Tous les articles par Tiephaine G. Szuter

Sombre Plume présente: Saoshyant & Rome

Je me décide enfin à donner des allures plus officielles concernant la sortie de Saoshyant, paru en août dernier, à l’occasion de la publication du deuxième volet de la trilogie Ecclesia, intitulé Rome.

Saoshyant, tout d’abord:
Disponible au format papier et numérique (kindle) 

Dans l’obscurité d’un passé depuis longtemps oublié est née une idée qui devait changer le monde et délivrer l’Homme de ses angoisses.

Le Sauveur, pourtant, s’est fait tyran usurpateur et sanguinaire par la voix des prophètes qui n’ont eu de cesse d’annoncer sa venue prochaine à leur propre profit.

De ses origines mazdéenne, le Saoshyant s’est mué en Ha Mashia’h à Babylone avant de devenir Christ à Jérusalem.

Depuis deux millénaires, l’Homme tue au nom de celui qui devait le sauver. De Zoroastre à Saint Paul et l’Iscariote, Tiephaine G. Szuter prolonge l’expérience du Liber Satanis dans le premier volume de la trilogie Ecclesia, consacrée à la naissance du Christianisme et de l’Église qui s’en réclame.

 

Comme je l’expliquais en décembre dernier, la trilogie Ecclesia, dont Saoshyant est le premier volet, s’inscrit dans la lignée de mon Liber Satanis et entend montrer comment une idée mystique a été manipulée pour faire passer une petite secte isolée en Orient au statut de religion globale.

Saoshyant plonge dans les racines mazdéennes du concept de « Sauveur » et montre comment ce concept spirituel est devenu une arme dans les mains de rebelles juifs contre la domination romaine.

Le second volet d’Ecclesia s’intitule donc logiquement Rome:

Disponible au format papier et numérique (kindle)

La ville éternelle! Rome, l’impériale, la majestueuse, capitale du monde… Et pourtant, tout ceci ne serait bientôt plus que poussière.

Depuis le lointain Orient, la mort de l’Empire est en marche.

L’exterminatrice de dieux et de traditions rongera Rome de l’intérieur, festoyant sur son cadavre pendant des siècles.

L’Église chrétienne détruira un monde, et le plongera dans l’obscurité pour un millier d’années…

Avec Rome, Tiephaine G. Szuter nous fait plonger dans le drame de la fin du Monde antique dont l’agonie dura quatre siècles. Rongée par la superstition et le fanatisme, Rome témoigne du destin des sociétés obscurantistes des hommes devenus fous par dévotion.

 

Rome se déroule donc à la période troublée de l’Empire, et se concentre sur les conséquences de la fondation de l’Eglise Catholique, qui prendra peu à peu l’ascendant sur le pouvoir de l’Etat romain, et détruira irrémédiablement le monde antique et son lien particulier avec la Nature, les anciennes traditions, et cherchera la domination sur l’Humanité toute entière. Mais cette dernière partie sera abordée dans le troisième volume d’Ecclesia, intitulé Peste, à paraître dans les prochains mois.

Comme toujours, je vous souhaite une bonne lecture en compagnie de mes écrits.

 

La pseudo-science catastrophiste, fléau du 21e siècle

Écouter l’émission « Existe-t-il une science du pire? » de France Culture du 26 octobre dernier pour me réveiller n’était à priori pas la meilleure des choses à faire pour partir sur de bonnes bases. 

Le concept de « science du pire » s’applique à décrire ces situations catastrophiques « découvertes » (voire provoquées) par la Science, comme le célébrissime concept de « changement climatique ».

Le sujet de l’émission est à priori séduisant, puisqu’il s’agit de présenter une discipline naissante, la « collapsologie » (ou « science de l’effondrement », du terme anglais « collapse »), et d’en expliquer les principes. Le concept même de fin du monde est à la mode depuis environ 2500 ans et la naissance des messianismes religieux (là, je vous renvoie à mon Saoshyant), mais il s’est particulièrement développé ces cinquante dernières années: craintes d’une guerre nucléaire, apocalypse zombie, virus mortel global, robots tueurs, effondrement des sociétés civilisées, invasion extra-terrestre, astéroïde tueur… La littérature et le cinéma ne manquent pas d’exemples et nous en abreuve en permanence. Il semble donc assez étonnant finalement qu’une discipline scientifique ne se soit pas attachée à étudier ce domaine avant.

Quoique.

Rappelons que la Science repose sur deux choses: l’observation, et l’expérimentation. Si on peut observer l’effondrement de sociétés passées ou existantes, et éventuellement formuler des hypothèses pour les expliquer, il manquera toujours le second aspect fondamental de la Science moderne. L’expérimentation, pour des raisons assez évidentes, ne peut pas être réalisée sur une société pour voir comment elle s’effondre. L’expérimentation supposant la réplication, c’est à dire la répétition d’un résultat dans les mêmes conditions, autant dire qu’il est impossible de considérer la « collapsologie » comme une science, à moins d’accepter que l’on puisse mener des expériences sur des groupes d’individus pour observer comment ils survivent et meurent dans des conditions déterminées par avance. Au cours de l’ère moderne, il n’y a que trois « civilisations » qui ont permis un tel niveau d’inhumanité: l’Allemagne national-socialiste, la Russie soviétique, et le Japon impérial (du moins, sa sinistre Unité 731).

La collapsologie présente donc un sérieux défaut épistémologique dans le fondement même de son approche, et ne saurait en aucun cas être considérée comme une science au même titre que la Physique, la Chimie, la Médecine ou la Biologie. Ça ne signifie pas qu’elle ne peut pas être pertinente dans sa démarche ou son propos, simplement il faut garder à l’esprit que n’étant pas une Science, toute décision politique, économique ou humaine prise par rapport à cette discipline ne semble pas avoir beaucoup plus de pertinence qu’une décision prise en fonction d’un jet de fléchette ou d’un jet de dé.
Mais, encore une fois, l’idée n’est pas elle-même scandaleuse, puisqu’elle s’apparente à l’Histoire (qui essaie d’observer le passé pour en déterminer les dynamiques, mais sans pouvoir faire de prédiction), et éventuellement la Sociologie, dont elle partage les travers. La collapsologie n’est finalement que le pendant lugubre de la futurologie, qui est une discipline cherchant à prédire le futur à partir de l’étude de dynamiques technologiques, sociales, économiques et politiques actuelles.

Le premier quart d’heure sert d’introduction à cette discipline (qui n’a rien de nouveau, même si le terme semble l’être) et présente un entretien avec Pablo Servigne, co-auteur avec Raphaël Stevens d’un ouvrage de 2015 sur ce sujet, et qui a initié le mouvement. L’émission de Nicolas Martin sur France Culture relève assez vite que la collapsologie s’apparente à une pseudo-science, avec tous les dangers que cela peut comporter: Pablo Servigne précise en effet que la collapsologie se fonde sur l’observation ainsi que l’intuition. Une belle manière de dire que la discipline tient totalement compte des biais de ses membres et s’en sert pour ses prédictions. C’est là que la collapsologie se distingue de toute discipline à prétention scientifique comme peut en avoir par exemple la sociologie: là où l’approche scientifique essaie au maximum d’éliminer les biais cognitifs (à priori, préjugés, mauvaises interprétations…) pour obtenir des résultats non seulement les plus précis possibles, mais surtout les plus fidèles possibles à la réalité, la collapsologie s’en sert.

Pourquoi cela pose-t-il un problème? Tout simplement parce qu’à partir du moment où on adopte une approche biaisée, le résultat ne peut qu’être biaisé, inexact et éloigné de la réalité. C’est le principe de l’approche idéologique. Pour être plus clair, mettez-vous dans la peau de quelqu’un qui imagine que le nombre 18 est un nombre extrêmement important, sans pour autant être capable d’expliquer pourquoi. Vous en avez l’intuition. Le fait que vous attachiez une importance à ce nombre plutôt qu’à un autre va faire qu’à chaque fois que vous allez y être confronté, vous allez le remarquer de façon beaucoup plus claire que tout autre nombre, quand bien même vous le verriez beaucoup moins qu’un autre (au hasard, le nombre 23). C’est ce qu’on appelle un biais de perception sélective, ou « cherry picking » en anglais, qui consiste à ne prendre que les éléments qui nous confortent nos préjugés (de façon consciente ou non) et nous permettent d’obtenir des résultats conformes à nos attentes. C’est par exemple la démarche adoptée par Françoise Lhéritier et Priscille Touraille en sociologie pour expliquer des différences physiologiques entre hommes et femmes (même si en ce qui concerne ces deux-là, on est carrément dans la falsification scientifique…).

Je ne me prononcerais pas plus avant sur cette émission (ce que j’ai écrit jusqu’ici est de toute façon suffisamment éloquent), n’ayant pas pu aller plus loin que la vingtième minute, faute de patience face aux élucubrations qu’on y entend. Inviter Vincent Mignerot, un essayiste qui se présente comme « chercheur en sciences sociales » sans en avoir ni l’activité ni le diplôme, aurait pu éventuellement être intéressant si celui-ci n’était pas animé par des motivations politiques: il est président de l’association Adrastia, qui cherche à engranger de l’argent sur le thème de la fin du monde. L’entendre préciser en réponse à la mention du Réchauffement Climatique que le GIEC (Groupe International d’Études sur le Climat) se base sur des méta-études aurait pu être pertinent (une méta-étude est une analyse portant sur des ensembles de travaux portant sur un même sujet, pour en faire surgir une analyse statistique sensée faire émerger des tendance générales, tout en s’affranchissant en théorie des biais cognitifs propres individuellement à chacune des études). Le GIEC ayant une influence majeure sur la politique nationale et mondiale, rappeler une partie de ses méthodes pour en faire la critique est un argument fort pour préciser que les travaux du GIEC ne sont pas exempts de défauts et que les suivre aveuglément n’est pas forcément une bonne idée, d’autant plus que ses prévisions sont catastrophistes et aboutissent à réclamer toujours plus de financements. Malheureusement, Vincent Mignerot n’a vraisemblablement aucune honte à prêcher pour sa paroisse en affirmant de façon vindicative que le GIEC est très en dessous de la réalité parce qu’il ne prend pas en compte les derniers travaux scientifiques. Entendre un pseudo-chercheur en sciences sociales s’en prendre à des études scientifiques certes critiquables sur certains points mais autrement plus solides que la camelote qu’il essaie de nous vendre, c’était beaucoup trop pour que je puisse encore perdre mon temps à l’écouter.

Alors pourquoi rédiger un article à ce propos, finalement? Hé bien parce que j’avais envie de parler de ces gens qui, comme Vincent Mignerot, produisent des pseudo-savoirs et cherchent à profiter du système français pour récolter des financements publics, sans jamais avoir à justifier de la pertinence et de la validité de leurs travaux. Autrement dit, ces gens sont des parasites qui vivent confortablement avec l’argent du contribuable, et bénéficient d’une rente à vie qui les exempte de travailler réellement. Ces rentiers sont extrêmement nombreux en France, et expliquent en partie le gaspillage d’argent public et le déficit de l’État, même si ils ne sont pas le seul problème qui gangrène la société française, loin s’en faut.

L’organisation de l’État français fait de celui-ci le point central de l’économie du pays. En impliquant l’État dans tous les processus de décision, comme par exemple l’organisation de la solidarité nationale redistribuant les richesses à destination des plus pauvres par le biais de l’impôt, la France a adopté un système économique dit « socialiste ». Le socialisme n’est pas synonyme d’humanisme comme on tend à le croire, mais de centralisation étatique: l’État, et plus exactement le Gouvernement, se voit investi du pouvoir de réguler et d’organiser tous les aspects de la vie nationale. C’est parce que cette centralisation du pouvoir et du processus de décision prétend se fonder sur la solidarité que l’on en a cette vision déformée aujourd’hui, du moins en France.

