Archives de catégorie : Humeurs

La guerre contre les blancs

Chers lecteurs, cet article sera certainement controversé, et à plus d’un titre. Ce petit laïus introductif vise à remettre les choses à leur place avant qu’on m’accuse de tout et n’importe quoi.
Tout d’abord, cet article n’est pas complotiste: tout ce que j’y rapporte est réel et s’appuie sur des citations pour lesquelles je fournis les références. Vous pouvez les vérifier par vous-mêmes si vous avez l’impression que c’est une exagération ou une déformation (voire un mensonge). Faites-le, vous constaterez par vous-même les choses que j’expose ici.
Ensuite, mes opinions politiques n’ont rien à voir avec le contenu de cet article. Je ne suis pas d’extrême droite, je ne m’intéresse pas à la politique et mes convictions dans ce domaine sont anarchistes. Je ne suis pas non plus raciste; je ne définis pas les individus par leur couleur de peau dont je me fiche éperdument, mais par leurs actes.

Enfin, Sombre Plume n’a aucun revenu publicitaire. Peu importe le nombre de visites, je n’ai aucun revenu sur ce site et donc aucun intérêt à faire la pute à clics. Ce que j’écris en ces pages ne me rapporte rien, à part des ennuis.
Ceci précisé, passons à l’article lui-même.

Connaissez vous Noel Ignatiev?

Je doute que ce nom vous dise quoi que ce soit. Cet homme est pourtant à l’origine d’une idéologie ultra-raciste, qui divise les êtes humains selon leur couleur de peau et les hiérarchise en considérant la « race blanche » comme à l’origine de tous les maux. La pollution des océans par le plastique? Ce sont les blancs. La destruction des écosystèmes africains et amazoniens? Les blancs, encore. Le « réchauffement climatique »? Les blancs, évidemment. Le SIDA? Toujours les blancs. La pauvreté, les guerres, la violence « patriarcale », les problèmes de tous les jours? Les blancs, toujours les blancs. C’en est devenu un meme, tant les articles accusant les blancs d’être responsables de problèmes ridicules se sont multipliés ces dernières années.

Imaginez un monde où l’on en vient à prétendre que les noirs ne peuvent pas manger la même chose que les blancs… au nom de l’antiracisme.

Alors ça vous passe probablement au dessus de la tête, mais sachez que cette accusation fondamentale est aujourd’hui au cœur d’une idéologie revendicative que l’on retrouve partout en Occident, en particulier via les « Social Justice Warrior » (SJW; j’y reviendrais), et en particulier là où se trouvent des populations noires.
Aux Etats-Unis, c’est le fondement du mouvement « Black Lives Matter » (BLM), officiellement créé en 2013 après la mort de Trayvon Martin, un adolescent noir abattu par un policier blanc. BLM est devenu au fil des ans un mouvement idéologique raciste dédié à « l’empowerment noir », qui proclame sérieusement que les noirs seraient une civilisation extrêmement avancée si les blancs n’avaient pas détruit leurs civilisations (spoiler: non seulement ils se sont très bien débrouillés tout seuls pour ça, mais en plus les civilisations disparues dont ils se réclament ont très souvent été redécouvertes et leur mémoire préservée par les européens…). C’est cette théorie fumeuse qui est à l’origine du « succès » du film « Black Panther », où un peuple noir vit caché au cœur de l’Afrique et a développé une civilisation très avancée grâce à l’exploitation d’un métal inconnu, le vibranium. Le film avait déclenché une véritable hystérie collective et des fantasmes délirants, au point qu’un nombre invraisemblable d’afro-américains ont « oublié » que le Wakanda est un royaume de fiction créé par Stan Lee et Jack Kirby (par des blancs, donc) en 1966…

Le Wakanda serait un royaume ultra-avancé parce qu’il aurait résisté au colonialisme, nous expliquent les mêmes personnes qui militent pour l’accueil des clandestins africains…

En France, cette idéologie s’incarne dans plusieurs mouvements communautaristes (pour ne pas dire racistes), dont les Indigènes de la République et Rokhaya Diallo sont la figure de proue, aux côtés des innombrables groupuscules SJW qui pullulent surtout sur internet. L’essentiel de leurs revendications sont calquées sur celles faites aux Etats-Unis par les associations communautaristes (principalement BLM). De par le contexte français, où se mêlent des populations originaires d’Afrique du Nord, les revendications du Parti des Indigènes de la République (PIR) mêlent à la fois des éléments empruntés à l’empowerment noir et à l’Islamisme, ce qui explique l’obsession pro-palestinienne de certains de ses membres.

Bon, tout ça c’est bien joli, mais on n’a toujours pas parlé de Noel Ignatiev. Rassurez-vous, j’y viens. Figurez-vous que ces revendications « racisées » et largement anti-blancs ont toutes, sans exception, la même origine. Et c’est ainsi qu’entre en jeu Noel Ignatiev (préparez-vous, car je vais beaucoup répéter ce nom pour qu’il rentre bien dans la lumière des projecteurs).

Noel Ignatiev

Noel Ignatiev, nous dit sa fiche wikipédia, est le fils d’un immigrant juif aux Etats-Unis. Il est né en 1940, et a rejoint la sphère des groupes et groupuscules communistes dès ses 18 ans, en 1958. Ses premiers « combats » idéologiques s’inscrivent dans le Mouvement pour les Droits Civiques (1955-1964), animé par le pasteur Martin Luther King et qui réclamait la fin de la ségrégation américaine et des droits égaux pour les noirs et pour les blancs. Marxiste-Léniniste, puis Maoiste, puis Marxiste, Ignatiev a abandonné ses études et est devenu ouvrier syndiqué dans une aciérie jusqu’en 1984, date à laquelle il est renvoyé, non sans avoir organisé de multiples grèves et actions au cours de ses vingt ans de carrière. Jusque-là, Noel Ignatiev ne se démarque pas tellement. Les choses changent à partir de 1985, quand il retourne à l’université, et plus exactement à Harvard, où il est accepté sur la base de son expérience avec un niveau « d’undergraduate » (sans diplôme). Dix ans plus tard, il a obtenu son doctorat en Histoire des Etats-Unis et rejoint l’université du Massachusetts en tant que professeur. Son obsession académique?

Abolir la race blanche.

Pour Noel Ignatiev, la notion de « race » est une construction sociale (« There is a long tradition among them that the white race is a peculiar sort of social formation, one that depends on its members’ willingness to conform to the institutions and behavior patterns that reproduce it. By the early 1900s…it was becoming commonplace in the academy to speak of race, along with class and gender, as a social construct….« ), c’est à dire que la « race noire » ou la « race blanche » sont des notions construites, sans aucune réalité, à partir de distinctions sociale. En somme, il n’y a pas de « race », seulement des êtres humains. Jusqu’ici, on pourrait croire que Noel Ignatiev se pose dans une logique humaniste typique. Il va en réalité plus loin. Beaucoup, beaucoup plus loin.

Ignatiev explique que ces notions de races blanche/noire ont été construites parce que les « blancs » voulaient se protéger des « noirs » qui eux, voulaient se mêler aux populations blanches (« We believed that this internal antagonism played itself out as a civil war within the white mind, between the desire of whites to wall themselves off from black Americans and their desire to overcome the boundaries that kept them apart. « ). Rien que cette phrase en citation vous révèle l’imposture intellectuelle que peut représenter une telle affirmation, qui ne repose d’ailleurs sur aucun élément historique: les « blancs » voulaient se séparer des « noirs » et ont donc construit une distinction sociale basée sur la « race » (couleur de peau), qui aboutit à faire des blancs des blancs et des noirs des noirs. C’est sur cette vision délirante que se construit toute une idéologie anti-blanche assumée, visant à détruire à la fois la culture occidentale (« blanche »), mais encore les peuples européens (« blancs »). Tout est résumé dans l’édito du premier numéro du magazine « Race Traitor » qu’il a co-fondé:  » Make no mistake about it: we intend to keep bashing the dead white males, and the live ones, and the females too, until the social construct known as ‘the white race’ is destroyed—not ‘deconstructed’ but destroyed.  » (Ne vous y trompez pas: nous avons l’intention de continuer à attaquer les hommes blancs morts, et ceux qui sont vivants, et les femmes également, jusqu’à ce que la construction sociale connue comme « la race blanche » soit détruite -non pas « déconstruite », mais détruite)

Si son travail était une simple imposture, je n’en parlerais même pas. Seulement voilà, ses travaux ne sont ni anodins, ni sans effet. Les thèses de Noel Ignatiev sont reprises par d’autres universitaires, et surtout, servent de fondement aux théories SJW anti-blanches que l’on observe ces dix dernières années. Si Ignatiev prend toujours le soin de parler de « construction sociale » en parlant de « race blanche », parce que cet artifice lui permet d’échapper aux poursuites pénales, ce n’est pas le cas de ceux qui s’inspirent de ses « travaux ».

Capture d’écran du fil twitter de Rokhaya Diallo, captée le 6 avril 2019

Vous avez en fait probablement déjà croisé dans l’actualité française le terme de « racisme systémique », notamment dans la bouche de Rokhaya Diallo. Sachez que cette notion est issue directement des travaux publiés par Noel Ignatiev, pour qui les cultures occidentales se sont organisées à partir de l’exclusion des autres, et en particulier des africains, créant par là un ensemble de « systèmes » d’exclusion basés sur la « race ». Parce que les cultures non-occidentales n’auraient pas construit de tels systèmes, seuls les « blancs » seraient ainsi « racistes ». Admirez la pirouette intellectuelle… qui vous explique l’origine du terme « racisé », qui désigne toute personne intrinsèquement discriminée par les « blancs » à raison de leur couleur de peau, tandis que les « racisés », eux, n’auraient pas cette attitude envers les « blancs ».

Couverture du premier numéro de Race Traitor (1993); les autres numéros sont tous disponibles sur archive.org

Le journal « abolitionniste » [de la race blanche] « Race Traitor » a pour slogan « la trahison envers la race blanche est [une preuve de] loyauté envers l’Humanité ». Cette « revue universitaire » était publiée chez Routledge, un éditeur universitaire de renommée mondiale auprès duquel nos Presses Universitaires Françaises (PUF) font bien pâle figure. Si Race Traitor n’a existé que de 1993 à 2005, le temps de 16 numéros, son héritage « intellectuel » est immense et a contribué à former une véritable nébuleuse politique dédiée à la destruction des sociétés « européennes » (c’est à dire blanches) et à l’instauration d’une nouvelle ségrégation où les « racisés » seraient les dominants. Se revendiquant largement du Mouvement des Droits Civiques de Martin Luther King, ce journal n’a eu de cesse que de chercher à inscrire ses articles dans sa droite lignée. Parmi les thèmes abordés dans cette revue, on trouve évidemment des articles consacrés au Mouvement des Droits Civiques, mais aussi des articles consacrés aux relations entre « noirs » et « juifs » (racisme et antisémitisme ayant les mêmes racines) et autres « racisés, d’autres consacrés à la réécriture de l’Histoire américaine, et notamment la Guerre de Sécession (avec des conséquences importantes aujourd’hui, à travers l’attaque contre les monuments aux morts de cette période avec pour prétexte la mort d’une militante « antiraciste » à Charlottesville), la répression policière « contre les noirs » aux Etats-Unis (suite à l’affaire Rodney King, en 1992, et dont le développement fait aujourd’hui école dans chaque affaire impliquant un jeune noir face à des policiers…), la façon dont sont traités les migrants clandestins, la lutte contre l’extrême droite (c’est à dire tout simplement les blancs qui ne pensent pas selon leurs termes), le féminisme au sein des populations « racisées », la mise en avant de personnalités « racisées » pour leur lutte contre les « blancs »… Des sujets d’une brûlante actualité puisqu’il ne se passe plus une semaine sans que quelqu’un fasse un scandale à propos de l’un ou de l’autre de ces sujets et fasse les gros titres des médias occidentaux. A vrai dire, il ne manque qu’un seul thème: les LGBT.

Noel Ignatiev est également l’un des créateurs du concept contemporain de « privilège blanc » (« white privilege »), qui explique que parce que les systèmes occidentaux sont des « systèmes faits par des blancs, pour les blancs », ils sont discriminants par nature envers les « racisés » et confèrent aux « blancs » des privilèges. On le retrouve sous sa plume dès 1967, soit bien avant sa carrière universitaire, du temps où il n’était « que » militant communiste. Il est assez amusant de voir qu’aujourd’hui les militantes féministes prétendent que c’est Peggy McIntosch qui aurait « popularisé » ce concept en 1989, alors qu’il était déjà dans l’air bien avant dans les milieux communistes américains pro-noirs…


Cette référence au privilège blanc 20 ans avant qu’il ne soit universitaire montre que Noel Ignatiev n’a pas procédé à des recherches avant de bâtir sa thèse, mais qu’il a dirigé sa thèse dans le sens d’opinions politisées, idéologiques, qui étaient siennes bien avant qu’il ne rejoigne les rangs des universités. Ce n’est pas un cas isolé, loin de là. Trop souvent, malheureusement, les militants politiques prolongent leurs études et deviennent professeurs, et se servent de leur statut d’universitaire pour propager des opinions idéologiques au total mépris de la démarche scientifique.

Or, comme vous le montre ce court article, cela a des conséquences énormes pour nos sociétés basées sur la connaissance et l’information, avec des conséquences dramatiques. Quand on en arrive à se plaindre du racisme des pansements au nom de l’antiracisme, quelle discussion peut-il encore y avoir? Peut-on encore espérer quoi que ce soit de la part de gens qui s’appuieront sur tout ce qu’ils peuvent pour nous accuser de racisme et disqualifier le moindre de nos avis, nous attaquer par tous les angles possibles et imaginables? Nous qui n’avons jamais connu de politique de ségrégation en Europe, comment pouvons-nous supporter d’être accusés de tous les maux, même les plus ridicules, alors que nous avons toujours été les plus tolérants au monde? Comment ne pas devenir fous quand l’ensemble de nos médias, de nos politiques, de nos enseignants, de nos entreprises se liguent contre tout ce qui leur a permis d’être et d’exister, c’est à dire nous?

Il est temps de riposter contre cette idéologie mortifère et de la détruire à la racine. De l’empêcher de se répandre, comme le cancer qu’elle est, et de la détruire, à la racine. Des universitaires comme Noel Ignatiev, il y en a des centaines, peut être des milliers. Des gens qui ne font que propager leur idéologie délétère, qui n’a aucune matérialité scientifique, aucune prise avec la réalité. Mais peu ont autant d’influence que ces ordures. Il est temps de les dénoncer, et de les annihiler, eux et leurs émules.

Ces gens agissent dans l’ombre. Les mettre en lumière est le meilleur moyen pour les disqualifier, eux et leurs idéologies qui ne sont bâties que sur du vent, mais causent des dégâts considérables sur notre qualité de vie, et notre vision du monde.

Plutôt que d’attaquer ceux qui ne nous ont rien fait, prenons nous-en à ceux qui nous haïssent, comme Noel Ignatiev et tous ceux qui se réclament de lui ou propagent ses idées.

Qu’est-ce que le capitalisme?

Je lis en permanence des articles et des livres parlant du Capitalisme qui ruinerait le monde et serait la cause de tous les malheurs de cette planète. Pollution, destruction d’espèces animales et végétales, misère humaine, le Capitalisme semble être d’après tous les auteurs qui en parlent une abomination dont on comprend mal comment l’Humanité en supporte le poids mortifère.

Il se trouve que je suis économiste: j’ai un Master d’économie, et j’ai suivi un an de programme d’enseignement doctoral à Turin. Et j’ai beau avoir réussi haut la main mes études, je n’arrive toujours pas à comprendre de quoi les économistes de think tanks comme Les Economistes Atterrés, Terra Nova, et des tas et des tas d’autres peuvent bien nous parler.

A vrai dire, je pense qu’eux-mêmes ne le savent pas.

