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Mythes et Réalités de l’Absinthe (2): le Rituel

1533_1351550298Lorsqu’il est question d’absinthe, la culture populaire a l’image d’un verre surplombé d’une cuillère ajourée surmontée d’un morceau de sucre, et que l’on arrose doucement en tournant le petit robinet de la fontaine à absinthe…

Pour pittoresque que soit cette vision, elle est cependant tout à fait erronée.

L’absinthe était un alcool très prisé des français au 19e siècle. Nombreux sont les artistes à lui avoir consacré quelques rimes, comme Pétrus Borel, et cela, bien au-delà de nos frontières (Aleister Crowley lui-même lui a consacré un court essai).

Cela s’explique parce que l’absinthe est l’un des rares alcools que l’on boit dilué avec de l’eau. Le mélange de l’eau et de l’alcool, lorsqu’il est fait avec lenteur, produit une sorte de ballet entre les deux liquides, à la manière d’un sirop. L’absinthe ayant en plus la propriété de changer de couleur, virant du vert émeraude au vert laiteux, voire au blanc (ou au rose, comme en témoigne l’affiche publicitaire ci-contre…)rosinette, le consommateur peut ainsi jouer avec les couleurs et les spirales qui se créent lorsque l’on verse l’eau froide au goutte-à-goutte.

Le rituel de l’absinthe se passe ainsi très bien du sucre et de sa cuillère ajourée. D’ailleurs, elle se passe également très bien de tout rituel: la majorité des gens qui en boivent le font parce que c’est un alcool relativement agréable et qu’il est très économique. Preuve s’il en était besoin que la consommation d’absinthe n’est pas ritualisée au 19e siècle, la plupart des cafés et troquets où elle est consommée se contentent de la servir avec un simple pichet d’eau froide, pour des raisons très pragmatiques: une fontaine à absinthe est un accessoire fragile, et une cuillère (en argent, l’usage de l’inox ne s’est pas répandu avant très longtemps…), ça se vole facilement.

Ces accessoires sont donc plutôt réservés aux clubs de gentlemen et aux établissements huppés, où la clientèle est soigneuse, ou en tout cas peut payer pour les verres et fontaines cassées et les cuillères « perdues ». C’est à dire, simplement, à quelques établissements parisiens et de province.

Les photos d’époque (et les publicités) montrent très rarement (c’est à dire jamais) les boui-boui où la populace allait se saouler après sa journée de travail. Elles montrent au contraire de bonnes gens respectables et honorables, dans des établissements bien tenus et aux décorations plutôt riches ou recherchées, ce qui explique cette profusion d’images où la cuillère et son morceau de sucre sont bien mis en valeur. Il faut chercher du côté des œuvres qui dépeignent la vie quotidienne, tel ce tableau d’Edgar Degas, où n’apparaît que le fameux pichet:

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Edgar Degas – L’absinthe ou Dans un café (1875)

Les revues et articles touristiques de l’époque ne mentionnent jamais cet « art de l’Absinthe », qui semble n’être observé que par quelques intellectuels. Rappelons que l’époque est très propice à ce genre d’expérience ritualisée chez les artistes, puisque la consommation de haschich ou même d’opium accompagne l’essor de l’Orientalisme, lui-même accompagné par une pseudo-redécouverte de l’occultisme et des traditions de l’ésotérisme égyptien et asiatiques.

Et d’ailleurs, comment ce « rituel » est-il né?

Il faut d’abord distinguer deux choses: la fascination pour le mélange absinthe/eau froide, et ce fameux sucre et sa cuillère ajourée.

Le mélange absinthe/eau froide, comme je l’ai déjà dit, lorsqu’il est exécuté avec lenteur, produit des filaments, comme quand on verse au goutte à goutte de l’encre dans un verre d’eau. C’est cette fameuse danse de la fée verte qui séduit tant les poètes et chansonniers, et qui permet d’établir un lien très facile entre cette spirale de filaments qui semble danser langoureusement au fond du verre, et le tournis généré par l’ivresse.

