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Le déni des peuples: réécriture de l’Histoire et populisme

Trois lignes dans un article anodin sur l’anniversaire de l’entrée officielle des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Il n’en faut pas plus pour dire des conneries aussi immenses que l’Océan Pacifique et me faire rentrer dans une colère noire.
L’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale moderne s’est faite à un moment où l’Allemagne avait déjà perdu la guerre, avec l’épuisement de ses forces vives (pour ne pas dire le gaspillage) dans la bataille de Verdun entre février et décembre 1916, l’apogée de l’impéritie de l’état-major allemand qui ne comprend pas la guerre qu’il livre et applique encore des méthodes héritées des guerres prussiennes cinquante ans plus tôt. Côté anglais et français en revanche, les choses évoluent, les Etats-Majors sont renouvelés lentement mais sûrement. Surtout, l’innovation technologique que représentent les chars anglais Mark I à IV et français Schneider CA1 puis Saint-Chamond et Renault FT marquent un tournant dans la guerre malgré leurs défauts vite compensés. Tournant que ratent totalement les allemands… et les américains.
Le 6 avril 1917, le contingent de l’armée américaine représente… une division à peine, dont l’entrainement n’a pas commencé (La France en a 95 de 15 000 hommes, dont 70 combattent par roulement à Verdun, les anglais en ont 75 de 18 000 hommes). Les américains n’arriveront réellement sur le front européen qu’à l’automne 1918, quand tout est déjà plié militairement depuis longtemps. L’aide américaine est anecdotique, presque opportuniste, elle ne change absolument pas le cours de la guerre, qui est remportée par les soldats anglais et les soldats français avec leur sang, leurs larmes et leurs tripes.
Si l’Allemagne parvient à se battre encore presque deux ans après Verdun, c’est uniquement parce que sur le front de l’est, la Russie tsariste s’effondre de l’intérieur avec la révolution soviétique, permettant d’abord un report des troupes (les combats diminuent énormément en intensité et se produisent surtout entre russes blancs et russes rouges), puis un retrait de ce front pour tenter de compenser la catastrophe qui se produit à l’ouest avec la montée en puissance sans précédent des armées franco-anglaises. Les manœuvres stratégiquement désespérées que l’armée allemande commence à opérer dès le printemps 1917 comme le retrait-piège qui conduira à l’offensive du chemin des dames côté français (un vrai fiasco, le dernier de cette ampleur et surtout celui qui déclenche un réel changement dans l’approche stratégique des états-majors français) ne sont pas à mettre au compte des américains, mais bien des français et des anglais qui ont usé les capacités militaires allemandes sans ciller. Tout ce que cherchent les allemands désormais, c’est briser les lignes de front pour non pas gagner la guerre, mais pouvoir négocier la paix en évitant une debellatio qui surviendra dans les faits avec le Traité de Versailles de 1919.
Je le dis, et je le répète: les amerloques n’ont RIEN fait pendant la première guerre mondiale sur le plan militaire. RIEN, putain.
On n’a pas eu besoin d’eux, si ce n’est pour une seule chose: fournir à nos soldats un espoir de renfort pour les faire tenir. Et le fait est que ça a été contre-productif, puisque les grandes mutineries de 1917 se produisent à peine un mois après cette fameuse « entrée en guerre des américains » (je rappelle quand même que les Etats-Unis ont une politique ultra-isolationniste dès 1823 avec la « Doctrine Monroe », et surtout avec l’élection de Wilson de 1912 et sa réélection de 1916 avec le slogan « He Kept Us Out of War »… Ironie de l’Histoire). Les fameux « sauveurs » n’arrivent qu’à la fin octobre 1917, et ne servent qu’en deuxième ligne parce qu’ils ne peuvent pas combattre (artillerie rachitique, formation tactique et au maniement des armes minables, doctrine stratégique inexistante). De fait, sur les 116 000 soldats américains tués pendant la guerre, seuls 53 000 l’ont été au combat (les autres le sont par la Grippe Espagnole, maladies et accidents). A titre de comparaison, les anglais perdent au combat 19 000 hommes, pour le seul 1er juillet 1916 (premier jour de la bataille de la Somme qui fera 440 000 morts français, anglais et allemands, tous au combat).
Au sortir de la Guerre, les américains ne sont certainement pas une puissance mondiale. Ils ne sont que des péquenauds comparés aux seules vraies puissances mondiales que sont le Royaume-Uni et la France au sortir de la guerre, aux côtés du Japon, de l’autre côté du globe (et qui est la seule puissance non européenne à pouvoir faire face aux armées occidentales). La France était, au sortir de la Guerre, la première puissance mondiale suivie de très près par le Royaume-Uni: c’est là que réside toute l’ampleur du drame de la défaite de 1940 après vingt ans de militantisme pacifiste acharné et dont nous ne nous sommes jamais remis. Hitler voulait détruire la France et vu l’état de notre pays aujourd’hui, il a parfaitement réussi.
La réécriture de l’Histoire, surtout de cette manière aussi mensongère, me met hors de moi. Dire que ces connards d’américains nous ont sauvés pendant la première guerre mondiale, c’est cracher sur les tombes et insulter la mémoire de 9,6 millions d’européens tués au cours du conflit et de dizaines de millions d’autres qui ont eu à en souffrir et y ont survécu, avec toutes les conséquences que cela entrainait pour les millions de mutilés, de « gueules cassées », de gazés et autres invalides de guerre.
Dévaloriser notre Histoire, nous enlever notre fierté, rabaisser et nier notre civilisation, c’est exactement ce qui a produit Hitler, Mao et Al-Baghdadi. Ne pleurez pas après les Trump, Poutine et tous les autres « populistes »: ce sont les seuls qui empêchent les vrais salopards de nous replonger dans l’obscurantisme sanguinaire en rendant un semblant de fierté à des peuples broyés par une finance dévoyée et des politiques corrompus.

Le diabolique empire colonial français: l’exemple du Franc CFA

Actualité oblige, on parle beaucoup de la colonisation en France ces derniers jours, en se focalisant une fois de plus uniquement sur le cas algérien et en oubliant dédaigneusement nos amis d’Afrique sub-saharienne.
Pas mal de vidéos sur youtube abordent la question, à partir des propos de Macron, mis en perspective avec ceux de Fillon, pour vous expliquer que la colonisation a été une atrocité sans nom et bla et bla et bla. Beaucoup de posture idéologique, mais peu de fond, de matière historique. Si ces vidéos sont stupides (idéologiques) au possible et énormément putaclic, elles génèrent néanmoins pas mal de commentaires où j’ai pu voir quasi systématiquement des références à cet abominable instrument colonial encore vivant aujourd’hui: le Franc CFA.