L’enseignement de l’économie en France, et de manière générale en Europe, est un enseignement essentiellement mathématique. L’économie était jusqu’aux années 1870 considérée comme une science sociale, et s’appelait « Economie Politique ». Il s’agissait d’appliquer de bonnes « recettes » de gouvernance pour gérer un budget, la production industrielle, la monnaie… Ses principes étaient dits « politiques », par opposition à la mécanique et aux mathématiques. L’Economie était ainsi régie par des principes philosophiques, et les économistes étaient des penseurs, et non des « calculateurs ».

La situation a changé au tournant des années 1870, avec ce qu’on appelle la « Révolution Marginaliste ». Trois grands courants naissent à cette époque: ce qu’on appellera l’école autrichienne, avec Carl Menger, l’école de Cambridge avec William Jevons, et l’école de Lausanne avec Léon Walras. Ces deux derniers courants se confondent dans ce qu’on appelle l’économie Néo-Classique.

Walras n’avait pas une formation d’économiste: il sortait de l’école des Mines de Paris, et était ingénieur. De par sa formation, il s’est employé à développer une méthode de calculs précis à appliquer à l’économie, une véritable révolution en soi. Grâce à des équations, il devenait possible de calculer le rendement horaire d’une usine, ou d’un employé, d’optimiser la production en fonction des coûts et bénéfices attendus, et au final, de prévoir l’ensemble de l’Economie. Parce que Walras est français et que son influence à l’époque est considérable, sa démarche mathématique se répand en France comme une trainée de poudre et détrône la vieille économie politique, et ceci d’autant plus que l’économie politique était issue de la Perfide Albion.

Près de 150 ans plus tard, c’est toujours cette économie mécaniste qui est enseignée en France, et l’économie politique a quasiment disparu. Ce qui signifie que quand vous entendez un économiste français parler, vous êtes garantis qu’il a une vision de l’économie totalement déconnectée de ce qu’elle est: une activité humaine.

Alors qu’est-ce que tout ça a à voir avec le Capitalisme?

Tout, à vrai dire. L’économie néo-classique, ultra dominante aujourd’hui, est une économie de l’optimisation d’équations où les travailleurs deviennent des variables ajustables, et d’où tout ce qui ne concerne pas le résultat économique attendu, c’est à dire le profit, est tout simplement écarté des calculs. Si vous prenez les courbes produites par Thomas Piketty dans son médiocre Capital au XXe Siècle qui avait fait couler tant d’encre dans les médias à sa sortie, vous pourrez constater qu’à aucun moment n’apparaissent de variable concernant la pollution ni aucun facteur environnemental, ni même social. Comme tous les autres, il se contente de facteurs dans des équations pré-définies (par lui ou d’autres économistes pensant comme lui), qui sont fixées sans prendre en compte les futures évolutions que connaît notre société ou notre monde. Et comme ces équations déshumanisées ne peuvent pas fonctionner dans un monde en perpétuelle évolution sous l’effet de l’action humaine, leurs résultats sont faux, et leurs effets sont généralement délétères. Si je parle de Piketty, c’est tout simplement parce qu’il était (parmi d’autres) conseiller économique de François Hollande: on en a vu le résultat. Piketty a bien essayé de s’éloigner de la catastrophe qu’a été le quinquennat d’Hollande en prétextant que certains de ses conseils n’avaient pas été suivis, mais il a soigneusement oublié de préciser que l’essentiel de ses préconisations avaient été suivies d’effet, avec les conséquences que l’on connait.

Ces économistes, pour expliquer l’échec de leur méthode mécaniste (« si je change ceci, ça influencera toujours cela en retour dans telles proportions »), se déchargent de leurs responsabilités et blâment le « Capitalisme ». Vous remarquerez qu’ils ne prennent jamais la peine d’expliquer de quoi ils parlent: il leur suffit d’agiter vaguement les « 1% », de parler des riches contre les pauvres, et ils s’en tirent avec une pirouette.

En réalité, le Capitalisme n’est ni une idéologie comme peut l’être le Marxisme, ni même un courant économique. Le Capitalisme est un mode de développement totalement apolitique: un entrepreneur investit dans les moyens de production de son entreprise pour en augmenter les capacités, ce qui génère en principe plus de revenus et améliore son bénéfice, dont il pourra se servir pour développer ses moyens de production, et ainsi de suite. Et c’est tout. Le capitalisme est simplement une façon de gérer son entreprise en faisant en sorte qu’elle s’agrandisse grâce au réinvestissement des bénéfices dans les moyens de production.

Le Capitalisme est, comme je l’ai mentionné, apolitique. Il s’oppose à la Chrématistique, c’est à dire à l’accumulation des richesses pour elles-mêmes. Cette notion, qui remonte à Aristote, désigne tout comportement visant à un enfermement des richesses (principalement l’or et l’argent, en pièces ou en lingots) dans des coffres, à la manière de l’Avare de Molière: cette monnaie accumulée ne sert à rien; or l’essence de la monnaie est de permettre l’échange de biens ou de services. C’est l’absence de réinvestissement (et l’avarice qui en est à l’origine) qui génère les troubles dans la société humaine.

Après avoir lu ceci, pensez-vous que nous sommes dans une société capitaliste, ou dans une société chrématistique?

Poussons encore plus loin. Tout le monde oppose aujourd’hui « Capitalisme » et « Marxisme » (ou ses dérivés communistes, socialistes, etc…), or le Marxisme n’est rien d’autre que l’appropriation des moyens de production par ceux qui les utilisent, réunis en coopératives elles-mêmes unies et régies par le Parti des travailleurs (ou parti communiste) dans une structure étatique sensément au service de la classe ouvrière. Le Marxisme ne parle jamais d’accumuler des richesses: son principe est de les réinvestir pour accroître le bien-être social. Et comment accroître sans cesse le bien-être social? Vous comprenez où je veux en venir: le Marxisme et tous ses dérivés sont par essence capitalistes. Karl Marx était un historien, et non un économiste, et a désigné par le terme « capitalisme » le comportement prédateur visant à s’approprier toujours plus de richesses, ce qui est la définition même de la chrématistique aristotélicienne.

Cette méprise a des répercussions cataclysmiques aujourd’hui: sous couvert de lutter contre le « capitalisme », nos dirigeants favorisent en réalité la prédation économique et la concentration des richesses mondiales dans les mains de quelques uns, dont ils font partie. Or, l’appropriation des richesses mondiales par des grands dirigeants de multinationales financières qui exigent des profits de plus en plus élevés provoque une baisse drastique des réinvestissements. L’économie mondiale est financiarisée, mathématisée, déconnectée de l’économie réelle. Seules comptent les équations, toujours plus complexes, et les chiffres: coûts, profits, pourcentages. L’affaiblissement du réinvestissement réduit considérablement le développement mondial. Que l’on ne confonde pas ici Développement et Progrès technologique. Si ce dernier n’a pas l’air d’être affecté, c’est parce qu’en réalité il se concentre sur un petit nombre de domaines très rentables. En fait, sans nous en rendre compte, notre niveau technologique baisse: la durabilité et la qualité de nos objets a chuté, leur technicité est sans cesse réduite, et leur apport en terme de bien-être est devenu marginal, pour ne pas dire nul. Nos aliments sont empoisonnés, notre environnement est détruit, notre qualité de vie est dégradée, et nos habitats deviennent carrément nuisibles. Seuls quelques produits, pour la plupart informatiques ou électroniques (smartphones, ordinateurs…), bénéficient d’un véritable progrès, qui commence à avoir du mal à cacher la véritable régression que l’on connait ailleurs.

Ne vous laissez plus avoir. Seul le Capitalisme est gage de progrès, et pourra sortir l’Humanité de l’ornière où elle a été plantée par quelques milliers d’accapareurs qui tôt ou tard devront rendre des comptes.


Du « gay-nocide » tchétchène…

Et nous y revoilà déjà. Ou encore. Les vilains tchétchènes s’en prendraient à nouveau aux gentils homos. La dernière fois c’était il y a bientôt deux ans. Mes prises de position à l’époque étaient les mêmes qu’aujourd’hui, donc si vous avez raté l’épisode, vous pourrez vous rattraper ici. Mes écrits m’avaient même valu une shitstorm familiale, mais je ne regrette rien. Long story, short story, un de mes cousins est homo et son compagnon est un avocat qui a trouvé le bon filon pour faire parler de lui en attaquant tous azimuts des personnalités accusées d’être « homophobes ». Évidemment, cette histoire était du pain béni, et il a cherché à attirer la lumière sur lui en s’attaquant rien moins qu’à Kadyrov, d’une manière qui m’avait fait bondir. Le Droit International étant ma première spécialité, voir que l’on cherchait à faire passer ces faits pour un génocide m’avait on ne peut plus révolté (plus encore que pour l’affaire des « Rohingas » du Myanmar…). Je reviendrais là dessus un peu plus loin dans cet article, parce qu’on en revoit les prémices poindre le bout du nez.

Comme je le disais à l’époque, ces « histoires » ne sont que des histoires jusqu’à preuve du contraire. Les témoignages anonymes sans aucune circonstance de lieu ou de temps ne sont rien de plus que des rumeurs. De fait, il y a 18 mois, nos médias allaient jusqu’à parler de « camps de concentration pour gays », voire pour certains imbéciles, de « génocide contre les gays ». C’était et c’est toujours d’une débilité absolue, du même niveau que ces histoires d’exécutions atroces avec force détail en provenance de Corée du Nord (exécution aux chiens affamés, exécution au canon anti-aérien…).

Mettons-nous d’accord tout de suite: la Tchétchénie n’est PAS un paradis sur Terre. Loin de là. C’est une république islamique despotique et népotique dirigé d’une main de fer par le clan Kadyrov, Ramzan en tête. Le clan Kadyrov est musulman, pratiquant de l’école soufie, qui est largement promue et mise en œuvre dans la petite république du Caucase (parce que, oui, aussi choquant que ça puisse être, c’est bien une république). Ce n’est pas un hasard si Kadyrov a le soutien du Kremlin: la Tchétchénie (et le Daghestan voisin) est depuis les années 1980 une « terre d’islamisation », que les saoudiens essaient de conquérir avec leur école islamique, le salafisme wahhabite. La deuxième guerre de Tchétchénie, au début des années 2000, était une guerre contre le séparatisme tchétchène, fondé largement sur l’islamisation. Ramzan Kadyrov et son clan en sont sortis grands vainqueurs, et ce, même après l’attentat qui a tué son père en 2004.
Ils sont toujours soutenus sans aucune faille par le Kremlin parce qu’ils liquident les wahhabites là où ils les trouvent, et maintiennent une véritable stabilité dans la région.

C’est dans ce contexte de conflit religieux que doit se comprendre la répression tchétchène. A la répression d’Etat se cumule une sorte d’entreprise mafieuse, où les hommes de main du clan Kadyrov (sans forcément dépendre de lui, mais lui ayant prêté allégeance et appelés de ce fait « Kadyrovtsi ») font régner une répression-extorsion systématisée. Les Kadyrovtsi sont une sorte de milice privée, investie de pouvoirs de police et de renseignement. Nés en 1994 en tant que force insurrectionnelle militant pour l’indépendance de la Tchétchénie, ils sont devenus la garde rapprochés du clan Kadyrov. Si Ramzan les a officiellement dissouts en 2006, soit en les intégrant dans l’appareil d’Etat (armée, police…), soit en les congédiant, leur réseau est tel qu’ils continuent d’exister de façon semi-officielle en tant qu’organisation paramilitaire.
La politique de répression en Tchétchénie est simple: si un individu « prend le maquis » (c’est à dire rejoint les rangs des wahhabites), les kadyrovtsi vont s’en prendre à ses parents, ses frères et sœurs, ou ses cousins. Ce seront d’abord des menaces pour inciter les membres de la famille à faire revenir le candidat au « maquis ». Leur réputation est suffisante pour que ce soit un succès, mais quand ce n’est pas le cas, les kadyrovtsi recourent à l’enlèvement/prise d’otage, et les maisons de membres de la famille sont incendiées. L’idée est de faire en sorte que les familles elles-mêmes empêchent des prises de position « anti-tchétchènes » sous peine de subir la sanction à la place du mis en cause.

Ce système est efficace, mais aboutit à des arrestations-détentions qu’on qualifierait, dans un Etat de droit, d’arbitraires et d’illégales: il n’y a aucune mise en accusation, aucun procès, ni évidemment aucun contrôle. C’est là qu’arrivent ces histoires de « gays » arrêtés. Des gens (qui ne sont pas homosexuels) sont « arrêtés » et « interrogés », et relâchés sur « caution », c’est à dire qu’ils sont enlevés, battus voire torturés, et éventuellement relâchés après demande de rançon (bien souvent non payée), ou assassinés. Ces enlèvements et assassinats étaient quotidiens pendant les premières années du règne de Ramzan Kadyrov, ils sont cependant moins fréquents aujourd’hui. Comme je l’ai déjà dit, ils ne visent certainement pas spécifiquement les homos mais concernent l’ensemble de la population, et ceux qui sont accusés de l’être ne le sont la plupart du temps même pas, et sont de fervents musulmans. Il s’agit là d’une stratégie d’intimidation particulièrement féroce dans un territoire traditionaliste où l’homosexualité est considérée comme une déviance ostracisante et honteuse pour les familles, qui liquident la plupart du temps elles-mêmes leurs membres dont l’homosexualité est découverte, ou plus rarement envoient leur proche en Russie ou à l’étranger. Et il faut ici le préciser de façon claire: ce n’est pas seulement la Tchétchénie, mais tout l’espace musulman qui est concerné.

L’homosexualité est un tabou généralisé dans l’espace musulman. Elle l’est encore plus dans les territoires traditionalistes comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, ou, donc, la Tchétchénie. Il faut être un crétin d’une ignorance absolue pour croire qu’un homosexuel se revendiquerait comme tel en public en Tchétchénie, ou qu’il existe des lieux où les homos pourraient se retrouver « en secret », dans l’arrière-salle d’un café. Imaginer dans ces conditions qu’il y aurait de vastes rafles d’homosexuels qui seraient ensuite parqués dans des « camps de concentration » relève du délire.

Outre les opposants au régime, les kadyrovtsi visent en priorité les personnes qui ne sont pas suffisamment « tchétchènes », c’est à dire qui tiennent des propos anti-Kadyrov ou anti-russes (et donc souvent pro-Occidentaux), qui font la promotion de l’Islam wahhabite, ou ne vont pas à la mosquée. Ils ciblent également les jeunes qui boivent de l’alcool (dont la vente est très règlementée et limitée entre 8h et 10h du matin), se droguent, ou ont un comportement non conforme (tenue, attitude…). Certaines de ces personnes s’avèrent être homosexuelles, presque toujours des jeunes qui ont gardé leur orientation pour eux et n’ont pas eu le temps ou les moyens de partir avant d’être arrêtés, mais dire que ce sont eux qui sont ciblés serait cracher au visage des milliers de victimes qu’on oublierait.

Indéniablement, ces enlèvements constituent des crimes, en particulier lorsque les victimes sont battues, parfois torturées voire assassinées. S’agit-il de génocide pour autant? Certainement pas. Le crime de génocide est défini selon l’article 6 du Statut de Rome instituant la Cour Pénale Internationale comme constitué par des actes (meurtres, tortures physiques et/ou psychologiques, atteinte aux conditions essentielles de survie, empêchement des naissances, et transferts forcés des enfants vers un autre groupe) commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Je le précise donc ici: les homosexuels, même constitués en « communauté », ne sont pas et ne seront jamais un groupe national (une nationalité), ethnique (un peuple), racial ou religieux.

Le crime de Génocide est extrêmement particulier et le Droit International le restreint volontairement à quelques cas très particuliers et particulièrement emblématiques. Il s’agit ici de ne pas « déconsidérer » les génocides des juifs, des tziganes ou des tutsis. La plupart des crimes sont donc qualifiés de Crimes contre l’Humanité, dont la définition est beaucoup plus large (donnée par l’article 7 du Statut de Rome). Cette définition couvre le crime d’extermination (le meurtre systématisé de tout ou partie d’une population, sans considération pour sa nationalité, son ethnie, sa race ou sa religion), ce qui démontre la volonté de réserver la qualification de génocide à des cas extrêmement restreints et spécifiques.