Verlaine, 1896
Verlaine, circa 1895

Ce mélange est généré par les propriétés physico-chimiques différentes de l’alcool et de l’eau. Pour faire simple, l’ajout d’eau dans l’absinthe la fait se troubler parce que certaines des molécules qui la composent « précipitent » et modifient leur structure physique. Ce changement est visible de façon spectaculaire (au sens premier du terme, « qui attire l’attention ») avec le basculement d’une couleur vert émeraude à une blanc laiteux et verdâtre.

Il faut rappeler une fois de plus qu’à l’époque, l’absinthe est le seul alcool qui se consomme après dilution dans de l’eau. Le pastis n’existe pas encore (il ne sera inventé que dans les années 1930, j’y reviendrais…), la bière et le vin se boivent tels quels, et c’est la même chose pour les eaux de vie et les liqueurs recherchées surtout et avant tout en raison de leur fort degré d’alcool qui enivre en quelques instants (le binge drinking n’est pas un phénomène nouveau, loin d’en faut…).

9-Catalogue1900La cuillère et le sucre apparaissent assez tôt dans l’histoire de la consommation d’absinthe, mais pas pour des questions rituelles. L’absinthe est une plante amère, peu agréable à consommer telle quelle. Connue dès l’antiquité, son usage est principalement médicinal (elle a notamment des propriétés abortives), et elle ne devient une préparation alcoolisée servie dans les troquets qu’assez tardivement (après Napoléon?). Or, son goût amer n’est au départ pas très agréable au palais. Plutôt que de modifier les recettes issues de l’herboristerie, on préfère ajouter du sucre, qui compense cette amertume. Les premières cuillères à absinthe sont ainsi de simples cuillères dont on se sert pour mélanger l’alcool et le sucre.

Il semble que les premières cuillères ajourées (ou « pelles à absinthe ») soient apparues assez tôt, puisque Pétrus Borel y fait déjà référence dans son poème « L’Absinthe » (rédigé vers 1850). Il s’agit alors de faire couler l’eau froide au goutte-à-goutte sur le sucre pour qu’il se dissolve lentement, tout en troublant l’absinthe progressivement, avant de mélanger vigoureusement le tout une fois le verre rempli ou le sucre dissout.

536-Cri d alarme_12610Il faut également noter que l’ajout de sucre à un alcool était assez répandu au 19e siècle, ce qui a contribué indirectement à causer le déclin puis l’interdiction de l’absinthe. En effet, avec l’augmentation de sa consommation et de son marché, l’absinthe a amené certains producteurs clandestins à produire des absinthes frelatées, absolument ignobles, qui pour certaines ne contenaient d’ailleurs même pas d’absinthe. Pour donner une plus jolie apparence à ces breuvages douteux, ils n’hésitaient pas à ajouter des produits chimiques pour colorer en vert leur production, et notamment le fameux « sulfate de zinc », qui permettait de tarifer des prix bas imbattables, mais pour un goût totalement atroce. L’ajout de sucre contribuait à améliorer le goût de ces productions, mais induisait malheureusement parfois un empoisonnement, principalement chez les ouvriers déjà exposés aux métaux dans leurs industries.

Aujourd’hui, je préfère le dire, ces questions ne font pas sens. Dès la seconde moitié du 19e siècle, les distillateurs produisent des absinthes équilibrées, qui se passent parfaitement de sucre pour être agréables au palais. Ces recettes d’époques ont été reprises par les principaux distillateurs qui se sont (re)lancés dans l’aventure après la levée de l’interdiction au début des années 2000, avec assez peu d’adaptation. Les recettes d’absinthe sont très variées, et il y en a pour tous les goûts. Cet alcool reste cependant un alcool haut de gamme, rare, controversé, et donc cher.

Le rituel "bohémien" ou la barbarie dans toute sa splendeur.
Le rituel « bohémien » ou la barbarie dans toute sa splendeur.

Boire son absinthe avec du sucre revient à tremper un bout de pain dans un château La Tour (un vin facturé plusieurs milliers d’euros la bouteille): c’est un gâchis absolu. Pire, c’est même un manque de respect total envers le travail du distillateur et une faute de goût impardonnable (quant aux barbares qui osent flamber leur absinthe après leur voir fait subir le sucre, ils ne méritent à mes yeux qu’un coup de tournevis dans les rotules).

