Mythes et réalités de l’absinthe (3): la folie

LAbsinthe-cest-la-mort-by-Monod3-1024x312L’un des plus grands mythes de l’absinthe, que j’ai déjà eu l’occasion d’en parler, est celui de la folie qu’elle est sensée provoquer.

L’interdiction prononcée à son encontre au début du 20e siècle se basait sur une série de faits divers imputables à l’alcoolisme plutôt qu’à la consommation spécifique d’absinthe. Néanmoins, une certaine littérature (pas si abondante quand on y regarde de plus près) a pu faire naître l’idée que l’absinthe était un dangereux poison pour l’esprit, en raison des substances qu’elle contient.

585029cd463980d3e4561b0d0e58a4e9Il faut rappeler que l’absinthe était employée dès l’antiquité et est toujours utilisée en herboristerie pour traiter divers maux. Elle était utilisée, selon la partie utilisée et le moyen de préparation infusion, distillation, macération, poudres, huiles essentielles…), comme purgatif, comme moyen abortif, ou pour provoquer les règles, et beaucoup d’autres usages. Or, ces histoires de folie n’apparaissent qu’au début du 20e siècle, dans la littérature des ligues de vertu. Pourquoi pas avant?

Tout simplement parce que l’absinthe est inoffensive par elle-même. C’est l’éthanol et surtout le méthanol qu’elle contient dans sa forme alcoolisée qui peuvent conduire à des intoxications lorsqu’elle est consommée à haute dose, tout comme la bière, le vin, le whisky, les liqueurs… Frédéric_Christol_-_L'Alcool_!_Voilà_l'ennemi

L’absinthe est réputée dans certains milieux pour contenir du tétrahydrocannabinol, ou THC, la molécule active que l’on trouve dans le cannabis. Cette idée a grandement contribué à la rendre populaire auprès d’une certaine jeunesse en quête de sensations, mais ils ont dû être extrêmement déçus.

Il semble que ce mythe de l’absinthe au THC provienne d’une étude publiée dans les années 1970 aux Etats-Unis, et d’une confusion née entre le THC et la thuyone, une molécule présente dans l’absinthe et réputée causer convulsions, excitation et hallucinations.

La thuyone est certes une molécule toxique, mais elle requiert des niveaux élevés pour commencer à produire ses effets. Les absinthes commerciales actuelles présentent des taux de 35 mg/L (celles du 19e/début 20e semblent plutôt avoir eu des taux de moins de 10mg/L…), or pour que cette substance commence à produire ses effets, il faudrait en consommer en théorie au moins 0,6L en une seule fois ou dans un temps très réduit pour qu’un individu de 75kg commence à trembler légèrement (2,1L pour les absinthes anciennes).  Les absinthes actuelles titrant entre 50° et 80° d’alcool, on se rend très vite compte que c’est à cette substance que le corps va réagir plutôt qu’à la thuyone…

Pouvons-nous donc parler d’un alcool qui causerait la folie? Il semble bien que tout cela relève du mythe, ceci d’autant plus que le terme « folie » est plutôt fourre-tout. Si cette boisson contient effectivement de la thuyone, cette substance n’est hallucinogène qu’à très forte dose, lorsqu’elle devient neurotoxique. Elle ne s’accumule pas dans les tissus du corps humain, comme peuvent le faire nombre d’autres substances nocives (perturbateurs endocriniens, pesticides, métaux…), ce qui signifie que l’absinthe ne rend pas « fou » non plus sur le long terme en provoquant des hallucinations ou, à des doses bien moindres, des convulsions. 111Absinthe2

Les actes de violences criminelles qui ont servi de prétexte aux ligues de vertu au début du 20e siècle ne s’expliquent pas par les composés de l’absinthe, mais, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, trouvent leur origine dans un alcoolisme aggravé par des contextes socio-économiques peu reluisants.

A l’inverse, je ne vois pas bien non plus comment l’absinthe pourrait inspirer les artistes, du moins autrement que comme support de focalisation de la concentration et d’abstraction permettant à l’imagination de se déployer pleinement. Mais sur ce plan-là, un verre d’eau pourrait parfaitement faire l’affaire…

 

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