Les disparitions forcées, les assassinats d’opposants politiques ou religieux, lorsqu’ils sont organisés par l’Etat ou l’une de ses institutions entrent dans la sphère de définition des Crimes contre l’Humanité, dont la peine est la même que pour le Génocide (article 77 du Statut de Rome). On comprend donc ici qu’il n’y a pas d’enjeu juridique particulier en ce qui concerne la qualification des crimes commis en Tchétchénie. La difficulté serait de savoir si les kadyrovtsi agissent en tant que milice privée ou organisation criminelle, ou en tant qu’organe officiel du pouvoir. Surtout, la Russie ayant signifié en 2016 son retrait de la Cour Pénale Internationale (dont elle avait signé le statut, mais jamais ratifié et donc jamais mis en œuvre ni appliqué), la question serait de savoir qui irait chercher Ramzan Kadyrov pour le traduire devant la Cour…
Une chose est sûre: vouloir à tout prix aller chercher le qualificatif de génocide est ridicule et démontre une ignorance crasse du Droit International, parce que cela ne peut pas, juridiquement, aboutir. Cela démontre aussi, et surtout, une volonté d’ordre politique.

Tout le monde aujourd’hui cherche à avoir « son » génocide. Des musulmans accusant les autorités du Myanmar aux algériens accusant la France coloniale, en passant par les homosexuels à propos de la Tchétchénie, l’enjeu politique est immense, car l’effet politique d’un génocide aboutit à une quasi-immunité, une interdiction de toute critique qui serait désormais perçue comme une persécution de plus. Il y a aujourd’hui une véritable « course au génocide », une rivalité mémorielle qui pourrit tout débat politique. Or, l’immunité politique est nécessaire pour certains groupes qui entendent faire avancer leur agenda politique, les uns pour instaurer peu à peu la Sharia, les autres pour s’assurer de pouvoir reprendre la promotion de la pédophilie comme dans les années 1970, mais cette fois en la faisant passer pour une orientation sexuelle « naturelle ».

Il est temps d’arrêter ce délire génocidaire et de retrouver un peu plus de sérénité dans les débats. Le dévoiement du vocabulaire finit par faire perdre toute nuance aux mots et aux notions qu’ils recouvrent. Lorsque les mots n’ont plus d’importance parce qu’ils sont tous devenus synonymes, on perd leur richesse et leur intérêt. Lorsque l’exceptionnel devient banal, la banalité est sans importance, et il semble que certains préfèrent se préoccuper d’inventer des génocides à l’autre bout de la planète plutôt que de s’occuper de la misère qu’ils ont sous les yeux au quotidien.

Triste monde pour de bien tristes sires aux petits égos méprisables.

Le Myanmar et la rébellion « Rohingya »

Mélenchon, expert en bobards.

« Du fait de leur religion, [les Rohingya] sont affreusement persécutés par la majorité birmane » – Jean-Luc Mélenchon, 8 septembre 2017, vlog commentant l’actualité (13:28 à 16:32)

La démagogie et la manipulation sont des armes redoutables lorsqu’elles sont employées sur des sujets concernant des pays situés à l’autre bout du monde, et sur lesquels on n’a a fortiori pas beaucoup de connaissances. Et, au vu de ce que balance Mélenchon, il n’y connait tellement rien qu’il est obligé de proférer un tissus de mensonge pour faire avancer son agenda politique.

Je ne prétend pas être un expert du Myanmar, mais j’ai été amené à lire pas mal de choses sur ce magnifique pays qui sort à peine de décennies de dictature militaire, contre laquelle de nombreux opposants luttaient, dont Aung San Suu kyi, héroïne-égérie de la Liberté adulée en Occident pour son combat pacifique contre les militaires, dans la plus pure tradition de son pays à la longue histoire bouddhiste. Elle est actuellement la dirigeante de facto du pays et a fait procéder à de nombreuses réformes démocratiques depuis la fin de son assignation à résidence et son élection au Parlement du Myanmar. Elle est aussi sous le feu de certains critiques qui l’accusent de passivité face à la répression des « Rohingya » en cours depuis octobre 2016.

Aung San Suu Kyi et Narendra Modi (Premier Ministre de l’Inde) le 6 septembre 2017. Les deux dirigeants ont abordé les solutions pouvant être mises en œuvre pour lutter contre l’immigration illégale des « Rohingya » en Inde

 

Les origines de la répression

En octobre 2016, le groupe armé Harakah al-Yaqin (ou « mouvement de la Foi ») a mené une attaque contre un poste frontière entre le Bangladesh et le Myanmar, dans la province côtière de Rakhine. Cette province, aussi appelée « Arakan » (elle porte le nom de « Rakhine »depuis l’arrivée des marins portugais au 17e siècle), avait déjà connu une éruption de violence de la part de la minorité musulmane en 2012 à l’encontre de la majorité bouddhiste, obligeant le gouvernement à déployer l’armée et à mettre en place un couvre-feu (officiellement, il y aura eu 78 morts, 87 blessés et… 140 000 déplacés).

(cliquer pour agrandir) Carte du Myanmar montrant les différentes provinces du pays, publiée par le gouvernement australien pour ses ressortissants voyageant au Myanmar, sur le site http://smartraveller.gov.au/ La province de Rakhine est la zone orangée au sud du pays, et la base arrière du groupe Harakah al-Yaqin est indiquée en rouge, à la frontière avec le Bangladesh

L’objectif d’Harakah al-Yaqin, officiellement formé à la suite des événements de 2012, est la création sur le territoire myanmarais d’un Etat indépendant, musulman, où serait appliqué la Sharia. Chose qui ne surprendra guère, ce mouvement est dirigé par Ata Ullah, un pakistanais né à Karachi et ayant passé toute sa vie à La Mecque, en Arabie Saoudite. Un étranger, sunnite salafiste de l’obédience wahhabite, donc… La base géographique (Gérard Challiand parlerait de « sanctuaire ») de ce mouvement se situe à la frontière entre Bangladesh et Myanmar, dans les jungles tropicales de la province de Rakhine, mais Harakah al-Yaqin est également présent à Maungdaw, la capitale de la province, où se concentrent la majorité des musulmans du pays (80% de la population de la ville est musulmane, dans un pays où ils ne représentent que 4% et 42% de la population de la province).

L’attaque du 9 octobre 2016 a laissé 9 policiers myanmarais morts, et a déclenché une vaste opération de police à Maungdaw et ses environs. Il s’agit d’une véritable opération militaire (la frontière étant peu marquée entre police et armée), au cours de laquelle seront arrêtées plusieurs dizaines de personnes suspectées de liens avec Harakah al-Yaqin, et de nombreuses maisons incendiées. Cette répression policière a entrainé une riposte de la part des civils, qui elle même a amené plus de violence, et ainsi de suite.

Pourquoi incendier des maisons au cours d’une opération de police? C’est ici que les choses commencent à sérieusement se compliquer, parce qu’il faut remonter à la décolonisation anglaise de la région. Le Myanmar accède à l’indépendance en 1948, juste après celles de l’Inde et du Pakistan en 1947. La partition des Indes anglaises en deux États s’explique par l’impossible conciliation entre hindous et musulmans, les violences intercommunautaires et la volonté des deux partis de n’avoir rien à faire l’une avec l’autre. Cette partition est l’occasion d’une grande violence, et causera la mort de près d’un million de personnes.

Le Pakistan, à l’époque, recouvre en réalité deux États: le Pakistan actuel, et le Pakistan oriental, qui deviendra en 1971 le Bangladesh, au terme d’une guerre avec le Pakistan qui aura fait 3 millions de morts et 10 millions de réfugiés.

Carte tirée de Wikipédia, montrant le découpage des Indes anglaises au moment de la décolonisation de la région en 1947, sous l’impulsion de Mohandas Ghandi

 

Ces réfugiés musulmans sont allés là où ils le pouvaient, c’est à dire en Inde d’une part, et au Myanmar d’autre part. C’est ce qui va déclencher la grave crise actuelle, et ce, dès 1978.

Si dans les années 1950, juste après l’indépendance, la province de Rakhine a été agitée par un mouvement indépendantiste de la part de la minorité musulmane, ce mouvement s’est vite essoufflé et a pris définitivement fin lors du coup d’état militaire de 1962. La guerre d’indépendance du Bangladesh provoque l’exode massif de plusieurs centaines de milliers de personnes de confession musulmane (sunnite) au Myanmar, dans cette province où traditionnellement et historiquement, la présence musulmane est importante. La tentation de l’indépendance étant encore présente dans les esprits, et renforcée par la guerre au Bangladesh, les autorités myanmaraises décident d’expulser manu militari autant de réfugiés qu’elles pourront vers leur pays d’origine.

La particularité de ces réfugiés était qu’ils s’étaient établi dans la province, pour y habiter durablement. Ils étaient devenus, de facto, des migrants illégaux, et n’entendaient aucunement retourner au Bangladesh. La junte militaire traitait donc ces populations comme des clandestins, résidant illégalement au Myanmar. Le problème était que la junte avait un peu trop tendance à expulser les citoyens myanmarais de confession musulmane avec les Bangladeshi, pour essayer de se débarrasser de ceux qui n’avaient pas oubliés leurs projets d’indépendance. Toujours est-il que devant le reflux de ses ressortissants dans des conditions souvent brutales, le gouvernement du Bangladesh a porté l’affaire devant l’ONU. Des négociations eurent lieu, et finalement le Bangladesh accepta de reprendre 200 000 de ses ressortissants pour mettre fin à la crise entre les deux pays.

Cela n’arrêta néanmoins pas l’immigration illégale entre les deux pays, la frontière étant extrêmement poreuse puisque matérialisée par une jungle tropicale épaisse et impossible à contrôler parfaitement (il n’y a pas de barrière, clôture ou mur passant au milieu de la jungle et le contrôle se fait par des patrouilles de police peu efficaces). En 1982, les autorités militaires du Myanmar décident donc, pour essayer d’enrayer l’afflux de migrants, de refuser d’octroyer la citoyenneté aux nouveaux venus bangladeshi. Là encore, il faut se rendre compte que le Myanmar n’était pas (et n’est toujours pas) un pays centralisé et bien développé. Il n’y avait pas à ce moment là, formellement, de document d’identité attestant de l’origine réelle des personnes présentes sur le territoire. Un migrant bangladeshi pouvait tout à fait s’établir dans la région et demander à être reconnu comme citoyen myanmarais par les autorités. En 1982, le Myanmar essaie donc de mettre en place un contrôle de l’immigration avec un système de délivrance de papiers d’identité strict, refusant aux migrants illégaux le même traitement que les citoyens myanmarais.

C’est de là que naissent la majorité des accusations de discrimination à l’encontre des populations musulmanes du pays, abusivement appelés « Rohingya ». C’est aussi ce qui explique pourquoi la police brûle des maisons lors de ses opérations contre Harakah al-Yaqin: elles sont traitées comme des installations illégales par des migrants illégaux, et donc détruites.

 

Les Rohingya: un fantasme sans aucune réalité?

L’appellation « Rohingya » pour désigner les populations musulmanes du Myanmar est au mieux un abus de langage, au pire une fraude totale.

Manifestation anti-« rohingya » en… Inde… suite aux attaques perpétrées par l’Harakah al-Yaqin

La présence musulmane dans la région est attestée depuis dès le 8e siècle, et matérialisée par la présence de marchands d’origine arabe. Ces marchands arabes établissent des comptoirs un peu partout dans l’océan indien, et s’installent parfois durablement. Les toutes premières populations musulmanes descendent de ces marchands, et ne représentent qu’une infime partie de la population de l’époque, qui est alors très majoritairement bouddhiste, hindoue et animiste. L’animisme et l’hindouisme disparaissent au fil des décennies (ils ne représentent respectivement plus que 0.1% et 0.5% de la population aujourd’hui au Myanmar), et le christianisme ne s’implante jamais vraiment dans le pays (il représente 6.2% de la population en 2015, contre 4.3% de musulmans).

La présence musulmane se renforce à partir du 15e siècle et la période du royaume Mrauk U, recouvrant l’actuelle province de Rakhine (alors appelée Arakan) et une partie du littoral bangladeshi. Ce royaume faisait partie du sultanat du Bengale, dont la religion officielle était l’Islam sunnite de l’école hanafite, c’est à dire celle des 4 grandes écoles islamiques qui est la plus libérale et la plus tolérante, mettant en avant la rationalité devant la littéralité des textes islamiques. C’est cette littéralité qui est au cœur de l’école malikite qui a cours au Maroc, et surtout de l’école hanbalite dont sont issues les doctrines wahhabite et salafiste et plus généralement tous les mouvements sectaires et jihadistes.

Le Royaume de Mrauk U prospère pendant environ un siècle, jusqu’au milieu du 16e, et subit de plein fouet l’instabilité du sultanat du Bengale, qui finit par s’effondrer en 1576 et être absorbé dans l’empire Moghol, lui aussi principalement musulman mais beaucoup plus instable et beaucoup moins centralisé que le sultanat du Bengale. Si le Mrauk U perdure officiellement jusqu’en 1784, il s’agit en fait de trois royaumes aux contours différents qui se sont succédés entre 1430 et 1784. En réalité, l’Arakan n’appartient plus au sultanat dès 1531, date à laquelle il tombe entre les mains des moghols et qui marque la fin du premier royaume Mrauk U. Après 1576 et le départ des moghols, la population musulmane de l’Arakan ne s’étend plus et cohabite avec une population bouddhiste aussi nombreuse qu’elle. L’Arakan bascule définitivement aux mains de l’empire birman en 1785, dont la religion est le bouddhisme.

Le nom Arakan semble être transformé en « Rakhine » après l’arrivée des marchands/pirates portugais au 17e siècle, du moins du point de vue occidental, puisque ce nom est repris lorsque les anglais arrivent dans la région et la colonisent à partir de 1824. C’est le nom « Rakhine » qui survivra lors de l’indépendance, peut être pour marquer la différence entre cette région à majorité bouddhiste avec l’ancienne région historiquement plutôt musulmane. Le reste, vous l’avez lu plus haut.

A l’arrivée des anglais, il y a donc plusieurs « types » de populations musulmanes:

  • les descendants des marchands arabes du 8e siècle et suivants, puis leur retour sous la période du sultanat
  • les bengalis de la période du sultanat
  • les moghols de la (très) courte présence dans l’Arakan de l’Empire Moghol (1531-1576)

Sous la présence anglaise (1824-1948), les mouvements de populations venues de toutes les Indes Britanniques brouillent un peu les cartes, mais il ne semble pas y avoir d’arrivée massive de populations issues d’autres « souches » que celles qui sont citées ici. J’ai lu à plusieurs reprises que les anglais auraient « importé » des populations musulmanes extérieures au Myanmar, sans que l’assertion ne soit jamais étayée, et sans que je ne puisse moi-même en trouver une quelconque trace. Il est en revanche vrai que les mouvements de populations (notamment indiennes et chinoises) étaient plus faciles dans un territoire unifié sous l’administration britannique, et il est possible qu’il y ait eu des mouvements plus ou moins « importants » en proportion: on parle d’une région qui avait à l’époque moins de 500 000 habitants (10 000 n’est pas un nombre très grand mais en proportion, il est important), et qui en abrite aujourd’hui 3.1 millions.

S’y ajoutent ensuite et peut être surtout les « pakistanais orientaux » (les bangladeshi) après l’indépendance, à partir des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, dont seuls ceux qui sont arrivés avant la guerre d’indépendance du Bangladesh sont considérés comme myanmarais.