Cette centralisation a pour effet d’inciter les groupes sociaux-économiques à rechercher les faveurs de ceux qui sont au pouvoir, pour obtenir des avantages politiques, législatifs ou financiers, sans avoir à se soumettre au processus naturel de sélection par la concurrence. En d’autres termes, la centralisation incite à la corruption et à la collusion, pour permettre à des groupes qui ne justifient pas de la pertinence de leur existence par un apport concret à la société de simplement continuer à exister. Généralement, cette survie est assurée par la captation d’une partie de l’argent du contribuable par le biais de subventions étatiques, en échange de faveurs quelconques assurant le maintien au pouvoir d’une partie de la classe politique (mais pas forcément à des postes renouvelés par le biais d’élections périodiques).

L’exemple le plus parfait pour illustrer ce mécanisme est le GIEC, dont j’ai parlé un peu plus tôt. Cet organisme international  est composé de représentants d’États nommés à leur poste par des gouvernements (il s’agit donc de postes politiques, et non de postes scientifiques), afin de produire des rapports à destination des autorités pour « guider l’action publique ». Nous avons donc des États qui depuis les années 1970 subissent une dépendance énergétique aux énergies carbonées, au premier rang desquelles le pétrole, qui s’est doublée au fil des ans d’une dépendance politique et financière au profit des États producteurs de pétrole, qui cherchent à justifier leurs politiques publiques d’investissements et de « transition énergétique » vers des énergies décarbonées, et s’appuient sur les travaux d’un organisme dont les membres sont tous nommés par leurs propres gouvernements pour justifier les politiques et stratégies nécessaires pour réduire la dépendance énergétique et financière envers les puissances pétrolières. Autant dire que le GIEC n’a aucun intérêt à produire un rapport réduisant l’impact des émissions de CO2 sur le climat, et a tout intérêt au contraire à produire des rapports catastrophistes… et à obtenir en échange de généreux financements assurant sa pérennité.

Ce principe s’applique à peu près à toutes les organisations associatives en France, depuis la petite association sportive communale qui a intérêt à bénéficier du prêt d’un bâtiment de la municipalité, jusqu’à des organisations internationales, gouvernementales ou non, y compris celles qui se défendent de toucher des subventions publiques (Greenpeace, par exemple, prétend ne pas être financée par un État, mais reçoit en réalité l’autorisation politique de mener ses actions avec la bienveillance policière et judiciaire, même quand il s’agit de bloquer des trains de combustible nucléaire ou d’envahir des centrales en ayant l’assurance de ne pas se faire tirer dessus…). Les entreprises y sont également très fortement incitées, comme on le voit depuis des années avec le MEDEF qui est systématiquement à l’œuvre en coulisse lors des réformes gouvernementales portant sur les entreprises, même si cela ne va pas du tout dans l’intérêt des PME qui représentent l’immense majorité des entreprises françaises.

Ce que les journalistes et politiques nomment « ultralibéralisme » n’est en réalité que le produit même de l’organisation socialiste de la société française. Il n’y a aucune libéralisation quand c’est l’État qui in fine prend toutes les décisions, même si celles-ci semblent donner du pouvoir à certains de ses affidés: ils font tous partie de la même entreprise de captation des richesses du peuple français par le biais de l’impôt. La seule différence avec les mafias est que ceux qui bénéficient de ce système se réfugient derrière l’apparente légitimité de leurs actes fournie par la Loi. Il n’y a plus aucun moyen normal de lutter contre ces gens, qui se fournissent les uns aux autres les justifications de leur activité et de leur rémunération: c’est un cercle vicieux qu’il devient de plus en plus impossible de briser.

La collapsologie n’est qu’un avatar de plus de ce problème majeur qui ronge la société française de l’intérieur. Il n’est guère étonnant qu’à aucun moment cette pseudo-discipline ne s’intéresse aux conséquences mêmes de son existence (le fait de faire une prédiction suffit souvent à la déjouer), ni encore moins aux véritables raisons qui poussent des sociétés civiles à l’effondrement et au basculement vers une autre organisation. Il ne faut rien attendre d’une discipline qui fait partie du problème, et qui passe son temps à crier au loup pour des raisons qui ne sont pas justifiées. Le jour où il se passera vraiment quelque chose, personne parmi ces oiseaux de mauvais augure ne le verra venir. C’est ce qui s’est passé avec la crise financière de 2008.

La leçon n’a visiblement pas porté ses fruits…

Il bouge encore!

Les deux mois qui viennent de s’écouler ont été l’occasion de grands chambardements dans nos vies, qui nous ont tenus éloignés malgré nous de Sombre Plume et de nos projets de publication.
Elora a une vie professionnelle et personnelle qui lui laisse très peu de temps à consacrer à sombre Plume, aussi dois-je prendre sur mes épaules la majorité de l’activité du site.
Seulement voilà, depuis septembre, je n’ai tout simplement pas arrêté: je me suis expatrié en Italie, pour les trois ans à venir, puisque je suis désormais officiellement doctorant. Il m’a fallu préparer les entretiens, la paperasse administrative française, la paperasse administrative italienne, la paperasse administrative universitaire, bref, beaucoup de tracas qui m’ont tenu éloigné beaucoup plus que je ne l’aurais voulu.

Mais ça y est, je suis en Italie, et je peux enfin commencer à souffler un petit peu pour animer Sombre Plume. Je partagerais probablement avec vous quelques notes de lecture que j’écris sur Babelio, ainsi que quelques petites choses à voir à Turin, la ville où je vis désormais, histoire de ne pas laisser Sombre Plume dans les limbes comme ces trois derniers mois.

Vous l’avez peut être vu, nous avons publié Saoshyant en août dernier, sans grande fanfare. C’est un projet qui m’est très personnel et assez particulier, qui marque mon premier pas dans un projet au long cours né dans la foulée de mon Liber Satanis. Il s’agissait à l’origine de décrire comment la religion Chrétienne et son Eglise étaient nées, à travers un cycle baptisé Ecclesia. Il y a trois tomes à ce jour, tous rédigés en 2009-2010, et intitulés Saoshyant, Rome et Peste.

Saoshyant, donc, retrace les origines de la religion chrétienne, depuis les origines du messianisme mazdéen (dont le « Sauveur » était appelé « Saoshyant ») que le peuple hébreu a largement croisé lors de son exil à Babylone, vers l’an -500 avant notre ère, jusqu’à la fondation formelle de l’Eglise catholique romaine, vers l’an 60.

A mi-chemin entre œuvre littéraire (reprenant la forme du Liber Satanis) et interprétation historique romancée, Ecclesia l’une de mes œuvres les plus intimes et personnelles.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur Liber Satanis, mes recherches m’ont amené à découvrir des textes religieux que je ne connaissais absolument pas, comme l’Evangile de Judas, les évangiles Gnostiques, les apocryphes chrétiens ou encore les écrits dits « inter-testamentaires », c’est à dire décrivant des faits s’intercalant entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Je n’ai jamais été très religieux, mais je dois avouer que découvrir et pénétrer l’envers du décor m’a totalement fait perdre la Foi. De cette désillusion est né le cycle Ecclesia, et donc Saoshyant, qui fournit ma vision de l’acte de naissance du christianisme en tant que religion.

Il est très intéressant pour moi, en tant qu’auteur, de revenir à ces textes que j’ai écrit il y a déjà 7-8 ans, à une période de ma vie qui était très particulière. Ma vision a en effet beaucoup évolué depuis: si je ne me revendique certainement pas croyant en une quelconque religion, je ne suis pas non plus athée, me considérant plutôt comme agnostique, c’est à dire à l’esprit « ouvert » aux mystères et au métaphysique/surnaturel.

Nietzsche, que j’ai lu à cette période, parlait de briser les Idoles. C’est exactement ce qu’a été Ecclesia pour moi: la destruction de mes idoles, de mes illusions religieuses. J’ai, depuis, découvert Carl Jung, et assume totalement ma pratique de la « magie » chaote (peu assidue, je dois le reconnaître).

Liber Satanis donnait la parole aux réprouvés des textes sacrés des monothéismes orientaux. Saoshyant est le point de départ d’un voyage matérialiste vers la spiritualité. J’espère que vous l’apprécierez.

Je devrais en principe faire paraître le second volet d’Ecclesia, intitulé Rome, d’ici la fin de l’année, vraisemblablement pour Noël. A très bientôt, donc.

Le déni des peuples: réécriture de l’Histoire et populisme

Trois lignes dans un article anodin sur l’anniversaire de l’entrée officielle des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale. Il n’en faut pas plus pour dire des conneries aussi immenses que l’Océan Pacifique et me faire rentrer dans une colère noire.
L’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Première Guerre Mondiale moderne s’est faite à un moment où l’Allemagne avait déjà perdu la guerre, avec l’épuisement de ses forces vives (pour ne pas dire le gaspillage) dans la bataille de Verdun entre février et décembre 1916, l’apogée de l’impéritie de l’état-major allemand qui ne comprend pas la guerre qu’il livre et applique encore des méthodes héritées des guerres prussiennes cinquante ans plus tôt. Côté anglais et français en revanche, les choses évoluent, les Etats-Majors sont renouvelés lentement mais sûrement. Surtout, l’innovation technologique que représentent les chars anglais Mark I à IV et français Schneider CA1 puis Saint-Chamond et Renault FT marquent un tournant dans la guerre malgré leurs défauts vite compensés. Tournant que ratent totalement les allemands… et les américains.
Le 6 avril 1917, le contingent de l’armée américaine représente… une division à peine, dont l’entrainement n’a pas commencé (La France en a 95 de 15 000 hommes, dont 70 combattent par roulement à Verdun, les anglais en ont 75 de 18 000 hommes). Les américains n’arriveront réellement sur le front européen qu’à l’automne 1918, quand tout est déjà plié militairement depuis longtemps. L’aide américaine est anecdotique, presque opportuniste, elle ne change absolument pas le cours de la guerre, qui est remportée par les soldats anglais et les soldats français avec leur sang, leurs larmes et leurs tripes.
Si l’Allemagne parvient à se battre encore presque deux ans après Verdun, c’est uniquement parce que sur le front de l’est, la Russie tsariste s’effondre de l’intérieur avec la révolution soviétique, permettant d’abord un report des troupes (les combats diminuent énormément en intensité et se produisent surtout entre russes blancs et russes rouges), puis un retrait de ce front pour tenter de compenser la catastrophe qui se produit à l’ouest avec la montée en puissance sans précédent des armées franco-anglaises. Les manœuvres stratégiquement désespérées que l’armée allemande commence à opérer dès le printemps 1917 comme le retrait-piège qui conduira à l’offensive du chemin des dames côté français (un vrai fiasco, le dernier de cette ampleur et surtout celui qui déclenche un réel changement dans l’approche stratégique des états-majors français) ne sont pas à mettre au compte des américains, mais bien des français et des anglais qui ont usé les capacités militaires allemandes sans ciller. Tout ce que cherchent les allemands désormais, c’est briser les lignes de front pour non pas gagner la guerre, mais pouvoir négocier la paix en évitant une debellatio qui surviendra dans les faits avec le Traité de Versailles de 1919.
Je le dis, et je le répète: les amerloques n’ont RIEN fait pendant la première guerre mondiale sur le plan militaire. RIEN, putain.
On n’a pas eu besoin d’eux, si ce n’est pour une seule chose: fournir à nos soldats un espoir de renfort pour les faire tenir. Et le fait est que ça a été contre-productif, puisque les grandes mutineries de 1917 se produisent à peine un mois après cette fameuse « entrée en guerre des américains » (je rappelle quand même que les Etats-Unis ont une politique ultra-isolationniste dès 1823 avec la « Doctrine Monroe », et surtout avec l’élection de Wilson de 1912 et sa réélection de 1916 avec le slogan « He Kept Us Out of War »… Ironie de l’Histoire). Les fameux « sauveurs » n’arrivent qu’à la fin octobre 1917, et ne servent qu’en deuxième ligne parce qu’ils ne peuvent pas combattre (artillerie rachitique, formation tactique et au maniement des armes minables, doctrine stratégique inexistante). De fait, sur les 116 000 soldats américains tués pendant la guerre, seuls 53 000 l’ont été au combat (les autres le sont par la Grippe Espagnole, maladies et accidents). A titre de comparaison, les anglais perdent au combat 19 000 hommes, pour le seul 1er juillet 1916 (premier jour de la bataille de la Somme qui fera 440 000 morts français, anglais et allemands, tous au combat).
Au sortir de la Guerre, les américains ne sont certainement pas une puissance mondiale. Ils ne sont que des péquenauds comparés aux seules vraies puissances mondiales que sont le Royaume-Uni et la France au sortir de la guerre, aux côtés du Japon, de l’autre côté du globe (et qui est la seule puissance non européenne à pouvoir faire face aux armées occidentales). La France était, au sortir de la Guerre, la première puissance mondiale suivie de très près par le Royaume-Uni: c’est là que réside toute l’ampleur du drame de la défaite de 1940 après vingt ans de militantisme pacifiste acharné et dont nous ne nous sommes jamais remis. Hitler voulait détruire la France et vu l’état de notre pays aujourd’hui, il a parfaitement réussi.
La réécriture de l’Histoire, surtout de cette manière aussi mensongère, me met hors de moi. Dire que ces connards d’américains nous ont sauvés pendant la première guerre mondiale, c’est cracher sur les tombes et insulter la mémoire de 9,6 millions d’européens tués au cours du conflit et de dizaines de millions d’autres qui ont eu à en souffrir et y ont survécu, avec toutes les conséquences que cela entrainait pour les millions de mutilés, de « gueules cassées », de gazés et autres invalides de guerre.
Dévaloriser notre Histoire, nous enlever notre fierté, rabaisser et nier notre civilisation, c’est exactement ce qui a produit Hitler, Mao et Al-Baghdadi. Ne pleurez pas après les Trump, Poutine et tous les autres « populistes »: ce sont les seuls qui empêchent les vrais salopards de nous replonger dans l’obscurantisme sanguinaire en rendant un semblant de fierté à des peuples broyés par une finance dévoyée et des politiques corrompus.