L’absinthe est aujourd’hui un alcool qui ne se consomme pas avec du sucre, et se passe largement, comme à l’époque, de ce soi-disant rituel qui de toute manière prend un temps fou et n’est guère amusant qu’une ou deux fois. Il s’apprécie avec de l’eau fraîche, de la limonade ou même, comme moi, avec de la vodka (russe, la plus neutre au palais), et bien entendu, toujours avec modération.

Mythes et réalités de l’Absinthe (1): l’interdiction

L_Odieuse-Absinthe-CC-76KBIl suffit de voir la tête de mes interlocuteurs lorsque je dis que je bois de l’absinthe pour voir que les préjugés et les mythes liés à l’absinthe sont encore vifs aujourd’hui. Du coup, je vais contribuer à démonter ce mythe de l’odieuse absinthe qui rend fou, pas vraiment pour augmenter les ventes des producteurs français en touchant une commission au passage (j’apprécierai mais je n’ai malheureusement aucun contacts avec eux…), mais surtout pour avoir l’espoir que cessent ces têtes ahuries et ces jugements terribles à l’encontre des buveurs de ce sulfureux spiritueux.

Commençons au commencement, ou plutôt à la fin: l’interdiction de l’absinthe en tant que boisson alcoolisée disponible à la vente dans les cafés et commerces, en 1915.

Accusée de rendre fou, violent et léthargique, l’absinthe est attaquée sur deux fronts: d’un côté par les ligues de vertu, catholiques, et de l’autre par les producteurs… de vin.

Pour les ligues de vertu, l’alcool représente la mère de tous les vices, et depuis la seconde moitié du XIXe siècle, les associations catholiques (mais aussi protestantes) luttent dans tous les pays occidentaux pour l’interdiction de l’alcool. Si l’Europe a été relativement épargnée par leurs attaques, c’est parce que les intérêts économiques et politiques sont énormes, et les terroirs sont souvent dépendants de la production de spiritueux devenus les fleurons de leurs régions: la Suze, la Byrrh, les cognacs, le champagne, le vin, diverses liqueurs… La France lève le coude, et n’est pas vraiment disposée à arrêter.

Pour les producteurs de vins, l’absinthe est un ennemi mortel. Alcool récréatif (j’y reviendrais), il est extrêmement populaire dans les cafés et troquets, en plus d’être bon marché. A l’inverse, les viticulteurs connaissent depuis les années 1860 une crise majeure, liée à une épidémie de phylloxera, qui tue les vignes. Les productions, en plus d’être mauvaises, sont de mauvaise qualité et les coûts de production ne permettent pas un prix bon marché qui relancerait les ventes. C’est l’absinthe qui bénéficie le plus de la crise viticole: son procédé de fabrication est relativement simple et économique, et de grandes productions sont possibles en relativement peu de temps.

Les intérêts des ligues de vertu catholiques et des viticulteurs convergent donc, et la guerre peut commencer. Il faut cependant des armes, et celles-ci manquent cruellement, d’autant plus que l’absinthe est extrêmement populaire en France (on ira jusqu’à prétendre que la France à elle seule en consomme plus que le reste du monde réuni), et largement célébrée par le monde littéraire et artistique. Le-Matin-15-Juin-Close-213KB

La patience est une vertu, et les ligues n’en manquent pas. A l’époque comme aujourd’hui, on monte en épingle des incidents qui deviennent des scandales nationaux grâce au prisme déformant des journaux (qui n’étaient pas plus libres qu’aujourd’hui, détenus par des politiques et industriels…). Ainsi, quand un homme violent bat sa femme à mort, on prétend que c’est l’absinthe qui l’a rendu fou, comme « possédé », et l’a poussé à de telles extrémités. Quand un groupe tombe gravement malade en raison d’une intoxication liée à un alcool distillé illégalement (et improprement), on accuse l’absinthe de rendre malade. Et peu à peu, ces scandales pénaux et sanitaires fonctionnent, en mobilisant une certaine partie de la population et par opportunisme électoral, un certain nombre de députés.