Mais où sont les Rohingya? Ils n’existent tout simplement pas, du moins en termes ethniques comme on le voit trop souvent dans les médias. Le terme est en réalité né sous la plume des indépendantistes musulmans de la province de Rakhine dans les années 1950. Il s’agissait de désigner sous une seule et même appellation les populations musulmanes de la région, pour créer l’illusion d’une ethnicisation et ancrer leur histoire commune dans une tradition remontant au 8e siècle. En créant une ethnie « Rohingya », les revendications indépendantistes étaient sensées avoir plus de poids. L’historien japonais Aye Chan va même jusqu’à affirmer que le mot « Rohingya » a été inventé exprès par les intellectuels musulmans indépendantistes, et qu’il n’existe pas avant cette période, dans aucune langue.  Fin connaisseur de l’histoire du Myanmar, Aye Chan y est régulièrement accueilli depuis les années 1990. Son travail universitaire n’est pas remis en cause ni critiqué, même si il existe une polémique sur ses déclarations relatives au terme « Rohingya », d’autres historiens adoptant plutôt le point de vue des indépendantistes musulmans. Les documents historiques semblent lui donner raison. Lors de la constitution de l’assemblée constituante en 1947, les populations musulmanes de la région étaient désignées sous le nom « Arakese-indians » (« indiens de l’Arakan ») et non sous le nom de « Rohingya ».

Ce terme apparaît officiellement pour la première fois en 1948 dans un mémorandum rédigé par Mohammed Abdul Gaffar, membre de l’assemblée constituante, et demandant à ce que soit employé le terme Rohingya pour désigner les « Arakese-indians ». Le mot est formé à partir de « Rohang », le nom indien de la région. Pourquoi ne pas avoir voulu employer le nom musulman « Arakan » d’origine arabo-perse en vigueur depuis le 8e siècle,  mystère et boules de gomme.

Une chose est cependant sûre: les populations musulmanes au Myanmar et en particulier dans la province de Rakhine ne sont en aucun cas homogènes, que ce soit d’un point de vue ethnique ou d’un point de vue religieux. Comme on l’a vu, l’histoire de la région démontre que c’était plutôt le courant hanafite, plutôt libéral et tolérant, qui a dominé jusqu’à aujourd’hui. Or, les indépendantistes se rattachent, par réaction identitaire, plutôt aux traditions littéralistes, hanbalites, et la rébellion actuellement à l’œuvre est carrément salafiste wahhabite, pour ne pas dire jihadiste, même si l’Harakah al-Yaqin n’a pas encore de base populaire assez solide pour prétendre publiquement s’attaquer à autre chose que l’État myanmarais.

L’immense majorité de la population musulmane reste néanmoins tolérante et pacifique, même si des incidents (vols et agressions, parfois viols et meurtres) impliquant des musulmans contre des bouddhistes surgissent régulièrement. Ceux qui ont la citoyenneté octroyée par le Myanmar se considèrent d’ailleurs pour la plupart comme myanmarais avant de se dire musulmans. Ce sont ceux qui n’ont pas la nationalité et sont arrivés après 1982 (instauration des lois drastiques sur l’immigration illégale) qui se présentent aujourd’hui comme musulmans et « Rohingya ».

Ce mot, finalement, désigne moins les musulmans du pays que ses immigrés clandestins…

 

L’éternelle fable de l’éternelle persécution des musulmans

Le storytelling en cours depuis cet été est que les méchants « birmans » (ressortissants d’un empire qui a disparu au début du 19e siècle, mais passons) persécutent les gentils musulmans innocents et commettent même un quasi-génocide. Car, honnêtement, que seraient nos médias sans histoires de génocides? Érythrée, Cisjordanie/Gaza, Syrie, Burundi, Tchétchénie, et maintenant Myanmar, plus aucune actualité ne semble être développée sans qu’il n’y ait un génocide quelque part.

Ce recours à l’exagération quasi-burlesque est facilité par le fait que les opérations policières et militaires au Myanmar emploient régulièrement une force excessive contre des civils. Ce comportement est hérité de la présence coloniale britannique, qui ne se préoccupait pas de maintenir l’ordre mais menait une politique de répression indistincte contre la violence subie par les coloniaux. En d’autres termes, il s’agissait d’expéditions punitives où des villages étaient incendiés et les populations civiles étaient battues et subissaient des exécutions extra-judiciaires.

Après le coup d’état militaire de 1962, les méthodes coloniales britanniques ont été mises en œuvre par l’armée myanmaraise à l’encontre des populations du pays, quelle que soit leur origine ou leur confession. En l’espace de quelques années, 300 000 personnes d’origine chinoise (Han), indienne (Ghurka, etc.), bengali, népalaise, ainsi que descendant d’européens restés après la décolonisation, ont fui le pays devenu dictature. Il ne s’agissait pas d’étrangers, mais bien de myanmarais descendants d’immigrés légaux.

Les musulmans n’étaient pas particulièrement visés. Avant l’indépendance du Bangladesh, ceux qui étaient visés étaient ceux qui avaient soutenu les prétentions indépendantistes de la province de Rakhine, leurs familles, ainsi que les religieux, suspectés de tenir des propos antigouvernementaux. Si je dis que les musulmans n’étaient pas particulièrement visés, c’est parce que les chrétiens et les bouddhistes l’étaient tout autant. Ils ne l’étaient pas en raison de leurs opinions religieuses, mais en tant qu’opposants politiques: sous le couvert de leurs discours religieux, il était facile, du point de vue militaire, de tenir des propos critiques contre le Gouvernement. De ce fait, les chrétiens et les musulmans subissaient une présence policière constante, et les bouddhistes étaient confinés dans leurs monastères.

De façon très intéressante, ce qui se passe aujourd’hui avec les « Rohingya » suit exactement le même fil qu’avec les « Karen », à ceci près que les premiers sont une « ethnie » musulmane quand la seconde est une « ethnie » chrétienne (le terme d’ethnie est abusif, car ces populations n’ont ni tradition religieuse homogène, ni surtout de langue commune). Les « Karen » sont originaires de la province de Kayin (dite Karen), à la frontière avec la Thaïlande.

Province de Kayin (Karen) en rouge. Située à la frontière avec la Thaïlande, cette province abrite un ensemble de populations disparates regroupées sous le terme fourre-tout « Karen ».

A l’occasion du mouvement de décolonisation de la région, dès 1947, les habitants de cette province ont essayé de faire valoir leur droit à l’indépendance, qui a tout autant échoué que pour les musulmans et leur « Arakan » dans la province de Rhakine. Les « Karen » ont organisé très tôt une résistance armée, avec une insurrection en janvier 1949, réprimée dans le sang, sans jamais être éliminée.

La révolte populaire généralisée de 1988 (immortalisée dans le film hollywoodien Rangoon) a permis à ces groupes armés de revenir en force. En réaction, le Gouvernement militaire a lancé une vaste opération de répression qui a duré au moins jusqu’à la fin de la junte en 2011.

Pour faire un peu démago, mais parce que l’exemple est extrêmement parlant, le film « Rambo » (2008) dépeint la situation des populations de la région et surtout la répression féroce menée contre la rébellion par le Tatmadaw, l’armée du Myanmar (le film est d’autant plus manichéen que l’équipe de tournage a essuyé des tirs de l’armée lors du tournage de séquences de jungle à proximité de la frontière du Myanmar, et Sylvester Stallone a raconté avoir rencontré sur place des survivants d’exactions particulièrement cruelles).

Rambo, en 2008, assimilait déjà répression contre la rébellion « Karen » et quasi-génocide… les médias et politiques de 2017 ne semblent pas valoir mieux

Pourquoi venir prétendre que « les musulmans » du Myanmar sont persécutés en parlant d’eux comme d’un peuple inventé de toute pièce mais présenté comme « millénaire », alors que personne n’a jamais levé le plus petit doigt pour les « Karen » ni encore moins pour les Hmongs du Laos?

La réponse est assez simple: parce que certaines organisations ont aujourd’hui tout intérêt à dresser les musulmans, en Occident mais aussi ailleurs, contre les non-musulmans. On est totalement dans la stratégie héritée de l’ouvrage médiéval que l’on trouve aujourd’hui publié en France sous le nom « Le Livre des Ruses: la stratégie des arabes » chez Phébus, dans la collection Libretto. Il s’agit d’une compilation de textes éducatifs à travers des exemples et anecdotes, comme on peut en trouver dans la littérature politico-stratégique asiatique. L’une de ces techniques vise à frapper en premier puis à accepter d’encaisser la riposte, pour ensuite se mettre dans la position de la victime aux yeux de tout le monde.

C’est ce qui se passe aujourd’hui au Myanmar, après les attaques du 9 octobre 2016 orchestrées par l’Harakah al-Yaqin. En tuant 9 policiers, puis en se réfugiant au sein des populations civiles, ce groupe a provoqué une répression féroce à l’encontre de groupes civils jusque-là relativement pacifiques. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, et la réaction du Gouvernement myanmarais n’a fait que leur permettre d’avancer leurs pions sur leur échiquier politique en se donnant les moyens de recruter encore plus de monde. L’élan de sympathie envers les « Rohingya » amène déjà des organisations islamiques à récolter des fonds pour « aider les populations ». Or, l’humanitaire est pour les organisations islamistes le parfait moyen de financer des groupes terroristes. En outre, la multiplication des images de « persécutions » et présentées comme ne ciblant qu’exclusivement les musulmans « parce qu’ils sont musulmans » (et non parce qu’ils abritent des membres d’organisations terroristes…) renforce l’idée anxiogène pour les musulmans à l’autre bout du monde qu’ils sont effectivement persécutés, même si ils vivent dans des pays libéraux qui leur aménagent de plus en plus d’espaces et leur octroient de plus en plus de mesures d’exception.

Cette méthode est redoutable, car elle permet à ces organisations radicales hanbalites d’éliminer sans coup férir les opinions plus libérales et plus tolérantes issues des écoles hanafites, pour au final imposer une vision monolithique de l’Islam, dans sa version la plus hostile et mortifère, le salafisme.

Mélenchon joue ici un jeu très dangereux, en se positionnant dans le storytelling génocidaire des « musulmans opprimés et persécutés parce qu’ils sont musulmans ». Ce long article démontre que la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça, et qu’il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, surtout quand ces gentils-là n’existent même pas (en tout cas, pas tels qu’on les décrit).

Il semble que l’objectif des salafistes de déclencher des affrontements intercommunautaires ait ici pleinement été atteint. Reste à espérer que ces tensions ne dégénèrent pas plus qu’elles ne l’ont déjà fait ces dernières années, les populations bouddhistes et les autres minorités ethnico-religieuses ayant eu à souffrir au moins autant que les populations musulmanes.

Ce connard de Mélenchon, s’il était réellement humaniste et anti-clérical comme il le prétend, ne soutiendrait aucunement la thèse des « persécutions des musulmans parce qu’ils sont musulmans » et chercherait à appeler à l’apaisement. Lui ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Un feu qui couve depuis des années et qui a amené des moines bouddhistes non-violents à se battre dans les rues et à devenir à travers le prisme des médias occidentaux des bourreaux sanguinaires…

Un rappel que la tolérance ne doit pas être à sens unique. Ce ne sont pas toujours les minorités qui sont persécutées par la majorité.

 

Retour sur la polémique Henry de Lesquen

Une fois n’est pas coutume, je vais aborder l’actualité et plus particulièrement une controverse qui fait un peu de bruit dans les milieux nationalistes: Henry de Lesquen et sa « censure » sur Twitter.

Qui est Henry de Lesquen?

Homme politique français et haut-fonctionnaire de formation économique, Henry de Lesquen s’est surtout fit connaître à la tête du Club de l’Horloge, un groupe de réflexion sur des sujets économiques fondé en 1974. Sur l’échiquier politique, ce groupe, rebaptisé Carrefour de l’Horloge en 2015, se situe entre la Droite classique (RPR/UMP/Républicains) et la Droite dite Nationaliste, actuellement représentée par le Front National. Sur le plan économique, son domaine de prédilection, ce groupe prône la liberté individuelle, la libre entreprise, et se rapproche nettement des travaux des économistes de l’école autrichienne (Menger, Mises, Hayek, Rothbard…), par opposition à l’école néo-libérale d’obédience néo-classique représentée par la quasi-totalité des économistes français et leurs représentants comme Jacques Attali, Alain Minc, Thomas Piketty, Albert Cohen…

L’école autrichienne d’économie réprouve l’intervention de l’Etat dans l’économie, y compris pour résoudre les « crises », estimant que c’est précisément l’intervention de l’Etat qui fausse les marchés et génère lesdites crises. L’école néo-classique, pour sa part, s’appuie lourdement sur des modèles économétriques interventionnistes.

Henry de Lesquen se revendique « national-libéral ». Il prône une identité française forte, mais aussi et surtout se fait le chantre des thèses racialistes et n’hésite pas à parler de « congoïdes » pour distinguer les noirs des blancs « caucasoïdes ». Il prône la « réémigration » des populations d’origine étrangère vers leurs pays d’origine ou vers le pays d’origine de leurs parents. Il récuse, bien évidemment, le droit du sol, et ne retient que le droit du sang: il ne suffit pas d’être né sur le territoire français et y avoir grandi pour en acquérir la nationalité, il faut également avoir des parents français. Il prône également l’abrogation des lois « antiracistes ».

Président de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen est assez présent sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter), il possède également un site internet créé en soutien à sa candidature à l’élection présidentielle française de 2017 (non validée pour absence de parrainage). Il anime également une chaîne youtube.

Condamné pour contestation de crimes contre l’Humanité et pour incitation à la haine raciale après des propos publiés sur son site et son compte twitter, Henry de Lesquen n’a cependant pas changé de ton, ni sur la forme ni sur le fond, que ce soit sur Twitter ou sur Facebook, et est de plus en plus populaire auprès d’une partie de l’électorat dit « d’extrême droite », majoritairement jeune. L’outrance de ses propos est tout à fait similaire à celui du vidéaste Peno, et des youtubeur Raptor Dissident, Lapin Taquin et Valek Noraj, à ceci près que ces auteurs n’ont jamais été condamnés pour des propos qui, bien que violents, n’ont apparemment pas fait l’objet de plaintes auprès de la Justice française.

Sa (relative) popularité croissante a amené les Inrocks à publier un article sur lui le 13 mai 2017, lui donnant à nouveau une certaine visibilité (de précédents articles avaient été publiés le 15 juin 2016, le 30 septembre 2016 et le 8 décembre 2016, tous aux Inrocks, qui semblent faire leur fond de commerce de la facile « lutte contre l’extrême-droite »). Quelques heures plus tard, le site d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation, publiait un article sur l’article des Inrocks.  En fin de journée, les comptes twitter de Henry de Lesquen faisaient l’objet de signalements, aboutissant à leur clôture. Cette censure provoque dans les heures qui suivent un mouvement de contestation de la part de ses « followers », l’ouverture d’une page facebook « de secours » et l’ouverture de deux nouveaux comptes twitter « officiels » par Henry de Lesquen.

Tout le monde s’en fout, mais…

Dans le contexte post-électoral qui a vu la victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen, la frustration de l’électorat nationaliste est palpable, et il en faut peu pour susciter les passions. La censure des comptes twitter de Henry de Lesquen trouve donc un écho très particulier, qu’il n’aurait probablement pas en temps plus normal.

Mais cet écho particulier amène également des réactions particulières, et à mon sens largement excessives. Si je réprouve la censure, comme je l’ai expliqué dans mon article sur la censure de Marsault l’été dernier, je réprouve tout autant les propos de M. de Lesquen, et ceci d’autant plus qu’il a été effectivement condamné.

Si je pense que des gens comme Dieudonné et Alain Soral sont condamnés avec raison pour leurs propos toujours border-line et leurs sous-entendus lourds de sens, je ne peux qu’approuver les sanctions pénales prononcées contre Henry de Lesquen et ses propos littéralement scandaleux. Au vingt-et-unième siècle, voir des mots comme « congoïde » dans la bouche et les écrits d’un homme pourtant intelligent et éduqué fait froid dans le dos. Ses propos sont tellement outranciers que beaucoup imaginent qu’il n’est qu’un troll de plus dans le vaste océan déferlant de haine qu’est internet. Ce n’est pas le cas: il pense réellement ce qu’il dit.

