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La pseudo-science catastrophiste, fléau du 21e siècle

Écouter l’émission « Existe-t-il une science du pire? » de France Culture du 26 octobre dernier pour me réveiller n’était à priori pas la meilleure des choses à faire pour partir sur de bonnes bases. 

Le concept de « science du pire » s’applique à décrire ces situations catastrophiques « découvertes » (voire provoquées) par la Science, comme le célébrissime concept de « changement climatique ».

Le sujet de l’émission est à priori séduisant, puisqu’il s’agit de présenter une discipline naissante, la « collapsologie » (ou « science de l’effondrement », du terme anglais « collapse »), et d’en expliquer les principes. Le concept même de fin du monde est à la mode depuis environ 2500 ans et la naissance des messianismes religieux (là, je vous renvoie à mon Saoshyant), mais il s’est particulièrement développé ces cinquante dernières années: craintes d’une guerre nucléaire, apocalypse zombie, virus mortel global, robots tueurs, effondrement des sociétés civilisées, invasion extra-terrestre, astéroïde tueur… La littérature et le cinéma ne manquent pas d’exemples et nous en abreuve en permanence. Il semble donc assez étonnant finalement qu’une discipline scientifique ne se soit pas attachée à étudier ce domaine avant.

Quoique.

Rappelons que la Science repose sur deux choses: l’observation, et l’expérimentation. Si on peut observer l’effondrement de sociétés passées ou existantes, et éventuellement formuler des hypothèses pour les expliquer, il manquera toujours le second aspect fondamental de la Science moderne. L’expérimentation, pour des raisons assez évidentes, ne peut pas être réalisée sur une société pour voir comment elle s’effondre. L’expérimentation supposant la réplication, c’est à dire la répétition d’un résultat dans les mêmes conditions, autant dire qu’il est impossible de considérer la « collapsologie » comme une science, à moins d’accepter que l’on puisse mener des expériences sur des groupes d’individus pour observer comment ils survivent et meurent dans des conditions déterminées par avance. Au cours de l’ère moderne, il n’y a que trois « civilisations » qui ont permis un tel niveau d’inhumanité: l’Allemagne national-socialiste, la Russie soviétique, et le Japon impérial (du moins, sa sinistre Unité 731).

La collapsologie présente donc un sérieux défaut épistémologique dans le fondement même de son approche, et ne saurait en aucun cas être considérée comme une science au même titre que la Physique, la Chimie, la Médecine ou la Biologie. Ça ne signifie pas qu’elle ne peut pas être pertinente dans sa démarche ou son propos, simplement il faut garder à l’esprit que n’étant pas une Science, toute décision politique, économique ou humaine prise par rapport à cette discipline ne semble pas avoir beaucoup plus de pertinence qu’une décision prise en fonction d’un jet de fléchette ou d’un jet de dé.
Mais, encore une fois, l’idée n’est pas elle-même scandaleuse, puisqu’elle s’apparente à l’Histoire (qui essaie d’observer le passé pour en déterminer les dynamiques, mais sans pouvoir faire de prédiction), et éventuellement la Sociologie, dont elle partage les travers. La collapsologie n’est finalement que le pendant lugubre de la futurologie, qui est une discipline cherchant à prédire le futur à partir de l’étude de dynamiques technologiques, sociales, économiques et politiques actuelles.

Le premier quart d’heure sert d’introduction à cette discipline (qui n’a rien de nouveau, même si le terme semble l’être) et présente un entretien avec Pablo Servigne, co-auteur avec Raphaël Stevens d’un ouvrage de 2015 sur ce sujet, et qui a initié le mouvement. L’émission de Nicolas Martin sur France Culture relève assez vite que la collapsologie s’apparente à une pseudo-science, avec tous les dangers que cela peut comporter: Pablo Servigne précise en effet que la collapsologie se fonde sur l’observation ainsi que l’intuition. Une belle manière de dire que la discipline tient totalement compte des biais de ses membres et s’en sert pour ses prédictions. C’est là que la collapsologie se distingue de toute discipline à prétention scientifique comme peut en avoir par exemple la sociologie: là où l’approche scientifique essaie au maximum d’éliminer les biais cognitifs (à priori, préjugés, mauvaises interprétations…) pour obtenir des résultats non seulement les plus précis possibles, mais surtout les plus fidèles possibles à la réalité, la collapsologie s’en sert.

Pourquoi cela pose-t-il un problème? Tout simplement parce qu’à partir du moment où on adopte une approche biaisée, le résultat ne peut qu’être biaisé, inexact et éloigné de la réalité. C’est le principe de l’approche idéologique. Pour être plus clair, mettez-vous dans la peau de quelqu’un qui imagine que le nombre 18 est un nombre extrêmement important, sans pour autant être capable d’expliquer pourquoi. Vous en avez l’intuition. Le fait que vous attachiez une importance à ce nombre plutôt qu’à un autre va faire qu’à chaque fois que vous allez y être confronté, vous allez le remarquer de façon beaucoup plus claire que tout autre nombre, quand bien même vous le verriez beaucoup moins qu’un autre (au hasard, le nombre 23). C’est ce qu’on appelle un biais de perception sélective, ou « cherry picking » en anglais, qui consiste à ne prendre que les éléments qui nous confortent nos préjugés (de façon consciente ou non) et nous permettent d’obtenir des résultats conformes à nos attentes. C’est par exemple la démarche adoptée par Françoise Lhéritier et Priscille Touraille en sociologie pour expliquer des différences physiologiques entre hommes et femmes (même si en ce qui concerne ces deux-là, on est carrément dans la falsification scientifique…).

Je ne me prononcerais pas plus avant sur cette émission (ce que j’ai écrit jusqu’ici est de toute façon suffisamment éloquent), n’ayant pas pu aller plus loin que la vingtième minute, faute de patience face aux élucubrations qu’on y entend. Inviter Vincent Mignerot, un essayiste qui se présente comme « chercheur en sciences sociales » sans en avoir ni l’activité ni le diplôme, aurait pu éventuellement être intéressant si celui-ci n’était pas animé par des motivations politiques: il est président de l’association Adrastia, qui cherche à engranger de l’argent sur le thème de la fin du monde. L’entendre préciser en réponse à la mention du Réchauffement Climatique que le GIEC (Groupe International d’Études sur le Climat) se base sur des méta-études aurait pu être pertinent (une méta-étude est une analyse portant sur des ensembles de travaux portant sur un même sujet, pour en faire surgir une analyse statistique sensée faire émerger des tendance générales, tout en s’affranchissant en théorie des biais cognitifs propres individuellement à chacune des études). Le GIEC ayant une influence majeure sur la politique nationale et mondiale, rappeler une partie de ses méthodes pour en faire la critique est un argument fort pour préciser que les travaux du GIEC ne sont pas exempts de défauts et que les suivre aveuglément n’est pas forcément une bonne idée, d’autant plus que ses prévisions sont catastrophistes et aboutissent à réclamer toujours plus de financements. Malheureusement, Vincent Mignerot n’a vraisemblablement aucune honte à prêcher pour sa paroisse en affirmant de façon vindicative que le GIEC est très en dessous de la réalité parce qu’il ne prend pas en compte les derniers travaux scientifiques. Entendre un pseudo-chercheur en sciences sociales s’en prendre à des études scientifiques certes critiquables sur certains points mais autrement plus solides que la camelote qu’il essaie de nous vendre, c’était beaucoup trop pour que je puisse encore perdre mon temps à l’écouter.

Alors pourquoi rédiger un article à ce propos, finalement? Hé bien parce que j’avais envie de parler de ces gens qui, comme Vincent Mignerot, produisent des pseudo-savoirs et cherchent à profiter du système français pour récolter des financements publics, sans jamais avoir à justifier de la pertinence et de la validité de leurs travaux. Autrement dit, ces gens sont des parasites qui vivent confortablement avec l’argent du contribuable, et bénéficient d’une rente à vie qui les exempte de travailler réellement. Ces rentiers sont extrêmement nombreux en France, et expliquent en partie le gaspillage d’argent public et le déficit de l’État, même si ils ne sont pas le seul problème qui gangrène la société française, loin s’en faut.

L’organisation de l’État français fait de celui-ci le point central de l’économie du pays. En impliquant l’État dans tous les processus de décision, comme par exemple l’organisation de la solidarité nationale redistribuant les richesses à destination des plus pauvres par le biais de l’impôt, la France a adopté un système économique dit « socialiste ». Le socialisme n’est pas synonyme d’humanisme comme on tend à le croire, mais de centralisation étatique: l’État, et plus exactement le Gouvernement, se voit investi du pouvoir de réguler et d’organiser tous les aspects de la vie nationale. C’est parce que cette centralisation du pouvoir et du processus de décision prétend se fonder sur la solidarité que l’on en a cette vision déformée aujourd’hui, du moins en France.

Cette centralisation a pour effet d’inciter les groupes sociaux-économiques à rechercher les faveurs de ceux qui sont au pouvoir, pour obtenir des avantages politiques, législatifs ou financiers, sans avoir à se soumettre au processus naturel de sélection par la concurrence. En d’autres termes, la centralisation incite à la corruption et à la collusion, pour permettre à des groupes qui ne justifient pas de la pertinence de leur existence par un apport concret à la société de simplement continuer à exister. Généralement, cette survie est assurée par la captation d’une partie de l’argent du contribuable par le biais de subventions étatiques, en échange de faveurs quelconques assurant le maintien au pouvoir d’une partie de la classe politique (mais pas forcément à des postes renouvelés par le biais d’élections périodiques).

L’exemple le plus parfait pour illustrer ce mécanisme est le GIEC, dont j’ai parlé un peu plus tôt. Cet organisme international  est composé de représentants d’États nommés à leur poste par des gouvernements (il s’agit donc de postes politiques, et non de postes scientifiques), afin de produire des rapports à destination des autorités pour « guider l’action publique ». Nous avons donc des États qui depuis les années 1970 subissent une dépendance énergétique aux énergies carbonées, au premier rang desquelles le pétrole, qui s’est doublée au fil des ans d’une dépendance politique et financière au profit des États producteurs de pétrole, qui cherchent à justifier leurs politiques publiques d’investissements et de « transition énergétique » vers des énergies décarbonées, et s’appuient sur les travaux d’un organisme dont les membres sont tous nommés par leurs propres gouvernements pour justifier les politiques et stratégies nécessaires pour réduire la dépendance énergétique et financière envers les puissances pétrolières. Autant dire que le GIEC n’a aucun intérêt à produire un rapport réduisant l’impact des émissions de CO2 sur le climat, et a tout intérêt au contraire à produire des rapports catastrophistes… et à obtenir en échange de généreux financements assurant sa pérennité.

Ce principe s’applique à peu près à toutes les organisations associatives en France, depuis la petite association sportive communale qui a intérêt à bénéficier du prêt d’un bâtiment de la municipalité, jusqu’à des organisations internationales, gouvernementales ou non, y compris celles qui se défendent de toucher des subventions publiques (Greenpeace, par exemple, prétend ne pas être financée par un État, mais reçoit en réalité l’autorisation politique de mener ses actions avec la bienveillance policière et judiciaire, même quand il s’agit de bloquer des trains de combustible nucléaire ou d’envahir des centrales en ayant l’assurance de ne pas se faire tirer dessus…). Les entreprises y sont également très fortement incitées, comme on le voit depuis des années avec le MEDEF qui est systématiquement à l’œuvre en coulisse lors des réformes gouvernementales portant sur les entreprises, même si cela ne va pas du tout dans l’intérêt des PME qui représentent l’immense majorité des entreprises françaises.

Ce que les journalistes et politiques nomment « ultralibéralisme » n’est en réalité que le produit même de l’organisation socialiste de la société française. Il n’y a aucune libéralisation quand c’est l’État qui in fine prend toutes les décisions, même si celles-ci semblent donner du pouvoir à certains de ses affidés: ils font tous partie de la même entreprise de captation des richesses du peuple français par le biais de l’impôt. La seule différence avec les mafias est que ceux qui bénéficient de ce système se réfugient derrière l’apparente légitimité de leurs actes fournie par la Loi. Il n’y a plus aucun moyen normal de lutter contre ces gens, qui se fournissent les uns aux autres les justifications de leur activité et de leur rémunération: c’est un cercle vicieux qu’il devient de plus en plus impossible de briser.

La collapsologie n’est qu’un avatar de plus de ce problème majeur qui ronge la société française de l’intérieur. Il n’est guère étonnant qu’à aucun moment cette pseudo-discipline ne s’intéresse aux conséquences mêmes de son existence (le fait de faire une prédiction suffit souvent à la déjouer), ni encore moins aux véritables raisons qui poussent des sociétés civiles à l’effondrement et au basculement vers une autre organisation. Il ne faut rien attendre d’une discipline qui fait partie du problème, et qui passe son temps à crier au loup pour des raisons qui ne sont pas justifiées. Le jour où il se passera vraiment quelque chose, personne parmi ces oiseaux de mauvais augure ne le verra venir. C’est ce qui s’est passé avec la crise financière de 2008.

La leçon n’a visiblement pas porté ses fruits…

Il bouge encore!

Les deux mois qui viennent de s’écouler ont été l’occasion de grands chambardements dans nos vies, qui nous ont tenus éloignés malgré nous de Sombre Plume et de nos projets de publication.
Elora a une vie professionnelle et personnelle qui lui laisse très peu de temps à consacrer à sombre Plume, aussi dois-je prendre sur mes épaules la majorité de l’activité du site.
Seulement voilà, depuis septembre, je n’ai tout simplement pas arrêté: je me suis expatrié en Italie, pour les trois ans à venir, puisque je suis désormais officiellement doctorant. Il m’a fallu préparer les entretiens, la paperasse administrative française, la paperasse administrative italienne, la paperasse administrative universitaire, bref, beaucoup de tracas qui m’ont tenu éloigné beaucoup plus que je ne l’aurais voulu.