En 1915, en plein conflit mondial, les ligues de vertu et les viticulteurs en profitent pour avancer leurs pions, pendant que la majorité des hommes en âge de combattre (et de défendre l’absinthe) est au front. suppresion_absinthe_1915-02f8cOn la présente comme un fléau, et un réflexe patriotique ira jusqu’à prétendre qu’il faut défendre l’économie française et ses viticulteurs du terroir, plutôt que cette absinthe dont l’origine est douteuse. Elle sera finalement interdite, sans grande protestation, parce que mine de rien, l’attention est focalisée sur quelque chose de beaucoup plus grave: la Grande Guerre.

La conjonction des intérêts des ligues de vertu catholiques (alors en pleine crise, suite à la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat), des viticulteurs (eux aussi en pleine crise parce que leur marché est trop compétitif et occupé par l’absinthe), et des politiques (qui ont besoin de renforcer leurs arrières en assurant à leurs circonscriptions des revenus économiques substantiels alors qu’on est dans une économie de guerre) a tout d’un complot contre l’absinthe, accusée par ces gens d’être à l’origine de tous les maux de la société, alors que 95% des français de plus de 14 ans en consomment régulièrement sans que cela ne donne lieu à plus de problèmes.

Pour bien comprendre ce que pouvait être l’absinthe dans la société à l’époque, il suffit de s’imaginer que des ligues de vertu et des producteurs de chicorée décident aujourd’hui de déclarer la guerre et d’interdire le café. Après tout, le café n’est-il pas un excitant? Une frange non négligeable de la population française ne s’estime-t-elle pas dépendante à son « petit noir »? Les terroristes ne boivent-ils pas du café? Cela peut sembler risible lu comme cela sur Sombre Plume, mais démultiplié par des médias nationaux, et répété à chaque fois qu’un drame survient en France (« un buveur de café encore mis en cause dans une affaire de violences », « le meurtrier du petit Untel se révèle être un buveur de café » etc…), cela mobilise (et manipule) une opinion publique…

N’est-ce d’ailleurs pas ce qui se passe aujourd’hui même en France, avec l’état d’urgence? Sous prétexte d’une bande d’enragés hurlant « Allah Akhbar » en commettant leurs attaques meurtrières, des militants écologistes, des syndicalistes, des journalistes, parfaitement inoffensifs en terme de violence physique, sont assignés à résidence et surveillés… Des centaines de personnes, rassemblées pacifiquement et réclamant un monde meilleur sont chargées, matraquées et arrêtées (et fichées), sous prétexte que quelques individus (cagoulés… et qui pourraient donc être n’importe qui, y compris des policiers, comme l’exemple israélien l’a démontré il y a quelques semaines) ont jeté des bouteilles vides sur les CRS…

Méfiez-vous des discours unanimes dans les médias, méfiez-vous des politiques opportunistes.
La vérité est dans l’Histoire et dans les livres.

In Absinthium Veritas…

L’imposture pseudo-chrétienne du 21e siècle

tronche
Ma tronche, en découvrant ces horripilantes vidéos sur Youtube.

Ils sévissent depuis un certain temps, mais l’actualité se focalisant sur les vilains musulmans-qui-sont-des-terroristes-mais-pas-d’amalgames, ils passent à peu près inaperçus. Enfin, pas tant que ça, puisque j’ai fini par tomber sur un certain nombre de vidéos youtube où ils se mettent en scène.

Je parle des pseudo-nouveaux-chrétiens que sont Shora Kuetu, Morgan Priest, Claude Ignerski… et malheureusement, bien d’autres. On les reconnaît facilement: ils déclarent ne relever d’aucune Eglise, d’aucun clergé, d’aucun courant, et se déclarent « simplement chrétiens », suivant les enseignements de la Bible, et ont généralement écrit des livres et/ou publié des vidéos sur youtube. Certains joignent le geste à la parole puisqu’ils n’hésitent pas à aller « baptiser » des « convertis ».

Les formes que prend ce néo-évangélisme sont directement inspirées des méthodes évangélistes américaines, qu’elles soient mormones, protestantes, catholiques, ou autres. Elles ont également énormément influencé les radicaux islamistes en inspirant les mouvements jihadistes.