Je l’ai dit récemment sur Facebook, je me qualifie volontiers de Libéral, j’adhère aux écrits d’Adam Smith, de Frédéric Bastiat, de Carl Menger, de Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Robert Nozick et Murray Rothbard. Ces noms, à l’exception d’Adam Smith, vous sont probablement étrangers, même si vous avez fait de l’économie; ils sont pourtant incontournables et représentent l’essentiel de l’école dite « autrichienne » d’économie. Leur critique du Socialisme sur le plan politique et économique, leurs critiques de l’interventionnisme étatique sur les marchés, leur défense des libertés individuelles, me paraissent à la fois pertinentes et nécessaires. Henry de Lesquen les connaît et en parle régulièrement, ou en tout cas formule les mêmes critiques avec les mêmes arguments, ce qui indique qu’il connaît leurs écrits. Son libéralisme et le mien se recoupent donc.

Sur le plan politique, en revanche, nous sommes en totale opposition. Il me semble absolument incompatible avec l’esprit libéral d’opérer des distinctions racialistes pour opérer des revendications pseudo-nationalistes. La notion de marché et de libre-échange n’émerge pas de conceptions purement financières. Il s’agit au contraire de prôner le développement par l’échange. Dans les écrits d’Hayek, le phénomène d’échanges commerciaux est même qualifié de Catallaxie, du grec Katalein, qui désigne « l’échange qui fait de l’ennemi un allié ». L’esprit autrichien est résumé dans ce seul mot: le marché et la compétition qu’il génère ne signifie pas guerre économique, mais bien alliance généralisée. Or, cette alliance passe avant tout par la reconnaissance d’autrui sur un pied d’égalité. Le commerce est basé, en effet, sur l’égalité, contrairement au pillage, basé sur la force et la supériorité.

Or, Henry de Lesquen multiplie les références aux « cosmopolitisme », à la « musique nègre », et à l’art « dégénéré », des termes extrêmement forts, qui renvoient sans aucune ambiguité au nazisme. Vraiment, je déteste ce genre d’association vraiment omniprésente et généralement abusive quand on parle de l’extrême droite, mais là c’est totalement justifié. Le nom même de son parti « national-libéral » est un miroir du parti « national-socialiste » d’Adolf Hitler.

Entendons-nous bien: il est totalement légitime de reconnaître l’altérité de quelqu’un, de lui reconnaître sa culture, ses origines, son appartenance ethnique, en particulier lorsque la personne entend mettre en avant ses racines ethno-culturelles. Ce qui est intolérable, c’est de se servir de cette altérité pour dénigrer, rabaisser et insulter autrui. C’est totalement ce que fait Henry de Lesquen.

Le discours de cet homme, que je me suis refusé à pointer en lien en raison de son caractère outrancier et pénalement répréhensible, parasite totalement des débats qui sont pourtant légitimes. Par exemple, sa promotion de la réémigration, reprise des charters de Charles Pasqua est une nuisance absolue sur un débat réel concernant le futur des pays en développement. Les jeunes de ces pays viennent régulièrement en France pour étudier et obtenir des diplômes de qualité (les universités françaises développent également de plus en plus des réseaux de partenariats pour détacher des professeurs dans les universités locales). Beaucoup de jeunes diplômés restent cependant en France, où ils perçoivent des opportunités de carrière plus intéressantes et une qualité de vie de meilleure qualité. Le problème est que leurs compétences, financées avec le concours de leur pays d’origine, ne retournent pas là-bas et privent donc les pays en développement d’une partie de leurs ressources intellectuelles pourtant réellement nécessaires. Les propos de Henry de Lesquen détruisent d’avance tout débat pourtant légitime sur le retour des jeunes diplômés étrangers dans leur pays, en qualifiant par analogie tout discours en ce sens d’extrémisme xénophobe.  En outre, en associant le libéralisme à ce type de propos intolérables avec lesquels ils sont pourtant intrinsèquement antinomiques, il empêche tout débat sur les programmes politiques portant sur l’économie. Les débats entre marxistes et néo-classiques sont déjà suffisamment houleux (Mélenchon vs. Macron) pour ne pas avoir à subir l’opprobre généralisée à cause de lui si l’on se revendique proche des idées de Mises ou Hayek…

Conclusion

L’article des Inrocks (la série d’articles…) est absolument débile, se bornant à vouloir à tout prix coller Henry de Lesquen dans une pseudo-mouvance qui n’existe pas, mêlant jeux-vidéo.com et 4Chan, les memes Thug Life et Pepe, emojis « xénophobes » (on croit rêver) et Donald Trump. Ce grand bordel fourre-tout n’a aucune consistance et tient plus du délire gauchiste que de la réalité d’une extrême droite tellement bigarrée qu’elle n’arrive même pas à s’unir sur des points simples comme l’immigration ou l’Europe.

Je me réjouis de la censure de Henry de Lesquen, condamné pour ses propos (même si j’imagine qu’il a fait appel) dont la teneur est ahurissante et intolérable. Cet homme nuit à son pays et m’apparaît comme ces médecins qui autrefois préconisaient des saignées pour soigner l’anémie ou préconisaient de boire de l’urine mêlée de fèces pour soigner la peste bubonique: un parasite profitant de la détresse, exploitant le désespoir de ses compatriotes, à de seules et viles fins personnelles et égocentriques. Il ne s’agit pas d’un Conversano à côté de la plaque mais essayant malgré tout de s’informer et restant de bonne foi, mais bel et bien d’un homme éduqué et intelligent, pleinement conscient de ses paroles, qui a décidé de faire carrière sur un racisme assumé en affichant son mépris total pour tout le monde.

Le débat légitime et déjà difficile sur l’avenir de notre pays et de ses populations n’a pas besoin de ce genre d’énergumène.

Le déni des peuples: réécriture de l’Histoire et populisme

Trois lignes dans un article anodin sur l’anniversaire de l’entrée officielle des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Il n’en faut pas plus pour dire des conneries aussi immenses que l’Océan Pacifique et me faire rentrer dans une colère noire.
L’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale moderne s’est faite à un moment où l’Allemagne avait déjà perdu la guerre, avec l’épuisement de ses forces vives (pour ne pas dire le gaspillage) dans la bataille de Verdun entre février et décembre 1916, l’apogée de l’impéritie de l’état-major allemand qui ne comprend pas la guerre qu’il livre et applique encore des méthodes héritées des guerres prussiennes cinquante ans plus tôt. Côté anglais et français en revanche, les choses évoluent, les Etats-Majors sont renouvelés lentement mais sûrement. Surtout, l’innovation technologique que représentent les chars anglais Mark I à IV et français Schneider CA1 puis Saint-Chamond et Renault FT marquent un tournant dans la guerre malgré leurs défauts vite compensés. Tournant que ratent totalement les allemands… et les américains.
Le 6 avril 1917, le contingent de l’armée américaine représente… une division à peine, dont l’entrainement n’a pas commencé (La France en a 95 de 15 000 hommes, dont 70 combattent par roulement à Verdun, les anglais en ont 75 de 18 000 hommes). Les américains n’arriveront réellement sur le front européen qu’à l’automne 1918, quand tout est déjà plié militairement depuis longtemps. L’aide américaine est anecdotique, presque opportuniste, elle ne change absolument pas le cours de la guerre, qui est remportée par les soldats anglais et les soldats français avec leur sang, leurs larmes et leurs tripes.
Si l’Allemagne parvient à se battre encore presque deux ans après Verdun, c’est uniquement parce que sur le front de l’est, la Russie tsariste s’effondre de l’intérieur avec la révolution soviétique, permettant d’abord un report des troupes (les combats diminuent énormément en intensité et se produisent surtout entre russes blancs et russes rouges), puis un retrait de ce front pour tenter de compenser la catastrophe qui se produit à l’ouest avec la montée en puissance sans précédent des armées franco-anglaises. Les manœuvres stratégiquement désespérées que l’armée allemande commence à opérer dès le printemps 1917 comme le retrait-piège qui conduira à l’offensive du chemin des dames côté français (un vrai fiasco, le dernier de cette ampleur et surtout celui qui déclenche un réel changement dans l’approche stratégique des états-majors français) ne sont pas à mettre au compte des américains, mais bien des français et des anglais qui ont usé les capacités militaires allemandes sans ciller. Tout ce que cherchent les allemands désormais, c’est briser les lignes de front pour non pas gagner la guerre, mais pouvoir négocier la paix en évitant une debellatio qui surviendra dans les faits avec le Traité de Versailles de 1919.
Je le dis, et je le répète: les amerloques n’ont RIEN fait pendant la première guerre mondiale sur le plan militaire. RIEN, putain.
On n’a pas eu besoin d’eux, si ce n’est pour une seule chose: fournir à nos soldats un espoir de renfort pour les faire tenir. Et le fait est que ça a été contre-productif, puisque les grandes mutineries de 1917 se produisent à peine un mois après cette fameuse « entrée en guerre des américains » (je rappelle quand même que les Etats-Unis ont une politique ultra-isolationniste dès 1823 avec la « Doctrine Monroe », et surtout avec l’élection de Wilson de 1912 et sa réélection de 1916 avec le slogan « He Kept Us Out of War »… Ironie de l’Histoire). Les fameux « sauveurs » n’arrivent qu’à la fin octobre 1917, et ne servent qu’en deuxième ligne parce qu’ils ne peuvent pas combattre (artillerie rachitique, formation tactique et au maniement des armes minables, doctrine stratégique inexistante). De fait, sur les 116 000 soldats américains tués pendant la guerre, seuls 53 000 l’ont été au combat (les autres le sont par la Grippe Espagnole, maladies et accidents). A titre de comparaison, les anglais perdent au combat 19 000 hommes, pour le seul 1er juillet 1916 (premier jour de la bataille de la Somme qui fera 440 000 morts français, anglais et allemands, tous au combat).
Au sortir de la Guerre, les américains ne sont certainement pas une puissance mondiale. Ils ne sont que des péquenauds comparés aux seules vraies puissances mondiales que sont le Royaume-Uni et la France au sortir de la guerre, aux côtés du Japon, de l’autre côté du globe (et qui est la seule puissance non européenne à pouvoir faire face aux armées occidentales). La France était, au sortir de la Guerre, la première puissance mondiale suivie de très près par le Royaume-Uni: c’est là que réside toute l’ampleur du drame de la défaite de 1940 après vingt ans de militantisme pacifiste acharné et dont nous ne nous sommes jamais remis. Hitler voulait détruire la France et vu l’état de notre pays aujourd’hui, il a parfaitement réussi.
La réécriture de l’Histoire, surtout de cette manière aussi mensongère, me met hors de moi. Dire que ces connards d’américains nous ont sauvés pendant la première guerre mondiale, c’est cracher sur les tombes et insulter la mémoire de 9,6 millions d’européens tués au cours du conflit et de dizaines de millions d’autres qui ont eu à en souffrir et y ont survécu, avec toutes les conséquences que cela entrainait pour les millions de mutilés, de « gueules cassées », de gazés et autres invalides de guerre.
Dévaloriser notre Histoire, nous enlever notre fierté, rabaisser et nier notre civilisation, c’est exactement ce qui a produit Hitler, Mao et Al-Baghdadi. Ne pleurez pas après les Trump, Poutine et tous les autres « populistes »: ce sont les seuls qui empêchent les vrais salopards de nous replonger dans l’obscurantisme sanguinaire en rendant un semblant de fierté à des peuples broyés par une finance dévoyée et des politiques corrompus.

Incompréhension, manipulation et propagande: le journalisme, le ministère et l’industrie de la viande

Vu sur France24: « Les Français ont consommé un peu plus de viande en 2016 ». Un titre absurde, un contenu mal compris, des explications à côté de la plaque.
La consommation de viande par les « ménages » a régressé en France, de façon indéniable. Seule la consommation de volaille a augmenté (+4%), grâce à des prix d’appel plus en rapport avec le pouvoir d’achat. La consommation de viandes ovines, bovines et porcine régresse nettement, de même que les viandes chevalines (quasi disparues au niveau national avec un peu plus de 15000 chevaux et poneys abattus pour leur viande) a reculé de façon très nette: 1% sur des produits consommé par millions de tonnes ça fait beaucoup d’animaux…
Malgré ça, on nous parle d’une augmentation de la consommation (globale) de bidoche en France en gros titre. Désinformation flagrante, donc.
En France, pour 66 millions de français (dont 20 millions de mineurs de moins de 18 ans) on produit et tue 1 MILLIARD de volailles (poulets, canards, oies…), quasiment 5 millions de bovins (vaches, boeufs et veaux), 23 millions de porcs et 6 millions d’ovins (moutons, agneaux…) par an (source: https://www.viande.info/viande-lait-oeuf… chiffres 2014).
Et pourtant, on importe encore de la viande (origine européenne, c’est à dire irlandaise ou espagnole, mais aussi argentine, néo-zélandaise, australienne, brésilienne, américaine…), « moins chère » que les produits français, qui eux reçoivent des subventions à l’exportation.
On marche totalement sur la tête. D’un côté, on paie des producteurs étrangers pour qu’ils exportent chez nous à pas cher des produits carnés dont les normes sanitaires sont très en deçà des nôtres, et de l’autre côté, on paie (grassement) nos producteurs pour qu’ils exportent leur viande dont les standards de qualité élevés expliquent en partie les prix vers des pays dont les standards sont moins élevés.
Résultat: on surproduit, à des niveaux dramatiques, on développe encore des exploitations rassemblant des milliers d’animaux (voire des millions de volailles), que notre territoire n’est pas capable d’absorber, à destination des marchés étrangers qui se contrefoutent royalement de la qualité des produits français, et qu’on subventionne par milliards d’euros pour rien, puisque personne n’achète notre viande, ce qui provoque la crise agricole actuelle. Au gaspillage financier s’ajoute le gaspillage de nourriture (et de vies animales), beaucoup plus dramatique.
Regardez bien l’article que j’ai posté en lien: aucun tonnage, aucun décompte d’animaux n’est donné, on ne parle que de pourcentages, pour soigneusement éviter de parler de choses beaucoup plus explicites comme je viens de le faire. Pourquoi?
J’imagine qu’expliquer à nos éleveurs qu’ils sont inutiles par leur sur-production passerait mal. Pourtant c’est vrai: la plupart destinent leur « production » à l’exportation, or produire pour exporter est économiquement dangereux parce qu’il suffit qu’un exportateur ait de meilleurs prix pour ruiner un producteur. C’est ce qui se passe en France depuis ces 30 dernières années. Donc on subventionne les exportations, c’est à dire qu’on finance les éleveurs pour qu’ils aient des prix plus attractifs pour exporter: plus clairement, les producteurs exportent au prix du marché (peu élevé à cause de la surproduction), la collectivité payant la différence entre ce prix de marché et le coût de production. Par exemple (grossièrement et en très raccourci), si le prix du marché est à 1,50€ le kilo de porc, et que le coût de revient est à 2,50€ le kilo, l’Etat (ou l’UE) attribue à l’éleveur 1€.
Normalement ce mécanisme permet d’éviter à l’éleveur de subir de plein fouet les variations de prix du marché parfois violentes et de devoir mettre la clé sous la porte. Ce mécanisme devrait en principe être temporaire, laissant au producteur le temps d’adapter ses pratiques d’élevage, typiquement soit en augmentant son rendement pour améliorer sa rentabilité, soit en réduisant sa production pour que les prix remontent. Et si ça ne suffit pas, il devrait en principe envisager de reconvertir son activité (produire tel type de produits au lieu d’un autre) ou la réorienter pour sortir du lot (c’est par exemple le cas avec les producteurs de viande de boeuf de Kobé https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C5%93uf_de_Kobe ). En France/Europe, ce n’est pas ce qui se passe. L’obtention d’une subvention est devenue une fin en soi, peu importe le prix final du marché (c’est valable pour tous les produits agricoles, pas seulement la viande). La PAC, qui devait garantir l’indépendance alimentaire de l’UE par une politique de production raisonnée, est devenue une économie de rente sans vision sur l’avenir, sans politique de planification de la production en fonction de la consommation, comme ça devrait être le cas dans une économie socialiste où l’on répond au besoin avant de voir le profit (valable aussi en économie capitaliste, mais avec une structure de marché différente; nous sommes sensés être dans une économie de type socialiste en Europe, c’est à dire avec une production planifiée pour répondre aux besoins sociaux).
Economiquement parlant, on ne devrait même plus produire de viande en France, hormis quelques produits très spécifiques, liés à nos terroirs (saucissons, charcuteries, produits régionaux AOC…). Les coûts de revient sont trop chers, en raison du poids des impôts, des coûts de crédits, et des critères de qualité qui n’apportent pas grand chose comparés à ceux des viandes qu’on importe. Pourtant, on vient encore parler d’apporter de l’aide à nos agriculteurs, de soutenir par des politiques d’aides publiques des prix déjà trois fois trop élevés pour des consommateurs qui vont donc devoir payer avec leurs impôts pour de la viande qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter.