Mais ça y est, je suis en Italie, et je peux enfin commencer à souffler un petit peu pour animer Sombre Plume. Je partagerais probablement avec vous quelques notes de lecture que j’écris sur Babelio, ainsi que quelques petites choses à voir à Turin, la ville où je vis désormais, histoire de ne pas laisser Sombre Plume dans les limbes comme ces trois derniers mois.

Vous l’avez peut être vu, nous avons publié Saoshyant en août dernier, sans grande fanfare. C’est un projet qui m’est très personnel et assez particulier, qui marque mon premier pas dans un projet au long cours né dans la foulée de mon Liber Satanis. Il s’agissait à l’origine de décrire comment la religion Chrétienne et son Eglise étaient nées, à travers un cycle baptisé Ecclesia. Il y a trois tomes à ce jour, tous rédigés en 2009-2010, et intitulés Saoshyant, Rome et Peste.

Saoshyant, donc, retrace les origines de la religion chrétienne, depuis les origines du messianisme mazdéen (dont le « Sauveur » était appelé « Saoshyant ») que le peuple hébreu a largement croisé lors de son exil à Babylone, vers l’an -500 avant notre ère, jusqu’à la fondation formelle de l’Eglise catholique romaine, vers l’an 60.

A mi-chemin entre œuvre littéraire (reprenant la forme du Liber Satanis) et interprétation historique romancée, Ecclesia l’une de mes œuvres les plus intimes et personnelles.

Lorsque j’ai commencé à travailler sur Liber Satanis, mes recherches m’ont amené à découvrir des textes religieux que je ne connaissais absolument pas, comme l’Evangile de Judas, les évangiles Gnostiques, les apocryphes chrétiens ou encore les écrits dits « inter-testamentaires », c’est à dire décrivant des faits s’intercalant entre l’Ancien Testament et le Nouveau Testament. Je n’ai jamais été très religieux, mais je dois avouer que découvrir et pénétrer l’envers du décor m’a totalement fait perdre la Foi. De cette désillusion est né le cycle Ecclesia, et donc Saoshyant, qui fournit ma vision de l’acte de naissance du christianisme en tant que religion.

Il est très intéressant pour moi, en tant qu’auteur, de revenir à ces textes que j’ai écrit il y a déjà 7-8 ans, à une période de ma vie qui était très particulière. Ma vision a en effet beaucoup évolué depuis: si je ne me revendique certainement pas croyant en une quelconque religion, je ne suis pas non plus athée, me considérant plutôt comme agnostique, c’est à dire à l’esprit « ouvert » aux mystères et au métaphysique/surnaturel.

Nietzsche, que j’ai lu à cette période, parlait de briser les Idoles. C’est exactement ce qu’a été Ecclesia pour moi: la destruction de mes idoles, de mes illusions religieuses. J’ai, depuis, découvert Carl Jung, et assume totalement ma pratique de la « magie » chaote (peu assidue, je dois le reconnaître).

Liber Satanis donnait la parole aux réprouvés des textes sacrés des monothéismes orientaux. Saoshyant est le point de départ d’un voyage matérialiste vers la spiritualité. J’espère que vous l’apprécierez.

Je devrais en principe faire paraître le second volet d’Ecclesia, intitulé Rome, d’ici la fin de l’année, vraisemblablement pour Noël. A très bientôt, donc.

Le Myanmar et la rébellion « Rohingya »

Mélenchon, expert en bobards.

« Du fait de leur religion, [les Rohingya] sont affreusement persécutés par la majorité birmane » – Jean-Luc Mélenchon, 8 septembre 2017, vlog commentant l’actualité (13:28 à 16:32)

La démagogie et la manipulation sont des armes redoutables lorsqu’elles sont employées sur des sujets concernant des pays situés à l’autre bout du monde, et sur lesquels on n’a a fortiori pas beaucoup de connaissances. Et, au vu de ce que balance Mélenchon, il n’y connait tellement rien qu’il est obligé de proférer un tissus de mensonge pour faire avancer son agenda politique.

Je ne prétend pas être un expert du Myanmar, mais j’ai été amené à lire pas mal de choses sur ce magnifique pays qui sort à peine de décennies de dictature militaire, contre laquelle de nombreux opposants luttaient, dont Aung San Suu kyi, héroïne-égérie de la Liberté adulée en Occident pour son combat pacifique contre les militaires, dans la plus pure tradition de son pays à la longue histoire bouddhiste. Elle est actuellement la dirigeante de facto du pays et a fait procéder à de nombreuses réformes démocratiques depuis la fin de son assignation à résidence et son élection au Parlement du Myanmar. Elle est aussi sous le feu de certains critiques qui l’accusent de passivité face à la répression des « Rohingya » en cours depuis octobre 2016.

Aung San Suu Kyi et Narendra Modi (Premier Ministre de l’Inde) le 6 septembre 2017. Les deux dirigeants ont abordé les solutions pouvant être mises en œuvre pour lutter contre l’immigration illégale des « Rohingya » en Inde

 

Les origines de la répression

En octobre 2016, le groupe armé Harakah al-Yaqin (ou « mouvement de la Foi ») a mené une attaque contre un poste frontière entre le Bangladesh et le Myanmar, dans la province côtière de Rakhine. Cette province, aussi appelée « Arakan » (elle porte le nom de « Rakhine »depuis l’arrivée des marins portugais au 17e siècle), avait déjà connu une éruption de violence de la part de la minorité musulmane en 2012 à l’encontre de la majorité bouddhiste, obligeant le gouvernement à déployer l’armée et à mettre en place un couvre-feu (officiellement, il y aura eu 78 morts, 87 blessés et… 140 000 déplacés).

(cliquer pour agrandir) Carte du Myanmar montrant les différentes provinces du pays, publiée par le gouvernement australien pour ses ressortissants voyageant au Myanmar, sur le site http://smartraveller.gov.au/ La province de Rakhine est la zone orangée au sud du pays, et la base arrière du groupe Harakah al-Yaqin est indiquée en rouge, à la frontière avec le Bangladesh

L’objectif d’Harakah al-Yaqin, officiellement formé à la suite des événements de 2012, est la création sur le territoire myanmarais d’un Etat indépendant, musulman, où serait appliqué la Sharia. Chose qui ne surprendra guère, ce mouvement est dirigé par Ata Ullah, un pakistanais né à Karachi et ayant passé toute sa vie à La Mecque, en Arabie Saoudite. Un étranger, sunnite salafiste de l’obédience wahhabite, donc… La base géographique (Gérard Challiand parlerait de « sanctuaire ») de ce mouvement se situe à la frontière entre Bangladesh et Myanmar, dans les jungles tropicales de la province de Rakhine, mais Harakah al-Yaqin est également présent à Maungdaw, la capitale de la province, où se concentrent la majorité des musulmans du pays (80% de la population de la ville est musulmane, dans un pays où ils ne représentent que 4% et 42% de la population de la province).

L’attaque du 9 octobre 2016 a laissé 9 policiers myanmarais morts, et a déclenché une vaste opération de police à Maungdaw et ses environs. Il s’agit d’une véritable opération militaire (la frontière étant peu marquée entre police et armée), au cours de laquelle seront arrêtées plusieurs dizaines de personnes suspectées de liens avec Harakah al-Yaqin, et de nombreuses maisons incendiées. Cette répression policière a entrainé une riposte de la part des civils, qui elle même a amené plus de violence, et ainsi de suite.

Pourquoi incendier des maisons au cours d’une opération de police? C’est ici que les choses commencent à sérieusement se compliquer, parce qu’il faut remonter à la décolonisation anglaise de la région. Le Myanmar accède à l’indépendance en 1948, juste après celles de l’Inde et du Pakistan en 1947. La partition des Indes anglaises en deux États s’explique par l’impossible conciliation entre hindous et musulmans, les violences intercommunautaires et la volonté des deux partis de n’avoir rien à faire l’une avec l’autre. Cette partition est l’occasion d’une grande violence, et causera la mort de près d’un million de personnes.

Le Pakistan, à l’époque, recouvre en réalité deux États: le Pakistan actuel, et le Pakistan oriental, qui deviendra en 1971 le Bangladesh, au terme d’une guerre avec le Pakistan qui aura fait 3 millions de morts et 10 millions de réfugiés.

Carte tirée de Wikipédia, montrant le découpage des Indes anglaises au moment de la décolonisation de la région en 1947, sous l’impulsion de Mohandas Ghandi

 

Ces réfugiés musulmans sont allés là où ils le pouvaient, c’est à dire en Inde d’une part, et au Myanmar d’autre part. C’est ce qui va déclencher la grave crise actuelle, et ce, dès 1978.

Si dans les années 1950, juste après l’indépendance, la province de Rakhine a été agitée par un mouvement indépendantiste de la part de la minorité musulmane, ce mouvement s’est vite essoufflé et a pris définitivement fin lors du coup d’état militaire de 1962. La guerre d’indépendance du Bangladesh provoque l’exode massif de plusieurs centaines de milliers de personnes de confession musulmane (sunnite) au Myanmar, dans cette province où traditionnellement et historiquement, la présence musulmane est importante. La tentation de l’indépendance étant encore présente dans les esprits, et renforcée par la guerre au Bangladesh, les autorités myanmaraises décident d’expulser manu militari autant de réfugiés qu’elles pourront vers leur pays d’origine.

La particularité de ces réfugiés était qu’ils s’étaient établi dans la province, pour y habiter durablement. Ils étaient devenus, de facto, des migrants illégaux, et n’entendaient aucunement retourner au Bangladesh. La junte militaire traitait donc ces populations comme des clandestins, résidant illégalement au Myanmar. Le problème était que la junte avait un peu trop tendance à expulser les citoyens myanmarais de confession musulmane avec les Bangladeshi, pour essayer de se débarrasser de ceux qui n’avaient pas oubliés leurs projets d’indépendance. Toujours est-il que devant le reflux de ses ressortissants dans des conditions souvent brutales, le gouvernement du Bangladesh a porté l’affaire devant l’ONU. Des négociations eurent lieu, et finalement le Bangladesh accepta de reprendre 200 000 de ses ressortissants pour mettre fin à la crise entre les deux pays.

Cela n’arrêta néanmoins pas l’immigration illégale entre les deux pays, la frontière étant extrêmement poreuse puisque matérialisée par une jungle tropicale épaisse et impossible à contrôler parfaitement (il n’y a pas de barrière, clôture ou mur passant au milieu de la jungle et le contrôle se fait par des patrouilles de police peu efficaces). En 1982, les autorités militaires du Myanmar décident donc, pour essayer d’enrayer l’afflux de migrants, de refuser d’octroyer la citoyenneté aux nouveaux venus bangladeshi. Là encore, il faut se rendre compte que le Myanmar n’était pas (et n’est toujours pas) un pays centralisé et bien développé. Il n’y avait pas à ce moment là, formellement, de document d’identité attestant de l’origine réelle des personnes présentes sur le territoire. Un migrant bangladeshi pouvait tout à fait s’établir dans la région et demander à être reconnu comme citoyen myanmarais par les autorités. En 1982, le Myanmar essaie donc de mettre en place un contrôle de l’immigration avec un système de délivrance de papiers d’identité strict, refusant aux migrants illégaux le même traitement que les citoyens myanmarais.

C’est de là que naissent la majorité des accusations de discrimination à l’encontre des populations musulmanes du pays, abusivement appelés « Rohingya ». C’est aussi ce qui explique pourquoi la police brûle des maisons lors de ses opérations contre Harakah al-Yaqin: elles sont traitées comme des installations illégales par des migrants illégaux, et donc détruites.

 

Les Rohingya: un fantasme sans aucune réalité?

L’appellation « Rohingya » pour désigner les populations musulmanes du Myanmar est au mieux un abus de langage, au pire une fraude totale.

Manifestation anti-« rohingya » en… Inde… suite aux attaques perpétrées par l’Harakah al-Yaqin

La présence musulmane dans la région est attestée depuis dès le 8e siècle, et matérialisée par la présence de marchands d’origine arabe. Ces marchands arabes établissent des comptoirs un peu partout dans l’océan indien, et s’installent parfois durablement. Les toutes premières populations musulmanes descendent de ces marchands, et ne représentent qu’une infime partie de la population de l’époque, qui est alors très majoritairement bouddhiste, hindoue et animiste. L’animisme et l’hindouisme disparaissent au fil des décennies (ils ne représentent respectivement plus que 0.1% et 0.5% de la population aujourd’hui au Myanmar), et le christianisme ne s’implante jamais vraiment dans le pays (il représente 6.2% de la population en 2015, contre 4.3% de musulmans).

La présence musulmane se renforce à partir du 15e siècle et la période du royaume Mrauk U, recouvrant l’actuelle province de Rakhine (alors appelée Arakan) et une partie du littoral bangladeshi. Ce royaume faisait partie du sultanat du Bengale, dont la religion officielle était l’Islam sunnite de l’école hanafite, c’est à dire celle des 4 grandes écoles islamiques qui est la plus libérale et la plus tolérante, mettant en avant la rationalité devant la littéralité des textes islamiques. C’est cette littéralité qui est au cœur de l’école malikite qui a cours au Maroc, et surtout de l’école hanbalite dont sont issues les doctrines wahhabite et salafiste et plus généralement tous les mouvements sectaires et jihadistes.