Le diabolique empire colonial français: l’exemple du Franc CFA

Actualité oblige, on parle beaucoup de la colonisation en France ces derniers jours, en se focalisant une fois de plus uniquement sur le cas algérien et en oubliant dédaigneusement nos amis d’Afrique sub-saharienne.
Pas mal de vidéos sur youtube abordent la question, à partir des propos de Macron, mis en perspective avec ceux de Fillon, pour vous expliquer que la colonisation a été une atrocité sans nom et bla et bla et bla. Beaucoup de posture idéologique, mais peu de fond, de matière historique. Si ces vidéos sont stupides (idéologiques) au possible et énormément putaclic, elles génèrent néanmoins pas mal de commentaires où j’ai pu voir quasi systématiquement des références à cet abominable instrument colonial encore vivant aujourd’hui: le Franc CFA.

De quoi me faire lever un sourcil, parce que de nature curieuse (et aussi parce que ça m’intéressait de loin pour mon mémoire de Master), j’ai lu au mois de novembre un mémoire de M2 justement sur les effets positifs et négatifs du franc CFA, pour au final une conclusion très en faveur de cette monnaie, et absolument pas dans un sens néo-colonialiste.

  • Mais le Franc CFA, c’est quoi?
Le Franc CFA est une monnaie régionale regroupant 14 pays regroupés en deux zones (UEMOA – 8 pays / CEMAC – 6 pays). Cette monnaie ne doit pas être confondue avec le Franc CFA colonial, dont le fonctionnement était totalement différent: imposé aux colonies en 1939, il était totalement contrôlé par la France métropolitaine, tant dans son émission, la fixation de son cours par rapport au Franc, sa convertibilité en autre monnaie (dollar, livre sterling…), etc; il s’agissait principalement de découpler l’activité économique française de l’activité économique de ses colonies, à la fois pour des raisons d’efficacité économique que pour des raisons politiques, la décolonisation étant déjà dans les esprits de l’époque et se concrétisant à partir de 1945 dans les faits.
Grosso modo, le Franc CFA actuel (refondu en 1994) se caractérise par deux objectifs: la stabilité financière (en l’indexant sur le Franc français puis depuis 1999 sur l’Euro, avec un objectif de maintien de l’inflation sous les 2% annuels, comme en Europe) et le développement des échanges commerciaux et économiques entre les zones CFA et entre celles-ci et l’Europe(pas de taux de change entre les pays membres, libre et totale convertibilité du Franc CFA vers n’importe quelle monnaie…).
L’aire géographique appelée « zone CFA »
  • Comment ça marche?
Historiquement, pour faire tourner l’union monétaire sur des règles saines dans des pays encore fragiles, les pays membres ont confié à la France l’émission monétaire (l’impression des billets et pièces; ceci évite la tentation de certains dirigeants de multiplier les émissions non déclarées, mais aussi et plus généralement la déstabilisation monétaire par un seul pays). Et ces pays l’ont confiée de façon volontaire, à une époque où rappelons-le, ces pays entendaient préserver leur souveraineté quitte à s’appuyer sur l’URSS et les USA.
Depuis 1973 et les premiers accords de libre flottement des monnaies (le cours d’une monnaie peut librement fluctuer par rapport aux autres, ses cours ne dépendant que des marchés et des décisions de sa banque centrale et n’ont plus d’une valeur de référence liée à l’or ou au dollar), l’indexation du Franc CFA sur le Franc n’amène pas ces pays à subir une volatilité des cours de leur monnaie comme dans d’autres Etats africains.
Pourquoi? Parce que les engagements de la France empêchent celle-ci de pratiquer des politiques de totale liberté des cours de sa monnaie, sa banque centrale intervenant sur les marchés pour garantir une stabilité des cours par le biais de rachats et d’émissions, la stabilité du franc se mesurant par rapport à un « panier de monnaies », c’est à dire un indicateur de référence établi à partir du Dollar (USA), de la Livre Sterling (UK), du Mark (Allemagne), du Franc (France) et du Yen (Japon); pour des raisons évidentes c’est désormais l’Euro qui a remplacé le Mark et le Franc. Sans trop entrer dans les détails, les pays de la zone CFA, disposant d’une monnaie indexée d’abord sur le Franc puis à partir de 1999 sur l’Euro, bénéficient d’une solidité monétaire exemplaire pour des pays en développement.
  • Pourquoi le Franc CFA existe-t-il encore 70 ans après le début de la décolonisation?
Dès l’origine, une critique s’est élevée contre le système du franc CFA. Le contrôle de la monnaie par une banque centrale d’un Etat étant perçu comme une marque de souveraineté, il était impensable pour certains Etats décolonisés de le maintenir en l’état. Le Mali quitte le système en 1962, suivi de Madagascar en 1973, ces deux pays cherchant à développer leurs propres outils monétaires et financiers pour devenir des « Etats à part entière ».
Rappelons au passage que la dynamique était dans le sens des grands ensembles monétaires, avec plusieurs pays dotés d’une même monnaie contrôlée par une banque centrale internationale, comme en Europe avec le futur ECU (lui-même futur Euro) dès le début des années 1950 et la création de la CECA. Pas vraiment dans le sens d’une indépendance monétaire des pays, donc, et de fait, l’insécurité née de la fin des accords de Bretton-Woods (établissant une sorte de standard-dollar similaire au standard-or) et le libre flottement des monnaies décidé en 1973 a sérieusement secoué les nouvelles économies des pays africains. En 1984, donc, le Mali réintègre la zone CFA pour résoudre ses problèmes économiques.
Concrètement, l’indexation du Franc CFA sur le Franc a permis aux pays qui l’ont adopté de bénéficier de la stabilité du Franc sur les marchés internationaux: appartenant au panier de référence du FMI, le Franc ne pouvait en effet pas fluctuer énormément, au risque de déstabiliser l’économie mondiale. La stabilité d’une monnaie déterminant sa solidité et celle de l’économie qui s’y rattache, les pays de la zone CFA ont bénéficié d’une bonne crédibilité financière et d’une excellente stabilité monétaire, avec un contrôle strict de l’inflation et donc limitant l’impact des crises économiques. C’est un très sérieux avantage en ce qui concerne le crédit (entreprises, particuliers) ainsi que l’endettement de l’Etat, les taux restant stables dans la durée. Cette stabilité permet l’investissement national et étranger, puisque les profits peuvent être anticipés correctement et la rentabilité assurée en un temps prévisible. Sans trop entrer dans les détails techniques, c’est vraiment un atout énorme pour des économies naissantes que de pouvoir s’assurer d’une stabilité monétaire et d’une inflation très limitée (inférieure à 3% en zone CFA, à comparer aux 4.6% de l’Afrique du Sud, aux 10% de l’Ethiopie ou aux 17% du Ghana – Données Banque Mondiale).
croissance, PIB et population pour l’année 2015 en zone CFA
  • Le système CFA, un système néo-colonialiste?
La zone CFA n’est pas administrée par la France, mais par les pays africains eux-mêmes. La France a conservé sa fonction d’impression de la monnaie africaine sans pour autant avoir un quelconque pouvoir dessus; il s’agit en fait d’une sorte de précaution contre certains régimes peu scrupuleux voire corrompus qui pourraient être tentés d’imprimer des billets eux-mêmes pour s’enrichir mais déstabilisant au final gravement tout le système. La neutralité française de ce point de vue assure à tous l’honnêteté des partenaires. Il est vrai en revanche que pour permettre la stabilité monétaire et la garantie de celle-ci par la France puis par l’UE depuis 1999, la zone CFA doit laisser en dépôt 20% du volume de la monnaie émise dans les caisses du Trésor Public Français. Ici, attention: il ne s’agit pas d’un racket organisé par la France qui ferait ce qu’elle veut de cet argent. Non, il s’agit d’un dépôt de garantie qui n’est pas touché par qui que ce soit, hors politique de stabilisation décidée par les pays de la zone CFA eux-mêmes. Ni le Trésor Public français ni l’Etat français n’y touchent un seul franc. Il s’agit d’un dépôt permettant de crédibiliser les dettes, de la même manière que la France dispose ‘un stock d’or aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.
Du fait de l’Euro, la zone CFA ne dépend plus de la France depuis 1992 (accords de Maastricht) mais de l’Union Européenne en ce qui concerne la stabilité monétaire. La France participe aux institutions qui sont liées à la CEMAC et à l’UEMOA mais n’en est pas membre et à ce titre ne participe pas aux votes et ne prend pas part aux décisions, ses interventions se limitant aux débats. Le poids de la France est évidemment indéniable, en tant que pays industrialisé face à des pays émergents, et l’avis français est généralement écouté et suivi, mais pas forcément à la lettre.
Il est en effet franchement insultant et condescendant de croire que les pays africains ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes et de prendre leurs propres décisions. Nous ne vivons plus à une époque où les « nègres stupides se comportent comme des sauvages sans foi ni loi ». Je suis toujours sidéré par la propension typiquement occidentale des gens avec qui je discute à considérer l’Afrique comme un pays de débiles infantiles qui ne sauraient pas s’en sortir sans « nous ». Si le continent a traversé des crises indéniables et doit encore faire face à certains problèmes majeurs (rébellions centrafricaines, conflit larvé au Soudan du Sud, bandes islamistes au sahel, corne africaine anarchique…), il est également doué d’une formidable dynamique culturelle, économique et industrielle que les africains ont su générer à peu près seuls en s’appuyant sur l’exploitation de ressources minières et agroalimentaires, sur le tourisme, sur la culture (découvrez Nollywood si vous en doutez) mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine qui s’expatrie pour étudier et travailler à l’étranger.
Parce que c’est là qu’est tout l’intérêt pour les pays de la zone CFA: la convertibilité du Franc CFA en Euro évite les taux de change et les coûts de transfert. Ainsi, un travailleur malien en France peut envoyer de l’argent à sa famille et lui permettre d’investir sur place, sans surcoûts par rapport à un travailleur chinois qui lui devra payer le taux de change et les coûts de transfert bancaire.
Rien que pour le Sénégal, le montant des sommes transférées a ainsi dépassé le milliard de dollars/euros par an, pour un PIB d’environ 15 milliards de dollars/euros.
Enfin, le système CFA, s’il impose une discipline budgétaire aux pays membres, n’implique pas de « décision extérieure » concernant le budget de chacun de ses Etats, qui restent totalement libres de le fixer selon leurs priorités. Les seules limites imposées par le système CFA sont des engagements au point de vue du déficit budgétaire des Etats. En revanche, le FMI impose des réformes structurelles parfois mal venues (tout comme en ce qui concerne la Grèce) et empêche certaines politiques de développement, pourtant imposées comme objectif par l’ONU, qui demande aux pays africains d’avoir au moins 7% de croissance annuelle.
C’est ici que commence le vrai problème économique de la zone CFA. En économie (du moins selon la théorie keynesienne), les politiques monétaires peuvent aller dans deux directions. La première, c’est la croissance, tirée vers le haut par l’investissement rendu possible par l’endettement, au prix, donc, de l’inflation. La deuxième politique, c’est le contrôle de l’inflation par une stabilisation de la monnaie, qui réduit l’endettement mais aussi les investissements et donc ralentit la croissance.
Il y a donc d’un côté l’ONU qui pousse à la croissance, et de l’autre, une volonté de stabilité de la monnaie pour assurer l’économie, elle-même imposée par l’UEMOA et la CEMAC.
A titre personnel, et de par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, je pense que la zone CFA fait le bon choix en maintenant la stabilité économique et en ne sacrifiant pas la population sur l’autel illusoire de la croissance. Les investissements étrangers restent limités dans des pays dont le potentiel est énorme, ce qui veut dire que ce ne seront pas des Etats et entités étrangères qui vont se partager le gâteau et laisser quelques miettes aux africains, mais bien ces derniers qui vont profiter des fruits de leurs terres et de leur labeur. Le fait que les investissements étrangers restent limités assure l’indépendance économique de ces pays, malgré les réformes structurelles exigées par le FMI et qui causent déjà des dégâts tant sur la société civile que sur les Etats eux-mêmes. Les grandes multinationales et les banques n’ont qu’un pouvoir très limité sur ces pays, et contrairement à ce qu’on peut lire souvent, les pays africains de la zone CFA ne sont pas exploités et savent parfaitement jouer de la concurrence des grands groupes pour mettre en valeur leurs propres richesses.
Il est très intéressant de voir que l’un des principaux mouvements anti franc CFA ces derniers mois (pour ne pas dire le seul) est l’URPANAF, dirigé par Kémi Séba, suprémaciste noir, ancien leader de la Tribu Ka, le tout sur fond idéologique « Kémitiste » (inventée de toute pièce par Cheikh Anta Diop) qui n’est qu’une idéologie aryenne appliquée à une « identité » africaine fantasmée.