Qui peut croire que ce genre d’économie est soutenable dans la durée, quand on rase la forêt amazonienne pour produire le soja qui nourrit nos bêtes (et surtout les corals américains)?

Faut vraiment continuer comme ça?

Le diabolique empire colonial français: l’exemple du Franc CFA

Actualité oblige, on parle beaucoup de la colonisation en France ces derniers jours, en se focalisant une fois de plus uniquement sur le cas algérien et en oubliant dédaigneusement nos amis d’Afrique sub-saharienne.
Pas mal de vidéos sur youtube abordent la question, à partir des propos de Macron, mis en perspective avec ceux de Fillon, pour vous expliquer que la colonisation a été une atrocité sans nom et bla et bla et bla. Beaucoup de posture idéologique, mais peu de fond, de matière historique. Si ces vidéos sont stupides (idéologiques) au possible et énormément putaclic, elles génèrent néanmoins pas mal de commentaires où j’ai pu voir quasi systématiquement des références à cet abominable instrument colonial encore vivant aujourd’hui: le Franc CFA.

De quoi me faire lever un sourcil, parce que de nature curieuse (et aussi parce que ça m’intéressait de loin pour mon mémoire de Master), j’ai lu au mois de novembre un mémoire de M2 justement sur les effets positifs et négatifs du franc CFA, pour au final une conclusion très en faveur de cette monnaie, et absolument pas dans un sens néo-colonialiste.

  • Mais le Franc CFA, c’est quoi?
Le Franc CFA est une monnaie régionale regroupant 14 pays regroupés en deux zones (UEMOA – 8 pays / CEMAC – 6 pays). Cette monnaie ne doit pas être confondue avec le Franc CFA colonial, dont le fonctionnement était totalement différent: imposé aux colonies en 1939, il était totalement contrôlé par la France métropolitaine, tant dans son émission, la fixation de son cours par rapport au Franc, sa convertibilité en autre monnaie (dollar, livre sterling…), etc; il s’agissait principalement de découpler l’activité économique française de l’activité économique de ses colonies, à la fois pour des raisons d’efficacité économique que pour des raisons politiques, la décolonisation étant déjà dans les esprits de l’époque et se concrétisant à partir de 1945 dans les faits.
Grosso modo, le Franc CFA actuel (refondu en 1994) se caractérise par deux objectifs: la stabilité financière (en l’indexant sur le Franc français puis depuis 1999 sur l’Euro, avec un objectif de maintien de l’inflation sous les 2% annuels, comme en Europe) et le développement des échanges commerciaux et économiques entre les zones CFA et entre celles-ci et l’Europe(pas de taux de change entre les pays membres, libre et totale convertibilité du Franc CFA vers n’importe quelle monnaie…).

L’aire géographique appelée « zone CFA »

  • Comment ça marche?
Historiquement, pour faire tourner l’union monétaire sur des règles saines dans des pays encore fragiles, les pays membres ont confié à la France l’émission monétaire (l’impression des billets et pièces; ceci évite la tentation de certains dirigeants de multiplier les émissions non déclarées, mais aussi et plus généralement la déstabilisation monétaire par un seul pays). Et ces pays l’ont confiée de façon volontaire, à une époque où rappelons-le, ces pays entendaient préserver leur souveraineté quitte à s’appuyer sur l’URSS et les USA.
Depuis 1973 et les premiers accords de libre flottement des monnaies (le cours d’une monnaie peut librement fluctuer par rapport aux autres, ses cours ne dépendant que des marchés et des décisions de sa banque centrale et n’ont plus d’une valeur de référence liée à l’or ou au dollar), l’indexation du Franc CFA sur le Franc n’amène pas ces pays à subir une volatilité des cours de leur monnaie comme dans d’autres Etats africains.
Pourquoi? Parce que les engagements de la France empêchent celle-ci de pratiquer des politiques de totale liberté des cours de sa monnaie, sa banque centrale intervenant sur les marchés pour garantir une stabilité des cours par le biais de rachats et d’émissions, la stabilité du franc se mesurant par rapport à un « panier de monnaies », c’est à dire un indicateur de référence établi à partir du Dollar (USA), de la Livre Sterling (UK), du Mark (Allemagne), du Franc (France) et du Yen (Japon); pour des raisons évidentes c’est désormais l’Euro qui a remplacé le Mark et le Franc. Sans trop entrer dans les détails, les pays de la zone CFA, disposant d’une monnaie indexée d’abord sur le Franc puis à partir de 1999 sur l’Euro, bénéficient d’une solidité monétaire exemplaire pour des pays en développement.
  • Pourquoi le Franc CFA existe-t-il encore 70 ans après le début de la décolonisation?
Dès l’origine, une critique s’est élevée contre le système du franc CFA. Le contrôle de la monnaie par une banque centrale d’un Etat étant perçu comme une marque de souveraineté, il était impensable pour certains Etats décolonisés de le maintenir en l’état. Le Mali quitte le système en 1962, suivi de Madagascar en 1973, ces deux pays cherchant à développer leurs propres outils monétaires et financiers pour devenir des « Etats à part entière ».
Rappelons au passage que la dynamique était dans le sens des grands ensembles monétaires, avec plusieurs pays dotés d’une même monnaie contrôlée par une banque centrale internationale, comme en Europe avec le futur ECU (lui-même futur Euro) dès le début des années 1950 et la création de la CECA. Pas vraiment dans le sens d’une indépendance monétaire des pays, donc, et de fait, l’insécurité née de la fin des accords de Bretton-Woods (établissant une sorte de standard-dollar similaire au standard-or) et le libre flottement des monnaies décidé en 1973 a sérieusement secoué les nouvelles économies des pays africains. En 1984, donc, le Mali réintègre la zone CFA pour résoudre ses problèmes économiques.
Concrètement, l’indexation du Franc CFA sur le Franc a permis aux pays qui l’ont adopté de bénéficier de la stabilité du Franc sur les marchés internationaux: appartenant au panier de référence du FMI, le Franc ne pouvait en effet pas fluctuer énormément, au risque de déstabiliser l’économie mondiale. La stabilité d’une monnaie déterminant sa solidité et celle de l’économie qui s’y rattache, les pays de la zone CFA ont bénéficié d’une bonne crédibilité financière et d’une excellente stabilité monétaire, avec un contrôle strict de l’inflation et donc limitant l’impact des crises économiques. C’est un très sérieux avantage en ce qui concerne le crédit (entreprises, particuliers) ainsi que l’endettement de l’Etat, les taux restant stables dans la durée. Cette stabilité permet l’investissement national et étranger, puisque les profits peuvent être anticipés correctement et la rentabilité assurée en un temps prévisible. Sans trop entrer dans les détails techniques, c’est vraiment un atout énorme pour des économies naissantes que de pouvoir s’assurer d’une stabilité monétaire et d’une inflation très limitée (inférieure à 3% en zone CFA, à comparer aux 4.6% de l’Afrique du Sud, aux 10% de l’Ethiopie ou aux 17% du Ghana – Données Banque Mondiale).

croissance, PIB et population pour l’année 2015 en zone CFA

  • Le système CFA, un système néo-colonialiste?
La zone CFA n’est pas administrée par la France, mais par les pays africains eux-mêmes. La France a conservé sa fonction d’impression de la monnaie africaine sans pour autant avoir un quelconque pouvoir dessus; il s’agit en fait d’une sorte de précaution contre certains régimes peu scrupuleux voire corrompus qui pourraient être tentés d’imprimer des billets eux-mêmes pour s’enrichir mais déstabilisant au final gravement tout le système. La neutralité française de ce point de vue assure à tous l’honnêteté des partenaires. Il est vrai en revanche que pour permettre la stabilité monétaire et la garantie de celle-ci par la France puis par l’UE depuis 1999, la zone CFA doit laisser en dépôt 20% du volume de la monnaie émise dans les caisses du Trésor Public Français. Ici, attention: il ne s’agit pas d’un racket organisé par la France qui ferait ce qu’elle veut de cet argent. Non, il s’agit d’un dépôt de garantie qui n’est pas touché par qui que ce soit, hors politique de stabilisation décidée par les pays de la zone CFA eux-mêmes. Ni le Trésor Public français ni l’Etat français n’y touchent un seul franc. Il s’agit d’un dépôt permettant de crédibiliser les dettes, de la même manière que la France dispose ‘un stock d’or aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.
Du fait de l’Euro, la zone CFA ne dépend plus de la France depuis 1992 (accords de Maastricht) mais de l’Union Européenne en ce qui concerne la stabilité monétaire. La France participe aux institutions qui sont liées à la CEMAC et à l’UEMOA mais n’en est pas membre et à ce titre ne participe pas aux votes et ne prend pas part aux décisions, ses interventions se limitant aux débats. Le poids de la France est évidemment indéniable, en tant que pays industrialisé face à des pays émergents, et l’avis français est généralement écouté et suivi, mais pas forcément à la lettre.
Il est en effet franchement insultant et condescendant de croire que les pays africains ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes et de prendre leurs propres décisions. Nous ne vivons plus à une époque où les « nègres stupides se comportent comme des sauvages sans foi ni loi ». Je suis toujours sidéré par la propension typiquement occidentale des gens avec qui je discute à considérer l’Afrique comme un pays de débiles infantiles qui ne sauraient pas s’en sortir sans « nous ». Si le continent a traversé des crises indéniables et doit encore faire face à certains problèmes majeurs (rébellions centrafricaines, conflit larvé au Soudan du Sud, bandes islamistes au sahel, corne africaine anarchique…), il est également doué d’une formidable dynamique culturelle, économique et industrielle que les africains ont su générer à peu près seuls en s’appuyant sur l’exploitation de ressources minières et agroalimentaires, sur le tourisme, sur la culture (découvrez Nollywood si vous en doutez) mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine qui s’expatrie pour étudier et travailler à l’étranger.
Parce que c’est là qu’est tout l’intérêt pour les pays de la zone CFA: la convertibilité du Franc CFA en Euro évite les taux de change et les coûts de transfert. Ainsi, un travailleur malien en France peut envoyer de l’argent à sa famille et lui permettre d’investir sur place, sans surcoûts par rapport à un travailleur chinois qui lui devra payer le taux de change et les coûts de transfert bancaire.
Rien que pour le Sénégal, le montant des sommes transférées a ainsi dépassé le milliard de dollars/euros par an, pour un PIB d’environ 15 milliards de dollars/euros.
Enfin, le système CFA, s’il impose une discipline budgétaire aux pays membres, n’implique pas de « décision extérieure » concernant le budget de chacun de ses Etats, qui restent totalement libres de le fixer selon leurs priorités. Les seules limites imposées par le système CFA sont des engagements au point de vue du déficit budgétaire des Etats. En revanche, le FMI impose des réformes structurelles parfois mal venues (tout comme en ce qui concerne la Grèce) et empêche certaines politiques de développement, pourtant imposées comme objectif par l’ONU, qui demande aux pays africains d’avoir au moins 7% de croissance annuelle.
C’est ici que commence le vrai problème économique de la zone CFA. En économie (du moins selon la théorie keynesienne), les politiques monétaires peuvent aller dans deux directions. La première, c’est la croissance, tirée vers le haut par l’investissement rendu possible par l’endettement, au prix, donc, de l’inflation. La deuxième politique, c’est le contrôle de l’inflation par une stabilisation de la monnaie, qui réduit l’endettement mais aussi les investissements et donc ralentit la croissance.
Il y a donc d’un côté l’ONU qui pousse à la croissance, et de l’autre, une volonté de stabilité de la monnaie pour assurer l’économie, elle-même imposée par l’UEMOA et la CEMAC.
A titre personnel, et de par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, je pense que la zone CFA fait le bon choix en maintenant la stabilité économique et en ne sacrifiant pas la population sur l’autel illusoire de la croissance. Les investissements étrangers restent limités dans des pays dont le potentiel est énorme, ce qui veut dire que ce ne seront pas des Etats et entités étrangères qui vont se partager le gâteau et laisser quelques miettes aux africains, mais bien ces derniers qui vont profiter des fruits de leurs terres et de leur labeur. Le fait que les investissements étrangers restent limités assure l’indépendance économique de ces pays, malgré les réformes structurelles exigées par le FMI et qui causent déjà des dégâts tant sur la société civile que sur les Etats eux-mêmes. Les grandes multinationales et les banques n’ont qu’un pouvoir très limité sur ces pays, et contrairement à ce qu’on peut lire souvent, les pays africains de la zone CFA ne sont pas exploités et savent parfaitement jouer de la concurrence des grands groupes pour mettre en valeur leurs propres richesses.

Il est très intéressant de voir que l’un des principaux mouvements anti franc CFA ces derniers mois (pour ne pas dire le seul) est l’URPANAF, dirigé par Kémi Séba, suprémaciste noir, ancien leader de la Tribu Ka, le tout sur fond idéologique « Kémitiste » (inventée de toute pièce par Cheikh Anta Diop) qui n’est qu’une idéologie aryenne appliquée à une « identité » africaine fantasmée.