Le Royaume de Mrauk U prospère pendant environ un siècle, jusqu’au milieu du 16e, et subit de plein fouet l’instabilité du sultanat du Bengale, qui finit par s’effondrer en 1576 et être absorbé dans l’empire Moghol, lui aussi principalement musulman mais beaucoup plus instable et beaucoup moins centralisé que le sultanat du Bengale. Si le Mrauk U perdure officiellement jusqu’en 1784, il s’agit en fait de trois royaumes aux contours différents qui se sont succédés entre 1430 et 1784. En réalité, l’Arakan n’appartient plus au sultanat dès 1531, date à laquelle il tombe entre les mains des moghols et qui marque la fin du premier royaume Mrauk U. Après 1576 et le départ des moghols, la population musulmane de l’Arakan ne s’étend plus et cohabite avec une population bouddhiste aussi nombreuse qu’elle. L’Arakan bascule définitivement aux mains de l’empire birman en 1785, dont la religion est le bouddhisme.

Le nom Arakan semble être transformé en « Rakhine » après l’arrivée des marchands/pirates portugais au 17e siècle, du moins du point de vue occidental, puisque ce nom est repris lorsque les anglais arrivent dans la région et la colonisent à partir de 1824. C’est le nom « Rakhine » qui survivra lors de l’indépendance, peut être pour marquer la différence entre cette région à majorité bouddhiste avec l’ancienne région historiquement plutôt musulmane. Le reste, vous l’avez lu plus haut.

A l’arrivée des anglais, il y a donc plusieurs « types » de populations musulmanes:

  • les descendants des marchands arabes du 8e siècle et suivants, puis leur retour sous la période du sultanat
  • les bengalis de la période du sultanat
  • les moghols de la (très) courte présence dans l’Arakan de l’Empire Moghol (1531-1576)

Sous la présence anglaise (1824-1948), les mouvements de populations venues de toutes les Indes Britanniques brouillent un peu les cartes, mais il ne semble pas y avoir d’arrivée massive de populations issues d’autres « souches » que celles qui sont citées ici. J’ai lu à plusieurs reprises que les anglais auraient « importé » des populations musulmanes extérieures au Myanmar, sans que l’assertion ne soit jamais étayée, et sans que je ne puisse moi-même en trouver une quelconque trace. Il est en revanche vrai que les mouvements de populations (notamment indiennes et chinoises) étaient plus faciles dans un territoire unifié sous l’administration britannique, et il est possible qu’il y ait eu des mouvements plus ou moins « importants » en proportion: on parle d’une région qui avait à l’époque moins de 500 000 habitants (10 000 n’est pas un nombre très grand mais en proportion, il est important), et qui en abrite aujourd’hui 3.1 millions.

S’y ajoutent ensuite et peut être surtout les « pakistanais orientaux » (les bangladeshi) après l’indépendance, à partir des années 1950 jusqu’à aujourd’hui, dont seuls ceux qui sont arrivés avant la guerre d’indépendance du Bangladesh sont considérés comme myanmarais.

Mais où sont les Rohingya? Ils n’existent tout simplement pas, du moins en termes ethniques comme on le voit trop souvent dans les médias. Le terme est en réalité né sous la plume des indépendantistes musulmans de la province de Rakhine dans les années 1950. Il s’agissait de désigner sous une seule et même appellation les populations musulmanes de la région, pour créer l’illusion d’une ethnicisation et ancrer leur histoire commune dans une tradition remontant au 8e siècle. En créant une ethnie « Rohingya », les revendications indépendantistes étaient sensées avoir plus de poids. L’historien japonais Aye Chan va même jusqu’à affirmer que le mot « Rohingya » a été inventé exprès par les intellectuels musulmans indépendantistes, et qu’il n’existe pas avant cette période, dans aucune langue.  Fin connaisseur de l’histoire du Myanmar, Aye Chan y est régulièrement accueilli depuis les années 1990. Son travail universitaire n’est pas remis en cause ni critiqué, même si il existe une polémique sur ses déclarations relatives au terme « Rohingya », d’autres historiens adoptant plutôt le point de vue des indépendantistes musulmans. Les documents historiques semblent lui donner raison. Lors de la constitution de l’assemblée constituante en 1947, les populations musulmanes de la région étaient désignées sous le nom « Arakese-indians » (« indiens de l’Arakan ») et non sous le nom de « Rohingya ».

Ce terme apparaît officiellement pour la première fois en 1948 dans un mémorandum rédigé par Mohammed Abdul Gaffar, membre de l’assemblée constituante, et demandant à ce que soit employé le terme Rohingya pour désigner les « Arakese-indians ». Le mot est formé à partir de « Rohang », le nom indien de la région. Pourquoi ne pas avoir voulu employer le nom musulman « Arakan » d’origine arabo-perse en vigueur depuis le 8e siècle,  mystère et boules de gomme.

Une chose est cependant sûre: les populations musulmanes au Myanmar et en particulier dans la province de Rakhine ne sont en aucun cas homogènes, que ce soit d’un point de vue ethnique ou d’un point de vue religieux. Comme on l’a vu, l’histoire de la région démontre que c’était plutôt le courant hanafite, plutôt libéral et tolérant, qui a dominé jusqu’à aujourd’hui. Or, les indépendantistes se rattachent, par réaction identitaire, plutôt aux traditions littéralistes, hanbalites, et la rébellion actuellement à l’œuvre est carrément salafiste wahhabite, pour ne pas dire jihadiste, même si l’Harakah al-Yaqin n’a pas encore de base populaire assez solide pour prétendre publiquement s’attaquer à autre chose que l’État myanmarais.

L’immense majorité de la population musulmane reste néanmoins tolérante et pacifique, même si des incidents (vols et agressions, parfois viols et meurtres) impliquant des musulmans contre des bouddhistes surgissent régulièrement. Ceux qui ont la citoyenneté octroyée par le Myanmar se considèrent d’ailleurs pour la plupart comme myanmarais avant de se dire musulmans. Ce sont ceux qui n’ont pas la nationalité et sont arrivés après 1982 (instauration des lois drastiques sur l’immigration illégale) qui se présentent aujourd’hui comme musulmans et « Rohingya ».

Ce mot, finalement, désigne moins les musulmans du pays que ses immigrés clandestins…

 

L’éternelle fable de l’éternelle persécution des musulmans

Le storytelling en cours depuis cet été est que les méchants « birmans » (ressortissants d’un empire qui a disparu au début du 19e siècle, mais passons) persécutent les gentils musulmans innocents et commettent même un quasi-génocide. Car, honnêtement, que seraient nos médias sans histoires de génocides? Érythrée, Cisjordanie/Gaza, Syrie, Burundi, Tchétchénie, et maintenant Myanmar, plus aucune actualité ne semble être développée sans qu’il n’y ait un génocide quelque part.

Ce recours à l’exagération quasi-burlesque est facilité par le fait que les opérations policières et militaires au Myanmar emploient régulièrement une force excessive contre des civils. Ce comportement est hérité de la présence coloniale britannique, qui ne se préoccupait pas de maintenir l’ordre mais menait une politique de répression indistincte contre la violence subie par les coloniaux. En d’autres termes, il s’agissait d’expéditions punitives où des villages étaient incendiés et les populations civiles étaient battues et subissaient des exécutions extra-judiciaires.

Après le coup d’état militaire de 1962, les méthodes coloniales britanniques ont été mises en œuvre par l’armée myanmaraise à l’encontre des populations du pays, quelle que soit leur origine ou leur confession. En l’espace de quelques années, 300 000 personnes d’origine chinoise (Han), indienne (Ghurka, etc.), bengali, népalaise, ainsi que descendant d’européens restés après la décolonisation, ont fui le pays devenu dictature. Il ne s’agissait pas d’étrangers, mais bien de myanmarais descendants d’immigrés légaux.

Les musulmans n’étaient pas particulièrement visés. Avant l’indépendance du Bangladesh, ceux qui étaient visés étaient ceux qui avaient soutenu les prétentions indépendantistes de la province de Rakhine, leurs familles, ainsi que les religieux, suspectés de tenir des propos antigouvernementaux. Si je dis que les musulmans n’étaient pas particulièrement visés, c’est parce que les chrétiens et les bouddhistes l’étaient tout autant. Ils ne l’étaient pas en raison de leurs opinions religieuses, mais en tant qu’opposants politiques: sous le couvert de leurs discours religieux, il était facile, du point de vue militaire, de tenir des propos critiques contre le Gouvernement. De ce fait, les chrétiens et les musulmans subissaient une présence policière constante, et les bouddhistes étaient confinés dans leurs monastères.

De façon très intéressante, ce qui se passe aujourd’hui avec les « Rohingya » suit exactement le même fil qu’avec les « Karen », à ceci près que les premiers sont une « ethnie » musulmane quand la seconde est une « ethnie » chrétienne (le terme d’ethnie est abusif, car ces populations n’ont ni tradition religieuse homogène, ni surtout de langue commune). Les « Karen » sont originaires de la province de Kayin (dite Karen), à la frontière avec la Thaïlande.

Province de Kayin (Karen) en rouge. Située à la frontière avec la Thaïlande, cette province abrite un ensemble de populations disparates regroupées sous le terme fourre-tout « Karen ».

A l’occasion du mouvement de décolonisation de la région, dès 1947, les habitants de cette province ont essayé de faire valoir leur droit à l’indépendance, qui a tout autant échoué que pour les musulmans et leur « Arakan » dans la province de Rhakine. Les « Karen » ont organisé très tôt une résistance armée, avec une insurrection en janvier 1949, réprimée dans le sang, sans jamais être éliminée.

La révolte populaire généralisée de 1988 (immortalisée dans le film hollywoodien Rangoon) a permis à ces groupes armés de revenir en force. En réaction, le Gouvernement militaire a lancé une vaste opération de répression qui a duré au moins jusqu’à la fin de la junte en 2011.

Pour faire un peu démago, mais parce que l’exemple est extrêmement parlant, le film « Rambo » (2008) dépeint la situation des populations de la région et surtout la répression féroce menée contre la rébellion par le Tatmadaw, l’armée du Myanmar (le film est d’autant plus manichéen que l’équipe de tournage a essuyé des tirs de l’armée lors du tournage de séquences de jungle à proximité de la frontière du Myanmar, et Sylvester Stallone a raconté avoir rencontré sur place des survivants d’exactions particulièrement cruelles).

Rambo, en 2008, assimilait déjà répression contre la rébellion « Karen » et quasi-génocide… les médias et politiques de 2017 ne semblent pas valoir mieux

Pourquoi venir prétendre que « les musulmans » du Myanmar sont persécutés en parlant d’eux comme d’un peuple inventé de toute pièce mais présenté comme « millénaire », alors que personne n’a jamais levé le plus petit doigt pour les « Karen » ni encore moins pour les Hmongs du Laos?

La réponse est assez simple: parce que certaines organisations ont aujourd’hui tout intérêt à dresser les musulmans, en Occident mais aussi ailleurs, contre les non-musulmans. On est totalement dans la stratégie héritée de l’ouvrage médiéval que l’on trouve aujourd’hui publié en France sous le nom « Le Livre des Ruses: la stratégie des arabes » chez Phébus, dans la collection Libretto. Il s’agit d’une compilation de textes éducatifs à travers des exemples et anecdotes, comme on peut en trouver dans la littérature politico-stratégique asiatique. L’une de ces techniques vise à frapper en premier puis à accepter d’encaisser la riposte, pour ensuite se mettre dans la position de la victime aux yeux de tout le monde.

C’est ce qui se passe aujourd’hui au Myanmar, après les attaques du 9 octobre 2016 orchestrées par l’Harakah al-Yaqin. En tuant 9 policiers, puis en se réfugiant au sein des populations civiles, ce groupe a provoqué une répression féroce à l’encontre de groupes civils jusque-là relativement pacifiques. Ils savaient très bien ce qu’ils faisaient, et la réaction du Gouvernement myanmarais n’a fait que leur permettre d’avancer leurs pions sur leur échiquier politique en se donnant les moyens de recruter encore plus de monde. L’élan de sympathie envers les « Rohingya » amène déjà des organisations islamiques à récolter des fonds pour « aider les populations ». Or, l’humanitaire est pour les organisations islamistes le parfait moyen de financer des groupes terroristes. En outre, la multiplication des images de « persécutions » et présentées comme ne ciblant qu’exclusivement les musulmans « parce qu’ils sont musulmans » (et non parce qu’ils abritent des membres d’organisations terroristes…) renforce l’idée anxiogène pour les musulmans à l’autre bout du monde qu’ils sont effectivement persécutés, même si ils vivent dans des pays libéraux qui leur aménagent de plus en plus d’espaces et leur octroient de plus en plus de mesures d’exception.

Cette méthode est redoutable, car elle permet à ces organisations radicales hanbalites d’éliminer sans coup férir les opinions plus libérales et plus tolérantes issues des écoles hanafites, pour au final imposer une vision monolithique de l’Islam, dans sa version la plus hostile et mortifère, le salafisme.

Mélenchon joue ici un jeu très dangereux, en se positionnant dans le storytelling génocidaire des « musulmans opprimés et persécutés parce qu’ils sont musulmans ». Ce long article démontre que la réalité est beaucoup, beaucoup plus complexe que ça, et qu’il n’y a pas les bons d’un côté et les méchants de l’autre, surtout quand ces gentils-là n’existent même pas (en tout cas, pas tels qu’on les décrit).