De quoi me faire lever un sourcil, parce que de nature curieuse (et aussi parce que ça m’intéressait de loin pour mon mémoire de Master), j’ai lu au mois de novembre un mémoire de M2 justement sur les effets positifs et négatifs du franc CFA, pour au final une conclusion très en faveur de cette monnaie, et absolument pas dans un sens néo-colonialiste.

  • Mais le Franc CFA, c’est quoi?
Le Franc CFA est une monnaie régionale regroupant 14 pays regroupés en deux zones (UEMOA – 8 pays / CEMAC – 6 pays). Cette monnaie ne doit pas être confondue avec le Franc CFA colonial, dont le fonctionnement était totalement différent: imposé aux colonies en 1939, il était totalement contrôlé par la France métropolitaine, tant dans son émission, la fixation de son cours par rapport au Franc, sa convertibilité en autre monnaie (dollar, livre sterling…), etc; il s’agissait principalement de découpler l’activité économique française de l’activité économique de ses colonies, à la fois pour des raisons d’efficacité économique que pour des raisons politiques, la décolonisation étant déjà dans les esprits de l’époque et se concrétisant à partir de 1945 dans les faits.
Grosso modo, le Franc CFA actuel (refondu en 1994) se caractérise par deux objectifs: la stabilité financière (en l’indexant sur le Franc français puis depuis 1999 sur l’Euro, avec un objectif de maintien de l’inflation sous les 2% annuels, comme en Europe) et le développement des échanges commerciaux et économiques entre les zones CFA et entre celles-ci et l’Europe(pas de taux de change entre les pays membres, libre et totale convertibilité du Franc CFA vers n’importe quelle monnaie…).
L’aire géographique appelée « zone CFA »
  • Comment ça marche?
Historiquement, pour faire tourner l’union monétaire sur des règles saines dans des pays encore fragiles, les pays membres ont confié à la France l’émission monétaire (l’impression des billets et pièces; ceci évite la tentation de certains dirigeants de multiplier les émissions non déclarées, mais aussi et plus généralement la déstabilisation monétaire par un seul pays). Et ces pays l’ont confiée de façon volontaire, à une époque où rappelons-le, ces pays entendaient préserver leur souveraineté quitte à s’appuyer sur l’URSS et les USA.
Depuis 1973 et les premiers accords de libre flottement des monnaies (le cours d’une monnaie peut librement fluctuer par rapport aux autres, ses cours ne dépendant que des marchés et des décisions de sa banque centrale et n’ont plus d’une valeur de référence liée à l’or ou au dollar), l’indexation du Franc CFA sur le Franc n’amène pas ces pays à subir une volatilité des cours de leur monnaie comme dans d’autres Etats africains.
Pourquoi? Parce que les engagements de la France empêchent celle-ci de pratiquer des politiques de totale liberté des cours de sa monnaie, sa banque centrale intervenant sur les marchés pour garantir une stabilité des cours par le biais de rachats et d’émissions, la stabilité du franc se mesurant par rapport à un « panier de monnaies », c’est à dire un indicateur de référence établi à partir du Dollar (USA), de la Livre Sterling (UK), du Mark (Allemagne), du Franc (France) et du Yen (Japon); pour des raisons évidentes c’est désormais l’Euro qui a remplacé le Mark et le Franc. Sans trop entrer dans les détails, les pays de la zone CFA, disposant d’une monnaie indexée d’abord sur le Franc puis à partir de 1999 sur l’Euro, bénéficient d’une solidité monétaire exemplaire pour des pays en développement.
  • Pourquoi le Franc CFA existe-t-il encore 70 ans après le début de la décolonisation?
Dès l’origine, une critique s’est élevée contre le système du franc CFA. Le contrôle de la monnaie par une banque centrale d’un Etat étant perçu comme une marque de souveraineté, il était impensable pour certains Etats décolonisés de le maintenir en l’état. Le Mali quitte le système en 1962, suivi de Madagascar en 1973, ces deux pays cherchant à développer leurs propres outils monétaires et financiers pour devenir des « Etats à part entière ».
Rappelons au passage que la dynamique était dans le sens des grands ensembles monétaires, avec plusieurs pays dotés d’une même monnaie contrôlée par une banque centrale internationale, comme en Europe avec le futur ECU (lui-même futur Euro) dès le début des années 1950 et la création de la CECA. Pas vraiment dans le sens d’une indépendance monétaire des pays, donc, et de fait, l’insécurité née de la fin des accords de Bretton-Woods (établissant une sorte de standard-dollar similaire au standard-or) et le libre flottement des monnaies décidé en 1973 a sérieusement secoué les nouvelles économies des pays africains. En 1984, donc, le Mali réintègre la zone CFA pour résoudre ses problèmes économiques.
Concrètement, l’indexation du Franc CFA sur le Franc a permis aux pays qui l’ont adopté de bénéficier de la stabilité du Franc sur les marchés internationaux: appartenant au panier de référence du FMI, le Franc ne pouvait en effet pas fluctuer énormément, au risque de déstabiliser l’économie mondiale. La stabilité d’une monnaie déterminant sa solidité et celle de l’économie qui s’y rattache, les pays de la zone CFA ont bénéficié d’une bonne crédibilité financière et d’une excellente stabilité monétaire, avec un contrôle strict de l’inflation et donc limitant l’impact des crises économiques. C’est un très sérieux avantage en ce qui concerne le crédit (entreprises, particuliers) ainsi que l’endettement de l’Etat, les taux restant stables dans la durée. Cette stabilité permet l’investissement national et étranger, puisque les profits peuvent être anticipés correctement et la rentabilité assurée en un temps prévisible. Sans trop entrer dans les détails techniques, c’est vraiment un atout énorme pour des économies naissantes que de pouvoir s’assurer d’une stabilité monétaire et d’une inflation très limitée (inférieure à 3% en zone CFA, à comparer aux 4.6% de l’Afrique du Sud, aux 10% de l’Ethiopie ou aux 17% du Ghana – Données Banque Mondiale).
croissance, PIB et population pour l’année 2015 en zone CFA
  • Le système CFA, un système néo-colonialiste?