 

  • Le Franc CFA est-il donc si diabolique?
De l’avis général (cf. bibliographie en fin d’article), le Franc CFA a un impact réellement positif sur les économies de ces pays et encourage réellement le développement économique, politique et social. S’il y a quelques problèmes (d’ordre politique plus qu’économique), ils ne sont cependant que de deuxième ordre et ne remettent jamais en question l’existence ni le fonctionnement du Franc CFA lui-même.
La critique la plus sérieuse et la plus virulente émane de l’ancien premier ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’hésite pas à parler dans les médias de « servitude volontaire ». Le même homme, dans ses écrits institutionnels (articles publiés dans diverses revues universitaires à comité de lecture) loue le Franc CFA comme une bonne chose bien qu’améliorable (il n’est pas politique pour rien…).
De façon plus générale, aucun pays de la zone CFA ne souhaite remettre en question l’existence de cette monnaie, ou quitter la zone CFA. Madagascar réfléchit même à la réintégrer pour solutionner la crise économique que l’île subit depuis une quinzaine d’années.
En fait, les seules réelles critiques contre le Franc CFA ne sont pas le fait des africains eux-mêmes, mais de certains occidentaux.
D’une part, les américains ne sont pas très contents que le dollar, instrument de hard-power par excellence, ne se soit pas imposé dans la zone CFA. Il l’a fait dans de nombreux autres pays d’Afrique, que ce soit le Nigéria ou le Zimbabwe, où règne une crise économique absolument effarante depuis une vingtaine d’année, au point que la population abandonne totalement la monnaie nationale au profit du dollar. Si vous n’avez jamais vu de billet de 100 000 milliards de dollars, c’est ici.
D’autre part, la plus visible ici en France, certains pseudo intellectuels de gauche (communistes, anarchistes, mélenchonistes, certains socialistes) trouvent insupportable que la France ait pu garder d’excellents rapports avec ses anciennes colonies africaines et préfèreraient une tragédie apocalyptique à la sauce algérienne. Il y a donc, depuis 2014 au moins, mais surtout depuis l’année dernière, des gens qui viennent raconter tout et n’importe quoi sur la zone CFA. J’imagine que tous ces érudits que j’ai pu voir ici et là n’ont fait que tirer leurs infos de la fameuse émission Datagueule, qui a pondu début novembre 2016 une vidéo très, très à charge contre la France, mais qui ne rentre pas tellement dans les détails et dit beaucoup, beaucoup de conneries en se gardant bien d’expliquer les tenants et les aboutissants comme je viens de le faire. Vous pouvez la voir sur youtube, avec en guest star Kako Nubukpo dont les propos mesurés sont illustrés de manière très moraliste et dramatisée (« bouh les vilains colonisateurs »), même quand il ne critique absolument pas le CFA et parle d’autres mécanismes comme le FMI et d’autres problématiques comme les marges des entreprises maintenues au détriment des revenus des travailleurs et du budget des consommateurs, qui sont les mêmes absolument partout dans le monde et ne sont liées en aucune manière au Franc CFA.
  • En résumé:
Le Franc CFA n’est ni un frein au développement ni un outil néo-colonialiste de contrôle des économies africaines. Il est au contraire un gage de stabilité et de développement des échanges par une véritable intégration des économies régionales entre pays membres des deux unions, mais aussi avec les pays européens. Ses nombreux avantages ne sont pas obérés par les problèmes endémiques (corruption, sous-développement). Le Franc CFA est un réel atout par rapport aux autres pays africains qui n’en bénéficient pas, et aucun des pays membres n’entend quitter la zone CFA ou l’abolir. Surtout, les discussions au sein des deux unions régionales ne constituent pas, comme essaient de le faire croire certains, des dissensions ou des oppositions, ni une remise en cause « anticolonialiste » de la structure même des deux organisations UEMOA et CEMAC et pour cause: ce sont bien les africains qui détiennent leur avenir entre leurs mains. Les problèmes que connaissent ces pays ne sont pas différents de ceux des autres pays non membres de la zone CFA et sont même similaires à ceux de la zone Euro, et se situent non pas sur le plan économique mais plutôt sur le plan politique.
Bibliographie exhaustive (et sérieuse!) sur le sujet:
Il est probable que vous n’ayez pas accès aux articles eux-mêmes, ne disposant pas de comptes lecteurs affiliés à une université ou organisation scientifique. La plupart du temps, le résumé expose suffisamment le contenu de l’article sans notions économique de haut niveau, et donc accessible à peu près à tout le monde. Vous noterez que les articles de Kako Nunukpo, ex-premier ministre togolais invité de Datagueule, ne préconisent en rien la fin du Franc CFA…
Et un article très simple (peut être un peu simpliste) de Forbes Afrique présentant les deux scénarios non de l’abolition de la zone CFA mais de l’abandon de la politique de stabilité tirée du couplage à l’euro.

La nouvelle mode des Fake News

Ayant décidé de laisser passer la période des primaires, des élections américaines et de la transition politique qui a suivi, je m’étais abstenu d’intervenir sur Sombre Plume, après quelques articles qui m’ont valu quelques discussions houleuses.

La lecture d’un article de France24 sur le nouvel outil du journal Le Monde contre les « fake news » m’incite à sortir de mon silence relatif, parce qu’il y a là un gros danger, à mes yeux, pour l’information, sous toutes ses formes.

Le terme « fake news » s’est imposé pendant les dernières semaines de l’élection américaine qui a vu la victoire de Donald Trump puis dans les jours qui ont suivi, comme l’explication-reine de la victoire de ce dernier: parce que les électeurs américains ont étés manipulés par de « fausses actualités » (comme l’emblématique Pizza Gate), Hillary Clinton, candidate préférée des journalistes occidentaux et soutenue par tout l’establishment, a perdu l’élection de façon injuste.

S’il est vrai qu’Hillary Clinton a perdu de façon injuste (elle disposait de 3 millions de voix de plus que son adversaire mais a perdu en raison de règles d’attribution des grands électeurs), il est extrêmement simpliste de dire que Trump a remporté l’élection simplement sur des rumeurs et calomnies, car c’est avant tout sur son programme de politique intérieure qu’il a remporté l’élection.

Peu importe qui a gagné ou comment, le résultat est là: on nous bassine depuis des semaines avec le nouveau truc à la mode, et qui va révolutionner l’information occidentale. Les « fake news ».

Concrètement, une « fake news » est une pseudo-information qui surgit de façon impromptue pour expliquer une situation de façon biaisée, ou pour lancer une rumeur proche de la calomnie ou de la diffamation. Bref, c’est un mensonge ou un article idéologique qui déforme la réalité. Les défenseurs de « l’information vraie » entendent donc pourfendre les « menteurs », une attitude à priori louable dont on ne peut que s’étonner qu’elle n’ait pas été réalisée dès le début de l’ère de l’information, voire dès le début du journalisme!

La réalité, vous vous en doutez, est plus contrastée que ce rêve qu’on essaie de nous vendre.

Avant même de parler d’information, il faut considérer les faits qui la structurent. Ainsi, les articles de journaux comme Le Monde, Le Figaro ou Libération sont basés sur des faits rapportés par les agences de presse, comme l’AFP ou Reuters. Ces agences publient des dépêches se bornant en principe à énoncer un fait: tel pays a subi telle catastrophe, qui a provoqué tant de morts et tant de blessés, telle personnalité politique a été mise en examen dans telle affaire en raison de tel comportement potentiellement délictuel ou criminel. Il s’agit ici du fait, de l’information brute que les journalistes vont traiter dans leurs propres articles. Ces faits sont généralement indiscutables et de première main, et sont en principe corroborés par les autres agences de presse à partir soit de la même source, soit d’une source complémentaire.

Ces sources sont en principe issues de services officiels, tels que la police, les magistrats, les pompiers, les porte-paroles de tel entité politique ou de tel service d’urgence. Elles peuvent être appuyées par des enregistrements phoniques ou photographiques directs, que ces enregistrements proviennent de caméras de surveillance, de reporters de terrain ou de simples passants ayant filmé l’événement.

Jusqu’ici, difficile de parler de « fake news ». Les faits sont réels ou ne le sont pas, et il est rare qu’une agence de presse raconte des bobards (mais pas impossible). Il n’y a guère que sur des conflits armés où les « informations » transmises sont sujettes à caution, n’ayant souvent pas pu être vérifiées (tel massacre de population, tel bombardement sur des civils, etc.) comme l’a parfaitement démontré le récent conflit en Syrie.

Le problème survient lorsque l’information brute est traitée par les journalistes. Entendons-nous dès à présent sur ce que le terme « journaliste » recouvre: je parle bien des individus travaillant pour une rédaction de presse écrite ou un journal d’information télévisuel ou radiophonique, et non des individus derrière leur écran sur un site internet.

Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais de transmettre une information à travers un regard « éclairant ». Comprendre ici « un regard partisan, biaisé et partial ».

On sait très bien par exemple que Libération est un organe de presse d’extrême gauche faisant la promotion de l’altermondialisme, de l’écologisme (pas de l’écologie, la distinction est importante), du multiculturalisme, et d’une vision présentée comme humaniste du monde. A l’inverse, Le Figaro est un organe de presse plutôt libéraliste (pas libéral, la nuance est importante), européaniste voire transatlantiste, et se concentrant plutôt sur une vision affairiste du monde. Pour faire simple, il n’y a pas en France d’organe de presse ou d’information qui soit réellement neutre.

Donc, déjà, rien qu’avec ce premier constat, on voit que cette histoire de « fake news » prend un drôle d’aspect. C’est d’autant plus troublant quand on sait que les journaux principaux en France reçoivent des centaines de millions d’euros d’aides gouvernementale chaque année. De quoi se poser de sérieuses questions quant à l’impartialité voire à l’honnêteté des rédactions qui, en diffusant un article un peu trop critique, pourraient mettre en jeu leur avenir. De fait, en France, la collusion journalistes/politiques est totale, comme l’illustre parfaitement le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat et basé sur l’ouvrage éponyme de Serge Halimi.

Pire: il n’existe plus aucun journaliste de terrain. Les images de conflits que nous voyons sont achetées à des journalistes étrangers ou à des indépendants pas toujours honnêtes, mais qui font aussi face à des risques d’arrestation importants voire à des risques mortels. Les rares journalistes qui se déploient en marge des événements ne le font que pour faire dans le sensationnel, l’émotionnel, mais pas pour informer. Et quand ils le font pour informer, ils sont accusés par leurs confrères de déformer la réalité et de mentir.

Clairement, nos journalistes ne sont donc pas du côté de la vérité et de l’information, et sont devenus de mauvais commentateurs et des analystes de comptoir qui déblatèrent à qui mieux mieux sur le néant total qu’ils génèrent eux-mêmes, quel que soit le sujet qu’ils abordent, et avec une bêtise d’autant plus grande que le sujet est important.

Dans ce contexte, il est donc alarmant de voir une rédaction comme Le Monde prétendre offrir un « outil de lutte contre les fake news » pour faire le tri entre les informations « de qualité » et le reste. Je suis particulièrement inquiet en ce qui concerne le classement entre « sites très fiables » et « sites peu fiables ». S’il ne fait par exemple aucun doute qu’un site comme Wikistrike se borne à déblatérer des mensonges au kilomètre en toute circonstance, je suis un peu plus dubitatif en ce qui concerne un site d’information comme Slate ou même Libération ou Le Monde, dont les « informations » sont partisanes et se bornent à commenter des communiqués de presse. Avons-nous eu un traitement normal et impartial des élections américaines? La réponse est clairement non, 100% des journalistes ayant promu la candidature de Clinton, qui a été encensée quel qu’ait été son discours, même lorsqu’il était encore plus belliciste que les Néo-Con de l’ère Bush Jr. ou lorsqu’il se contentait de simplement insulter son adversaire. Aurons-nous un traitement impartial de l’élection présidentielle française, quand on sait déjà que les journalistes n’en ont que pour Emmanuel Macron?

Au-delà de la politique et du traitement des conflits sur lesquels je me suis déjà beaucoup étendu, c’est le fait même que ces journaleux puissent prétendre nous dire quoi lire et à qui faire confiance qui m’interpelle.

Si des gens souscrivent par exemple aux thèses dites conspirationnistes, ce n’est pas parce qu’ils sont idiots ou mal informés, mais parce que d’une part un certain nombre de conspirations se sont avérées être vraies (que l’on pense aux révélations de Snowden sur la surveillance généralisée de l’ensemble des communications mondiale!), et d’autre part parce que ceux qui les propagent s’évertuent à leur donner toutes les apparences de sérieux possibles: témoignages, recoupements, sources et références, bref, tout ce que nos journaleux ne font plus, si tant est qu’ils l’aient jamais fait.

Ce n’est pas en employant un code couleur que l’on peut contrer les rumeurs et autres mensonges qui certes pullulent sur le web mais pas vraiment plus que dans nos journaux. Il y a une quinzaine d’année, toutes les chaines de télévision s’arrachaient Karl Esser, qui affirmait sans aucune preuve qu’il avait participé à la construction de bunkers secrets sous Bagdad. Information bidon, évidemment, qui aurait dû amener certaines réflexions sur la démarche journalistique. Mais non, les mêmes rédactions n’hésitent pas encore aujourd’hui à publier des rumeurs sur la Corée du Nord avec le plus grand sérieux.

Alors pourquoi croire que ces mêmes journalistes, ou du moins que les mêmes organismes d’information qui ne sont pas foutus d’être neutres et de traiter l’information autrement que comme le gouvernement le leur dit, vont pouvoir être impartiaux et faire un tri honnête dans les informations de confiance et le reste?

Dans un contexte où d’un seul coup, on nous parle de « fake news » qui pullulent alors qu’elles ont toujours existé, je me demande bien ce qu’annonce cette tendance au contrôle de l’information publique qui ne va faire que se renforcer au fil du temps.

Sans vouloir être alarmiste, ce que je vois poindre le bout de son nez depuis plusieurs années et particulièrement ces derniers mois, c’est tout simplement la fin de notre Liberté. Le renforcement des capacités de contrôle des populations par les services de renseignement, l’abandon total de nos forces de l’ordre qui ne peuvent plus traiter les affaires qui leur sont rapportées, y compris les plus graves (11% à peine des victimes de viol recensées portent plainte), la montée d’une classe politique qui confond autoritarisme et gouvernement, le total déni de légitimité de la Démocratie qui depuis 10 ans envahit toute l’Europe, l’armée qui ne mène plus des missions de combat mais des missions de pacification de populations hostiles, le financement et l’encouragement à la montée des communautarismes et des extrémismes religieux (musulmans comme chrétiens)… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on nous prépare la loi martiale et une guerre civile comme ce taré d’Alex Jones aux Etats-Unis, mais quand même, c’est bien une nouvelle forme de totalitarisme qui arrive petit à petit…

Je me demande vraiment ce qu’on nous prépare, et je crains que nous devions nous préparer à faire face à des heures sombres comme on n’en a encore jamais vues. Il n’y a rien à attendre de gens qui nous infantilisent et nous disent quoi penser, quoi dire, quoi faire, qui voter. Notre pays, notre civilisation n’a pas besoin de ces gens qui ne font que nous pousser vers l’abîme. La question est: les laisserons-nous faire ce qu’ils veulent et continuerons-nous à marcher dans leurs combines?

Nous ne redresserons pas notre pays par le haut avec des élections truquées d’avance, mais bien à partir de sa base, par nos propres comportements, et ça, ça commence par nous faire notre propre opinion, sans avoir besoin d’un garde chiourme par dessus notre épaule.

La Jungle de Calais et les clandestins de France: quelques réalités

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite procéder à quelques petits rappels:

1/ Sombre-Plume ne génère toujours pas de revenus via la pub, nul besoin de crier au buzz ou je ne sais quoi.

2/ Nous ne sommes pas d’extrême-droite. Alors oui, effectivement quelques sujets abordés ces derniers mois peuvent laisser penser que nous avons des accointances avec ce bord-là, mais c’est faux. Nos articles démontrent assez bien le contraire quand on prend la peine de les lire.

3/ Les commentaires sont toujours modérés à priori, donc les trolls peuvent éviter de perdre leur temps avec les insultes, elles ne passeront pas.

Qu’est-ce que la Jungle?

Aujourd’hui commence le démantèlement de ce camp illégal que les associations et les médias ont surnommé « la Jungle », non loin de Calais. Qu’est-ce que la Jungle? Cet article du Figaro nous renseigne assez bien sur son historique et les circonstances de son apparition. Ainsi, il ne s’agit pas d’un seul camp apparu l’année dernière lors de la « crise des migrants », mais d’un ensemble de campements de fortune plus ou moins organisés apparus suite au démantèlement du camp de Sangatte, en 2002. Jusqu’en juin 2014, les associations ne recensaient qu’environ 900 personnes, et il s’agissait alors d’un pic d’affluence encore inégalé (contre environ 400 en moyenne sur une année). Il s’agissait majoritairement de jeunes hommes adultes seuls, originaires d’Afrique, d’Asie Centrale (Afghanistan en tête), et du proche Orient. Les groupes ethniques ne se mélangent pas, les bagarres et autres agressions sont fréquentes, et les problèmes sanitaires se multiplient (en mai 2014, une épidémie de gale amène les autorités à raser une partie des campements insalubres). Déjà démantelée en 2009, la « Jungle » est réapparue en quelques jours. Un centre d’accueil avait finalement été bâti dans l’urgence fin 2014-début 2015.