 

  • Le Franc CFA est-il donc si diabolique?
De l’avis général (cf. bibliographie en fin d’article), le Franc CFA a un impact réellement positif sur les économies de ces pays et encourage réellement le développement économique, politique et social. S’il y a quelques problèmes (d’ordre politique plus qu’économique), ils ne sont cependant que de deuxième ordre et ne remettent jamais en question l’existence ni le fonctionnement du Franc CFA lui-même.
La critique la plus sérieuse et la plus virulente émane de l’ancien premier ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’hésite pas à parler dans les médias de « servitude volontaire ». Le même homme, dans ses écrits institutionnels (articles publiés dans diverses revues universitaires à comité de lecture) loue le Franc CFA comme une bonne chose bien qu’améliorable (il n’est pas politique pour rien…).
De façon plus générale, aucun pays de la zone CFA ne souhaite remettre en question l’existence de cette monnaie, ou quitter la zone CFA. Madagascar réfléchit même à la réintégrer pour solutionner la crise économique que l’île subit depuis une quinzaine d’années.
En fait, les seules réelles critiques contre le Franc CFA ne sont pas le fait des africains eux-mêmes, mais de certains occidentaux.
D’une part, les américains ne sont pas très contents que le dollar, instrument de hard-power par excellence, ne se soit pas imposé dans la zone CFA. Il l’a fait dans de nombreux autres pays d’Afrique, que ce soit le Nigéria ou le Zimbabwe, où règne une crise économique absolument effarante depuis une vingtaine d’année, au point que la population abandonne totalement la monnaie nationale au profit du dollar. Si vous n’avez jamais vu de billet de 100 000 milliards de dollars, c’est ici.
D’autre part, la plus visible ici en France, certains pseudo intellectuels de gauche (communistes, anarchistes, mélenchonistes, certains socialistes) trouvent insupportable que la France ait pu garder d’excellents rapports avec ses anciennes colonies africaines et préfèreraient une tragédie apocalyptique à la sauce algérienne. Il y a donc, depuis 2014 au moins, mais surtout depuis l’année dernière, des gens qui viennent raconter tout et n’importe quoi sur la zone CFA. J’imagine que tous ces érudits que j’ai pu voir ici et là n’ont fait que tirer leurs infos de la fameuse émission Datagueule, qui a pondu début novembre 2016 une vidéo très, très à charge contre la France, mais qui ne rentre pas tellement dans les détails et dit beaucoup, beaucoup de conneries en se gardant bien d’expliquer les tenants et les aboutissants comme je viens de le faire. Vous pouvez la voir sur youtube, avec en guest star Kako Nubukpo dont les propos mesurés sont illustrés de manière très moraliste et dramatisée (« bouh les vilains colonisateurs »), même quand il ne critique absolument pas le CFA et parle d’autres mécanismes comme le FMI et d’autres problématiques comme les marges des entreprises maintenues au détriment des revenus des travailleurs et du budget des consommateurs, qui sont les mêmes absolument partout dans le monde et ne sont liées en aucune manière au Franc CFA.
  • En résumé:
Le Franc CFA n’est ni un frein au développement ni un outil néo-colonialiste de contrôle des économies africaines. Il est au contraire un gage de stabilité et de développement des échanges par une véritable intégration des économies régionales entre pays membres des deux unions, mais aussi avec les pays européens. Ses nombreux avantages ne sont pas obérés par les problèmes endémiques (corruption, sous-développement). Le Franc CFA est un réel atout par rapport aux autres pays africains qui n’en bénéficient pas, et aucun des pays membres n’entend quitter la zone CFA ou l’abolir. Surtout, les discussions au sein des deux unions régionales ne constituent pas, comme essaient de le faire croire certains, des dissensions ou des oppositions, ni une remise en cause « anticolonialiste » de la structure même des deux organisations UEMOA et CEMAC et pour cause: ce sont bien les africains qui détiennent leur avenir entre leurs mains. Les problèmes que connaissent ces pays ne sont pas différents de ceux des autres pays non membres de la zone CFA et sont même similaires à ceux de la zone Euro, et se situent non pas sur le plan économique mais plutôt sur le plan politique.
Bibliographie exhaustive (et sérieuse!) sur le sujet:
Il est probable que vous n’ayez pas accès aux articles eux-mêmes, ne disposant pas de comptes lecteurs affiliés à une université ou organisation scientifique. La plupart du temps, le résumé expose suffisamment le contenu de l’article sans notions économique de haut niveau, et donc accessible à peu près à tout le monde. Vous noterez que les articles de Kako Nunukpo, ex-premier ministre togolais invité de Datagueule, ne préconisent en rien la fin du Franc CFA…
Et un article très simple (peut être un peu simpliste) de Forbes Afrique présentant les deux scénarios non de l’abolition de la zone CFA mais de l’abandon de la politique de stabilité tirée du couplage à l’euro.

La nouvelle mode des Fake News

Ayant décidé de laisser passer la période des primaires, des élections américaines et de la transition politique qui a suivi, je m’étais abstenu d’intervenir sur Sombre Plume, après quelques articles qui m’ont valu quelques discussions houleuses.

La lecture d’un article de France24 sur le nouvel outil du journal Le Monde contre les « fake news » m’incite à sortir de mon silence relatif, parce qu’il y a là un gros danger, à mes yeux, pour l’information, sous toutes ses formes.

Le terme « fake news » s’est imposé pendant les dernières semaines de l’élection américaine qui a vu la victoire de Donald Trump puis dans les jours qui ont suivi, comme l’explication-reine de la victoire de ce dernier: parce que les électeurs américains ont étés manipulés par de « fausses actualités » (comme l’emblématique Pizza Gate), Hillary Clinton, candidate préférée des journalistes occidentaux et soutenue par tout l’establishment, a perdu l’élection de façon injuste.

S’il est vrai qu’Hillary Clinton a perdu de façon injuste (elle disposait de 3 millions de voix de plus que son adversaire mais a perdu en raison de règles d’attribution des grands électeurs), il est extrêmement simpliste de dire que Trump a remporté l’élection simplement sur des rumeurs et calomnies, car c’est avant tout sur son programme de politique intérieure qu’il a remporté l’élection.

Peu importe qui a gagné ou comment, le résultat est là: on nous bassine depuis des semaines avec le nouveau truc à la mode, et qui va révolutionner l’information occidentale. Les « fake news ».

Concrètement, une « fake news » est une pseudo-information qui surgit de façon impromptue pour expliquer une situation de façon biaisée, ou pour lancer une rumeur proche de la calomnie ou de la diffamation. Bref, c’est un mensonge ou un article idéologique qui déforme la réalité. Les défenseurs de « l’information vraie » entendent donc pourfendre les « menteurs », une attitude à priori louable dont on ne peut que s’étonner qu’elle n’ait pas été réalisée dès le début de l’ère de l’information, voire dès le début du journalisme!

La réalité, vous vous en doutez, est plus contrastée que ce rêve qu’on essaie de nous vendre.

Avant même de parler d’information, il faut considérer les faits qui la structurent. Ainsi, les articles de journaux comme Le Monde, Le Figaro ou Libération sont basés sur des faits rapportés par les agences de presse, comme l’AFP ou Reuters. Ces agences publient des dépêches se bornant en principe à énoncer un fait: tel pays a subi telle catastrophe, qui a provoqué tant de morts et tant de blessés, telle personnalité politique a été mise en examen dans telle affaire en raison de tel comportement potentiellement délictuel ou criminel. Il s’agit ici du fait, de l’information brute que les journalistes vont traiter dans leurs propres articles. Ces faits sont généralement indiscutables et de première main, et sont en principe corroborés par les autres agences de presse à partir soit de la même source, soit d’une source complémentaire.

Ces sources sont en principe issues de services officiels, tels que la police, les magistrats, les pompiers, les porte-paroles de tel entité politique ou de tel service d’urgence. Elles peuvent être appuyées par des enregistrements phoniques ou photographiques directs, que ces enregistrements proviennent de caméras de surveillance, de reporters de terrain ou de simples passants ayant filmé l’événement.

Jusqu’ici, difficile de parler de « fake news ». Les faits sont réels ou ne le sont pas, et il est rare qu’une agence de presse raconte des bobards (mais pas impossible). Il n’y a guère que sur des conflits armés où les « informations » transmises sont sujettes à caution, n’ayant souvent pas pu être vérifiées (tel massacre de population, tel bombardement sur des civils, etc.) comme l’a parfaitement démontré le récent conflit en Syrie.

Le problème survient lorsque l’information brute est traitée par les journalistes. Entendons-nous dès à présent sur ce que le terme « journaliste » recouvre: je parle bien des individus travaillant pour une rédaction de presse écrite ou un journal d’information télévisuel ou radiophonique, et non des individus derrière leur écran sur un site internet.

Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais de transmettre une information à travers un regard « éclairant ». Comprendre ici « un regard partisan, biaisé et partial ».