Ces gens, donc, rejettent les clergés, qu’ils considèrent comme manipulés par Satan, ou la franc-maçonnerie, ou ce qu’on veut. L’important, c’est d’avoir une base pour décrédibiliser leur parole et amener le fidèle à écouter. Ils ne s’en réfèrent donc qu’à la Bible, selon leurs propres mots.

Oui, mais à quelle Bible?

Probablement celle que l’on trouve dans toutes les librairies, l’édition interconfessionnelle qui efface les différences entre les traductions des bibles catholiques (basées à l’origine sur le Latin, puis sur l’Hébreu depuis quelques décennies) et celles des bibles protestantes (basées sur l’hébreu), sans oublier celles des bibles orthodoxes (basées sur le grec ancien). Or, cette Bible, dans sa forme actuelle, a été homogénéisée à l’initiative… du Vatican. L’Eglise Catholique, donc.

Avant les années 1970, on trouve des bibles avec des traductions différentes, mais intégrant également des textes différents. Ainsi, la Bible des protestants n’inclut pas les textes dits deutérocanoniques, c’est à dire issus du deuxième canon.

Pour comprendre cette différence, il faut remonter un peu dans le temps, aux origines mêmes de la Bible. Pendant les premiers siècles, les églises greco-orientales et les églises romaines sont en compétition, du fait de la scission de l’Empire romain entre l’occident, centré sur Rome, et l’orient, centré sur Constantinople. Le Pape de Rome et le patriarche de Constantinople essaient de prendre l’ascendant l’un sur l’autre pour obtenir l’imperium sur les fidèles, c’est à dire, diriger l’ensemble des églises du monde chrétien. Cette rivalité est essentiellement théologique, c’est à dire interprétative des écritures, ce qui ne va pas sans conséquences: quelques évêques s’insurgent de l’interprétation des textes qui est faite par le Patriarche et le Pape, et présentent leurs propres interprétations. C’est le début des grandes hérésies.

Or, les hérésiarques et les églises luttent les uns contre les autres en invoquant des textes radicalement différents. Certains textes sont d’inspiration gnostique, d’héritage platonicien et égyptien (la Grèce et l’Egypte étaient culturellement très proches jusqu’à l’arrivée des romains aux alentours de -50av. JC), c’est à dire fonctionnant plutôt comme les cultes à mystères dont le plus célèbre est celui d’Eleusis. D’autres textes sont écrits par des juifs rejetant l’universalité du christianisme, selon la tradition des apôtres originels rangés derrière Pierre, qui deviendra Saint Pierre. Pour ceux-ci, avant d’être chrétien, il est nécessaire d’être juif, et donc, notamment, de passer par… la circoncision, ce qui ne manque pas de rebuter la majeure partie de la population masculine à une époque où les conditions d’hygiène n’existent pas plus que la télévision. Enfin, d’autres textes sont écrits par des chrétiens à l’origine païens, qui rejettent la circoncision et mangent la viande des animaux sacrifiés aux idoles païennes, et qui suivent plutôt l’enseignement de Saint Paul.

Dans tout ce joyeux bordel, on comprend très vite que le nombre d’incohérences et même de contradictions est si élevé que n’importe qui peut dire n’importe quoi à propos de tout, et se prétendre chrétien. Les évêques de tous les courants organisent donc l’uniformisation de la Foi en déterminant quels textes sont « authentiques » (canoniques) et lesquels ne le sont pas (apocryphes). Pour les églises relevant de l’autorité du Pape romain, le canon est fixé aux conciles de Carthage en 393 de notre ère, et d’Hippone, en 397. Ce canon sera finalement accepté par les églises greco-orientales au concile In Trullo de 692, même si quelques courants intègrent plus de texte dans le canon qu’ils reconnaissent (l’Eglise d’Ethiopie intègre à sa Bible le livre d’Hénoch, par exemple). Lorsque la réforme protestante surgit et s’oppose à Rome, elle le fait en contestant la canonicité de certains textes, dits deutérocanoniques, c’est à dire « reconnus canoniques au deuxième [concile] ». Ces textes avaient déjà été contestés par les églises grecques, au cours de trois siècles de discussions. Pour s’opposer à la Réforme, Rome décide de confirmer son canon « pour toujours » par le biais du Concile de Trente, en 1546.

