que j’irais aux prud’hommes pour contester les faits qui m’étaient reprochés et pour contester mon licenciement (quitte à faire des études de Droit et étudier le Droit du Travail, autant le mettre en application, après tout).  Même si j’ai facilement gagné mon procès, l’opération aurait pu être rentable pour eux, puisqu’ils n’ont dû me verser qu’un peu plus de 2000 euros (mais le procès leur en a coûté près de 6000 en frais d’avocats et de pseudo-expertises, parce qu’ils ont été stupides et arrogants jusqu’au bout dans cette affaire…). Les condamnations aux prud’hommes ne donnent pas lieu à des versements faramineux, de l’ordre de quelques milliers d’euros, hormis pour certains dossiers assez particuliers (licenciements de cadres, harcèlement moral suivi de tentative de suicide, harcèlement sexuel…), à condition qu’ils soient suffisamment solides. Un bon moyen, donc, de licencier quelqu’un devenu gênant à relativement peu de frais et sans casse-tête administratif avec propositions de reclassement etc.

Pourtant, la réforme Macron devrait plafonner les montants et les limiter encore plus strictement. C’est là que le bât blesse, parce que ni les CDI, ni les conventions collectives, ni la Loi, ni même le juge ne permettront au salarié d’être protégé contre les abus de son employeur. Même en considérant que le travail disparaît au profit de « prestataires », cette disposition-là anéantit la sécurité du petit noyau dur qu’il restait encore.

Cette réforme est donc à peu près inutile, et dangereuse. Loin de flexibiliser un marché du travail déjà quasiment liquide, elle précarise le salarié, sur lequel repose pourtant toute l’architecture fiscale de l’Etat en matière sociale. En diminuant les ressources liées au travail tout en maintenant voire accroissant les charges (sécurité sociale, assurance chômage, impôts sur le revenu, CSG…), cela ne peut avoir à terme qu’un impact désastreux sur la dette publique, déjà désastreuse puisque l’Etat doit emprunter sur les marchés pour pouvoir continuer à rembourser les intérêts des dettes déjà contractées (ce qu’on appelle le « service de la dette »).

 

Le retour de bâton dans les dents

Paradoxalement, cette prédation du Travail (on n’est plus du tout dans une libéralisation ici) pourrait aboutir à un retour en force de l’activité syndicale, qui était devenue plus nuisible qu’autre chose aux salariés ces dernières années.

Les syndicats ne servaient en effet plus à grand chose, à part de paratonnerre et de prétexte à faire semblant d’être dans le « dialogue social », notion orwellienne sensée démontrer que Gouvernement et représentants syndicaux négociaient les meilleures réformes possible pour tout le monde. Cette vaste farce a amené les syndicats à endosser chacun un rôle défini: la CFDT valide systématiquement les projets (TOUS les projets), FO fait mine de vaguement s’y opposer aux côtés de l’invisible CFTC, et la CGT organise la ligne dure de l’opposition avec des vrais-faux blocages et pseudo-actions coup-de-poing d’une ou deux heures (entre 9h et 17h, en respectant deux heures de pause repas à midi, quand même).

Avant l’avalanche d’insultes, j’ai le droit de me moquer, j’étais syndiqué CGT, aussi dingue que ça puisse paraître.

Le tout est maintenu sous contrôle par le biais de « journées de mobilisation » où on défile en faisant du bruit, en criant des slogans bateaux, avec parfois quelques fumigènes, et surtout des banderoles préparées de façon professionnelle et des drapeaux aux couleurs rouges chatoyantes. Certes, ces journées de manif’ voient de plus en plus souvent les milices d’extrême-gauche s’en prendre aux policiers et aux vitrines des grandes enseignes (assurées et remboursées sous 72h, sauf pour les petits commerces qui eux doivent attendre parfois plusieurs mois…), mais ça ne dure jamais vraiment et surtout, la violence reste canalisée et soigneusement organisée (ça n’arrive jamais sur les Champs Élysées, par exemple: les enragés-mous-du-bulbe ne cassent que là où le Gouvernement les laisse faire…).

Et tout ça pour qu’au final, les réformes passent, avec s’il le faut le petit coup de pouce du « 49- 3 » (c’est à dire la procédure dite du vote bloqué à l’Assemblée, qui considère un texte de loi comme adopté tel quel sauf si les députés votent une motion de défiance contre le Gouvernement).