La zone CFA n’est pas administrée par la France, mais par les pays africains eux-mêmes. La France a conservé sa fonction d’impression de la monnaie africaine sans pour autant avoir un quelconque pouvoir dessus; il s’agit en fait d’une sorte de précaution contre certains régimes peu scrupuleux voire corrompus qui pourraient être tentés d’imprimer des billets eux-mêmes pour s’enrichir mais déstabilisant au final gravement tout le système. La neutralité française de ce point de vue assure à tous l’honnêteté des partenaires. Il est vrai en revanche que pour permettre la stabilité monétaire et la garantie de celle-ci par la France puis par l’UE depuis 1999, la zone CFA doit laisser en dépôt 20% du volume de la monnaie émise dans les caisses du Trésor Public Français. Ici, attention: il ne s’agit pas d’un racket organisé par la France qui ferait ce qu’elle veut de cet argent. Non, il s’agit d’un dépôt de garantie qui n’est pas touché par qui que ce soit, hors politique de stabilisation décidée par les pays de la zone CFA eux-mêmes. Ni le Trésor Public français ni l’Etat français n’y touchent un seul franc. Il s’agit d’un dépôt permettant de crédibiliser les dettes, de la même manière que la France dispose ‘un stock d’or aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.
Du fait de l’Euro, la zone CFA ne dépend plus de la France depuis 1992 (accords de Maastricht) mais de l’Union Européenne en ce qui concerne la stabilité monétaire. La France participe aux institutions qui sont liées à la CEMAC et à l’UEMOA mais n’en est pas membre et à ce titre ne participe pas aux votes et ne prend pas part aux décisions, ses interventions se limitant aux débats. Le poids de la France est évidemment indéniable, en tant que pays industrialisé face à des pays émergents, et l’avis français est généralement écouté et suivi, mais pas forcément à la lettre.
Il est en effet franchement insultant et condescendant de croire que les pays africains ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes et de prendre leurs propres décisions. Nous ne vivons plus à une époque où les « nègres stupides se comportent comme des sauvages sans foi ni loi ». Je suis toujours sidéré par la propension typiquement occidentale des gens avec qui je discute à considérer l’Afrique comme un pays de débiles infantiles qui ne sauraient pas s’en sortir sans « nous ». Si le continent a traversé des crises indéniables et doit encore faire face à certains problèmes majeurs (rébellions centrafricaines, conflit larvé au Soudan du Sud, bandes islamistes au sahel, corne africaine anarchique…), il est également doué d’une formidable dynamique culturelle, économique et industrielle que les africains ont su générer à peu près seuls en s’appuyant sur l’exploitation de ressources minières et agroalimentaires, sur le tourisme, sur la culture (découvrez Nollywood si vous en doutez) mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine qui s’expatrie pour étudier et travailler à l’étranger.
Parce que c’est là qu’est tout l’intérêt pour les pays de la zone CFA: la convertibilité du Franc CFA en Euro évite les taux de change et les coûts de transfert. Ainsi, un travailleur malien en France peut envoyer de l’argent à sa famille et lui permettre d’investir sur place, sans surcoûts par rapport à un travailleur chinois qui lui devra payer le taux de change et les coûts de transfert bancaire.
Rien que pour le Sénégal, le montant des sommes transférées a ainsi dépassé le milliard de dollars/euros par an, pour un PIB d’environ 15 milliards de dollars/euros.
Enfin, le système CFA, s’il impose une discipline budgétaire aux pays membres, n’implique pas de « décision extérieure » concernant le budget de chacun de ses Etats, qui restent totalement libres de le fixer selon leurs priorités. Les seules limites imposées par le système CFA sont des engagements au point de vue du déficit budgétaire des Etats. En revanche, le FMI impose des réformes structurelles parfois mal venues (tout comme en ce qui concerne la Grèce) et empêche certaines politiques de développement, pourtant imposées comme objectif par l’ONU, qui demande aux pays africains d’avoir au moins 7% de croissance annuelle.
C’est ici que commence le vrai problème économique de la zone CFA. En économie (du moins selon la théorie keynesienne), les politiques monétaires peuvent aller dans deux directions. La première, c’est la croissance, tirée vers le haut par l’investissement rendu possible par l’endettement, au prix, donc, de l’inflation. La deuxième politique, c’est le contrôle de l’inflation par une stabilisation de la monnaie, qui réduit l’endettement mais aussi les investissements et donc ralentit la croissance.
Il y a donc d’un côté l’ONU qui pousse à la croissance, et de l’autre, une volonté de stabilité de la monnaie pour assurer l’économie, elle-même imposée par l’UEMOA et la CEMAC.
A titre personnel, et de par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, je pense que la zone CFA fait le bon choix en maintenant la stabilité économique et en ne sacrifiant pas la population sur l’autel illusoire de la croissance. Les investissements étrangers restent limités dans des pays dont le potentiel est énorme, ce qui veut dire que ce ne seront pas des Etats et entités étrangères qui vont se partager le gâteau et laisser quelques miettes aux africains, mais bien ces derniers qui vont profiter des fruits de leurs terres et de leur labeur. Le fait que les investissements étrangers restent limités assure l’indépendance économique de ces pays, malgré les réformes structurelles exigées par le FMI et qui causent déjà des dégâts tant sur la société civile que sur les Etats eux-mêmes. Les grandes multinationales et les banques n’ont qu’un pouvoir très limité sur ces pays, et contrairement à ce qu’on peut lire souvent, les pays africains de la zone CFA ne sont pas exploités et savent parfaitement jouer de la concurrence des grands groupes pour mettre en valeur leurs propres richesses.
Il est très intéressant de voir que l’un des principaux mouvements anti franc CFA ces derniers mois (pour ne pas dire le seul) est l’URPANAF, dirigé par Kémi Séba, suprémaciste noir, ancien leader de la Tribu Ka, le tout sur fond idéologique « Kémitiste » (inventée de toute pièce par Cheikh Anta Diop) qui n’est qu’une idéologie aryenne appliquée à une « identité » africaine fantasmée.