Il semble que l’objectif des salafistes de déclencher des affrontements intercommunautaires ait ici pleinement été atteint. Reste à espérer que ces tensions ne dégénèrent pas plus qu’elles ne l’ont déjà fait ces dernières années, les populations bouddhistes et les autres minorités ethnico-religieuses ayant eu à souffrir au moins autant que les populations musulmanes.

Ce connard de Mélenchon, s’il était réellement humaniste et anti-clérical comme il le prétend, ne soutiendrait aucunement la thèse des « persécutions des musulmans parce qu’ils sont musulmans » et chercherait à appeler à l’apaisement. Lui ne fait que jeter de l’huile sur le feu.

Un feu qui couve depuis des années et qui a amené des moines bouddhistes non-violents à se battre dans les rues et à devenir à travers le prisme des médias occidentaux des bourreaux sanguinaires…

Un rappel que la tolérance ne doit pas être à sens unique. Ce ne sont pas toujours les minorités qui sont persécutées par la majorité.

 

Casse du Code du Travail: vers un retour à l’efficacité de la Grève?

M. Macron devrait se sentir bien seul dans les semaines à venir…

Il faut bien l’avouer, la rentrée en France s’annonce déprimante. La période de vacances estivales n’aura pas changé grand chose: on sait depuis l’élection de M. Macron et les législatives qui ont suivi que les grandes réformes qui arrivent vont chambouler le système social à la française, et qu’en réaction devraient s’organiser des mouvements de grève et manifestations qui serviront de prétexte à certains groupes violents pour commettre leurs habituelles exactions.

La casse du Code du Travail est anxiogène à plus d’un titre. Perçue comme un recul majeur des acquis sociaux obtenus principalement dans la première moitié du 20e siècle, la réforme semble d’autant plus violente qu’elle sera menée par ordonnances, et non adoptée par la voie parlementaire. Elle est annoncée comme « flexibilisant » le marché du travail, c’est à dire permettant des licenciements plus facilement et plus rapidement. L’emploi, en effet, est LE sujet de préoccupation en France depuis une trentaine d’années, sujet perçu comme étant d’autant plus important depuis la crise financière de 2008 que le chômage n’a cessé de servir de prétexte à diverses réformes négatives sans que la situation ne s’arrange le moins du monde.

 

Une réforme à peu près inutile

Cette fameuse réforme Macron devrait entrer dans l’Histoire comme la troisième macronnerie de la République Française, après les Lois Macron (la loi « pour la croissance et l’activité » du 6 août 2015) et El Khomri (la loi « travail » ou « relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels » du 8 août 2016). Pour être complet, il faudrait ajouter à ces lois certaines des dispositions contenues dans la Loi Sapin II (Loi « relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique », du 9 décembre 2016) mais passons.

Cette troisième macronnerie vise, donc, à réformer le code du travail de fond en comble, et notamment les mesures relatives à l’emploi et au licenciement, pour soutenir les employeurs et permettre aux chômeurs et demandeurs d’emploi de trouver plus facilement main d’œuvre et rémunération.

Mais les choses ne sont pas si simples. Le marché du travail peut être divisé en trois catégories:

  • les emplois liés à la supervision de l’activité (cadres…), où les qualifications sont importantes (bac +3 et plus) et où généralement une expérience de plusieurs années est exigée; ces emplois donnent lieu à des contrats à durée indéterminée parce que les compétences apportées sont relativement rares et il faut donc pouvoir les capter et les conserver
  • les emplois liés directement à l’activité (production, logistique, services…), qui nécessitent des compétences relativement simples et rapides à acquérir (type BTS, DUT, certains BEP/CAP et Bac pro, et certaines formations spécifiques type CACES…); généralement ces emplois sont pourvus via un CDI, mais peuvent tout à fait être pourvus via des CDD longue durée sans que le remplacement du salarié n’impacte sensiblement l’activité
  • les emplois non qualifiés, qui ne nécessitent que très peu de formations voire pas du tout. Ces emplois là sont pourvus via intérim et parfois CDD courte durée (jusqu’à trois mois), contrat saisonnier, voire par stage (qui rime avec esclavage…)

La flexibilité du marché du travail se fait actuellement au niveau des intérimaires et travailleurs temporaires, qui sont les premiers à ne pas être maintenus ou renouvelés lorsque l’activité diminue. A l’inverse, lorsque l’activité augmente, les recrutements se font sur des contrats temporaires. Ce n’est que lorsque l’augmentation est durable, c’est à dire lorsque l’entreprise investit et cherche à se développer, que le travail se pérennise via des CDI.

Depuis le milieu des années 2000, la France est dans un contexte très particulier qui devrait être très favorable aux jeunes générations (de plus en plus diplômées, donc cherchant des emplois stables), puisque la génération des « baby-boomers » arrive à la retraite, libérant des emplois de façon massive. Or, on constate mois après mois que les départs en retraite ne sont pas compensés par des recrutements, et donnent plutôt prétexte à la suppression d’emplois et à la « réorganisation/rationalisation » de services entiers. Pire, « l’externalisation des services » (parfois au prix de délocalisations) et le recours de plus en plus massif à des « travailleurs indépendants » (type autoentrepreneurs) ne semble pas non plus enrayer le chômage, malgré une flexibilité absolue puisqu’il n’y a plus dans ce cas de relation de travail, mais une prestation de service, rémunérée à la tâche.

Nombreux sont ceux qui voient dans « l’ubérisation » du travail un retour des tâcherons du 19e siècle, des entrepreneurs-ouvriers rémunérés à la tâche, travaillant avec leurs propres outils, et généralement rémunérés juste de quoi passer la journée et la nuit…

Difficile, dans ces conditions, de comprendre quel peut être l’impact de la réforme Macron sur le marché du travail, alors que celui-ci tend à disparaître et à se replier sur les activités les plus critiques, nécessitant expérience et formation supérieure.

C’est d’autant moins compréhensible que s’est développée depuis une petite vingtaine d’années (mais surtout au cours de la dernière décennie) une tendance des employeurs à faire fi des dispositions légales et contractuelles pour évincer quelqu’un de son emploi. Le harcèlement moral, mais aussi la dégradation volontaire des conditions de travail des salariés pour les faire partir, sont des pratiques très courantes dans le management et les services RH. Et si vraiment cela ne suffit pas, la pratique du licenciement abusif est courante et relativement peu coûteuse (paradoxalement, c’est parfois ce qui peut arriver de mieux à un salarié, qui évite d’être poussé au suicide…). Je parle ici d’expérience, puisque j’en ai subi un en 2012. Ce que mon employeur et son responsable RH n’avaient pas prévu, c’est que j’irais aux prud’hommes pour contester les faits qui m’étaient reprochés et pour contester mon licenciement (quitte à faire des études de Droit et étudier le Droit du Travail, autant le mettre en application, après tout).  Même si j’ai facilement gagné mon procès, l’opération aurait pu être rentable pour eux, puisqu’ils n’ont dû me verser qu’un peu plus de 2000 euros (mais le procès leur en a coûté près de 6000 en frais d’avocats et de pseudo-expertises, parce qu’ils ont été stupides et arrogants jusqu’au bout dans cette affaire…). Les condamnations aux prud’hommes ne donnent pas lieu à des versements faramineux, de l’ordre de quelques milliers d’euros, hormis pour certains dossiers assez particuliers (licenciements de cadres, harcèlement moral suivi de tentative de suicide, harcèlement sexuel…), à condition qu’ils soient suffisamment solides. Un bon moyen, donc, de licencier quelqu’un devenu gênant à relativement peu de frais et sans casse-tête administratif avec propositions de reclassement etc.

Pourtant, la réforme Macron devrait plafonner les montants et les limiter encore plus strictement. C’est là que le bât blesse, parce que ni les CDI, ni les conventions collectives, ni la Loi, ni même le juge ne permettront au salarié d’être protégé contre les abus de son employeur. Même en considérant que le travail disparaît au profit de « prestataires », cette disposition-là anéantit la sécurité du petit noyau dur qu’il restait encore.

Cette réforme est donc à peu près inutile, et dangereuse. Loin de flexibiliser un marché du travail déjà quasiment liquide, elle précarise le salarié, sur lequel repose pourtant toute l’architecture fiscale de l’Etat en matière sociale. En diminuant les ressources liées au travail tout en maintenant voire accroissant les charges (sécurité sociale, assurance chômage, impôts sur le revenu, CSG…), cela ne peut avoir à terme qu’un impact désastreux sur la dette publique, déjà désastreuse puisque l’Etat doit emprunter sur les marchés pour pouvoir continuer à rembourser les intérêts des dettes déjà contractées (ce qu’on appelle le « service de la dette »).

 

Le retour de bâton dans les dents

Paradoxalement, cette prédation du Travail (on n’est plus du tout dans une libéralisation ici) pourrait aboutir à un retour en force de l’activité syndicale, qui était devenue plus nuisible qu’autre chose aux salariés ces dernières années.

Les syndicats ne servaient en effet plus à grand chose, à part de paratonnerre et de prétexte à faire semblant d’être dans le « dialogue social », notion orwellienne sensée démontrer que Gouvernement et représentants syndicaux négociaient les meilleures réformes possible pour tout le monde. Cette vaste farce a amené les syndicats à endosser chacun un rôle défini: la CFDT valide systématiquement les projets (TOUS les projets), FO fait mine de vaguement s’y opposer aux côtés de l’invisible CFTC, et la CGT organise la ligne dure de l’opposition avec des vrais-faux blocages et pseudo-actions coup-de-poing d’une ou deux heures (entre 9h et 17h, en respectant deux heures de pause repas à midi, quand même).

Avant l’avalanche d’insultes, j’ai le droit de me moquer, j’étais syndiqué CGT, aussi dingue que ça puisse paraître.

Le tout est maintenu sous contrôle par le biais de « journées de mobilisation » où on défile en faisant du bruit, en criant des slogans bateaux, avec parfois quelques fumigènes, et surtout des banderoles préparées de façon professionnelle et des drapeaux aux couleurs rouges chatoyantes. Certes, ces journées de manif’ voient de plus en plus souvent les milices d’extrême-gauche s’en prendre aux policiers et aux vitrines des grandes enseignes (assurées et remboursées sous 72h, sauf pour les petits commerces qui eux doivent attendre parfois plusieurs mois…), mais ça ne dure jamais vraiment et surtout, la violence reste canalisée et soigneusement organisée (ça n’arrive jamais sur les Champs Élysées, par exemple: les enragés-mous-du-bulbe ne cassent que là où le Gouvernement les laisse faire…).

Et tout ça pour qu’au final, les réformes passent, avec s’il le faut le petit coup de pouce du « 49- 3 » (c’est à dire la procédure dite du vote bloqué à l’Assemblée, qui considère un texte de loi comme adopté tel quel sauf si les députés votent une motion de défiance contre le Gouvernement).

Ce triste cirque pourrait cependant avoir du sérieux plomb dans l’aile si la réforme Macron est effectivement mise en oeuvre. En supprimant le Code du Travail tel qu’il existe, et en transférant les négociations du niveau national au niveau de la Branche d’activité (qui négocie déjà les Conventions Collectives) voire au niveau des entreprises elles-mêmes, le Gouvernement redonne aux salariés un peu plus de pouvoir. Non pas que ce soit prévu (au contraire!), mais c’est ce qui se produit quand on abaisse d’un échelon des négociations.

Plus on a d’échelons dans une négociation, plus on doit rechercher le consensus le plus général possible. Jusqu’ici, les cheminots devaient être d’accord avec les salariés de la sidérurgie, qui eux-mêmes devaient être d’accord avec les employés de centre d’appel etc. Bref, un joyeux bordel où tout le monde était incapable de se mettre d’accord tant les intérêts de chacun étaient divers, ce qui profitait au Gouvernement qui pouvait jouer des divisions en appuyant sur les « avantages » des uns par rapport aux autres pour foutre encore plus le boxon.

En abaissant les négociations d’un échelon, ces divisions tendent à disparaître. Lorsqu’on négocie au niveau de l’entreprise, on peut même voir réapparaître des exigences très spécifiques (installation d’une pointeuse pour avoir un vrai suivi des heures de travail, aménagements spécifiques pour améliorer le confort ou la sécurité, renouvellement des matériels…) qui seraient totalement impossibles autrement.

Je doute même de la capacité de certains employeurs à mener de telles négociations, quand on voit des entreprises embaucher des cadres pour encadrer d’autres cadres encadrant eux-mêmes d’autres cadres, parce que plus personne n’est foutu de gérer son boulot sans se noyer dans un verre d’eau (ou des réunions-présentations Powerpoint nulles à mourir).

Des négociations sont en cours pour la prochaine Convention de Genève pour reconnaître le .ppt comme acte de torture, voire, même si c’est peu probable, comme Crime Contre l’Humanité.

Quoi qu’il en soit, une telle redistribution des cartes ne peut in fine que renforcer les syndicats et les salariés, qui dès lors retrouveraient un intérêt à se réunir au sein d’associations de défense de leurs droits (des syndicats d’entreprise locaux, apolitiques et indépendants des grandes fédérations politisées nationales, si vous préférez).