On sait très bien par exemple que Libération est un organe de presse d’extrême gauche faisant la promotion de l’altermondialisme, de l’écologisme (pas de l’écologie, la distinction est importante), du multiculturalisme, et d’une vision présentée comme humaniste du monde. A l’inverse, Le Figaro est un organe de presse plutôt libéraliste (pas libéral, la nuance est importante), européaniste voire transatlantiste, et se concentrant plutôt sur une vision affairiste du monde. Pour faire simple, il n’y a pas en France d’organe de presse ou d’information qui soit réellement neutre.

Donc, déjà, rien qu’avec ce premier constat, on voit que cette histoire de « fake news » prend un drôle d’aspect. C’est d’autant plus troublant quand on sait que les journaux principaux en France reçoivent des centaines de millions d’euros d’aides gouvernementale chaque année. De quoi se poser de sérieuses questions quant à l’impartialité voire à l’honnêteté des rédactions qui, en diffusant un article un peu trop critique, pourraient mettre en jeu leur avenir. De fait, en France, la collusion journalistes/politiques est totale, comme l’illustre parfaitement le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat et basé sur l’ouvrage éponyme de Serge Halimi.

Pire: il n’existe plus aucun journaliste de terrain. Les images de conflits que nous voyons sont achetées à des journalistes étrangers ou à des indépendants pas toujours honnêtes, mais qui font aussi face à des risques d’arrestation importants voire à des risques mortels. Les rares journalistes qui se déploient en marge des événements ne le font que pour faire dans le sensationnel, l’émotionnel, mais pas pour informer. Et quand ils le font pour informer, ils sont accusés par leurs confrères de déformer la réalité et de mentir.

Clairement, nos journalistes ne sont donc pas du côté de la vérité et de l’information, et sont devenus de mauvais commentateurs et des analystes de comptoir qui déblatèrent à qui mieux mieux sur le néant total qu’ils génèrent eux-mêmes, quel que soit le sujet qu’ils abordent, et avec une bêtise d’autant plus grande que le sujet est important.

Dans ce contexte, il est donc alarmant de voir une rédaction comme Le Monde prétendre offrir un « outil de lutte contre les fake news » pour faire le tri entre les informations « de qualité » et le reste. Je suis particulièrement inquiet en ce qui concerne le classement entre « sites très fiables » et « sites peu fiables ». S’il ne fait par exemple aucun doute qu’un site comme Wikistrike se borne à déblatérer des mensonges au kilomètre en toute circonstance, je suis un peu plus dubitatif en ce qui concerne un site d’information comme Slate ou même Libération ou Le Monde, dont les « informations » sont partisanes et se bornent à commenter des communiqués de presse. Avons-nous eu un traitement normal et impartial des élections américaines? La réponse est clairement non, 100% des journalistes ayant promu la candidature de Clinton, qui a été encensée quel qu’ait été son discours, même lorsqu’il était encore plus belliciste que les Néo-Con de l’ère Bush Jr. ou lorsqu’il se contentait de simplement insulter son adversaire. Aurons-nous un traitement impartial de l’élection présidentielle française, quand on sait déjà que les journalistes n’en ont que pour Emmanuel Macron?

Au-delà de la politique et du traitement des conflits sur lesquels je me suis déjà beaucoup étendu, c’est le fait même que ces journaleux puissent prétendre nous dire quoi lire et à qui faire confiance qui m’interpelle.

Si des gens souscrivent par exemple aux thèses dites conspirationnistes, ce n’est pas parce qu’ils sont idiots ou mal informés, mais parce que d’une part un certain nombre de conspirations se sont avérées être vraies (que l’on pense aux révélations de Snowden sur la surveillance généralisée de l’ensemble des communications mondiale!), et d’autre part parce que ceux qui les propagent s’évertuent à leur donner toutes les apparences de sérieux possibles: témoignages, recoupements, sources et références, bref, tout ce que nos journaleux ne font plus, si tant est qu’ils l’aient jamais fait.

Ce n’est pas en employant un code couleur que l’on peut contrer les rumeurs et autres mensonges qui certes pullulent sur le web mais pas vraiment plus que dans nos journaux. Il y a une quinzaine d’année, toutes les chaines de télévision s’arrachaient Karl Esser, qui affirmait sans aucune preuve qu’il avait participé à la construction de bunkers secrets sous Bagdad. Information bidon, évidemment, qui aurait dû amener certaines réflexions sur la démarche journalistique. Mais non, les mêmes rédactions n’hésitent pas encore aujourd’hui à publier des rumeurs sur la Corée du Nord avec le plus grand sérieux.

Alors pourquoi croire que ces mêmes journalistes, ou du moins que les mêmes organismes d’information qui ne sont pas foutus d’être neutres et de traiter l’information autrement que comme le gouvernement le leur dit, vont pouvoir être impartiaux et faire un tri honnête dans les informations de confiance et le reste?

Dans un contexte où d’un seul coup, on nous parle de « fake news » qui pullulent alors qu’elles ont toujours existé, je me demande bien ce qu’annonce cette tendance au contrôle de l’information publique qui ne va faire que se renforcer au fil du temps.

Sans vouloir être alarmiste, ce que je vois poindre le bout de son nez depuis plusieurs années et particulièrement ces derniers mois, c’est tout simplement la fin de notre Liberté. Le renforcement des capacités de contrôle des populations par les services de renseignement, l’abandon total de nos forces de l’ordre qui ne peuvent plus traiter les affaires qui leur sont rapportées, y compris les plus graves (11% à peine des victimes de viol recensées portent plainte), la montée d’une classe politique qui confond autoritarisme et gouvernement, le total déni de légitimité de la Démocratie qui depuis 10 ans envahit toute l’Europe, l’armée qui ne mène plus des missions de combat mais des missions de pacification de populations hostiles, le financement et l’encouragement à la montée des communautarismes et des extrémismes religieux (musulmans comme chrétiens)… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on nous prépare la loi martiale et une guerre civile comme ce taré d’Alex Jones aux Etats-Unis, mais quand même, c’est bien une nouvelle forme de totalitarisme qui arrive petit à petit…

Je me demande vraiment ce qu’on nous prépare, et je crains que nous devions nous préparer à faire face à des heures sombres comme on n’en a encore jamais vues. Il n’y a rien à attendre de gens qui nous infantilisent et nous disent quoi penser, quoi dire, quoi faire, qui voter. Notre pays, notre civilisation n’a pas besoin de ces gens qui ne font que nous pousser vers l’abîme. La question est: les laisserons-nous faire ce qu’ils veulent et continuerons-nous à marcher dans leurs combines?

Nous ne redresserons pas notre pays par le haut avec des élections truquées d’avance, mais bien à partir de sa base, par nos propres comportements, et ça, ça commence par nous faire notre propre opinion, sans avoir besoin d’un garde chiourme par dessus notre épaule.

Sombre Plume présente: Caucasus

Sombre Plume publie aujourd’hui Caucasus, une novella de Tiephaine G. Szuter.

CaucasusParue en janvier 2014 chez les regrettées éditions House Made of Dawn, Caucasus était indisponible depuis près de deux ans et il était grand temps que nous prenions ce problème en main. C’est donc chose faite!

Caucasus, qui inclut également la nouvelle Le Tertre parue dans la revue Klaatu #3 (Décembre 2012, Ithaac Editions), est disponible en format numérique (Kindle) et pour la première fois en version papier (134 pages).

C’est aussi l’occasion pour nous de nous lancer beaucoup plus loin dans l’édition, et d’autres textes devraient suivre très rapidement avec Werwolf, une autre novella de Tiephaine prévue pour décembre.

Une guerre de religions en France au 21e siècle?

Ce 24 août 2016 marque l’anniversaire des Massacres de la Saint Barthélémy de 1572, au cours desquels  10 à 30 000 protestants furent assassinés à Paris et en Province, pour le seul fait de leur religion. Cet anniversaire, dans le contexte actuel d’omniprésence du terrorisme islamiste et des intégrismes religieux, prend une dimension très particulière.

Le 16e siècle en France est une période franchement compliquée, mais dont l’étude est vraiment intéressante, car elle rappelle certains événements actuels. Comme ce n’est pas vraiment la période la plus étudiée dans les établissements scolaires, laissez-moi vous faire un petit résumé…

Tout commence au 15e siècle, lorsqu’un obscur ecclésiastique allemand conteste les dérives de l’Eglise catholique qui vit dans une opulence d’autant plus scandaleuse que ses membres se préoccupent plus de politique que de Foi. On est en pleine chasse aux sorcières menée par l’Inquisition (le Malleus Maleficarum ou Der HexenHammer en allemand, ou Marteau des Sorcières a paru en 1487), qui frappe très durement les contrées germaniques, et des gens innocents sont envoyés au bûcher par des évêques qui s’approprient leurs biens au passage. Martin Luther, en placardant sur la porte de son église un manifeste contre une nouvelle opération financière de la papauté (la vente d’indulgences), amorce sans le vouloir un mouvement qui deviendra une religion à part entière, le Protestantisme. En un demi-siècle, la Réforme s’étend à tout le Saint Empire Germanique, en Suisse, aux Pays-Bas, en Angleterre, et bien sûr en France. Il s’agit autant d’un mouvement religieux que politique, les deux domaines étant intrinsèquement liés à l’époque. Or, la Réforme rejette l’autorité du Pape, dont l’Eglise s’immisce en permanence dans les affaires temporelles des royaumes chrétiens.

En France, l’affaire met aux prises les deux camps par l’intermédiaire de l’Amiral de Coligny, chef de file du parti protestant, et du Duc de Guise, chef du parti catholique. Ce dernier est l’un des plus proches conseillers du Roi Henri II qui meurt en 1559 (de la manière que  Michel de Nostre-Dame avait prédit…). Son fils, François II, qui n’est âgé que de 15 ans, confie les rênes du pouvoir à la famille des Guise. François II meurt à son tour quelques mois plus tard, et c’est Charles IX qui monte sur le trône, à 10 ans à peine, en 1560.

L’influence des Guise sur le Gouvernement est énorme, malgré la régence de Catherine de Médicis qui essaie tant bien que mal d’atténuer leur pouvoir en favorisant le parti royal. Les Guise sont si puissants que le parti protestant essaiera de les mettre aux arrêts en 1560, au cours des événements de la Conjuration d’Amboise. Si ce complot échoue, le traumatisme est énorme, car c’est la première fois que le Roi est directement « menacé ». A partir de ce moment, les Guise ont un pouvoir total et un conflit armé débute contre le parti protestant et ses places fortes. A partir de 1562 et le Massacre de Wassy (20 à 74 victimes protestantes selon les sources), les guerres se succèdent. Trois camps sont en présence: le parti catholique, le parti protestant (qui représente environ 2 millions de personnes dans un royaume de 20 millions), et le parti royal que Catherine de Médicis essaie désespérément de garder neutre afin de préserver l’intégrité du Royaume.

En 1570, après des conflits meurtriers et ruineux dans lesquels se sont impliqués des puissances étrangères, une paix durable semble entrer en vigueur, Charles IX accordant aux protestant une certaine liberté de culte par l’Edit de Saint-Germain.

En 1572, sont célébrées à Paris les noces de Marguerite de Valois (future « Reine Margot ») et de Henri de Navarre (futur Henri IV). A cette occasion, qui voit une catholique épouser un protestant, des membres très influents des deux partis sont réunis, dont les Guise et l’Amiral de Coligny. Les événements qui suivent sont sujets à caution et tout et n’importe quoi a été dit à leur sujet, néanmoins il semble que les Guise aient voulu faire assassiner Coligny pour venger l’un des leurs tué dix ans auparavant. S’ensuivent des tensions entre parti catholique et parti protestant, qui culminent avec l’assassinat des principaux chefs protestants présents à Paris. Coligny, qui avait survécu à la tentative d’assassinat, est tiré hors de son lit et défenestré par une petite troupe à la solde des Guise.