Les Bibles lues aujourd’hui par les pseudo-évangélistes ne sont donc pas des Bibles « universelles », mais des Bibles issues d’un double consensus, le premier datant du 16e siècle, le second du 20e siècle.

Cela signifie qu’un nombre important de textes des origines de la chrétienté est totalement ignorée. Ce n’est pas pour rien que les manuscrits de la Mer Morte ont fait un tel foin quand on les a découverts à la fin des années 1940: on a redécouvert des livres bibliques que l’on pensait perdus. L’ensemble du corpus biblique recouvre l’ancien testament, les évangiles et les épîtres formant le nouveau testament, l’Apocalypse de Jean, mais également les livres dits apocryphes, les écrits gnostiques, ainsi que les écrits intertestamentaires, rédigés entre les textes de l’ancien testament et ceux du nouveau.

Sur le catalogue de la collection La Pléiade, ancien et nouveau testament font environ 5000 pages. Si l’on y ajoute celles des ouvrages exclus par le canon de l’Eglise catholique et des autres, il faudra connaître 8000 pages de plus.

Je repose donc ma question: sur quelle Bible ces mecs se basent-ils pour débiter leurs conneries à destination des gens qui vont les écouter? Si c’est la Bible du supermarché, dans ce cas ils n’ont pas le droit de prétendre ne relever d’aucune Eglise: ils font partie de l’œcuménisme voulu par le Vatican dans les années 1970.

Pour être franc, je ne suis même pas sûr que la plupart de ces mecs ont vraiment une Bible chez eux. On les voit faire de jolies captures d’écrans de sites internet dont la traduction n’est même pas précisée. Or, celle-ci revêt une importance capitale. Pendant plus d’un millier d’années, la Bible latine affirmait que Moïse, en redescendant de la montagne avec les tables de la Loi, avait le front orné de cornes, fait magnifiquement gravé dans le marbre par Michel-Ange. Aujourd’hui, on traduit plutôt ce passage par « il avait la figure rayonnante », ce qui ôte le caractère démoniaque (les cornes) de l’une des figures majeures de la Bible…

Je ne peux même pas dire que ces gens sont, au fond, des croyants qui essaient de trouver leurs réponses. Non. Il suffit d’arpenter leurs sites officiels pour constater la présence de ces petits encarts Paypal « faire un don ». Ce ne sont rien d’autre que des putes à clic, des sangsues qui vivent directement ou indirectement (ou essaient, en tout cas) sur le dos de gens sincères qui les écoutent, et qui racontent absolument n’importe quoi.

Selon Claude Ignerski, le « ravissement » (enlèvement par Dieu des vrais croyants avant le déclenchement de la fin des temps) aura lieu à la mi-septembre 2015. Gageons qu’il se sera cramé et qu’on n’entendra plus trop parler de lui en octobre de cette année.

Morgan Priest se présente comme un ancien sataniste/gothique… qui a trouvé la foi du jour au lendemain en 2012. Il aurait aussi été ancien franc-maçon. Il a rédigé sa propre page sur l’Internet Movie DataBase en se présentant comme un artiste incontournable « parti de rien et qui s’est fait tout seul », parce qu’il a réalisé quelques courts métrages. Karatéka. Bodybuilder. Avec surtout un énorme problème d’égocentrisme qui le pousse à se faire remarquer par tous les moyens, que ce soit par son look (crâne rasé façon prêtre égyptien antique, tenue noire + cuir + résilles + breloques argentées + eyeliner) ou par ses vidéos où il se met en scène, ici avec un nouveau converti « sauvé » d’une autre religion, là pour bafouiller des conneries sur la Foi et les textes sacrés.

La liste pourrait continuer longtemps.

Si ces mecs n’hésitaient pas à parler des textes apocryphes pour expliquer leur Foi, rejeter les Eglises et leur pseudo-manipulation des fidèles, et ne se contentaient pas de glisser ici ou là une petite citation biblique trouvée grâce à deux mots-clés sur un moteur de recherche, leur démarche pourrait paraître sincère et finalement, pas si dangereuse. Ce n’est clairement pas le cas: ils manipulent des fidèles (et des moins fidèles) pour satisfaire leurs égos et finalement bâtir leur propre communauté. En langage théologique et juridique, on appelle ça une secte, et ces mecs, on les appelle des gourous.