Le système sous contrôle si si bien rôdé que j’ai décrit un peu plus haut serait totalement grippé. Au lieu d’organiser des manifestations inutiles à Paris, les salariés pourraient bloquer très efficacement leur entreprise et forcer leur employeur à négocier directement, sans se défausser sur un syndicat patronal ou le Gouvernement. En d’autres termes, cette loi pourrait en quelques mois rendre tout son intérêt (et toute sa violence économique) à la Grève, sans concertation douloureuse au niveau nationale, sans trahison des grandes fédérations syndicales. Sans manif’, pas de dégradations ni violences qui discréditent l’ensemble des mouvements de façon systématique. Alors certes, la grève n’est pas forcément efficace, surtout si l’employeur dispose de moyens importants comme on l’a vu récemment avec ce coup de com’ par hélicoptère chez GM&S (coup de com’ car c’est économiquement une hérésie totale, au prix de l’heure de vol d’un hélicoptère et sa charge utile ridiculement inadaptée à une production industrielle…). La grève peut même être contre-productive et motiver une délocalisation-sanction (extrêmement coûteuse néanmoins, mais toujours moins qu’une faillite). Un employeur sera néanmoins beaucoup plus enclin à négocier sans coup de force dès lors qu’il se sentira isolé, privé du soutien du Gouvernement comme on le retrouve dans les grands mouvements sociaux de ces dernières années.

 

Conclusion… en attendant mieux

Je reste extrêmement dubitatif sur la nécessité sociale et économique de cette réforme. Je ne pense pas qu’elle changera quoi que ce soit sur le marché du travail, surtout dans un contexte où il y a 3 millions de chômeurs et une immigration massive (main d’œuvre non qualifiée) qui plombe les rares embellies rapportées par Pôle Emploi. Malgré mes réticences, je dois tout de même avouer que cette réforme qui abaisse l’échelon des négociations me semble être positive pour les salariés, pour les raisons exposées. Mes illusions restent néanmoins fragiles sur ce point… Et ceci d’autant plus que nous ne sommes qu’au tout début du mandat de M. Macron qui me semble avoir beaucoup trop d’attrait pour l’autorité pour permettre une remise à plat saine de l’organisation de nos structures économiques, politiques et sociales vermoulues.

La France en Marche… affiche du Parti Franciste (1933-1944), un parti fasciste et collaborationniste. Ne jamais oublier les dérives autoritaires et charismatiques du 20e siècle…

Retour sur la polémique Henry de Lesquen

Une fois n’est pas coutume, je vais aborder l’actualité et plus particulièrement une controverse qui fait un peu de bruit dans les milieux nationalistes: Henry de Lesquen et sa « censure » sur Twitter.

Qui est Henry de Lesquen?

Homme politique français et haut-fonctionnaire de formation économique, Henry de Lesquen s’est surtout fit connaître à la tête du Club de l’Horloge, un groupe de réflexion sur des sujets économiques fondé en 1974. Sur l’échiquier politique, ce groupe, rebaptisé Carrefour de l’Horloge en 2015, se situe entre la Droite classique (RPR/UMP/Républicains) et la Droite dite Nationaliste, actuellement représentée par le Front National. Sur le plan économique, son domaine de prédilection, ce groupe prône la liberté individuelle, la libre entreprise, et se rapproche nettement des travaux des économistes de l’école autrichienne (Menger, Mises, Hayek, Rothbard…), par opposition à l’école néo-libérale d’obédience néo-classique représentée par la quasi-totalité des économistes français et leurs représentants comme Jacques Attali, Alain Minc, Thomas Piketty, Albert Cohen…

L’école autrichienne d’économie réprouve l’intervention de l’Etat dans l’économie, y compris pour résoudre les « crises », estimant que c’est précisément l’intervention de l’Etat qui fausse les marchés et génère lesdites crises. L’école néo-classique, pour sa part, s’appuie lourdement sur des modèles économétriques interventionnistes.

Henry de Lesquen se revendique « national-libéral ». Il prône une identité française forte, mais aussi et surtout se fait le chantre des thèses racialistes et n’hésite pas à parler de « congoïdes » pour distinguer les noirs des blancs « caucasoïdes ». Il prône la « réémigration » des populations d’origine étrangère vers leurs pays d’origine ou vers le pays d’origine de leurs parents. Il récuse, bien évidemment, le droit du sol, et ne retient que le droit du sang: il ne suffit pas d’être né sur le territoire français et y avoir grandi pour en acquérir la nationalité, il faut également avoir des parents français. Il prône également l’abrogation des lois « antiracistes ».

Président de Radio Courtoisie, Henry de Lesquen est assez présent sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter), il possède également un site internet créé en soutien à sa candidature à l’élection présidentielle française de 2017 (non validée pour absence de parrainage). Il anime également une chaîne youtube.

Condamné pour contestation de crimes contre l’Humanité et pour incitation à la haine raciale après des propos publiés sur son site et son compte twitter, Henry de Lesquen n’a cependant pas changé de ton, ni sur la forme ni sur le fond, que ce soit sur Twitter ou sur Facebook, et est de plus en plus populaire auprès d’une partie de l’électorat dit « d’extrême droite », majoritairement jeune. L’outrance de ses propos est tout à fait similaire à celui du vidéaste Peno, et des youtubeur Raptor Dissident, Lapin Taquin et Valek Noraj, à ceci près que ces auteurs n’ont jamais été condamnés pour des propos qui, bien que violents, n’ont apparemment pas fait l’objet de plaintes auprès de la Justice française.

Sa (relative) popularité croissante a amené les Inrocks à publier un article sur lui le 13 mai 2017, lui donnant à nouveau une certaine visibilité (de précédents articles avaient été publiés le 15 juin 2016, le 30 septembre 2016 et le 8 décembre 2016, tous aux Inrocks, qui semblent faire leur fond de commerce de la facile « lutte contre l’extrême-droite »). Quelques heures plus tard, le site d’Alain Soral, Égalité & Réconciliation, publiait un article sur l’article des Inrocks.  En fin de journée, les comptes twitter de Henry de Lesquen faisaient l’objet de signalements, aboutissant à leur clôture. Cette censure provoque dans les heures qui suivent un mouvement de contestation de la part de ses « followers », l’ouverture d’une page facebook « de secours » et l’ouverture de deux nouveaux comptes twitter « officiels » par Henry de Lesquen.

Tout le monde s’en fout, mais…

Dans le contexte post-électoral qui a vu la victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen, la frustration de l’électorat nationaliste est palpable, et il en faut peu pour susciter les passions. La censure des comptes twitter de Henry de Lesquen trouve donc un écho très particulier, qu’il n’aurait probablement pas en temps plus normal.

Mais cet écho particulier amène également des réactions particulières, et à mon sens largement excessives. Si je réprouve la censure, comme je l’ai expliqué dans mon article sur la censure de Marsault l’été dernier, je réprouve tout autant les propos de M. de Lesquen, et ceci d’autant plus qu’il a été effectivement condamné.

Si je pense que des gens comme Dieudonné et Alain Soral sont condamnés avec raison pour leurs propos toujours border-line et leurs sous-entendus lourds de sens, je ne peux qu’approuver les sanctions pénales prononcées contre Henry de Lesquen et ses propos littéralement scandaleux. Au vingt-et-unième siècle, voir des mots comme « congoïde » dans la bouche et les écrits d’un homme pourtant intelligent et éduqué fait froid dans le dos. Ses propos sont tellement outranciers que beaucoup imaginent qu’il n’est qu’un troll de plus dans le vaste océan déferlant de haine qu’est internet. Ce n’est pas le cas: il pense réellement ce qu’il dit.

Je l’ai dit récemment sur Facebook, je me qualifie volontiers de Libéral, j’adhère aux écrits d’Adam Smith, de Frédéric Bastiat, de Carl Menger, de Ludwig von Mises, Friedrich Hayek, Robert Nozick et Murray Rothbard. Ces noms, à l’exception d’Adam Smith, vous sont probablement étrangers, même si vous avez fait de l’économie; ils sont pourtant incontournables et représentent l’essentiel de l’école dite « autrichienne » d’économie. Leur critique du Socialisme sur le plan politique et économique, leurs critiques de l’interventionnisme étatique sur les marchés, leur défense des libertés individuelles, me paraissent à la fois pertinentes et nécessaires. Henry de Lesquen les connaît et en parle régulièrement, ou en tout cas formule les mêmes critiques avec les mêmes arguments, ce qui indique qu’il connaît leurs écrits. Son libéralisme et le mien se recoupent donc.

Sur le plan politique, en revanche, nous sommes en totale opposition. Il me semble absolument incompatible avec l’esprit libéral d’opérer des distinctions racialistes pour opérer des revendications pseudo-nationalistes. La notion de marché et de libre-échange n’émerge pas de conceptions purement financières. Il s’agit au contraire de prôner le développement par l’échange. Dans les écrits d’Hayek, le phénomène d’échanges commerciaux est même qualifié de Catallaxie, du grec Katalein, qui désigne « l’échange qui fait de l’ennemi un allié ». L’esprit autrichien est résumé dans ce seul mot: le marché et la compétition qu’il génère ne signifie pas guerre économique, mais bien alliance généralisée. Or, cette alliance passe avant tout par la reconnaissance d’autrui sur un pied d’égalité. Le commerce est basé, en effet, sur l’égalité, contrairement au pillage, basé sur la force et la supériorité.

Or, Henry de Lesquen multiplie les références aux « cosmopolitisme », à la « musique nègre », et à l’art « dégénéré », des termes extrêmement forts, qui renvoient sans aucune ambiguité au nazisme. Vraiment, je déteste ce genre d’association vraiment omniprésente et généralement abusive quand on parle de l’extrême droite, mais là c’est totalement justifié. Le nom même de son parti « national-libéral » est un miroir du parti « national-socialiste » d’Adolf Hitler.

Entendons-nous bien: il est totalement légitime de reconnaître l’altérité de quelqu’un, de lui reconnaître sa culture, ses origines, son appartenance ethnique, en particulier lorsque la personne entend mettre en avant ses racines ethno-culturelles. Ce qui est intolérable, c’est de se servir de cette altérité pour dénigrer, rabaisser et insulter autrui. C’est totalement ce que fait Henry de Lesquen.

Le discours de cet homme, que je me suis refusé à pointer en lien en raison de son caractère outrancier et pénalement répréhensible, parasite totalement des débats qui sont pourtant légitimes. Par exemple, sa promotion de la réémigration, reprise des charters de Charles Pasqua est une nuisance absolue sur un débat réel concernant le futur des pays en développement. Les jeunes de ces pays viennent régulièrement en France pour étudier et obtenir des diplômes de qualité (les universités françaises développent également de plus en plus des réseaux de partenariats pour détacher des professeurs dans les universités locales). Beaucoup de jeunes diplômés restent cependant en France, où ils perçoivent des opportunités de carrière plus intéressantes et une qualité de vie de meilleure qualité. Le problème est que leurs compétences, financées avec le concours de leur pays d’origine, ne retournent pas là-bas et privent donc les pays en développement d’une partie de leurs ressources intellectuelles pourtant réellement nécessaires. Les propos de Henry de Lesquen détruisent d’avance tout débat pourtant légitime sur le retour des jeunes diplômés étrangers dans leur pays, en qualifiant par analogie tout discours en ce sens d’extrémisme xénophobe.  En outre, en associant le libéralisme à ce type de propos intolérables avec lesquels ils sont pourtant intrinsèquement antinomiques, il empêche tout débat sur les programmes politiques portant sur l’économie. Les débats entre marxistes et néo-classiques sont déjà suffisamment houleux (Mélenchon vs. Macron) pour ne pas avoir à subir l’opprobre généralisée à cause de lui si l’on se revendique proche des idées de Mises ou Hayek…

Conclusion

L’article des Inrocks (la série d’articles…) est absolument débile, se bornant à vouloir à tout prix coller Henry de Lesquen dans une pseudo-mouvance qui n’existe pas, mêlant jeux-vidéo.com et 4Chan, les memes Thug Life et Pepe, emojis « xénophobes » (on croit rêver) et Donald Trump. Ce grand bordel fourre-tout n’a aucune consistance et tient plus du délire gauchiste que de la réalité d’une extrême droite tellement bigarrée qu’elle n’arrive même pas à s’unir sur des points simples comme l’immigration ou l’Europe.

Je me réjouis de la censure de Henry de Lesquen, condamné pour ses propos (même si j’imagine qu’il a fait appel) dont la teneur est ahurissante et intolérable. Cet homme nuit à son pays et m’apparaît comme ces médecins qui autrefois préconisaient des saignées pour soigner l’anémie ou préconisaient de boire de l’urine mêlée de fèces pour soigner la peste bubonique: un parasite profitant de la détresse, exploitant le désespoir de ses compatriotes, à de seules et viles fins personnelles et égocentriques. Il ne s’agit pas d’un Conversano à côté de la plaque mais essayant malgré tout de s’informer et restant de bonne foi, mais bel et bien d’un homme éduqué et intelligent, pleinement conscient de ses paroles, qui a décidé de faire carrière sur un racisme assumé en affichant son mépris total pour tout le monde.

Le débat légitime et déjà difficile sur l’avenir de notre pays et de ses populations n’a pas besoin de ce genre d’énergumène.

Le diabolique empire colonial français: l’exemple du Franc CFA

Actualité oblige, on parle beaucoup de la colonisation en France ces derniers jours, en se focalisant une fois de plus uniquement sur le cas algérien et en oubliant dédaigneusement nos amis d’Afrique sub-saharienne.
Pas mal de vidéos sur youtube abordent la question, à partir des propos de Macron, mis en perspective avec ceux de Fillon, pour vous expliquer que la colonisation a été une atrocité sans nom et bla et bla et bla. Beaucoup de posture idéologique, mais peu de fond, de matière historique. Si ces vidéos sont stupides (idéologiques) au possible et énormément putaclic, elles génèrent néanmoins pas mal de commentaires où j’ai pu voir quasi systématiquement des références à cet abominable instrument colonial encore vivant aujourd’hui: le Franc CFA.