 

  • Le Franc CFA est-il donc si diabolique?
De l’avis général (cf. bibliographie en fin d’article), le Franc CFA a un impact réellement positif sur les économies de ces pays et encourage réellement le développement économique, politique et social. S’il y a quelques problèmes (d’ordre politique plus qu’économique), ils ne sont cependant que de deuxième ordre et ne remettent jamais en question l’existence ni le fonctionnement du Franc CFA lui-même.
La critique la plus sérieuse et la plus virulente émane de l’ancien premier ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’hésite pas à parler dans les médias de « servitude volontaire ». Le même homme, dans ses écrits institutionnels (articles publiés dans diverses revues universitaires à comité de lecture) loue le Franc CFA comme une bonne chose bien qu’améliorable (il n’est pas politique pour rien…).
De façon plus générale, aucun pays de la zone CFA ne souhaite remettre en question l’existence de cette monnaie, ou quitter la zone CFA. Madagascar réfléchit même à la réintégrer pour solutionner la crise économique que l’île subit depuis une quinzaine d’années.
En fait, les seules réelles critiques contre le Franc CFA ne sont pas le fait des africains eux-mêmes, mais de certains occidentaux.
D’une part, les américains ne sont pas très contents que le dollar, instrument de hard-power par excellence, ne se soit pas imposé dans la zone CFA. Il l’a fait dans de nombreux autres pays d’Afrique, que ce soit le Nigéria ou le Zimbabwe, où règne une crise économique absolument effarante depuis une vingtaine d’année, au point que la population abandonne totalement la monnaie nationale au profit du dollar. Si vous n’avez jamais vu de billet de 100 000 milliards de dollars, c’est ici.
D’autre part, la plus visible ici en France, certains pseudo intellectuels de gauche (communistes, anarchistes, mélenchonistes, certains socialistes) trouvent insupportable que la France ait pu garder d’excellents rapports avec ses anciennes colonies africaines et préfèreraient une tragédie apocalyptique à la sauce algérienne. Il y a donc, depuis 2014 au moins, mais surtout depuis l’année dernière, des gens qui viennent raconter tout et n’importe quoi sur la zone CFA. J’imagine que tous ces érudits que j’ai pu voir ici et là n’ont fait que tirer leurs infos de la fameuse émission Datagueule, qui a pondu début novembre 2016 une vidéo très, très à charge contre la France, mais qui ne rentre pas tellement dans les détails et dit beaucoup, beaucoup de conneries en se gardant bien d’expliquer les tenants et les aboutissants comme je viens de le faire. Vous pouvez la voir sur youtube, avec en guest star Kako Nubukpo dont les propos mesurés sont illustrés de manière très moraliste et dramatisée (« bouh les vilains colonisateurs »), même quand il ne critique absolument pas le CFA et parle d’autres mécanismes comme le FMI et d’autres problématiques comme les marges des entreprises maintenues au détriment des revenus des travailleurs et du budget des consommateurs, qui sont les mêmes absolument partout dans le monde et ne sont liées en aucune manière au Franc CFA.
  • En résumé:
Le Franc CFA n’est ni un frein au développement ni un outil néo-colonialiste de contrôle des économies africaines. Il est au contraire un gage de stabilité et de développement des échanges par une véritable intégration des économies régionales entre pays membres des deux unions, mais aussi avec les pays européens. Ses nombreux avantages ne sont pas obérés par les problèmes endémiques (corruption, sous-développement). Le Franc CFA est un réel atout par rapport aux autres pays africains qui n’en bénéficient pas, et aucun des pays membres n’entend quitter la zone CFA ou l’abolir. Surtout, les discussions au sein des deux unions régionales ne constituent pas, comme essaient de le faire croire certains, des dissensions ou des oppositions, ni une remise en cause « anticolonialiste » de la structure même des deux organisations UEMOA et CEMAC et pour cause: ce sont bien les africains qui détiennent leur avenir entre leurs mains. Les problèmes que connaissent ces pays ne sont pas différents de ceux des autres pays non membres de la zone CFA et sont même similaires à ceux de la zone Euro, et se situent non pas sur le plan économique mais plutôt sur le plan politique.
Bibliographie exhaustive (et sérieuse!) sur le sujet:
Il est probable que vous n’ayez pas accès aux articles eux-mêmes, ne disposant pas de comptes lecteurs affiliés à une université ou organisation scientifique. La plupart du temps, le résumé expose suffisamment le contenu de l’article sans notions économique de haut niveau, et donc accessible à peu près à tout le monde. Vous noterez que les articles de Kako Nunukpo, ex-premier ministre togolais invité de Datagueule, ne préconisent en rien la fin du Franc CFA…
Et un article très simple (peut être un peu simpliste) de Forbes Afrique présentant les deux scénarios non de l’abolition de la zone CFA mais de l’abandon de la politique de stabilité tirée du couplage à l’euro.

La nouvelle mode des Fake News

Ayant décidé de laisser passer la période des primaires, des élections américaines et de la transition politique qui a suivi, je m’étais abstenu d’intervenir sur Sombre Plume, après quelques articles qui m’ont valu quelques discussions houleuses.

La lecture d’un article de France24 sur le nouvel outil du journal Le Monde contre les « fake news » m’incite à sortir de mon silence relatif, parce qu’il y a là un gros danger, à mes yeux, pour l’information, sous toutes ses formes.

Le terme « fake news » s’est imposé pendant les dernières semaines de l’élection américaine qui a vu la victoire de Donald Trump puis dans les jours qui ont suivi, comme l’explication-reine de la victoire de ce dernier: parce que les électeurs américains ont étés manipulés par de « fausses actualités » (comme l’emblématique Pizza Gate), Hillary Clinton, candidate préférée des journalistes occidentaux et soutenue par tout l’establishment, a perdu l’élection de façon injuste.

S’il est vrai qu’Hillary Clinton a perdu de façon injuste (elle disposait de 3 millions de voix de plus que son adversaire mais a perdu en raison de règles d’attribution des grands électeurs), il est extrêmement simpliste de dire que Trump a remporté l’élection simplement sur des rumeurs et calomnies, car c’est avant tout sur son programme de politique intérieure qu’il a remporté l’élection.

Peu importe qui a gagné ou comment, le résultat est là: on nous bassine depuis des semaines avec le nouveau truc à la mode, et qui va révolutionner l’information occidentale. Les « fake news ».

Concrètement, une « fake news » est une pseudo-information qui surgit de façon impromptue pour expliquer une situation de façon biaisée, ou pour lancer une rumeur proche de la calomnie ou de la diffamation. Bref, c’est un mensonge ou un article idéologique qui déforme la réalité. Les défenseurs de « l’information vraie » entendent donc pourfendre les « menteurs », une attitude à priori louable dont on ne peut que s’étonner qu’elle n’ait pas été réalisée dès le début de l’ère de l’information, voire dès le début du journalisme!

La réalité, vous vous en doutez, est plus contrastée que ce rêve qu’on essaie de nous vendre.

Avant même de parler d’information, il faut considérer les faits qui la structurent. Ainsi, les articles de journaux comme Le Monde, Le Figaro ou Libération sont basés sur des faits rapportés par les agences de presse, comme l’AFP ou Reuters. Ces agences publient des dépêches se bornant en principe à énoncer un fait: tel pays a subi telle catastrophe, qui a provoqué tant de morts et tant de blessés, telle personnalité politique a été mise en examen dans telle affaire en raison de tel comportement potentiellement délictuel ou criminel. Il s’agit ici du fait, de l’information brute que les journalistes vont traiter dans leurs propres articles. Ces faits sont généralement indiscutables et de première main, et sont en principe corroborés par les autres agences de presse à partir soit de la même source, soit d’une source complémentaire.

Ces sources sont en principe issues de services officiels, tels que la police, les magistrats, les pompiers, les porte-paroles de tel entité politique ou de tel service d’urgence. Elles peuvent être appuyées par des enregistrements phoniques ou photographiques directs, que ces enregistrements proviennent de caméras de surveillance, de reporters de terrain ou de simples passants ayant filmé l’événement.