Méfiez-vous de la manipulation mentale, méfiez-vous des personnes qui se prétendent sincères et indépendantes de tout. Ce ne sont que des loups déguisés en agneaux.

(tant qu’on y est, après tout…
Matthieu 7:15 – Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs.)

 

 

Ecrire au 21e siècle (3)

Piquée chez http://www.thecatwhowrites.com parce que j’ai la même Remington 12 modèle 1920 sur mon bureau et que j’ai trouvé ça cool.

Je ne sais pas pourquoi, ces derniers temps, je n’arrête pas de lire des articles sur les droits d’auteur, le fric que génère l’écriture et tout ce bazar. Sérieusement, avant de penser argent, écrivez déjà quelque chose de potable. Ca ne se fait pas du jour au lendemain, et vous avez énormément de boulot, pour ne serait-ce qu’apprendre à donner envie de lire votre histoire à un lecteur qui n’en connaît rien et qui ne vous connaît pas. Continuer la lecture de Ecrire au 21e siècle (3)

Ecrire au 21e siècle (2)

Ecrire est un acte égoïste et solitaire. Si c'était un mode d'interaction sociale pour avoir l'illusion d'avoir des amis, ça s'appellerait Facebook.
Ecrire est un acte égoïste et solitaire. Si c’était un mode d’interaction sociale pour avoir l’illusion d’avoir des amis, ça s’appellerait Facebook.

Si j’avais réfléchi à ce qui va suivre il y a deux ans, j’aurais certainement écrit un article très noir, désespéré et dépressif. Je n’étais vraiment pas dans les bonnes conditions pour écrire, avec un couple englué dans le rejet inavoué de l’autre et une situation financière assez précaire (sans être catastrophique, loin de là). J’aurais énuméré toutes les raisons imaginables pour me rassurer moi-même et conclure qu’écrire de la littérature, qu’elle soit de genre, de gare ou de tête de gondole avec ruban rouge Goncourt, c’était un mirage inatteignable et verrouillé par quelques pseudo penseurs-maîtres à penser. Continuer la lecture de Ecrire au 21e siècle (2)

Liber Satanis – version papier

Liber Satanis Sombre Plume a 4 ans, et c’est l’occasion pour nous de célébrer cet anniversaire avec l’annonce de la publication en format papier du Liber Satanis!

Je voulais permettre à mes lecteurs et lectrices d’avoir un Liber Satanis dans leur bibliothèque, et non plus simplement sur liseuses et tablettes. Le numérique est pratique, mais n’offre pas le même plaisir qu’un véritable livre. Et puis, on ne peut pas dédicacer un fichier numérique…

L’apparition de la possibilité d’imprimer à la demande nous offre des possibilités que nous n’avions pas il y a encore quelques mois. Elora et moi avons donc dans les cartons plusieurs autres projets, dont nous aurons l’occasion de reparler d’ici quelques temps.

En attendant, pour recevoir votre exemplaire du Liber Satanis, ça se passe par ici.

Bonne lecture à toutes et à tous!

Ecrire au 21e siècle

Le plus beau triomphe de l’écrivain est de faire penser ceux qui peuvent penser. – Eugène Delacroix

 

Classicisme, formalisme académique, on pourra sourire en voyant un article s’ouvrir par une citation joliment formulée amenant le thème que je vais aborder. Mais, après tout, mes interrogations n’ont rien de révolutionnaires et touchent à un moment ou un autre tout écrivain.

Ecrire a-t-il un sens au 21e siècle?