Ces assassinats ciblés, dans un contexte de tensions au sein de la population civile, amènent les parisiens à s’attaquer eux aussi aux protestants, au cours de la nuit de la Saint Barthélémy. L’événement provoquera la mort de 3000 personnes en quelques heures, et se répandra dans toute la France au cours de la « saison des saint Barthélémy ». Les sources ne fournissent pas le nombre exact des victimes, mais celles-ci sont estimées à environ 10 000, certains avançant le chiffre de 30 000. Ces massacres traumatisent durablement le Royaume, et aboutiront aux réflexions sur la liberté d’opinion des Lumières au 18e siècle.

Pourquoi ces événements sont-ils importants aujourd’hui, au 21e siècle?

Vous ne pouvez pas avoir manqué les polémiques qui ont émaillé l’été (migrants, burkini australo-libanais…), ni les attentats de Nice et de Rouen, sans parler des attaques dans la rue ou dans les trains (en Allemagne). Plus que jamais en France, les tensions entre musulmans et catholiques sont palpables et aboutissent de plus en plus à des actes de violence, de part et d’autre. Au milieu de ces tensions, se trouve un gouvernement non seulement faible, mais en plus totalement à côté de la plaque et idéologiquement ancré sur des notions totalement faussées.

Avant de poursuivre plus avant, je préfère préciser deux-trois choses. Si j’aime mon pays, je ne suis pas un extrémiste xénophobe. J’aime la société française en ce qu’elle est à l’écoute du monde, de par son histoire, et ouverte aux autres cultures. Même si les français sont parfois arrogants, je ne connais pas d’autre pays où les citoyens organisent autant de fêtes populaires où chacun peut y trouver son compte. Je ne connais aucun autre pays où il y a une réelle volonté de « vivre ensemble », c’est à dire de façon non-communautarisée. Mais cette volonté est en train de disparaître…

Notre ouverture sur les cultures islamiques n’est pas récente: le coran a été traduit par Du Ryer dès 1647 en français; il s’agit à ma connaissance de la première traduction occidentale moderne de ce texte. Voltaire lui-même connaissait partiellement l’histoire de l’Islam et en a tiré en 1742 un pamphlet anti-religieux intitulé Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, dirigé contre l’Eglise Catholique. Au 19e siècle, les Orientalistes « redécouvrent » le Proche-Orient. Avec la campagne d’Egypte de Napoléon Ier, une véritable passion pour les cultures arabo-islamiques et les civilisations pré-islamiques s’empare du pays. Le Coran est retraduit à de nombreuses reprises (en « Alcoran », « Koran », etc), les peintres et les écrivains s’inspirent de thèmes de la culture islamique et ottomane et produisent une vision fantasmée qui finira par motiver en grande partie l’aventure colonialiste française (car avant d’être une conquête, le colonialisme était bel et bien perçu comme une « aventure exotique », avant de se transformer en projet politique conquérant à part entière). Bref, la France a un véritable amour pour les cultures islamiques, de même que nous avons un véritable amour pour les cultures asiatiques, africaines, mésoaméricaines, nordiques ou slaves.

Cet amour est cependant mis à mal depuis une vingtaine d’années, au point qu’aujourd’hui, une hostilité communautaire réelle est palpable. Il suffit de regarder les commentaires d’un article faisant vaguement allusion aux conflits orientaux ou à la religion pour se rendre compte qu’il existe une véritable fracture d’origine religieuse entre européens et maghrébins, quelle que soit leur nationalité, et d’autant plus dangereuse que personne ne semble avoir l’intelligence ou le courage d’énoncer les problèmes et de proposer des solutions sans stigmatiser et catégoriser les uns ou les autres.

Là encore je préfère préciser quelques petites choses. Les deux « camps » ont tort, et sont manipulés par des groupes d’influence qui ont leur propre agenda politique, et qui se servent des événements à leur profit pour donner l’illusion qu’ils ont raison. De façon générale, les gens aspirent à la paix et à la bonne entente, quelle que soit leur culture ou leur origine, mais le climat ambiant est délibérément anxiogène, avec un risque terroriste islamiste omniprésent dans les médias et dans la bouche de nos gouvernants. On oublie cependant beaucoup trop que la France est un Etat laïc où la liberté d’opinion et de conscience est protégée et promue, et la Religion est en principe séparée de l’Etat, appartenant à la sphère privée pour ne pas dire personnelle.

En principe.

Depuis 2003 en effet, l’Etat a créé à l’instigation du Ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), association de type loi 1901 pour « représenter les musulmans de France ». Par pur opportunisme électoral, il s’agissait de promouvoir une vision idéologique communautariste de la religion musulmane, dans un contexte où le candidat à l’élection de 2007 entendait promouvoir la « discrimination positive » à l’américaine, alors que les pays anglo-saxons n’intègrent pas leurs minorités mais favorisent le communautarisme intégriste, qu’il soit religieux (qu’on pense aux Mormons, à la Scientologie ou aux Amish, qui se rassemblent dans des villes créées de toutes pièces pour eux) ou militant (groupes d’influence pro-Israel, associations LGBT, lobbys pro-armes…). Son adversaire, le premier Ministre Dominique de Villepin, a créé en 2005 la Fondation des Oeuvres de l’Islam de France, dans une optique moins clivante puisqu’il s’agissait de permettre le financement transparent des Mosquées et de leur fonctionnement. Dans la foulée, le Gouvernement français a opéré un rapprochement spectaculaire avec l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Qatar à des fins affairistes et financières. En contrepartie, notre pays a accueilli des religieux formés dans ces pays, c’est à dire issus de mosquées salafistes et traditionalistes. S’il faut reconnaître que cette pénétration des doctrines traditionalistes islamistes ne date pas de cette époque puisqu’on peut en trouver l’origine avec la création de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) en 1983, fédération proche des Frères Musulmans (désormais considérés comme organisation terroriste) et le mouvement politique islamique Ennahdha (le même qui prendra le pouvoir en Tunisie après la chute de Ben Ali en 2011), la pénétration des idées extrémistes s’est largement accélérée en France dans les années 2000.

Depuis lors, les polémiques n’ont jamais cessé, et les conflits proche-orientaux ont été importés sur notre territoire. Alors que nous n’étions pas visés par les attentats d’Al Qaïda après le 11 septembre (et qui ont frappé Madrid en 2004 et Londres à deux reprises en juillet 2005), nous nous sommes retrouvés en première ligne en raison de la publication par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet en février 2006. L’intervention en Afghanistan promue par le président Sarkozy a permis le recrutement de jeunes français par Al Qaïda (comme Mohamed Merah), et la radicalisation d’un nombre de plus en plus croissant de fidèles musulmans aux opinions rigoristes.

Comment en est-on arrivés là? Contrairement à l’idée générale, le terrorisme ne trouve pas son origine et sa justification dans une lecture post-colonialiste des interventions occidentales au Proche-Orient. Nous ne sommes pas ciblés parce que nous bombardons la Syrie ou soutenons (de moins en moins) Israel. Les attentats actuels proviennent d’une radicalisation qui a pris énormément de temps, et dont l’origine en France peut être retracée aux années 1980. Le mouvement Ennahdha (fondé en 1981) et les Frères Musulmans (fondés en 1928), qui ont dirigé l’UOIF, sont des mouvements politiques ET religieux: ils promeuvent l’idée de sociétés islamiques soumises à la Charia, bref en quelques mots, de conquérir et convertir les Etats non-islamiques pour instaurer un Califat Islamique (une obsession chez les intégristes musulmans), selon des préceptes pseudo-religieux datant de la fin du 19e siècle. Or, leur méthode est celle de la patience: par de petites touches, ils avancent leurs pions et radicalisent suffisamment de gens sans en avoir l’air jusqu’au moment où ils peuvent prendre le pouvoir, si possible par les urnes, comme en Tunisie en 2011. Cette méthode a été clairement exposée par Rached Gannouchi, ce qui a provoqué in fine sa chute…

Dans un pays comme la France, très ouvert aux autres historiquement et par nature, ces islamistes ont avancé leurs projets par des demandes à priori légitimes, comme la reconnaissance des fêtes religieuses (Ramadan, Aïd, Pélerinage à la Mecque), puis la reconnaissance du régime Halal dans la société (alors que les méthodes d’abattage rituel sont totalement contraires aux méthodes normalement en vigueur en France), puis la tenue de congrès de plus en plus importants, la volonté de promouvoir les « minorités visibles » à la télévision (alors que la France ne reconnaît qu’un type de citoyen quelle que soit son origine, le citoyen français…), puis la promotion de « produit ethniques« , puis la tentative de promotion d’un néo-créationnisme religieux à l’école, puis l’apparition de plus en plus fréquente de vêtements intégristes comme le Niqab (et désormais le Burqini)… Cet islamisme littéralement rampant a bénéficié d’une part de la bonne volonté française de ne pas exclure qui que ce soit de la vie publique, et d’autre part du militantisme idéologique et sélectif d’organisations pseudo-antiracistes qui oublient systématiquement de prendre fait et cause pour les asiatiques, accusent d’islamophobie toute personne critiquant les dérives communautaristes et intégristes de certains musulmans, et nient l’existence du racisme à l’encontre des populations blanches, comme si seuls les blancs étaient racistes

Aujourd’hui, la société française se polarise entre d’un côté les « antiracistes » et les islamistes, et de l’autre, les « nationalistes » (qui ne savent même plus pour quelle France ils militent, entre Vichy et Napoléon) et leurs alliés catholiques intégristes (Civitas, Deus Vult, Manif Pour Tous, SOS tout petits, et toute cette nébuleuse nauséabonde). Et au milieu, donc, des gens qui essaient d’éviter le conflit entre les deux camps, gens qui sont de moins en moins nombreux. Ces deux camps-là veulent en découdre. La rhétorique islamiste est désormais celle de la future guerre civile (« pour la défense des minorités musulmans opprimées »), de même que celle des « néonationalistes » (qui prônent la défense armée du « peuple français de souche »).

Une nouvelle guerre civile, religieuse, est tellement plausible désormais en France qu’elle devient désormais un sujet littéraire et un sujet de propagande.  C’est également une notion qui revient en permanence dans les commentaires d’articles voire dans la bouche des professionnels eux-mêmes.

Quatre siècles et demi après la sanglante Saint Barthélémy, des organisations politico-religieuses menacent une nouvelle fois de déchirer notre pays et de le plonger dans le sang et le chaos. On ne peut plus se permettre de tolérer l’intrusion du fait religieux dans la vie quotidienne de notre société: il faut le combattre de toutes nos forces, qu’il s’agisse de l’Islam ou de l’Eglise, qu’il s’agisse d’organisation religieuses ou de leurs soutiens indirects (partis, franc-maçons, associations…), sous peine de voir notre belle France se muer en un nouveau conflit des Balkans. Seule la laïcité la plus radicale et la plus intransigeante pourra nous éviter le pire…

Dessiner en France au 21e siècle: retour sur la censure de Marsault

(Au vu de la sensibilité à fleur de peau de chacun dans cette histoire, je commence par rappeler quelques petites choses:

1/ sombre-plume.fr ne génère aucun revenu tiré de la publicité, et pour cause: nous la détestons. Peu importe le trafic sur le site, donc, nos revenus ne sont tirés que de la vente de nos ouvrages, hors sombre-plume.

2/ les dessins qui illustrent l’article sont présents à titre non-commercial afin d’appuyer un argumentaire. Leur emploi reste dans le cadre légal tel que fixé par le code de la propriété intellectuelle français. Les ayants-droits peuvent toujours néanmoins demander le retrait des images dont ils détiennent les droits sur simple demande par mail.

3/ sombre-plume est dédié à la création littéraire et artistique, laquelle se base sur  certains sujets de société comme les libertés d’opinion et d’expression, les manipulations qui y ont trait, et beaucoup d’autres choses. Néanmoins, sombre-plume est farouchement neutre en ce qui concerne la politique: écrire un article sur Marsault n’implique pas que nous soyons d’extrême gauche ou d’extrême droite. La pensée extrémiste binaire est une manipulation que nous n’acceptons pas et que nous n’accepterons jamais, et nous nous employons à être le plus neutre possible dans nos articles.