Jusqu’ici, difficile de parler de « fake news ». Les faits sont réels ou ne le sont pas, et il est rare qu’une agence de presse raconte des bobards (mais pas impossible). Il n’y a guère que sur des conflits armés où les « informations » transmises sont sujettes à caution, n’ayant souvent pas pu être vérifiées (tel massacre de population, tel bombardement sur des civils, etc.) comme l’a parfaitement démontré le récent conflit en Syrie.

Le problème survient lorsque l’information brute est traitée par les journalistes. Entendons-nous dès à présent sur ce que le terme « journaliste » recouvre: je parle bien des individus travaillant pour une rédaction de presse écrite ou un journal d’information télévisuel ou radiophonique, et non des individus derrière leur écran sur un site internet.

Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais de transmettre une information à travers un regard « éclairant ». Comprendre ici « un regard partisan, biaisé et partial ».

On sait très bien par exemple que Libération est un organe de presse d’extrême gauche faisant la promotion de l’altermondialisme, de l’écologisme (pas de l’écologie, la distinction est importante), du multiculturalisme, et d’une vision présentée comme humaniste du monde. A l’inverse, Le Figaro est un organe de presse plutôt libéraliste (pas libéral, la nuance est importante), européaniste voire transatlantiste, et se concentrant plutôt sur une vision affairiste du monde. Pour faire simple, il n’y a pas en France d’organe de presse ou d’information qui soit réellement neutre.

Donc, déjà, rien qu’avec ce premier constat, on voit que cette histoire de « fake news » prend un drôle d’aspect. C’est d’autant plus troublant quand on sait que les journaux principaux en France reçoivent des centaines de millions d’euros d’aides gouvernementale chaque année. De quoi se poser de sérieuses questions quant à l’impartialité voire à l’honnêteté des rédactions qui, en diffusant un article un peu trop critique, pourraient mettre en jeu leur avenir. De fait, en France, la collusion journalistes/politiques est totale, comme l’illustre parfaitement le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat et basé sur l’ouvrage éponyme de Serge Halimi.

Pire: il n’existe plus aucun journaliste de terrain. Les images de conflits que nous voyons sont achetées à des journalistes étrangers ou à des indépendants pas toujours honnêtes, mais qui font aussi face à des risques d’arrestation importants voire à des risques mortels. Les rares journalistes qui se déploient en marge des événements ne le font que pour faire dans le sensationnel, l’émotionnel, mais pas pour informer. Et quand ils le font pour informer, ils sont accusés par leurs confrères de déformer la réalité et de mentir.

Clairement, nos journalistes ne sont donc pas du côté de la vérité et de l’information, et sont devenus de mauvais commentateurs et des analystes de comptoir qui déblatèrent à qui mieux mieux sur le néant total qu’ils génèrent eux-mêmes, quel que soit le sujet qu’ils abordent, et avec une bêtise d’autant plus grande que le sujet est important.

Dans ce contexte, il est donc alarmant de voir une rédaction comme Le Monde prétendre offrir un « outil de lutte contre les fake news » pour faire le tri entre les informations « de qualité » et le reste. Je suis particulièrement inquiet en ce qui concerne le classement entre « sites très fiables » et « sites peu fiables ». S’il ne fait par exemple aucun doute qu’un site comme Wikistrike se borne à déblatérer des mensonges au kilomètre en toute circonstance, je suis un peu plus dubitatif en ce qui concerne un site d’information comme Slate ou même Libération ou Le Monde, dont les « informations » sont partisanes et se bornent à commenter des communiqués de presse. Avons-nous eu un traitement normal et impartial des élections américaines? La réponse est clairement non, 100% des journalistes ayant promu la candidature de Clinton, qui a été encensée quel qu’ait été son discours, même lorsqu’il était encore plus belliciste que les Néo-Con de l’ère Bush Jr. ou lorsqu’il se contentait de simplement insulter son adversaire. Aurons-nous un traitement impartial de l’élection présidentielle française, quand on sait déjà que les journalistes n’en ont que pour Emmanuel Macron?

Au-delà de la politique et du traitement des conflits sur lesquels je me suis déjà beaucoup étendu, c’est le fait même que ces journaleux puissent prétendre nous dire quoi lire et à qui faire confiance qui m’interpelle.

Si des gens souscrivent par exemple aux thèses dites conspirationnistes, ce n’est pas parce qu’ils sont idiots ou mal informés, mais parce que d’une part un certain nombre de conspirations se sont avérées être vraies (que l’on pense aux révélations de Snowden sur la surveillance généralisée de l’ensemble des communications mondiale!), et d’autre part parce que ceux qui les propagent s’évertuent à leur donner toutes les apparences de sérieux possibles: témoignages, recoupements, sources et références, bref, tout ce que nos journaleux ne font plus, si tant est qu’ils l’aient jamais fait.

Ce n’est pas en employant un code couleur que l’on peut contrer les rumeurs et autres mensonges qui certes pullulent sur le web mais pas vraiment plus que dans nos journaux. Il y a une quinzaine d’année, toutes les chaines de télévision s’arrachaient Karl Esser, qui affirmait sans aucune preuve qu’il avait participé à la construction de bunkers secrets sous Bagdad. Information bidon, évidemment, qui aurait dû amener certaines réflexions sur la démarche journalistique. Mais non, les mêmes rédactions n’hésitent pas encore aujourd’hui à publier des rumeurs sur la Corée du Nord avec le plus grand sérieux.

Alors pourquoi croire que ces mêmes journalistes, ou du moins que les mêmes organismes d’information qui ne sont pas foutus d’être neutres et de traiter l’information autrement que comme le gouvernement le leur dit, vont pouvoir être impartiaux et faire un tri honnête dans les informations de confiance et le reste?

Dans un contexte où d’un seul coup, on nous parle de « fake news » qui pullulent alors qu’elles ont toujours existé, je me demande bien ce qu’annonce cette tendance au contrôle de l’information publique qui ne va faire que se renforcer au fil du temps.

Sans vouloir être alarmiste, ce que je vois poindre le bout de son nez depuis plusieurs années et particulièrement ces derniers mois, c’est tout simplement la fin de notre Liberté. Le renforcement des capacités de contrôle des populations par les services de renseignement, l’abandon total de nos forces de l’ordre qui ne peuvent plus traiter les affaires qui leur sont rapportées, y compris les plus graves (11% à peine des victimes de viol recensées portent plainte), la montée d’une classe politique qui confond autoritarisme et gouvernement, le total déni de légitimité de la Démocratie qui depuis 10 ans envahit toute l’Europe, l’armée qui ne mène plus des missions de combat mais des missions de pacification de populations hostiles, le financement et l’encouragement à la montée des communautarismes et des extrémismes religieux (musulmans comme chrétiens)… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on nous prépare la loi martiale et une guerre civile comme ce taré d’Alex Jones aux Etats-Unis, mais quand même, c’est bien une nouvelle forme de totalitarisme qui arrive petit à petit…

Je me demande vraiment ce qu’on nous prépare, et je crains que nous devions nous préparer à faire face à des heures sombres comme on n’en a encore jamais vues. Il n’y a rien à attendre de gens qui nous infantilisent et nous disent quoi penser, quoi dire, quoi faire, qui voter. Notre pays, notre civilisation n’a pas besoin de ces gens qui ne font que nous pousser vers l’abîme. La question est: les laisserons-nous faire ce qu’ils veulent et continuerons-nous à marcher dans leurs combines?