L’écriture, pour l’artiste qui apprivoise les mots, est un acte de création né en même temps que la parole et l’imagination. Ce que l’on appelle écriture aujourd’hui n’est rien moins que l’invention d’une histoire et l’art de la raconter. Qu’elle le soit oralement à la lueur d’une torche dans une grotte obscure ou bien arrangée en petits caractères étalés sur des feuilles de papier, ce pur produit de l’imagination humaine qu’est l’écriture est peut être l’acte de socialisation le plus important pour la Civilisation humaine. Continuer la lecture de Ecrire au 21e siècle

Le Grand Chaos

Elora et moi avons décidé de faire repartir Sombre Plume de zéro. Nous avons évolué tous les deux depuis les 4 ans que nous tenons la barque (tant bien que mal), et nous voulions tout changer de fond en comble depuis déjà pas mal de temps. Attendez-vous donc à  quelques changements…

Nous allons essayer de tenir un peu plus sérieusement la maison, malgré nos projets professionnels qui nous prennent un temps monstrueux.

Je profite de ce petit billet pour signaler à ceux et celles qui nous suivent qu’ils pourront me retrouver au début du mois d’avril dans la revue Absinthe #15 publiée par le collectif Hénose, avec une très courte nouvelle d’ambiance intitulée Le Tertre, déjà publiée en novembre 2012 dans Klaatu Mag #3.
En tant qu’auteur, cela fait super plaisir de voir un de mes textes republié, même si en l’occurrence il s’agit d’un texte « de jeunesse » qui n’a pas grand chose à voir avec mes travaux actuels. Quoique..?

Ma nouvelle Werwolf est toujours disponible chez House Made of Dawn, qui avait également publié l’année dernière Caucasus. Cette dernière est pour le moment indisponible, mais devrait revenir très bientôt.

Et bien sûr, d’autres projets en cours devraient aboutir d’ici quelques mois, l’occasion pour moi de revenir avec quelques bonnes nouvelles!

Liber Satanis

coverlibersatanis2 Il y a des projets qui mettent des années à sortir et à se concrétiser. La parution de cet ouvrage sur Sombre Plume il y a près de trois ans était pour moi un moyen de faire connaître un texte que j’avais composé comme une ode à la Liberté et à l’Amour. Je voulais le distribuer gratuitement, selon la logique de notre site, et nous l’avons fait, pendant deux ans.

Lorsque mon œuvre s’est retrouvée manipulée contre moi, sur la simple base de son titre (qui en fait, forcément, quelque chose de satanique… non mais sérieusement, comment peut-on oser prétendre un truc pareil?), Elora l’a retirée de notre site, ainsi que l’intégrale du cycle Ecclésia (consacrée à l’Eglise, là bizarrement, on ne m’a pas accusé d’être diabolique). Nous avons longuement débattu de ce que nous devions faire, et nous avons décidé d’opter pour une parution numérique.

D’une part, cela nous permettra d’avoir une bien meilleure visibilité auprès de notre public, puisque la boutique Kindle attire autrement plus de monde que notre petit site. D’autre part, les revenus qui seront générés par les ventes de nos ouvrages nous permettront de financer nos modestes projets, et peut être d’envisager des publications papier et donc des rencontres avec notre public pour dédicaces et autres.

Évidemment, nous n’avons pas simplement posé une étiquette de prix sur un contenu que nous avions publié gratuitement. J’ai réinséré un texte inédit, que je réservais pour une édition papier, intitulé Livre d’Erebus, qui confronte le Déchu aux Ténèbres. J’ai également remanié profondément la forme, ainsi que l’introduction (Elora a, de son côté, modifié sa postface). Et bien sûr, nous avons corrigé de nombreux petits défauts et opéré quelques reformulations. Sans être nouveau, c’est donc un Liber Satanis tel que je l’avais écrit que je vous propose désormais.

Quant au prix auquel nous le proposons, il servira avant tout à financer d’autres projets d’écriture et d’autres publications. C’est une façon de contrebalancer la gratuité des autres textes que nous offrons à nos lecteurs, en nous soutenant financièrement par la lecture plutôt que par des dons ponctuels comme nous pouvons le voir sur d’autres plateformes.

Elora et moi faisons un pari avec cette publication, tout en affirmant notre refus de la censure et notre liberté non seulement d’écrire, mais également de penser. Mon Liber Satanis a été utilisé pour essayer de nous démolir, nous entendons bien en faire notre étendard.

Vous pourrez vous le procurer ici

Attention: il n’est pour le moment disponible qu’en format Kindle, vous devrez donc en posséder une pour profiter de notre travail.