De quoi me faire lever un sourcil, parce que de nature curieuse (et aussi parce que ça m’intéressait de loin pour mon mémoire de Master), j’ai lu au mois de novembre un mémoire de M2 justement sur les effets positifs et négatifs du franc CFA, pour au final une conclusion très en faveur de cette monnaie, et absolument pas dans un sens néo-colonialiste.

  • Mais le Franc CFA, c’est quoi?
Le Franc CFA est une monnaie régionale regroupant 14 pays regroupés en deux zones (UEMOA – 8 pays / CEMAC – 6 pays). Cette monnaie ne doit pas être confondue avec le Franc CFA colonial, dont le fonctionnement était totalement différent: imposé aux colonies en 1939, il était totalement contrôlé par la France métropolitaine, tant dans son émission, la fixation de son cours par rapport au Franc, sa convertibilité en autre monnaie (dollar, livre sterling…), etc; il s’agissait principalement de découpler l’activité économique française de l’activité économique de ses colonies, à la fois pour des raisons d’efficacité économique que pour des raisons politiques, la décolonisation étant déjà dans les esprits de l’époque et se concrétisant à partir de 1945 dans les faits.
Grosso modo, le Franc CFA actuel (refondu en 1994) se caractérise par deux objectifs: la stabilité financière (en l’indexant sur le Franc français puis depuis 1999 sur l’Euro, avec un objectif de maintien de l’inflation sous les 2% annuels, comme en Europe) et le développement des échanges commerciaux et économiques entre les zones CFA et entre celles-ci et l’Europe(pas de taux de change entre les pays membres, libre et totale convertibilité du Franc CFA vers n’importe quelle monnaie…).
L’aire géographique appelée « zone CFA »
  • Comment ça marche?
Historiquement, pour faire tourner l’union monétaire sur des règles saines dans des pays encore fragiles, les pays membres ont confié à la France l’émission monétaire (l’impression des billets et pièces; ceci évite la tentation de certains dirigeants de multiplier les émissions non déclarées, mais aussi et plus généralement la déstabilisation monétaire par un seul pays). Et ces pays l’ont confiée de façon volontaire, à une époque où rappelons-le, ces pays entendaient préserver leur souveraineté quitte à s’appuyer sur l’URSS et les USA.
Depuis 1973 et les premiers accords de libre flottement des monnaies (le cours d’une monnaie peut librement fluctuer par rapport aux autres, ses cours ne dépendant que des marchés et des décisions de sa banque centrale et n’ont plus d’une valeur de référence liée à l’or ou au dollar), l’indexation du Franc CFA sur le Franc n’amène pas ces pays à subir une volatilité des cours de leur monnaie comme dans d’autres Etats africains.
Pourquoi? Parce que les engagements de la France empêchent celle-ci de pratiquer des politiques de totale liberté des cours de sa monnaie, sa banque centrale intervenant sur les marchés pour garantir une stabilité des cours par le biais de rachats et d’émissions, la stabilité du franc se mesurant par rapport à un « panier de monnaies », c’est à dire un indicateur de référence établi à partir du Dollar (USA), de la Livre Sterling (UK), du Mark (Allemagne), du Franc (France) et du Yen (Japon); pour des raisons évidentes c’est désormais l’Euro qui a remplacé le Mark et le Franc. Sans trop entrer dans les détails, les pays de la zone CFA, disposant d’une monnaie indexée d’abord sur le Franc puis à partir de 1999 sur l’Euro, bénéficient d’une solidité monétaire exemplaire pour des pays en développement.
  • Pourquoi le Franc CFA existe-t-il encore 70 ans après le début de la décolonisation?
Dès l’origine, une critique s’est élevée contre le système du franc CFA. Le contrôle de la monnaie par une banque centrale d’un Etat étant perçu comme une marque de souveraineté, il était impensable pour certains Etats décolonisés de le maintenir en l’état. Le Mali quitte le système en 1962, suivi de Madagascar en 1973, ces deux pays cherchant à développer leurs propres outils monétaires et financiers pour devenir des « Etats à part entière ».
Rappelons au passage que la dynamique était dans le sens des grands ensembles monétaires, avec plusieurs pays dotés d’une même monnaie contrôlée par une banque centrale internationale, comme en Europe avec le futur ECU (lui-même futur Euro) dès le début des années 1950 et la création de la CECA. Pas vraiment dans le sens d’une indépendance monétaire des pays, donc, et de fait, l’insécurité née de la fin des accords de Bretton-Woods (établissant une sorte de standard-dollar similaire au standard-or) et le libre flottement des monnaies décidé en 1973 a sérieusement secoué les nouvelles économies des pays africains. En 1984, donc, le Mali réintègre la zone CFA pour résoudre ses problèmes économiques.
Concrètement, l’indexation du Franc CFA sur le Franc a permis aux pays qui l’ont adopté de bénéficier de la stabilité du Franc sur les marchés internationaux: appartenant au panier de référence du FMI, le Franc ne pouvait en effet pas fluctuer énormément, au risque de déstabiliser l’économie mondiale. La stabilité d’une monnaie déterminant sa solidité et celle de l’économie qui s’y rattache, les pays de la zone CFA ont bénéficié d’une bonne crédibilité financière et d’une excellente stabilité monétaire, avec un contrôle strict de l’inflation et donc limitant l’impact des crises économiques. C’est un très sérieux avantage en ce qui concerne le crédit (entreprises, particuliers) ainsi que l’endettement de l’Etat, les taux restant stables dans la durée. Cette stabilité permet l’investissement national et étranger, puisque les profits peuvent être anticipés correctement et la rentabilité assurée en un temps prévisible. Sans trop entrer dans les détails techniques, c’est vraiment un atout énorme pour des économies naissantes que de pouvoir s’assurer d’une stabilité monétaire et d’une inflation très limitée (inférieure à 3% en zone CFA, à comparer aux 4.6% de l’Afrique du Sud, aux 10% de l’Ethiopie ou aux 17% du Ghana – Données Banque Mondiale).
croissance, PIB et population pour l’année 2015 en zone CFA
  • Le système CFA, un système néo-colonialiste?
La zone CFA n’est pas administrée par la France, mais par les pays africains eux-mêmes. La France a conservé sa fonction d’impression de la monnaie africaine sans pour autant avoir un quelconque pouvoir dessus; il s’agit en fait d’une sorte de précaution contre certains régimes peu scrupuleux voire corrompus qui pourraient être tentés d’imprimer des billets eux-mêmes pour s’enrichir mais déstabilisant au final gravement tout le système. La neutralité française de ce point de vue assure à tous l’honnêteté des partenaires. Il est vrai en revanche que pour permettre la stabilité monétaire et la garantie de celle-ci par la France puis par l’UE depuis 1999, la zone CFA doit laisser en dépôt 20% du volume de la monnaie émise dans les caisses du Trésor Public Français. Ici, attention: il ne s’agit pas d’un racket organisé par la France qui ferait ce qu’elle veut de cet argent. Non, il s’agit d’un dépôt de garantie qui n’est pas touché par qui que ce soit, hors politique de stabilisation décidée par les pays de la zone CFA eux-mêmes. Ni le Trésor Public français ni l’Etat français n’y touchent un seul franc. Il s’agit d’un dépôt permettant de crédibiliser les dettes, de la même manière que la France dispose ‘un stock d’or aux Etats-Unis, en Allemagne, etc.
Du fait de l’Euro, la zone CFA ne dépend plus de la France depuis 1992 (accords de Maastricht) mais de l’Union Européenne en ce qui concerne la stabilité monétaire. La France participe aux institutions qui sont liées à la CEMAC et à l’UEMOA mais n’en est pas membre et à ce titre ne participe pas aux votes et ne prend pas part aux décisions, ses interventions se limitant aux débats. Le poids de la France est évidemment indéniable, en tant que pays industrialisé face à des pays émergents, et l’avis français est généralement écouté et suivi, mais pas forcément à la lettre.
Il est en effet franchement insultant et condescendant de croire que les pays africains ne sont pas capables de s’organiser eux-mêmes et de prendre leurs propres décisions. Nous ne vivons plus à une époque où les « nègres stupides se comportent comme des sauvages sans foi ni loi ». Je suis toujours sidéré par la propension typiquement occidentale des gens avec qui je discute à considérer l’Afrique comme un pays de débiles infantiles qui ne sauraient pas s’en sortir sans « nous ». Si le continent a traversé des crises indéniables et doit encore faire face à certains problèmes majeurs (rébellions centrafricaines, conflit larvé au Soudan du Sud, bandes islamistes au sahel, corne africaine anarchique…), il est également doué d’une formidable dynamique culturelle, économique et industrielle que les africains ont su générer à peu près seuls en s’appuyant sur l’exploitation de ressources minières et agroalimentaires, sur le tourisme, sur la culture (découvrez Nollywood si vous en doutez) mais aussi et surtout sur la jeunesse africaine qui s’expatrie pour étudier et travailler à l’étranger.
Parce que c’est là qu’est tout l’intérêt pour les pays de la zone CFA: la convertibilité du Franc CFA en Euro évite les taux de change et les coûts de transfert. Ainsi, un travailleur malien en France peut envoyer de l’argent à sa famille et lui permettre d’investir sur place, sans surcoûts par rapport à un travailleur chinois qui lui devra payer le taux de change et les coûts de transfert bancaire.
Rien que pour le Sénégal, le montant des sommes transférées a ainsi dépassé le milliard de dollars/euros par an, pour un PIB d’environ 15 milliards de dollars/euros.
Enfin, le système CFA, s’il impose une discipline budgétaire aux pays membres, n’implique pas de « décision extérieure » concernant le budget de chacun de ses Etats, qui restent totalement libres de le fixer selon leurs priorités. Les seules limites imposées par le système CFA sont des engagements au point de vue du déficit budgétaire des Etats. En revanche, le FMI impose des réformes structurelles parfois mal venues (tout comme en ce qui concerne la Grèce) et empêche certaines politiques de développement, pourtant imposées comme objectif par l’ONU, qui demande aux pays africains d’avoir au moins 7% de croissance annuelle.
C’est ici que commence le vrai problème économique de la zone CFA. En économie (du moins selon la théorie keynesienne), les politiques monétaires peuvent aller dans deux directions. La première, c’est la croissance, tirée vers le haut par l’investissement rendu possible par l’endettement, au prix, donc, de l’inflation. La deuxième politique, c’est le contrôle de l’inflation par une stabilisation de la monnaie, qui réduit l’endettement mais aussi les investissements et donc ralentit la croissance.
Il y a donc d’un côté l’ONU qui pousse à la croissance, et de l’autre, une volonté de stabilité de la monnaie pour assurer l’économie, elle-même imposée par l’UEMOA et la CEMAC.
A titre personnel, et de par les articles que j’ai pu lire sur le sujet, je pense que la zone CFA fait le bon choix en maintenant la stabilité économique et en ne sacrifiant pas la population sur l’autel illusoire de la croissance. Les investissements étrangers restent limités dans des pays dont le potentiel est énorme, ce qui veut dire que ce ne seront pas des Etats et entités étrangères qui vont se partager le gâteau et laisser quelques miettes aux africains, mais bien ces derniers qui vont profiter des fruits de leurs terres et de leur labeur. Le fait que les investissements étrangers restent limités assure l’indépendance économique de ces pays, malgré les réformes structurelles exigées par le FMI et qui causent déjà des dégâts tant sur la société civile que sur les Etats eux-mêmes. Les grandes multinationales et les banques n’ont qu’un pouvoir très limité sur ces pays, et contrairement à ce qu’on peut lire souvent, les pays africains de la zone CFA ne sont pas exploités et savent parfaitement jouer de la concurrence des grands groupes pour mettre en valeur leurs propres richesses.
Il est très intéressant de voir que l’un des principaux mouvements anti franc CFA ces derniers mois (pour ne pas dire le seul) est l’URPANAF, dirigé par Kémi Séba, suprémaciste noir, ancien leader de la Tribu Ka, le tout sur fond idéologique « Kémitiste » (inventée de toute pièce par Cheikh Anta Diop) qui n’est qu’une idéologie aryenne appliquée à une « identité » africaine fantasmée.