Je rappelle aussi que les commentaires sont modérés a priori, et que si sombre-plume est un espace ouvert au public, il reste néanmoins une propriété immatérielle privée dont nous sommes légalement responsables: 99% des commentaires postés jusqu’ici n’ont pas été publiés, notamment sur nos articles sur les néo-religieux et la « France Chrétienne ». Bonne lecture!)

Le dessinateur Marsault: une gueule et un style uniques
Le dessinateur Marsault: une gueule et un style uniques dans la bande dessinée française

Il y a quelques jours, une violente polémique a agité les pages Facebook de Marsault, PaieTaSchneck, et plusieurs autres pages où les « débats » se sont étendus.

Pour ceux et celles qui l’ignorent, Marsault est un dessinateur français dont l’œuvre à l’encre de Chine est vouée à l’expression d’une critique de société sur fond d’humour noir et de violence crue, dans le plus pur héritage de la bande dessinée française du 20e siècle. Son travail est non-conventionnel puisque Marsault n’est pas issu d’une école d’arts et a appris le dessin seul, à force de pratique. Dessiner n’est pas son métier: il est avant tout ouvrier, ce qui explique le caractère « brut de décoffrage » tant de l’homme que de son art.

Ce côté ouvrier franchouillard est à la base de son travail, qui exprime la colère que l’on peut ressentir en Province dans le milieu ouvrier, tant à l’encontre de la politique du Gouvernement qu’à l’encontre d’une certaine partie de la jeunesse insouciante des grandes villes qui « cyber-milite » contre le « racisme », « l’homophobie », le « sexisme », pour « l’environnement » ou les régimes végétariens et végans, qui bien souvent sont perçus comme des donneurs de leçon illégitimes, sans parler des modes sur les réseaux sociaux (photos duckface, « like si tu as un coeur », etc.).

"Eugène" est un personnage récurrent chez Marsault, caricature et personnification violente du rejet de certains comportements perçus comme des travers de société
« Eugène » est un personnage récurrent chez Marsault, caricature et personnification violente du rejet de certains comportements perçus comme des travers de société

Si son travail n’est pas techniquement irréprochable et parfois inégal d’une planche à l’autre en terme de qualité et précision du trait, il n’en reste pas moins que Marsault est un vrai dessinateur satyrique, dans la lignée des dessinateurs de Pilote, Charlie Hebdo, Fluide Glacial, Siné, Hara-Kiri et autres.

 

Son humour décalé voire très noir n’est pas non plus absolument unique, puisque de nombreux dessinateurs usent des mêmes ressorts comiques (principalement l’outrance, le mauvais goût ou la violence absurde), à l’image des dessinateurs de Glory Owl, Ultimex, ou les dizaines d’autres, français comme étrangers, seulement connus par une petite communauté. Il n’est pas non plus à mettre entre toutes les mains, notamment parce qu’il s’attaque parfois à des sujets extrêmement polémiques comme le handicap (attention âmes sensibles s’abstenir), la « beauferie« , le terrorisme et les réactions qu’il génère au sein de la population… Il a également publié de nombreux dessins caricaturant les militants de « la bien-pensance« , et quelques dessins représentant Jean-Marie Le Pen ou des nazis (, ou encore ), ce qui a amené un certain nombre de gens à le considérer d’extrême-droite, et ce qui a amené certains sites nationalistes à reprendre ses dessins, comme Fdesouche ou Egalité et Réconciliation.

Comme on peut s’en douter, Marsault est un dessinateur controversé, qui déplaît à énormément de monde (notamment tous ceux qui se sentent visés par ses dessins), mais qui est néanmoins soutenu par une base de fans ne se réduisant plus à quelques lecteurs occasionnels, et ceci d’autant moins que Marsault est désormais publié aux éditions Ring, qui publient entre autres auteurs Laurent Obertone (La France Orange Mécanique), Zineb El Rhazoui (ancienne collaboratrice de Charlie Hebdo, co-auteur avec Charb de la Vie de Mahomet) ou Philippe Verdier (ancien présentateur météo écarté pour avoir critiqué le GIEC, auteur de Climat Investigation)…

Depuis un an, la page Facebook de Marsault était attaquée par une petite bande de cyber-militants considérant le dessinateur comme un partisan d’extrême-droite, fasciste, misogyne, raciste, [insérer toute la palette habituelle des qualificatifs désobligeants]. Quelques-uns de ses dessins avaient été censurés par l’algorithme Facebook au motif qu’ils enfreignaient les règles de la communauté (alors que la propagande djihadiste ne l’est toujours pas, y compris les vidéos de décapitation, mais passons…), sans grande surprise au vu de certaines de ses œuvres. Après avoir tracé un signalement jusqu’à un petit groupe de militantes « féministes », Marsault a publié sur Facebook un dessin inspiré par la rhétorique de ce genre de groupes, le 27 décembre 2015.

Le dessin à l'origine de la cyber-guerre menée contre Marsault
Le dessin à l’origine de la cyber-guerre menée contre Marsault

La réponse ne s’est pas faite attendre, et le dessin a été censuré au bout de quelques jours. La cyber-guerre contre Marsault a pris dès lors une toute autre ampleur.

Ses dessins rendant hommage au chanteur de Mötörhead décédé à la fin de l’année 2015 ont également été attaqués par une vague de signalements qui ont abouti à leur censure, de même que son dessin rendant hommage à David Bowie. Cette censure ne s’est exercée que par l’exploitation des algorithmes de censure de Facebook: quelques signalements entrainent une révision « manuelle » (en réalité, exercée par un algorithme essayant d’identifier le contenu de l’image, du message ou de la vidéo), mais une vague de signalements massifs entraine la censure automatique de l’image ou de la vidéo visée, l’algorithme jugeant que la masse de signalements est suffisante pour censurer sans chercher plus loin.

Depuis le début de l’année, TOUS les dessins de Marsault publiés sur Facebook ont été censurés, quel que soit leur sujet, sans que jamais la discussion ne soit engagée avec lui via sa page, un site ou même les commentaires. La page de Marsault avait été fermée de façon temporaire (un mois) par Facebook au mois de décembre, avant de l’être définitivement début août. Un dessin de Marsault avait sur la fin une espérance de « vie » de quelques heures avant la censure, même lorsqu’il prenait fait et cause pour les grévistes contre la Loi Travail ou contre le Gouvernement. Cette fermeture intervient à peine quelques jours après que les éditions Ring aient été dévalisées dans des conditions clairement liées à une volonté de détruire le travail accompli depuis des mois, à quelques semaines de la rentrée littéraire de septembre 2016.

Il est important à ce stade de rappeler l’article 222-33-2 du code pénal, qui définit le Harcèlement comme étant « des propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte [aux] droits et [à la] dignité, d’altérer [la] santé physique ou mentale ou de compromettre [l’]avenir professionnel [d’autrui] ». De ce point de vue-là, la cyber-guerre menée contre Marsault pour aboutir à la censure de sa page Facebook et de ses publications s’apparente donc bien à un harcèlement en règle. Si ce dessinateur controversé était réellement raciste, misogyne et autres, l’affaire aurait dû être portée au pénal par des associations de défense des minorités (ce qui n’a pas été le cas), et non faire l’objet d’une vendetta virtuelle sur internet.

Après la fermeture de sa page Facebook, Marsault est tombé sur cette publication publique, privatisée depuis, où l’auteur se félicite de la fermeture de la page principale du dessinateur et appelle à la censure de sa deuxième page. Or, cette jeune femme est à l’origine de la cyber-guerre menée contre Marsault depuis la publication de son dessin du 27 décembre 2015, ou en tout cas fait partie du petit groupe à l’origine de celle-ci. Précisons tout de suite pourquoi je n’ai pas censuré l’identité Facebook de celle-ci dans le lien que j’ai pointé: d’une part, il s’agit d’un pseudonyme et non de son identité réelle, pseudonyme qui est d’ailleurs commun sur Facebook. Les moyens de l’identifier sont limités, d’autant plus que celle-ci a changé sa photo de profil et privatisé ses publications. En outre, une recherche avec deux mots clés (« Marsault » et « Harcèlement ») permettent de retrouver la publication originale en quelques clics, et celle-ci a largement été relayée au cours des derniers jours, l’anonymiser n’aurait eu, donc, aucun effet. Et à titre purement personnel, j’estime que quand on se prétend militant, que ce soit de gauche, de droite ou d’un extrême, on a le courage de ses opinions en public, sinon c’est de la pure hypocrisie.

Dans un élan peut être un peu rapide, Marsault a décidé de publier une capture d’écran de ladite publication sur sa deuxième page, sans l’anonymiser et en annonçant que la jeune femme pouvait s’attendre à recevoir « 3-4 messages ». Si parmi les quelques 500 fils de commentaires de son article on a pu constater beaucoup de colère parmi ses fans, qui ont pour certains largement dépassé le cadre de la critique virulente (allusions à des violences, physiques comme sexuelles, insultes…), on a aussi pu voir une certaine incompréhension sur la non-anonymisation de la publication (qui aurait théoriquement pu « protéger » les jeunes femmes en question d’éventuelles représailles dans le monde physique, qui seraient absolument insupportables et à condamner très durement). Dans l’ensemble néanmoins, il s’agissait surtout de messages de soutien et d’encouragement à Marsault.

Comme il fallait s’y attendre, les choses n’en sont pas restées là et plusieurs groupes s’en sont mêlés, dont la page Paye Ta Shnek  qui a pris fait et cause pour défendre la jeune femme à l’origine du conflit. Seulement voilà, l’administratrice de PTS n’a pas seulement pris fait et cause pour elle, elle a aussi appelé ses quelques 150 000 abonnés à signaler la publication de Marsault, ainsi qu’à signaler sa page pour le faire censurer totalement, dans un commentaire de sa publication originale qui a été retiré depuis.

D’un côté, il y avait donc un artiste harcelé depuis quasiment un an et particulièrement depuis 8 mois, finalement censuré et qui a réagi d’une manière inconsidérée en n’anticipant pas les réactions violente d’une minorité infime de sa base de fans à l’encontre des jeunes femmes ciblées (notons néanmoins qu’on ne saura probablement jamais combien de messages directs celles-ci auront reçu, ni leur teneur. En prétendant avoir reçu des « centaines » de menaces de mort et d’appels au viol sans fournir aucun détail ou exemple, elles se placent clairement en position de victimisation virtuelle à partir de leurs seules déclarations, une méthode que je juge franchement facile et manipulatrice. Si menaces il y a, portez plainte, au lieu de vous en prévaloir pour vous donner le beau rôle dans cette histoire nauséabonde).

De l’autre côté, on a une communauté de cyber-militants très actifs, hurlant au scandale, ayant harcelé et fait censurer Marsault depuis des mois, et surtout appelant à la censure définitive d’un artiste certes bourrin et controversé mais néanmoins tout à fait en droit de dessiner ce qu’il dessine et protégé par nos libertés fondamentales d’opinion et d’expression aussi longtemps qu’il n’aura pas été condamné par un tribunal.

Il y a des torts des deux côtés, néanmoins je ne peux m’empêcher de penser que la véritable victime dans cette histoire n’est autre que Marsault lui-même. Que l’on apprécie ou pas son art qu’il revendique inspiré par des grands noms comme Gotlib ou Uderzo, ce dessinateur a non seulement le droit de dessiner ce qu’il dessine (aussi longtemps qu’il n’est pas condamné par la Justice, encore une fois), mais il est encore protégé par ce qu’il y a de plus sacré dans notre société: la liberté d’expression telle qu’issue du procès intenté contre Charlie Hebdo après l’affaire des caricatures de Mahomet.

L'un des nombreux exemples de couverture de Hara-Kiri que l'on peut trouver sur google
L’un des nombreux exemples de couverture de Hara-Kiri que l’on peut trouver sur google, sachant que le contenu était généralement bien plus trash

A la grande époque de la bande dessinée française, les journaux comme Hara-Kiri ou Charlie Hebdo ont publié des dessins du même tonneau que ceux de Marsault, signant donc une tradition bien française de l’irrévérence ancrée depuis plusieurs décennies dans notre paysage sociétal.