La « crise migratoire » de l’été 2015

Quand la « crise » éclate en 2015, la Jungle ne compte que 1300 personnes, majoritairement des somaliens et des érythréens. En octobre, ils sont environ 6000, ayant transité par les filières turques, « bizarrement » et « subitement » très efficaces: Syriza est arrivé au pouvoir en Grèce en janvier 2015 et les contrôles frontaliers sont désormais inexistants, suite au chantage opéré par l’Allemagne et l’Union Européenne à propos des mesures d’austérité visant à rembourser la dette du pays. Pour l’année 2015, ce sont plus de 885 000 entrées via la Turquie qui seront recensées par Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures (rapport d’activité 2015, p. 10). Le même rapport nous apprend que cette année-là, ce sont plus de 1 800 000 transits illégaux qui ont été détectés, dont 600 000 syriens et 267 000 afghans (voir p. 11 du rapport). La plupart de ces entrées avaient pour destination l’Allemagne, où la politique d’Angela Merkel d’accueil généralisé, extrêmement contestée par la population, visait à offrir aux industries allemandes une main d’œuvre très peu coûteuse. Il faut en effet rappeler que suite aux pressions européennes, l’Allemagne a été obligée d’instaurer un salaire minimum début 2015 pour ses salariés nationaux. Avec des industries de pointe et des salariés allemands qualifiés, une telle mesure permet de sécuriser le niveau économique de la population. La contrepartie demandée par les industriels était de pouvoir disposer d’une main d’œuvre très bon marché, sans qualification. Le vivier des jeunes allocataires obligés de travailler dans des associations et des structures de proximité pour moins de 3,50€ de l’heure n’étant pas disponible, le gouvernement allemand est allé chercher ses futurs travailleurs directement dans les flux migratoires, « pour faire face à une crise démographique« . Au final, l’Allemagne aurait accueilli entre 800 000 et un million de ces migrants clandestins, sans s’encombrer aucunement des procédures légales pourtant assez permissives prévues par l’Union Européenne, et surtout, qui ne sont pas concernés par le salaire minimum mis en place pour les travailleurs allemands: il s’agit ni plus ni moins que d’en faire des ouvriers corvéables à merci.

Une immigration économique et clandestine

Car c’est peut être là que réside le cœur du problème. Que l’Allemagne décide de recourir à l’immigration massive pour assurer le renouvellement de sa main d’œuvre n’est pas, en soi, un problème , sauf pour ceux qui se préoccupent de la théorie du remplacement des populations européennes. Loin d’être une théorie conspirationniste, les migrations de remplacement sont une réalité apparue dans un rapport de l’ONU en 2001; il s’agit de ces migrations « organisées » par certains pays développés pour faire face à la baisse de natalité au sein de leur population nationale, et qui ont pour effet de « remplacer » les populations locales par d’autres qui lui seront plus ou moins intégrées.

Bref, que l’Allemagne fasse appel à l’immigration pour faire face au déclin de la natalité de sa population est un choix politique qui n’est, en principe, que du ressort de ce pays (le Japon préconise exactement l’inverse et entend recourir à l’automatisation et à la robotisation de tous les secteurs de l’économie et de la vie sociale). Le fait est cependant que l’Allemagne est membre de l’Union Européenne et qu’au sein de l’Union, les mouvements de population sont libres, ce qui explique par exemple les fortes réticences de petits pays comme la Hongrie, l’Autriche, la Slovaquie, la République Tchèque ou la Roumanie face à ce genre de politique: délivrés de l’emprise soviétiques depuis 1991, ces populations ont un fort attachement à leurs racines culturelles qui leur étaient déniées sous l’URSS et ne souhaitent pas devoir subir ce qui leur apparaît comme une nouvelle fracture culturelle, ceci d’autant plus que la majorité des pays de l’est de l’Europe a eu à affronter pendant des siècles les invasions et influences ottomanes, dont les conséquences ont été la série de guerres des Balkans des années 1990. Guère étonnant, donc, de voir ces pays bâtir des murs pour empêcher les migrations clandestines de s’imposer à eux.

Vous l’aurez remarqué, je ne parle pas de « réfugiés », mais bien de migrants clandestins. Un réfugié est une personne déplacée par un conflit dans son pays et cherchant asile dans un autre pays. Un réfugié entend retourner dans son pays lorsque le conflit sera terminé, si cela lui est possible. En outre, le statut de réfugié n’est pas automatique, une commission ad hoc doit le reconnaître spécifiquement (en France, un seul organisme est habilité, l’OFPRA). L’Allemagne elle-même sélectionne les migrants syriens auxquels elle accorde ce statut (38 000 sur 55 000 l’ayant demandé l’année dernière).

En outre, ces migrants n’ont aucun visa, aucun permis de séjour, et n’ont suivi aucune procédure légale pour arriver en Europe. Tous ont emprunté des filières clandestines et illégales, payant des passeurs jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour une traversée dangereuse et régulièrement mortelle. Pire, la plupart de ces migrants ont dû, pour se payer le passage vers l’Europe, travailler pour mettre de l’argent de côté. Ils avaient un toit, un travail, et étaient donc en sécurité: l’argument selon lequel ils fuiraient la guerre ne tient donc pas, il s’agit d’une migration économique. Pour enfoncer le clou, si l’été 2015 a vu de nombreuses familles arriver en Europe via la Turquie, la majorité des migrants reste néanmoins composée d’hommes jeunes (moins de 30 ans) et seuls (célibataires sans famille). Ceux-ci représentent plus de 72% des migrants, contre seulement 13% de femmes. Il faut ajouter enfin que sur les migrants recensés comme « enfants » (de 0 à 18 ans), de plus en plus d’adultes se prétendent mineurs pour bénéficier de conditions d’accueil plus avantageuses, et surtout, éviter d’être expulsés. Selon les chiffres disponibles, 70% des « mineurs » sont en réalité des adultes…

Enfin, la majorité des populations syriennes fuyant la guerre civile (4,6 millions de personnes) ne se rend pas en Europe, mais est accueillie en Turquie, en Jordanie, au Liban, en Irak et en Egypte. L’immense majorité des déplacés refuse néanmoins de quitter leur pays et vivent en Syrie (7,6 millions), une bonne partie d’entre eux soutenant le régime d’Assad contre les rébellions financées et armées par les Etats-Unis et l’Europe et contre le Califat Islamique.

Avec seulement 1 millions de syriens accueillis en Europe depuis 2011, on ne peut pas dire que nos Etats soient de grands philanthropes, d’autant plus qu’une partie des syriens se voit refuser l’asile et se retrouve donc sous menace d’expulsion dans un programme d’échange conclu avec la Turquie. Concrètement, la Turquie, qui a besoin de diplômés, échange des manuels (non qualifiés) contre des intellectuels (diplômés de grandes écoles et universités) avec des pays européens qui requièrent surtout de la main d’œuvre bon marché.

La question du diplôme est également au centre de la propagande pro-migratoire. Selon les associations et les journalistes, les migrants seraient « bardés de diplômes« , et des « travailleurs très qualifiés ». Si la Syrie fait partie du réseau Erasmus Mundus, qui permet une harmonisation et surtout une reconnaissance réciproque des diplômes, en permettant aux étudiants étrangers de venir passer un diplôme en Europe selon les standards européens, tous les diplômes délivrés en Syrie ou ailleurs dans le monde ne sont pas reconnus dans les pays d’Europe. En fait, la majorité des diplômes étrangers doivent passer une commission d’évaluation avant d’être éventuellement reconnus, les conditions sont généralement très strictes, hors certains métiers (médecins, infirmières, chercheurs…) pour lesquels un besoin ou un intérêt se fait particulièrement sentir. Ainsi, même si ces migrants sont réellement diplômés (ils n’attestent presque jamais de l’obtention des diplômes qu’ils affirment détenir), ils ne seront pas pour autant fondés à s’en prévaloir, que ce soit en France ou un autre pays européen.

En résumé, on a donc des migrations clandestines par essence illégales, dont seule une fraction est d’origine syrienne (30% seulement des 1 800 000 migrants en 2015, pic du soi-disant « exode syrien »), 72% des migrants sont des hommes isolés, 70% des mineurs sont en réalité des adultes. Les diplômes dont ils se targuent ne sont jamais attestés, et doivent de toute façon être validés en commission d’équivalence. Mais on vous fait quand même croire que ce sont des familles avec des jeunes enfants qui viennent se réfugier en Europe, quitte à vous balancer des images de garçonnet noyé pour bien vous le faire gober…

La situation des enfants

Les enfants migrants, parlons-en. Ils sont quelques dizaines de milliers à avoir pu faire la traversée avec leurs parents ou du moins, des personnes se présentant comme telles. Si l’on pourrait croire que nos pays donnent la priorité aux familles, il n’en n’est rien. La plupart doivent attendre dans des camps de migrants le bon vouloir des autorités pour l’attribution d’un logement social.

Or, ces camps sont une horreur pour les jeunes enfants. Les agressions sexuelles mais aussi la prostitution forcée y sont monnaie courante, parce que les enfants sont les premières victimes de la traite des êtres humains que les associations pseudo-humanitaires font passer pour des migrations fuyant les guerres. Les articles de faits divers sont effarants et très honnêtement, en faire la liste serait long et ne serait qu’une longue liste d’atrocités. Plus de 10 000 mineurs ont disparu dès leur arrivée en Europe l’année dernière. Même si une partie d’entre eux a probablement rejoint leurs familles, la majorité sont aux mains de réseaux criminels internationaux.

Pourquoi reloge-t-on des hommes majeurs seuls alors que l’on fait attendre des mois et des mois des familles qui ont à priori toute légitimité pour être relogées dans l’un des 77 000 logements sociaux vacants en France? Pourquoi les associations comme Amnesty International ou la Cimade restent-elles silencieuses comme des tombes face à ces problèmes quand elles organisent un prosélytisme monstre pour l’accueil des clandestins? Où sont les journalistes quand se produisent ce genre de faits, alors qu’ils sont capables de nous jeter à la figure des photos d’enfants ensanglantés ou morts au petit déjeuner?

Les clandestins en France

Pendant que l’on s’occupe de gens qui n’ont aucune légitimité pour être en France, parce qu’ils y sont clandestinement, les médias et les politiques osent essayer de faire croire que notre pays accueille des « réfugiés ». C’est tout simplement totalement faux. Selon le rapport 2015 de l’OFPRA, seuls 23% des demandeurs du statut de réfugié l’ont obtenu cette année-là. A titre d’exemple et selon ce rapport, à peine 3400 syriens ont demandé ce statut en France (et 96% l’ont obtenu), contre 5000 soudanais, 3000 bangladais et 3100 kosovars. En 2014, 64 000 personnes ont déposé un dossier à l’OFPRA, contre 80 000 en 2015 (cf. p.36 du rapport). L’augmentation est réelle, mais il ne s’agit pas non plus d’un raz-de-marée comme on pourrait le croire après la crise migratoire de l’été 2015. Un tiers des demandes émanent de femmes, mais 45% d’entre elles proviennent de pays européens (Albanie, Kosovo…) et 42% proviennent de pays américains (Haïti…). Les 13% restant concernent surtout des femmes africaines (Djibouti, Ouganda…), et donc assez peu de femmes syriennes ou irakiennes.

Avec à peine 4.25% des demandes, on ne peut pas dire que les migrants soient principalement des syriens, en tout cas en France et selon ces chiffres. Alors pourquoi nous vendre de la souffrance humaine comme on peut en voir sur tous nos écrans à longueur de semaine, depuis maintenant 18 mois?

Notre pays subit le chômage de plein fouet, et celui-ci concerne aussi bien les jeunes sans qualification que les jeunes diplômés (12,5% des demandeurs d’emploi ont un diplôme supérieur niveau Bac +2, dont la moitié a en poche un bac +3 et plus). Notre tissus industriel est complètement détruit et ne nécessite donc pas de main d’œuvre peu ou pas qualifiée. En outre, nos démographie n’est pas menacée, puisque le seuil de renouvellement des populations est largement atteint avec une natalité de 2,2.

Faire croire aux français que les migrants clandestins sont une « chance pour la France » est donc non seulement un mensonge, mais aussi une saloperie incroyable. Notre pays est incapable de s’occuper de ses exclus, n’a aucune politique industrielle et creuse sa dette par milliards et multiplie les taxes pour financer des structures de solidarité clairement inefficaces. Comment peut-on oser faire croire que notre pays et ses structures peuvent absorber sans sourciller des dizaines de milliers de personnes supplémentaires chaque année? Les migrants ne s’y trompent pas, et préfèrent des pays comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l’Allemagne à la France, non parce que nous sommes d’affreux fascistes anti-immigrés (rappelons quand même que le Brexit a eu lieu sur la question des migrations…), mais parce que les perspectives d’avenir sont meilleures chez nos voisins. Notre jeunesse veut déguerpir de son pays: 65% des jeunes diplômés veulent aller travailler à l’étranger, plus d’un tiers des 18-34 ans voudrait s’expatrier.

Encore plus absurde, on expulse des jeunes gens qui sont installés en France depuis parfois plusieurs années et qui mènent des études supérieures avec succès alors qu’ils n’ont commis aucun délit, mais on offre à des clandestins des cours et des entrées à la fac sans s’interroger sur leurs capacités réelles à suivre les diplômes où ils seront inscrits!

Comment peut-on oser exiger des français qu’ils accueillent des jeunes migrants quand la jeunesse française veut partir? Comment peut-on oser exiger des français qu’ils paient sur leurs impôts l’accueil de personnes qui n’ont aucune légitimité à être là, quand leurs propres enfants n’ont pas les moyens de faire d’études et n’ont aucune perspective d’emploi?

La France est historiquement une terre d’accueil. Les français aiment partager leur culture avec autrui et entretiennent une tradition d’accueil indéniable au vu des chiffres du tourisme qui année après année démontrent que nous ne sommes pas un pays xénophobe. Les échanges culturels sont partout, qu’il s’agisse de la musique, du cinéma, de l’alimentation, de modes de vie et de régimes, etc.

Oui, les français ont un problème avec une certaine partie de la population qui lui crache à la figure à tous propos. Le chien qui mord la main qui le nourrit ne mérite aucune considération. Pour autant, personne ou presque ici ne fait l’amalgame avec ces étrangers qui apprennent à apprécier notre gastronomie, nos vins, nos paysages, qui partagent nos joies lors d’événements sportifs ou culturels, qui partagent notre chagrin lors des catastrophes et attentats, et qui râlent avec nous contre tout et n’importe quoi. Notre histoire fait de nous l’un des pays les plus ouverts sur le monde et les autres cultures, et nous ne sommes en rien xénophobes. Pourtant, malgré nos traditions et notre mode de vie ouvert, nos politiques et les médias serviles qui leur cirent les pompes n’ont de cesse de nous insulter, de nous dire que nous sommes des extrémistes racistes, et veulent nous obliger à partager les quelques miettes qui nous restent avec des gens qu’on prétend réfugiés alors qu’ils ne sont que des clandestins dont certains sont des individus dangereux.

L’humanisme décérébré dont font preuve une partie des médias et des associations est non seulement difficile à comprendre, mais surtout irresponsable et presque criminel. Comment peut-on tolérer que ces gens, par leurs discours, fassent croire à des gens qui vivent des situations précaires et dangereuses, qu’ils pourront bénéficier d’aides alors que ce n’est ni le cas ni l’intention des autorités? Par leurs discours, ces militants associatifs font naître un espoir chez des populations pauvres et/ou menacées, et ne font qu’entretenir les réseaux de passeurs et de traite des êtres humains, sans même parler du risque mortel encouru lors de la traversée de la méditerranée. Aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut accueillir toute la misère du monde. En prétendant vouloir sauver tout le monde, ces gens irresponsables ne vont faire qu’une seule chose: perdre tout le monde. Mais il est vrai que certains parmi ces associations semblent y trouver totalement leur compte sans même parler des généreuses subventions perçues par ces petits groupes et qui permettent de vivre en se faisant passer pour des gens « ouverts » et « humains ».

Les réactions identitaires n’ont jamais été aussi fortes en Europe depuis les années 1920-1930. Pourquoi encourager les filières illégales de migration alors que TOUT existe pour permettre légalement l’arrivée dans des conditions saines et durables d’étrangers, que ce soit pour étudier ou pour s’installer?

Je me demande, quand je vois ce qui se passe depuis 20 ans en Europe, si un projet plus sombre n’essaie pas de nous pousser à n’avoir plus que deux choix: disparaître, ou replonger dans le fascisme. Très franchement, je ne vois pas de raison d’avoir confiance en l’avenir.