 

  • Le Franc CFA est-il donc si diabolique?
De l’avis général (cf. bibliographie en fin d’article), le Franc CFA a un impact réellement positif sur les économies de ces pays et encourage réellement le développement économique, politique et social. S’il y a quelques problèmes (d’ordre politique plus qu’économique), ils ne sont cependant que de deuxième ordre et ne remettent jamais en question l’existence ni le fonctionnement du Franc CFA lui-même.
La critique la plus sérieuse et la plus virulente émane de l’ancien premier ministre togolais Kako Nubukpo, qui n’hésite pas à parler dans les médias de « servitude volontaire ». Le même homme, dans ses écrits institutionnels (articles publiés dans diverses revues universitaires à comité de lecture) loue le Franc CFA comme une bonne chose bien qu’améliorable (il n’est pas politique pour rien…).
De façon plus générale, aucun pays de la zone CFA ne souhaite remettre en question l’existence de cette monnaie, ou quitter la zone CFA. Madagascar réfléchit même à la réintégrer pour solutionner la crise économique que l’île subit depuis une quinzaine d’années.
En fait, les seules réelles critiques contre le Franc CFA ne sont pas le fait des africains eux-mêmes, mais de certains occidentaux.
D’une part, les américains ne sont pas très contents que le dollar, instrument de hard-power par excellence, ne se soit pas imposé dans la zone CFA. Il l’a fait dans de nombreux autres pays d’Afrique, que ce soit le Nigéria ou le Zimbabwe, où règne une crise économique absolument effarante depuis une vingtaine d’année, au point que la population abandonne totalement la monnaie nationale au profit du dollar. Si vous n’avez jamais vu de billet de 100 000 milliards de dollars, c’est ici.
D’autre part, la plus visible ici en France, certains pseudo intellectuels de gauche (communistes, anarchistes, mélenchonistes, certains socialistes) trouvent insupportable que la France ait pu garder d’excellents rapports avec ses anciennes colonies africaines et préfèreraient une tragédie apocalyptique à la sauce algérienne. Il y a donc, depuis 2014 au moins, mais surtout depuis l’année dernière, des gens qui viennent raconter tout et n’importe quoi sur la zone CFA. J’imagine que tous ces érudits que j’ai pu voir ici et là n’ont fait que tirer leurs infos de la fameuse émission Datagueule, qui a pondu début novembre 2016 une vidéo très, très à charge contre la France, mais qui ne rentre pas tellement dans les détails et dit beaucoup, beaucoup de conneries en se gardant bien d’expliquer les tenants et les aboutissants comme je viens de le faire. Vous pouvez la voir sur youtube, avec en guest star Kako Nubukpo dont les propos mesurés sont illustrés de manière très moraliste et dramatisée (« bouh les vilains colonisateurs »), même quand il ne critique absolument pas le CFA et parle d’autres mécanismes comme le FMI et d’autres problématiques comme les marges des entreprises maintenues au détriment des revenus des travailleurs et du budget des consommateurs, qui sont les mêmes absolument partout dans le monde et ne sont liées en aucune manière au Franc CFA.
  • En résumé:
Le Franc CFA n’est ni un frein au développement ni un outil néo-colonialiste de contrôle des économies africaines. Il est au contraire un gage de stabilité et de développement des échanges par une véritable intégration des économies régionales entre pays membres des deux unions, mais aussi avec les pays européens. Ses nombreux avantages ne sont pas obérés par les problèmes endémiques (corruption, sous-développement). Le Franc CFA est un réel atout par rapport aux autres pays africains qui n’en bénéficient pas, et aucun des pays membres n’entend quitter la zone CFA ou l’abolir. Surtout, les discussions au sein des deux unions régionales ne constituent pas, comme essaient de le faire croire certains, des dissensions ou des oppositions, ni une remise en cause « anticolonialiste » de la structure même des deux organisations UEMOA et CEMAC et pour cause: ce sont bien les africains qui détiennent leur avenir entre leurs mains. Les problèmes que connaissent ces pays ne sont pas différents de ceux des autres pays non membres de la zone CFA et sont même similaires à ceux de la zone Euro, et se situent non pas sur le plan économique mais plutôt sur le plan politique.
Bibliographie exhaustive (et sérieuse!) sur le sujet:
Il est probable que vous n’ayez pas accès aux articles eux-mêmes, ne disposant pas de comptes lecteurs affiliés à une université ou organisation scientifique. La plupart du temps, le résumé expose suffisamment le contenu de l’article sans notions économique de haut niveau, et donc accessible à peu près à tout le monde. Vous noterez que les articles de Kako Nunukpo, ex-premier ministre togolais invité de Datagueule, ne préconisent en rien la fin du Franc CFA…
Et un article très simple (peut être un peu simpliste) de Forbes Afrique présentant les deux scénarios non de l’abolition de la zone CFA mais de l’abandon de la politique de stabilité tirée du couplage à l’euro.

La nouvelle mode des Fake News

Ayant décidé de laisser passer la période des primaires, des élections américaines et de la transition politique qui a suivi, je m’étais abstenu d’intervenir sur Sombre Plume, après quelques articles qui m’ont valu quelques discussions houleuses.

La lecture d’un article de France24 sur le nouvel outil du journal Le Monde contre les « fake news » m’incite à sortir de mon silence relatif, parce qu’il y a là un gros danger, à mes yeux, pour l’information, sous toutes ses formes.

Le terme « fake news » s’est imposé pendant les dernières semaines de l’élection américaine qui a vu la victoire de Donald Trump puis dans les jours qui ont suivi, comme l’explication-reine de la victoire de ce dernier: parce que les électeurs américains ont étés manipulés par de « fausses actualités » (comme l’emblématique Pizza Gate), Hillary Clinton, candidate préférée des journalistes occidentaux et soutenue par tout l’establishment, a perdu l’élection de façon injuste.

S’il est vrai qu’Hillary Clinton a perdu de façon injuste (elle disposait de 3 millions de voix de plus que son adversaire mais a perdu en raison de règles d’attribution des grands électeurs), il est extrêmement simpliste de dire que Trump a remporté l’élection simplement sur des rumeurs et calomnies, car c’est avant tout sur son programme de politique intérieure qu’il a remporté l’élection.

Peu importe qui a gagné ou comment, le résultat est là: on nous bassine depuis des semaines avec le nouveau truc à la mode, et qui va révolutionner l’information occidentale. Les « fake news ».

Concrètement, une « fake news » est une pseudo-information qui surgit de façon impromptue pour expliquer une situation de façon biaisée, ou pour lancer une rumeur proche de la calomnie ou de la diffamation. Bref, c’est un mensonge ou un article idéologique qui déforme la réalité. Les défenseurs de « l’information vraie » entendent donc pourfendre les « menteurs », une attitude à priori louable dont on ne peut que s’étonner qu’elle n’ait pas été réalisée dès le début de l’ère de l’information, voire dès le début du journalisme!

La réalité, vous vous en doutez, est plus contrastée que ce rêve qu’on essaie de nous vendre.

Avant même de parler d’information, il faut considérer les faits qui la structurent. Ainsi, les articles de journaux comme Le Monde, Le Figaro ou Libération sont basés sur des faits rapportés par les agences de presse, comme l’AFP ou Reuters. Ces agences publient des dépêches se bornant en principe à énoncer un fait: tel pays a subi telle catastrophe, qui a provoqué tant de morts et tant de blessés, telle personnalité politique a été mise en examen dans telle affaire en raison de tel comportement potentiellement délictuel ou criminel. Il s’agit ici du fait, de l’information brute que les journalistes vont traiter dans leurs propres articles. Ces faits sont généralement indiscutables et de première main, et sont en principe corroborés par les autres agences de presse à partir soit de la même source, soit d’une source complémentaire.

Ces sources sont en principe issues de services officiels, tels que la police, les magistrats, les pompiers, les porte-paroles de tel entité politique ou de tel service d’urgence. Elles peuvent être appuyées par des enregistrements phoniques ou photographiques directs, que ces enregistrements proviennent de caméras de surveillance, de reporters de terrain ou de simples passants ayant filmé l’événement.

Jusqu’ici, difficile de parler de « fake news ». Les faits sont réels ou ne le sont pas, et il est rare qu’une agence de presse raconte des bobards (mais pas impossible). Il n’y a guère que sur des conflits armés où les « informations » transmises sont sujettes à caution, n’ayant souvent pas pu être vérifiées (tel massacre de population, tel bombardement sur des civils, etc.) comme l’a parfaitement démontré le récent conflit en Syrie.

Le problème survient lorsque l’information brute est traitée par les journalistes. Entendons-nous dès à présent sur ce que le terme « journaliste » recouvre: je parle bien des individus travaillant pour une rédaction de presse écrite ou un journal d’information télévisuel ou radiophonique, et non des individus derrière leur écran sur un site internet.

Le rôle du journaliste n’est pas d’informer, mais de transmettre une information à travers un regard « éclairant ». Comprendre ici « un regard partisan, biaisé et partial ».

On sait très bien par exemple que Libération est un organe de presse d’extrême gauche faisant la promotion de l’altermondialisme, de l’écologisme (pas de l’écologie, la distinction est importante), du multiculturalisme, et d’une vision présentée comme humaniste du monde. A l’inverse, Le Figaro est un organe de presse plutôt libéraliste (pas libéral, la nuance est importante), européaniste voire transatlantiste, et se concentrant plutôt sur une vision affairiste du monde. Pour faire simple, il n’y a pas en France d’organe de presse ou d’information qui soit réellement neutre.

Donc, déjà, rien qu’avec ce premier constat, on voit que cette histoire de « fake news » prend un drôle d’aspect. C’est d’autant plus troublant quand on sait que les journaux principaux en France reçoivent des centaines de millions d’euros d’aides gouvernementale chaque année. De quoi se poser de sérieuses questions quant à l’impartialité voire à l’honnêteté des rédactions qui, en diffusant un article un peu trop critique, pourraient mettre en jeu leur avenir. De fait, en France, la collusion journalistes/politiques est totale, comme l’illustre parfaitement le documentaire Les Nouveaux Chiens de Garde réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat et basé sur l’ouvrage éponyme de Serge Halimi.

Pire: il n’existe plus aucun journaliste de terrain. Les images de conflits que nous voyons sont achetées à des journalistes étrangers ou à des indépendants pas toujours honnêtes, mais qui font aussi face à des risques d’arrestation importants voire à des risques mortels. Les rares journalistes qui se déploient en marge des événements ne le font que pour faire dans le sensationnel, l’émotionnel, mais pas pour informer. Et quand ils le font pour informer, ils sont accusés par leurs confrères de déformer la réalité et de mentir.

Clairement, nos journalistes ne sont donc pas du côté de la vérité et de l’information, et sont devenus de mauvais commentateurs et des analystes de comptoir qui déblatèrent à qui mieux mieux sur le néant total qu’ils génèrent eux-mêmes, quel que soit le sujet qu’ils abordent, et avec une bêtise d’autant plus grande que le sujet est important.

Dans ce contexte, il est donc alarmant de voir une rédaction comme Le Monde prétendre offrir un « outil de lutte contre les fake news » pour faire le tri entre les informations « de qualité » et le reste. Je suis particulièrement inquiet en ce qui concerne le classement entre « sites très fiables » et « sites peu fiables ». S’il ne fait par exemple aucun doute qu’un site comme Wikistrike se borne à déblatérer des mensonges au kilomètre en toute circonstance, je suis un peu plus dubitatif en ce qui concerne un site d’information comme Slate ou même Libération ou Le Monde, dont les « informations » sont partisanes et se bornent à commenter des communiqués de presse. Avons-nous eu un traitement normal et impartial des élections américaines? La réponse est clairement non, 100% des journalistes ayant promu la candidature de Clinton, qui a été encensée quel qu’ait été son discours, même lorsqu’il était encore plus belliciste que les Néo-Con de l’ère Bush Jr. ou lorsqu’il se contentait de simplement insulter son adversaire. Aurons-nous un traitement impartial de l’élection présidentielle française, quand on sait déjà que les journalistes n’en ont que pour Emmanuel Macron?

Au-delà de la politique et du traitement des conflits sur lesquels je me suis déjà beaucoup étendu, c’est le fait même que ces journaleux puissent prétendre nous dire quoi lire et à qui faire confiance qui m’interpelle.

Si des gens souscrivent par exemple aux thèses dites conspirationnistes, ce n’est pas parce qu’ils sont idiots ou mal informés, mais parce que d’une part un certain nombre de conspirations se sont avérées être vraies (que l’on pense aux révélations de Snowden sur la surveillance généralisée de l’ensemble des communications mondiale!), et d’autre part parce que ceux qui les propagent s’évertuent à leur donner toutes les apparences de sérieux possibles: témoignages, recoupements, sources et références, bref, tout ce que nos journaleux ne font plus, si tant est qu’ils l’aient jamais fait.

Ce n’est pas en employant un code couleur que l’on peut contrer les rumeurs et autres mensonges qui certes pullulent sur le web mais pas vraiment plus que dans nos journaux. Il y a une quinzaine d’année, toutes les chaines de télévision s’arrachaient Karl Esser, qui affirmait sans aucune preuve qu’il avait participé à la construction de bunkers secrets sous Bagdad. Information bidon, évidemment, qui aurait dû amener certaines réflexions sur la démarche journalistique. Mais non, les mêmes rédactions n’hésitent pas encore aujourd’hui à publier des rumeurs sur la Corée du Nord avec le plus grand sérieux.

Alors pourquoi croire que ces mêmes journalistes, ou du moins que les mêmes organismes d’information qui ne sont pas foutus d’être neutres et de traiter l’information autrement que comme le gouvernement le leur dit, vont pouvoir être impartiaux et faire un tri honnête dans les informations de confiance et le reste?

Dans un contexte où d’un seul coup, on nous parle de « fake news » qui pullulent alors qu’elles ont toujours existé, je me demande bien ce qu’annonce cette tendance au contrôle de l’information publique qui ne va faire que se renforcer au fil du temps.

Sans vouloir être alarmiste, ce que je vois poindre le bout de son nez depuis plusieurs années et particulièrement ces derniers mois, c’est tout simplement la fin de notre Liberté. Le renforcement des capacités de contrôle des populations par les services de renseignement, l’abandon total de nos forces de l’ordre qui ne peuvent plus traiter les affaires qui leur sont rapportées, y compris les plus graves (11% à peine des victimes de viol recensées portent plainte), la montée d’une classe politique qui confond autoritarisme et gouvernement, le total déni de légitimité de la Démocratie qui depuis 10 ans envahit toute l’Europe, l’armée qui ne mène plus des missions de combat mais des missions de pacification de populations hostiles, le financement et l’encouragement à la montée des communautarismes et des extrémismes religieux (musulmans comme chrétiens)… Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on nous prépare la loi martiale et une guerre civile comme ce taré d’Alex Jones aux Etats-Unis, mais quand même, c’est bien une nouvelle forme de totalitarisme qui arrive petit à petit…

Je me demande vraiment ce qu’on nous prépare, et je crains que nous devions nous préparer à faire face à des heures sombres comme on n’en a encore jamais vues. Il n’y a rien à attendre de gens qui nous infantilisent et nous disent quoi penser, quoi dire, quoi faire, qui voter. Notre pays, notre civilisation n’a pas besoin de ces gens qui ne font que nous pousser vers l’abîme. La question est: les laisserons-nous faire ce qu’ils veulent et continuerons-nous à marcher dans leurs combines?