Nous ne redresserons pas notre pays par le haut avec des élections truquées d’avance, mais bien à partir de sa base, par nos propres comportements, et ça, ça commence par nous faire notre propre opinion, sans avoir besoin d’un garde chiourme par dessus notre épaule.

Dessiner en France au 21e siècle: retour sur la censure de Marsault

(Au vu de la sensibilité à fleur de peau de chacun dans cette histoire, je commence par rappeler quelques petites choses:

1/ sombre-plume.fr ne génère aucun revenu tiré de la publicité, et pour cause: nous la détestons. Peu importe le trafic sur le site, donc, nos revenus ne sont tirés que de la vente de nos ouvrages, hors sombre-plume.

2/ les dessins qui illustrent l’article sont présents à titre non-commercial afin d’appuyer un argumentaire. Leur emploi reste dans le cadre légal tel que fixé par le code de la propriété intellectuelle français. Les ayants-droits peuvent toujours néanmoins demander le retrait des images dont ils détiennent les droits sur simple demande par mail.

3/ sombre-plume est dédié à la création littéraire et artistique, laquelle se base sur  certains sujets de société comme les libertés d’opinion et d’expression, les manipulations qui y ont trait, et beaucoup d’autres choses. Néanmoins, sombre-plume est farouchement neutre en ce qui concerne la politique: écrire un article sur Marsault n’implique pas que nous soyons d’extrême gauche ou d’extrême droite. La pensée extrémiste binaire est une manipulation que nous n’acceptons pas et que nous n’accepterons jamais, et nous nous employons à être le plus neutre possible dans nos articles.

Je rappelle aussi que les commentaires sont modérés a priori, et que si sombre-plume est un espace ouvert au public, il reste néanmoins une propriété immatérielle privée dont nous sommes légalement responsables: 99% des commentaires postés jusqu’ici n’ont pas été publiés, notamment sur nos articles sur les néo-religieux et la « France Chrétienne ». Bonne lecture!)

Le dessinateur Marsault: une gueule et un style uniques
Le dessinateur Marsault: une gueule et un style uniques dans la bande dessinée française

Il y a quelques jours, une violente polémique a agité les pages Facebook de Marsault, PaieTaSchneck, et plusieurs autres pages où les « débats » se sont étendus.

Pour ceux et celles qui l’ignorent, Marsault est un dessinateur français dont l’œuvre à l’encre de Chine est vouée à l’expression d’une critique de société sur fond d’humour noir et de violence crue, dans le plus pur héritage de la bande dessinée française du 20e siècle. Son travail est non-conventionnel puisque Marsault n’est pas issu d’une école d’arts et a appris le dessin seul, à force de pratique. Dessiner n’est pas son métier: il est avant tout ouvrier, ce qui explique le caractère « brut de décoffrage » tant de l’homme que de son art.

Ce côté ouvrier franchouillard est à la base de son travail, qui exprime la colère que l’on peut ressentir en Province dans le milieu ouvrier, tant à l’encontre de la politique du Gouvernement qu’à l’encontre d’une certaine partie de la jeunesse insouciante des grandes villes qui « cyber-milite » contre le « racisme », « l’homophobie », le « sexisme », pour « l’environnement » ou les régimes végétariens et végans, qui bien souvent sont perçus comme des donneurs de leçon illégitimes, sans parler des modes sur les réseaux sociaux (photos duckface, « like si tu as un coeur », etc.).

"Eugène" est un personnage récurrent chez Marsault, caricature et personnification violente du rejet de certains comportements perçus comme des travers de société
« Eugène » est un personnage récurrent chez Marsault, caricature et personnification violente du rejet de certains comportements perçus comme des travers de société

Si son travail n’est pas techniquement irréprochable et parfois inégal d’une planche à l’autre en terme de qualité et précision du trait, il n’en reste pas moins que Marsault est un vrai dessinateur satyrique, dans la lignée des dessinateurs de Pilote, Charlie Hebdo, Fluide Glacial, Siné, Hara-Kiri et autres.

 

Son humour décalé voire très noir n’est pas non plus absolument unique, puisque de nombreux dessinateurs usent des mêmes ressorts comiques (principalement l’outrance, le mauvais goût ou la violence absurde), à l’image des dessinateurs de Glory Owl, Ultimex, ou les dizaines d’autres, français comme étrangers, seulement connus par une petite communauté. Il n’est pas non plus à mettre entre toutes les mains, notamment parce qu’il s’attaque parfois à des sujets extrêmement polémiques comme le handicap (attention âmes sensibles s’abstenir), la « beauferie« , le terrorisme et les réactions qu’il génère au sein de la population… Il a également publié de nombreux dessins caricaturant les militants de « la bien-pensance« , et quelques dessins représentant Jean-Marie Le Pen ou des nazis (, ou encore ), ce qui a amené un certain nombre de gens à le considérer d’extrême-droite, et ce qui a amené certains sites nationalistes à reprendre ses dessins, comme Fdesouche ou Egalité et Réconciliation.

Comme on peut s’en douter, Marsault est un dessinateur controversé, qui déplaît à énormément de monde (notamment tous ceux qui se sentent visés par ses dessins), mais qui est néanmoins soutenu par une base de fans ne se réduisant plus à quelques lecteurs occasionnels, et ceci d’autant moins que Marsault est désormais publié aux éditions Ring, qui publient entre autres auteurs Laurent Obertone (La France Orange Mécanique), Zineb El Rhazoui (ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo, co-auteur avec Charb de la Vie de Mahomet) ou Philippe Verdier (ancien présentateur météo écarté pour avoir critiqué le GIEC, auteur de Climat Investigation)…

Depuis un an, la page Facebook de Marsault était attaquée par une petite bande de cyber-militants considérant le dessinateur comme un partisan d’extrême-droite, fasciste, misogyne, raciste, [insérer toute la palette habituelle des qualificatifs désobligeants]. Quelques-uns de ses dessins avaient été censurés par l’algorithme Facebook au motif qu’ils enfreignaient les règles de la communauté (alors que la propagande djihadiste ne l’est toujours pas, y compris les vidéos de décapitation, mais passons…), sans grande surprise au vu de certaines de ses œuvres. Après avoir tracé un signalement jusqu’à un petit groupe de militantes « féministes », Marsault a publié sur Facebook un dessin inspiré par la rhétorique de ce genre de groupes, le 27 décembre 2015.