Il ne s’agit pas de défendre un dessinateur sous prétexte qu’il serait de gauche et donc « au dessus de tout soupçon ». Un satiriste, par définition, se moque d’un groupe de personne, voire d’une personne en particulier, en usant d’un comique d’exagération forcément caricatural. Il s’agit de permettre à chacun d’exercer son métier ou son activité dans le cadre légal en étant protégé contre les attaques à son encontre, inévitables, et quelle qu’en soit l’origine. Marsault, tout comme Charb ou Wolinski, DOIT pouvoir s’exprimer en toute quiétude dès lors qu’il n’a pas été condamné par la Justice. La censure extra-judiciaire et le harcèlement qu’elle suppose, qu’elle soit de gauche ou de droite, est une méthode fasciste, totalitariste, quelles que puissent être les justifications que l’on peut invoquer. Si un artiste n’est pas condamnable, alors même si ses publications ne nous plaisent pas, elles doivent être sereinement publiées. Siné avait été accusé en son temps d’antisémitisme, sans jamais être condamné.

Or, c’est précisément le même problème qui touche actuellement Marsault: attaqué pour son prétendu racisme, sa prétendue misogynie, ses prétendues sympathies pour l’extrême droite et ses soi-disant relations avec Alain Soral (en raison de la reprise de certains dessins de Marsault sur Egalité et Réconciliation), ce dessinateur a été privé de sa liberté d’expression parce qu’il a déplu à quelques dizaines de personnes qui n’ont jamais mis à l’épreuve le contenu de ses dessins contestés devant la justice. Dans une France post-Charlie Hebdo, c’est un véritable scandale que de voir des appels à la censure d’un artiste, innocent jusqu’à preuve du contraire, quel que soit son talent ou sa formation, quelles que soient ses opinions alléguées ou réelles, quel que soit le sujet général ou le ton de ses créations.

L’administratrice de PTS affirme que son appel à la censure n’avait rien à voir avec Charlie Hebdo et ne concernait que la publication de Marsault incriminant la jeune femme qui a participé à son harcèlement depuis le début de l’année. La première version de son appel à la censure, modifiée le lendemain, incluait pourtant bien un appel à signaler l’ensemble de la page de Marsault, pas seulement sa publication. Elle a participé, en outre, aux attaques contre lui, au même titre que l’Empêcheuse de Peser en Rond, la Team Bagarre, et plusieurs autres, qui ont eu lieu au cours des derniers mois de façon systématique et indiscriminée. La gestion stalinienne de PTS au cours du conflit, par une censure de tout commentaire et un bannissement de toute personne un tant soit peu en désaccord avec la ligne de la page, suggère à juste titre qu’il est impossible de discuter sereinement avec ces gens. Elizabeth Lévy, directrice de rédaction du journal Causeur qui leur a consacré un dossier l’année dernière, l’avait déjà souligné en expliquant que si le « combat féministe » semble légitime alors qu’il est gagné depuis longtemps, ces « néo-féministes » sont ultra-dangereuse pour notre démocratie et notre société car ne tolèrent pas les opinions différentes des leurs, et surtout, ne supportent pas les hommes, comme le démontre très bien ce blog. Or, on n’est plus là dans le cadre du féminisme, mais dans la plus pure misandrie, tout aussi sexiste et dangereuse que la misogynie.

Marsault a été la victime facile de ce genre de groupuscules, mais il n’est pas le seul. Il suffit aujourd’hui de déclarer quelqu’un raciste ou antisémite ou misogyne pour déclencher sur lui l’opprobre générale, même en ne fournissant aucune preuve ou en en forgeant de toute pièces, quitte à associer une personne à de vrais salopards comme Dieudonné ou Soral, qui eux ont été condamnés à de multiples reprises.

Alors, comme toujours, quand vous lisez quelque chose sur quelqu’un (et cet article ne doit pas faire exception), ne vous contentez pas de ce que vous avez lu, même si c’est illustré avec des captures d’écran ou des citations par essence tronquées et hors contexte. Allez voir ce que la personne fait, dit, publie, allez voir qui elle est, aussi bien dans ce qu’elle montre que dans ce qu’elle peut dire dans des entretiens. Faites-vous votre propre opinion, et ne vous laissez pas imposer une pensée unique…

Merci Marsault!
Merci pour tout Marsault, et rendez-vous en octobre dans toutes les bonnes librairies!

De la diffusion de la peur du réchauffement climatique

Inondation de Venise, Andrea Pattero/AFP/Getty Images
Inondation à Venise, Andrea Pattero/AFP/Getty Images

De temps en temps, l’actualité fait que la population ne se préoccupe plus vraiment du temps qu’il fait, et oublie totalement le « réchauffement climatique ». Les choses étant ce qu’elles sont, on a tendance à se préoccuper de ce qui nous menace vraiment directement, plutôt qu’une vague menace sur laquelle personne ne se met d’accord formellement.

Alors on voit surgir de nulle part des articles comme celui-ci, nous parlant d’un coin que personne ne connaît, que personne n’ira visiter, et que peu de monde peuvent situer sur une carte (le Liberia, pour info, c’est un petit pays d’Afrique de l’ouest équatoriale situé au bord de l’Atlantique, juste à côté de la Côte d’Ivoire).
Avant de poursuivre, je vous invite à lire l’article, ça va prendre deux à cinq minutes. Nan, nan, vraiment, lisez-le.
C’est fait?
Quel drame n’est-ce pas? Tous ces pauvres gens, menacés par le « réchauffement climatique » et la fonte des glaces (un comble pour un pays tropical!). De quoi se sentir un peu mal pour eux et triste, et prendre de bonnes résolutions n’est-ce pas?

Sauf que tout est bidon. Bon, pas la partie drame humain qui elle est réelle, mais l’explication donnée: le véritable problème qui touche West Point, ce n’est pas la montée des eaux, mais l’érosion des sols sablonneux.

Vue aérienne du bidonville de West Point
Vue aérienne d’une partie du bidonville de West Point (détail), construit en partie sur des bancs de sable
La montée des eaux sur tout le 20e siècle (100 ans, donc) est estimée entre 12 et 22cm (cf. par exemple Stéphane Malebranche, Le Changement Climatique: du méta-risque à la méta-gouvernance, p. 63, consultable via google books), la moyenne annuelle depuis 1992 s’établissant à un peu moins de 3mm/an, soit donc une élévation totale de 17 à 27 cm depuis 1900. C’est loin, très loin de permettre une submersion de ces quartiers ou, autre cas qui revient tout le temps chez Greenpeace, de l’archipel des Kiribati, même en intégrant les effets cumulés des vagues et des courants. Pour les Kiribati, c’est l’enfoncement du plancher océanique qui est en cause, et l’érosion des sols. Les marées et les vagues, même de petite ampleur, érodent en effet énormément les côtes (cf les côtes d’Armor ou le phénomène d’érosion fluviale des sols au Bangladesh). Le sable, de par sa nature, doit être considéré comme un fluide qui se déplace au gré des flots en fonction de leur vitesse (courants) et de leur puissance (houle/marées). Si on en enlève quelque part, la nature va avoir tendance à en remettre pour « lisser » le trou (pensez aux trous et châteaux de sables sur les plages, il n’en reste rien après 24h: c’est le même principe).
Or, saviez-vous que le sable des plages est pillé par certaines multinationales avec la complicité des autorités locales pour être employé dans la construction, parce qu’il y a une « pénurie » mondiale de sable utilisable dans la construction? L’Afrique sub-saharienne est particulièrement touchée par ce phénomène, qui n’épargne donc pas le Liberia. Les côtes sont redessinées au fil des ans à cause de ce commerce-là. La pauvreté extrême amène les populations à s’établir là où elles le peuvent, y compris les plages, bancs de sable et autres dunes, ce qui accentue ce phénomène, et surtout le rend visible de par ses conséquences parfois catastrophiques. La plage n’est pas habitable, elle est une zone d’interface, d’échange entre l’univers marin/océanique et l’univers terrestre. En une année, une plage peut changer de visage au point d’être méconnaissable. Seuls les aménagements du littoral donnent l’illusion d’une permanence.
Un cas d'érosion naturelle qui a fait la joie des journalistes de BFMTV, TF1 et France 2 l'année dernière...
Un cas d’érosion naturelle qui a fait la joie des journalistes de BFMTV, TF1 et France 2 l’année dernière…


L’érosion des sols sablonneux est bien évidemment aggravé par les phénomènes climatiques exceptionnels que sont les tempêtes, dont le GIEC prédit qu’elles seront plus fréquentes et plus violentes au cours du 21e siècle. Si le changement climatique a un impact, c’est donc à ce niveau là, et non en raison de la prétendue montée des eaux (qui bizarrement ne semble pas être beaucoup remarquée dans les ports…).
Entendons-nous bien: le changement climatique est un phénomène difficilement contestable. On observe un recul sans précédent de mémoire d’homme des glaciers, une diminution de la banquise (surface, épaisseur), et la fonte des glaces induit une hausse globale du niveau de l’eau. C’est un phénomène qui existe depuis au moins 10 000 ans (fin de la dernière glaciation) et semble s’accélérer depuis un moment indéterminé du 20e siècle (on ne peut pas accuser par exemple les tests nucléaires atmosphériques, ce qui indique que le phénomène est diffus dans l’espace et dans le temps). L’érosion des littoraux est probablement affecté dans une certaine mesure par le changement climatique, mais certainement pas au point d’accuser celui-ci d’être responsable d’un phénomène physico-chimique parfaitement naturel tel que l’érosion.

Ce qui est largement contestable en revanche, c’est cette propension des médias et d’une certaine partie des lobbys « écologistes » et des scientifiques à jouer sur l’aspect dramatique des événements pour les faire coller à cette espèce de grosse blague qu’est devenue la doctrine du « réchauffement climatique ». Lors de la tempête Xynthia en 2010, tout comme lors de l’Ouragan Katrina en 2005, on nous a présenté les faits comme résultants de quelque chose d’inéluctable dont l’homme est responsable: l’émission de carbone dans l’atmosphère dont le résultat est le réchauffement climatique.

Vue des quartiers populaires de la Nouvelle Orléans après le passage de l'ouragan Katrina, 2005
Vue des quartiers populaires de la Nouvelle Orléans après le passage de l’ouragan Katrina, 2005
Or, ce n’est pas vrai. Dans les deux cas, les catastrophes étaient évitables et ne se sont produites que parce que les autorités locales et nationales se sont défaussées de leurs responsabilités, d’une part en permettant l’installation dans des zones à risque parfaitement identifiées, d’autre part en ne procédant pas aux investissements nécessaires pour la rénovation et l’entretien des aménagements littoraux. Le même phénomène touche actuellement West Point au Liberia, mais une décennie après la catastrophe de la Nouvelle Orléans, on en est toujours au même point: c’est la faute au réchauffement.
Il serait vraiment souhaitable pour nos sociétés que l’on arrête de faire croire que les catastrophes sont inéluctables et le fait de choses supérieures à nous (Réchauffement, Rayons Cosmiques, Dieu…). Elles sont le fait d’hommes et de femmes dont la seule référence est le résultat d’un calcul coûts/bénéfices/risques qui prennent des décisions dans l’unique but de s’enrichir. Se défausser ainsi sur la Nature en nous pointant du doigt parce qu’on boit de l’eau en bouteille plastique (c’est de notre faute à nous, nous!) est proprement scandaleux.
Ceux qui vous font croire que les catastrophes naturelles sont inéluctables vous mentent. Même sans maîtriser la Nature, on peut prévenir ses impacts négatifs avec un minimum de bon sens et d’humanité.
C’est peut être ça, finalement, le grand problème aujourd’hui: au lieu de voir des pauvres et des exclus de la société, vivant dans des conditions de précarité effroyables, on préfère voir la main invisible de la Providence.