Ce triste cirque pourrait cependant avoir du sérieux plomb dans l’aile si la réforme Macron est effectivement mise en oeuvre. En supprimant le Code du Travail tel qu’il existe, et en transférant les négociations du niveau national au niveau de la Branche d’activité (qui négocie déjà les Conventions Collectives) voire au niveau des entreprises elles-mêmes, le Gouvernement redonne aux salariés un peu plus de pouvoir. Non pas que ce soit prévu (au contraire!), mais c’est ce qui se produit quand on abaisse d’un échelon des négociations.

Plus on a d’échelons dans une négociation, plus on doit rechercher le consensus le plus général possible. Jusqu’ici, les cheminots devaient être d’accord avec les salariés de la sidérurgie, qui eux-mêmes devaient être d’accord avec les employés de centre d’appel etc. Bref, un joyeux bordel où tout le monde était incapable de se mettre d’accord tant les intérêts de chacun étaient divers, ce qui profitait au Gouvernement qui pouvait jouer des divisions en appuyant sur les « avantages » des uns par rapport aux autres pour foutre encore plus le boxon.

En abaissant les négociations d’un échelon, ces divisions tendent à disparaître. Lorsqu’on négocie au niveau de l’entreprise, on peut même voir réapparaître des exigences très spécifiques (installation d’une pointeuse pour avoir un vrai suivi des heures de travail, aménagements spécifiques pour améliorer le confort ou la sécurité, renouvellement des matériels…) qui seraient totalement impossibles autrement.

Je doute même de la capacité de certains employeurs à mener de telles négociations, quand on voit des entreprises embaucher des cadres pour encadrer d’autres cadres encadrant eux-mêmes d’autres cadres, parce que plus personne n’est foutu de gérer son boulot sans se noyer dans un verre d’eau (ou des réunions-présentations Powerpoint nulles à mourir).

Des négociations sont en cours pour la prochaine Convention de Genève pour reconnaître le .ppt comme acte de torture, voire, même si c’est peu probable, comme Crime Contre l’Humanité.

Quoi qu’il en soit, une telle redistribution des cartes ne peut in fine que renforcer les syndicats et les salariés, qui dès lors retrouveraient un intérêt à se réunir au sein d’associations de défense de leurs droits (des syndicats d’entreprise locaux, apolitiques et indépendants des grandes fédérations politisées nationales, si vous préférez).

Le système sous contrôle si si bien rôdé que j’ai décrit un peu plus haut serait totalement grippé. Au lieu d’organiser des manifestations inutiles à Paris, les salariés pourraient bloquer très efficacement leur entreprise et forcer leur employeur à négocier directement, sans se défausser sur un syndicat patronal ou le Gouvernement. En d’autres termes, cette loi pourrait en quelques mois rendre tout son intérêt (et toute sa violence économique) à la Grève, sans concertation douloureuse au niveau nationale, sans trahison des grandes fédérations syndicales. Sans manif’, pas de dégradations ni violences qui discréditent l’ensemble des mouvements de façon systématique. Alors certes, la grève n’est pas forcément efficace, surtout si l’employeur dispose de moyens importants comme on l’a vu récemment avec ce coup de com’ par hélicoptère chez GM&S (coup de com’ car c’est économiquement une hérésie totale, au prix de l’heure de vol d’un hélicoptère et sa charge utile ridiculement inadaptée à une production industrielle…). La grève peut même être contre-productive et motiver une délocalisation-sanction (extrêmement coûteuse néanmoins, mais toujours moins qu’une faillite). Un employeur sera néanmoins beaucoup plus enclin à négocier sans coup de force dès lors qu’il se sentira isolé, privé du soutien du Gouvernement comme on le retrouve dans les grands mouvements sociaux de ces dernières années.

 

Conclusion… en attendant mieux

Je reste extrêmement dubitatif sur la nécessité sociale et économique de cette réforme. Je ne pense pas qu’elle changera quoi que ce soit sur le marché du travail, surtout dans un contexte où il y a 3 millions de chômeurs et une immigration massive (main d’œuvre non qualifiée) qui plombe les rares embellies rapportées par Pôle Emploi. Malgré mes réticences, je dois tout de même avouer que cette réforme qui abaisse l’échelon des négociations me semble être positive pour les salariés, pour les raisons exposées. Mes illusions restent néanmoins fragiles sur ce point… Et ceci d’autant plus que nous ne sommes qu’au tout début du mandat de M. Macron qui me semble avoir beaucoup trop d’attrait pour l’autorité pour permettre une remise à plat saine de l’organisation de nos structures économiques, politiques et sociales vermoulues.

La France en Marche… affiche du Parti Franciste (1933-1944), un parti fasciste et collaborationniste. Ne jamais oublier les dérives autoritaires et charismatiques du 20e siècle…