Le dessin à l'origine de la cyber-guerre menée contre Marsault
Le dessin à l’origine de la cyber-guerre menée contre Marsault

La réponse ne s’est pas faite attendre, et le dessin a été censuré au bout de quelques jours. La cyber-guerre contre Marsault a pris dès lors une toute autre ampleur.

Ses dessins rendant hommage au chanteur de Mötörhead décédé à la fin de l’année 2015 ont également été attaqués par une vague de signalements qui ont abouti à leur censure, de même que son dessin rendant hommage à David Bowie. Cette censure ne s’est exercée que par l’exploitation des algorithmes de censure de Facebook: quelques signalements entrainent une révision « manuelle » (en réalité, exercée par un algorithme essayant d’identifier le contenu de l’image, du message ou de la vidéo), mais une vague de signalements massifs entraine la censure automatique de l’image ou de la vidéo visée, l’algorithme jugeant que la masse de signalements est suffisante pour censurer sans chercher plus loin.

Depuis le début de l’année, TOUS les dessins de Marsault publiés sur Facebook ont été censurés, quel que soit leur sujet, sans que jamais la discussion ne soit engagée avec lui via sa page, un site ou même les commentaires. La page de Marsault avait été fermée de façon temporaire (un mois) par Facebook au mois de décembre, avant de l’être définitivement début août. Un dessin de Marsault avait sur la fin une espérance de « vie » de quelques heures avant la censure, même lorsqu’il prenait fait et cause pour les grévistes contre la Loi Travail ou contre le Gouvernement. Cette fermeture intervient à peine quelques jours après que les éditions Ring aient été dévalisées dans des conditions clairement liées à une volonté de détruire le travail accompli depuis des mois, à quelques semaines de la rentrée littéraire de septembre 2016.

Il est important à ce stade de rappeler l’article 222-33-2 du code pénal, qui définit le Harcèlement comme étant « des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte [aux] droits et [à la] dignité, d’altérer [la] santé physique ou mentale ou de compromettre [l’]avenir professionnel [d’autrui] ». De ce point de vue-là, la cyber-guerre menée contre Marsault pour aboutir à la censure de sa page Facebook et de ses publications s’apparente donc bien à un harcèlement en règle. Si ce dessinateur controversé était réellement raciste, misogyne et autres, l’affaire aurait dû être portée au pénal par des associations de défense des minorités (ce qui n’a pas été le cas), et non faire l’objet d’une vendetta virtuelle sur internet.

Après la fermeture de sa page Facebook, Marsault est tombé sur cette publication publique, privatisée depuis, où l’auteur se félicite de la fermeture de la page principale du dessinateur et appelle à la censure de sa deuxième page. Or, cette jeune femme est à l’origine de la cyber-guerre menée contre Marsault depuis la publication de son dessin du 27 décembre 2015, ou en tout cas fait partie du petit groupe à l’origine de celle-ci. Précisons tout de suite pourquoi je n’ai pas censuré l’identité Facebook de celle-ci dans le lien que j’ai pointé: d’une part, il s’agit d’un pseudonyme et non de son identité réelle, pseudonyme qui est d’ailleurs commun sur Facebook. Les moyens de l’identifier sont limités, d’autant plus que celle-ci a changé sa photo de profil et privatisé ses publications. En outre, une recherche avec deux mots clés (« Marsault » et « Harcèlement ») permettent de retrouver la publication originale en quelques clics, et celle-ci a largement été relayée au cours des derniers jours, l’anonymiser n’aurait eu, donc, aucun effet. Et à titre purement personnel, j’estime que quand on se prétend militant, que ce soit de gauche, de droite ou d’un extrême, on a le courage de ses opinions en public, sinon c’est de la pure hypocrisie.

Dans un élan peut être un peu rapide, Marsault a décidé de publier une capture d’écran de ladite publication sur sa deuxième page, sans l’anonymiser et en annonçant que la jeune femme pouvait s’attendre à recevoir « 3-4 messages ». Si parmi les quelques 500 fils de commentaires de son article on a pu constater beaucoup de colère parmi ses fans, qui ont pour certains largement dépassé le cadre de la critique virulente (allusions à des violences, physiques comme sexuelles, insultes…), on a aussi pu voir une certaine incompréhension sur la non-anonymisation de la publication (qui aurait théoriquement pu « protéger » les jeunes femmes en question d’éventuelles représailles dans le monde physique, qui seraient absolument insupportables et à condamner très durement). Dans l’ensemble néanmoins, il s’agissait surtout de messages de soutien et d’encouragement à Marsault.

Comme il fallait s’y attendre, les choses n’en sont pas restées là et plusieurs groupes s’en sont mêlés, dont la page Paye Ta Shnek  qui a pris fait et cause pour défendre la jeune femme à l’origine du conflit. Seulement voilà, l’administratrice de PTS n’a pas seulement pris fait et cause pour elle, elle a aussi appelé ses quelques 150 000 abonnés à signaler la publication de Marsault, ainsi qu’à signaler sa page pour le faire censurer totalement, dans un commentaire de sa publication originale qui a été retiré depuis.

D’un côté, il y avait donc un artiste harcelé depuis quasiment un an et particulièrement depuis 8 mois, finalement censuré et qui a réagi d’une manière inconsidérée en n’anticipant pas les réactions violente d’une minorité infime de sa base de fans à l’encontre des jeunes femmes ciblées (notons néanmoins qu’on ne saura probablement jamais combien de messages directs celles-ci auront reçu, ni leur teneur. En prétendant avoir reçu des « centaines » de menaces de mort et d’appels au viol sans fournir aucun détail ou exemple, elles se placent clairement en position de victimisation virtuelle à partir de leurs seules déclarations, une méthode que je juge franchement facile et manipulatrice. Si menaces il y a, portez plainte, au lieu de vous en prévaloir pour vous donner le beau rôle dans cette histoire nauséabonde).

De l’autre côté, on a une communauté de cyber-militants très actifs, hurlant au scandale, ayant harcelé et fait censurer Marsault depuis des mois, et surtout appelant à la censure définitive d’un artiste certes bourrin et controversé mais néanmoins tout à fait en droit de dessiner ce qu’il dessine et protégé par nos libertés fondamentales d’opinion et d’expression aussi longtemps qu’il n’aura pas été condamné par un tribunal.

Il y a des torts des deux côtés, néanmoins je ne peux m’empêcher de penser que la véritable victime dans cette histoire n’est autre que Marsault lui-même. Que l’on apprécie ou pas son art qu’il revendique inspiré par des grands noms comme Gotlib ou Uderzo, ce dessinateur a non seulement le droit de dessiner ce qu’il dessine (aussi longtemps qu’il n’est pas condamné par la Justice, encore une fois), mais il est encore protégé par ce qu’il y a de plus sacré dans notre société: la liberté d’expression telle qu’issue du procès intenté contre Charlie Hebdo après l’affaire des caricatures de Mahomet.

L'un des nombreux exemples de couverture de Hara-Kiri que l'on peut trouver sur google
L’un des nombreux exemples de couverture de Hara-Kiri que l’on peut trouver sur google, sachant que le contenu était généralement bien plus trash

A la grande époque de la bande dessinée française, les journaux comme Hara-Kiri ou Charlie Hebdo ont publié des dessins du même tonneau que ceux de Marsault, signant donc une tradition bien française de l’irrévérence ancrée depuis plusieurs décennies dans notre paysage sociétal.

Il ne s’agit pas de défendre un dessinateur sous prétexte qu’il serait de gauche et donc « au dessus de tout soupçon ». Un satiriste, par définition, se moque d’un groupe de personne, voire d’une personne en particulier, en usant d’un comique d’exagération forcément caricatural. Il s’agit de permettre à chacun d’exercer son métier ou son activité dans le cadre légal en étant protégé contre les attaques à son encontre, inévitables, et quelle qu’en soit l’origine. Marsault, tout comme Charb ou Wolinski, DOIT pouvoir s’exprimer en toute quiétude dès lors qu’il n’a pas été condamné par la Justice. La censure extra-judiciaire et le harcèlement qu’elle suppose, qu’elle soit de gauche ou de droite, est une méthode fasciste, totalitariste, quelles que puissent être les justifications que l’on peut invoquer. Si un artiste n’est pas condamnable, alors même si ses publications ne nous plaisent pas, elles doivent être sereinement publiées. Siné avait été accusé en son temps d’antisémitisme, sans jamais être condamné.

Or, c’est précisément le même problème qui touche actuellement Marsault: attaqué pour son prétendu racisme, sa prétendue misogynie, ses prétendues sympathies pour l’extrême droite et ses soi-disant relations avec Alain Soral (en raison de la reprise de certains dessins de Marsault sur Egalité et Réconciliation), ce dessinateur a été privé de sa liberté d’expression parce qu’il a déplu à quelques dizaines de personnes qui n’ont jamais mis à l’épreuve le contenu de ses dessins contestés devant la justice. Dans une France post-Charlie Hebdo, c’est un véritable scandale que de voir des appels à la censure d’un artiste, innocent jusqu’à preuve du contraire, quel que soit son talent ou sa formation, quelles que soient ses opinions alléguées ou réelles, quel que soit le sujet général ou le ton de ses créations.

L’administratrice de PTS affirme que son appel à la censure n’avait rien à voir avec Charlie Hebdo et ne concernait que la publication de Marsault incriminant la jeune femme qui a participé à son harcèlement depuis le début de l’année. La première version de son appel à la censure, modifiée le lendemain, incluait pourtant bien un appel à signaler l’ensemble de la page de Marsault, pas seulement sa publication. Elle a participé, en outre, aux attaques contre lui, au même titre que l’Empêcheuse de Peser en Rond, la Team Bagarre, et plusieurs autres, qui ont eu lieu au cours des derniers mois de façon systématique et indiscriminée. La gestion stalinienne de PTS au cours du conflit, par une censure de tout commentaire et un bannissement de toute personne un tant soit peu en désaccord avec la ligne de la page, suggère à juste titre qu’il est impossible de discuter sereinement avec ces gens. Elizabeth Lévy, directrice de rédaction du journal Causeur qui leur a consacré un dossier l’année dernière, l’avait déjà souligné en expliquant que si le « combat féministe » semble légitime alors qu’il est gagné depuis longtemps, ces « néo-féministes » sont ultra-dangereuse pour notre démocratie et notre société car ne tolèrent pas les opinions différentes des leurs, et surtout, ne supportent pas les hommes, comme le démontre très bien ce blog. Or, on n’est plus là dans le cadre du féminisme, mais dans la plus pure misandrie, tout aussi sexiste et dangereuse que la misogynie.

Marsault a été la victime facile de ce genre de groupuscules, mais il n’est pas le seul. Il suffit aujourd’hui de déclarer quelqu’un raciste ou antisémite ou misogyne pour déclencher sur lui l’opprobre générale, même en ne fournissant aucune preuve ou en en forgeant de toute pièces, quitte à associer une personne à de vrais salopards comme Dieudonné ou Soral, qui eux ont été condamnés à de multiples reprises.

Alors, comme toujours, quand vous lisez quelque chose sur quelqu’un (et cet article ne doit pas faire exception), ne vous contentez pas de ce que vous avez lu, même si c’est illustré avec des captures d’écran ou des citations par essence tronquées et hors contexte. Allez voir ce que la personne fait, dit, publie, allez voir qui elle est, aussi bien dans ce qu’elle montre que dans ce qu’elle peut dire dans des entretiens. Faites-vous votre propre opinion, et ne vous laissez pas imposer une pensée unique…

Merci Marsault!
Merci pour tout Marsault, et rendez-vous en octobre dans toutes les bonnes librairies!

Ruptures et Continuations

10984121_493224304164980_1045163390551086383_nJe n’ai pas écrit  depuis un bout de temps et quelques personnes m’ont demandé si je participais toujours à Sombre Plume avec Tiephaine. Mon silence aurait ainsi été perçu comme un départ silencieux, un arrêt de ma collaboration discrète à ce site que nous animons depuis quelques années et aux travaux d’édition sur lesquels nous nous arrachons parfois les cheveux.

Tiephaine et moi avons eu des hauts et des bas, Continuer la lecture de Ruptures et Continuations

Quatre années d’écrits et de magie

Black Maths and Dark writes…

Quatre ans déjà que je me suis embarquée avec Tiephaine dans l’aventure Sombre Plume… Je dois bien reconnaître que si nous sommes encore là, c’est parce qu’il a su porter ce projet à bout de bras, envers et contre tous. Je suis restée discrète toutes ces années, par volonté et par nécessité. Même aujourd’hui, je ne saurais vraiment me qualifier d’écrivaine, même si Tiephaine ne cesse de m’assurer du contraire. Il est l’un des rares à avoir lu mes écrits, et même à m’avoir convaincue d’en publier quelques uns sur ce site que nous menons en commun depuis déjà quatre ans. Que dire dans ce cas, si ce n’est que je n’ai regretté qu’une seule chose au cours de ces années: ne pas m’être investie plus auprès de Tiephaine et de ses projets. Continuer la lecture de Quatre années d’écrits et de magie