Nous ne redresserons pas notre pays par le haut avec des élections truquées d’avance, mais bien à partir de sa base, par nos propres comportements, et ça, ça commence par nous faire notre propre opinion, sans avoir besoin d’un garde chiourme par dessus notre épaule.

Sombre Plume présente: Caucasus

Sombre Plume publie aujourd’hui Caucasus, une novella de Tiephaine G. Szuter.

CaucasusParue en janvier 2014 chez les regrettées éditions House Made of Dawn, Caucasus était indisponible depuis près de deux ans et il était grand temps que nous prenions ce problème en main. C’est donc chose faite!

Caucasus, qui inclut également la nouvelle Le Tertre parue dans la revue Klaatu #3 (Décembre 2012, Ithaac Editions), est disponible en format numérique (Kindle) et pour la première fois en version papier (134 pages).

C’est aussi l’occasion pour nous de nous lancer beaucoup plus loin dans l’édition, et d’autres textes devraient suivre très rapidement avec Werwolf, une autre novella de Tiephaine prévue pour décembre.

La Jungle de Calais et les clandestins de France: quelques réalités

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaite procéder à quelques petits rappels:

1/ Sombre-Plume ne génère toujours pas de revenus via la pub, nul besoin de crier au buzz ou je ne sais quoi.

2/ Nous ne sommes pas d’extrême-droite. Alors oui, effectivement quelques sujets abordés ces derniers mois peuvent laisser penser que nous avons des accointances avec ce bord-là, mais c’est faux. Nos articles démontrent assez bien le contraire quand on prend la peine de les lire.

3/ Les commentaires sont toujours modérés à priori, donc les trolls peuvent éviter de perdre leur temps avec les insultes, elles ne passeront pas.

Qu’est-ce que la Jungle?

Aujourd’hui commence le démantèlement de ce camp illégal que les associations et les médias ont surnommé « la Jungle », non loin de Calais. Qu’est-ce que la Jungle? Cet article du Figaro nous renseigne assez bien sur son historique et les circonstances de son apparition. Ainsi, il ne s’agit pas d’un seul camp apparu l’année dernière lors de la « crise des migrants », mais d’un ensemble de campements de fortune plus ou moins organisés apparus suite au démantèlement du camp de Sangatte, en 2002. Jusqu’en juin 2014, les associations ne recensaient qu’environ 900 personnes, et il s’agissait alors d’un pic d’affluence encore inégalé (contre environ 400 en moyenne sur une année). Il s’agissait majoritairement de jeunes hommes adultes seuls, originaires d’Afrique, d’Asie Centrale (Afghanistan en tête), et du proche Orient. Les groupes ethniques ne se mélangent pas, les bagarres et autres agressions sont fréquentes, et les problèmes sanitaires se multiplient (en mai 2014, une épidémie de gale amène les autorités à raser une partie des campements insalubres). Déjà démantelée en 2009, la « Jungle » est réapparue en quelques jours. Un centre d’accueil avait finalement été bâti dans l’urgence fin 2014-début 2015.

La « crise migratoire » de l’été 2015

Quand la « crise » éclate en 2015, la Jungle ne compte que 1300 personnes, majoritairement des somaliens et des érythréens. En octobre, ils sont environ 6000, ayant transité par les filières turques, « bizarrement » et « subitement » très efficaces: Syriza est arrivé au pouvoir en Grèce en janvier 2015 et les contrôles frontaliers sont désormais inexistants, suite au chantage opéré par l’Allemagne et l’Union Européenne à propos des mesures d’austérité visant à rembourser la dette du pays. Pour l’année 2015, ce sont plus de 885 000 entrées via la Turquie qui seront recensées par Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures (rapport d’activité 2015, p. 10). Le même rapport nous apprend que cette année-là, ce sont plus de 1 800 000 transits illégaux qui ont été détectés, dont 600 000 syriens et 267 000 afghans (voir p. 11 du rapport). La plupart de ces entrées avaient pour destination l’Allemagne, où la politique d’Angela Merkel d’accueil généralisé, extrêmement contestée par la population, visait à offrir aux industries allemandes une main d’œuvre très peu coûteuse. Il faut en effet rappeler que suite aux pressions européennes, l’Allemagne a été obligée d’instaurer un salaire minimum début 2015 pour ses salariés nationaux. Avec des industries de pointe et des salariés allemands qualifiés, une telle mesure permet de sécuriser le niveau économique de la population. La contrepartie demandée par les industriels était de pouvoir disposer d’une main d’œuvre très bon marché, sans qualification. Le vivier des jeunes allocataires obligés de travailler dans des associations et des structures de proximité pour moins de 3,50€ de l’heure n’étant pas disponible, le gouvernement allemand est allé chercher ses futurs travailleurs directement dans les flux migratoires, « pour faire face à une crise démographique« . Au final, l’Allemagne aurait accueilli entre 800 000 et un million de ces migrants clandestins, sans s’encombrer aucunement des procédures légales pourtant assez permissives prévues par l’Union Européenne, et surtout, qui ne sont pas concernés par le salaire minimum mis en place pour les travailleurs allemands: il s’agit ni plus ni moins que d’en faire des ouvriers corvéables à merci.

Une immigration économique et clandestine

Car c’est peut être là que réside le cœur du problème. Que l’Allemagne décide de recourir à l’immigration massive pour assurer le renouvellement de sa main d’œuvre n’est pas, en soi, un problème , sauf pour ceux qui se préoccupent de la théorie du remplacement des populations européennes. Loin d’être une théorie conspirationniste, les migrations de remplacement sont une réalité apparue dans un rapport de l’ONU en 2001; il s’agit de ces migrations « organisées » par certains pays développés pour faire face à la baisse de natalité au sein de leur population nationale, et qui ont pour effet de « remplacer » les populations locales par d’autres qui lui seront plus ou moins intégrées.

Bref, que l’Allemagne fasse appel à l’immigration pour faire face au déclin de la natalité de sa population est un choix politique qui n’est, en principe, que du ressort de ce pays (le Japon préconise exactement l’inverse et entend recourir à l’automatisation et à la robotisation de tous les secteurs de l’économie et de la vie sociale). Le fait est cependant que l’Allemagne est membre de l’Union Européenne et qu’au sein de l’Union, les mouvements de population sont libres, ce qui explique par exemple les fortes réticences de petits pays comme la Hongrie, l’Autriche, la Slovaquie, la République Tchèque ou la Roumanie face à ce genre de politique: délivrés de l’emprise soviétiques depuis 1991, ces populations ont un fort attachement à leurs racines culturelles qui leur étaient déniées sous l’URSS et ne souhaitent pas devoir subir ce qui leur apparaît comme une nouvelle fracture culturelle, ceci d’autant plus que la majorité des pays de l’est de l’Europe a eu à affronter pendant des siècles les invasions et influences ottomanes, dont les conséquences ont été la série de guerres des Balkans des années 1990. Guère étonnant, donc, de voir ces pays bâtir des murs pour empêcher les migrations clandestines de s’imposer à eux.

Vous l’aurez remarqué, je ne parle pas de « réfugiés », mais bien de migrants clandestins. Un réfugié est une personne déplacée par un conflit dans son pays et cherchant asile dans un autre pays. Un réfugié entend retourner dans son pays lorsque le conflit sera terminé, si cela lui est possible. En outre, le statut de réfugié n’est pas automatique, une commission ad hoc doit le reconnaître spécifiquement (en France, un seul organisme est habilité, l’OFPRA). L’Allemagne elle-même sélectionne les migrants syriens auxquels elle accorde ce statut (38 000 sur 55 000 l’ayant demandé l’année dernière).

En outre, ces migrants n’ont aucun visa, aucun permis de séjour, et n’ont suivi aucune procédure légale pour arriver en Europe. Tous ont emprunté des filières clandestines et illégales, payant des passeurs jusqu’à plusieurs milliers d’euros pour une traversée dangereuse et régulièrement mortelle. Pire, la plupart de ces migrants ont dû, pour se payer le passage vers l’Europe, travailler pour mettre de l’argent de côté. Ils avaient un toit, un travail, et étaient donc en sécurité: l’argument selon lequel ils fuiraient la guerre ne tient donc pas, il s’agit d’une migration économique. Pour enfoncer le clou, si l’été 2015 a vu de nombreuses familles arriver en Europe via la Turquie, la majorité des migrants reste néanmoins composée d’hommes jeunes (moins de 30 ans) et seuls (célibataires sans famille). Ceux-ci représentent plus de 72% des migrants, contre seulement 13% de femmes. Il faut ajouter enfin que sur les migrants recensés comme « enfants » (de 0 à 18 ans), de plus en plus d’adultes se prétendent mineurs pour bénéficier de conditions d’accueil plus avantageuses, et surtout, éviter d’être expulsés. Selon les chiffres disponibles, 70% des « mineurs » sont en réalité des adultes…

Enfin, la majorité des populations syriennes fuyant la guerre civile (4,6 millions de personnes) ne se rend pas en Europe, mais est accueillie en Turquie, en Jordanie, au Liban, en Irak et en Egypte. L’immense majorité des déplacés refuse néanmoins de quitter leur pays et vivent en Syrie (7,6 millions), une bonne partie d’entre eux soutenant le régime d’Assad contre les rébellions financées et armées par les Etats-Unis et l’Europe et contre le Califat Islamique.

Avec seulement 1 millions de syriens accueillis en Europe depuis 2011, on ne peut pas dire que nos Etats soient de grands philanthropes, d’autant plus qu’une partie des syriens se voit refuser l’asile et se retrouve donc sous menace d’expulsion dans un programme d’échange conclu avec la Turquie. Concrètement, la Turquie, qui a besoin de diplômés, échange des manuels (non qualifiés) contre des intellectuels (diplômés de grandes écoles et universités) avec des pays européens qui requièrent surtout de la main d’œuvre bon marché.

La question du diplôme est également au centre de la propagande pro-migratoire. Selon les associations et les journalistes, les migrants seraient « bardés de diplômes« , et des « travailleurs très qualifiés ». Si la Syrie fait partie du réseau Erasmus Mundus, qui permet une harmonisation et surtout une reconnaissance réciproque des diplômes, en permettant aux étudiants étrangers de venir passer un diplôme en Europe selon les standards européens, tous les diplômes délivrés en Syrie ou ailleurs dans le monde ne sont pas reconnus dans les pays d’Europe. En fait, la majorité des diplômes étrangers doivent passer une commission d’évaluation avant d’être éventuellement reconnus, les conditions sont généralement très strictes, hors certains métiers (médecins, infirmières, chercheurs…) pour lesquels un besoin ou un intérêt se fait particulièrement sentir. Ainsi, même si ces migrants sont réellement diplômés (ils n’attestent presque jamais de l’obtention des diplômes qu’ils affirment détenir), ils ne seront pas pour autant fondés à s’en prévaloir, que ce soit en France ou un autre pays européen.

En résumé, on a donc des migrations clandestines par essence illégales, dont seule une fraction est d’origine syrienne (30% seulement des 1 800 000 migrants en 2015, pic du soi-disant « exode syrien »), 72% des migrants sont des hommes isolés, 70% des mineurs sont en réalité des adultes. Les diplômes dont ils se targuent ne sont jamais attestés, et doivent de toute façon être validés en commission d’équivalence. Mais on vous fait quand même croire que ce sont des familles avec des jeunes enfants qui viennent se réfugier en Europe, quitte à vous balancer des images de garçonnet noyé pour bien vous le faire gober…

La situation des enfants

Les enfants migrants, parlons-en. Ils sont quelques dizaines de milliers à avoir pu faire la traversée avec leurs parents ou du moins, des personnes se présentant comme telles. Si l’on pourrait croire que nos pays donnent la priorité aux familles, il n’en n’est rien. La plupart doivent attendre dans des camps de migrants le bon vouloir des autorités pour l’attribution d’un logement social.

Or, ces camps sont une horreur pour les jeunes enfants. Les agressions sexuelles mais aussi la prostitution forcée y sont monnaie courante, parce que les enfants sont les premières victimes de la traite des êtres humains que les associations pseudo-humanitaires font passer pour des migrations fuyant les guerres. Les articles de faits divers sont effarants et très honnêtement, en faire la liste serait long et ne serait qu’une longue liste d’atrocités. Plus de 10 000 mineurs ont disparu dès leur arrivée en Europe l’année dernière. Même si une partie d’entre eux a probablement rejoint leurs familles, la majorité sont aux mains de réseaux criminels internationaux.

Pourquoi reloge-t-on des hommes majeurs seuls alors que l’on fait attendre des mois et des mois des familles qui ont à priori toute légitimité pour être relogées dans l’un des 77 000 logements sociaux vacants en France? Pourquoi les associations comme Amnesty International ou la Cimade restent-elles silencieuses comme des tombes face à ces problèmes quand elles organisent un prosélytisme monstre pour l’accueil des clandestins? Où sont les journalistes quand se produisent ce genre de faits, alors qu’ils sont capables de nous jeter à la figure des photos d’enfants ensanglantés ou morts au petit déjeuner?

Les clandestins en France

Pendant que l’on s’occupe de gens qui n’ont aucune légitimité pour être en France, parce qu’ils y sont clandestinement, les médias et les politiques osent essayer de faire croire que notre pays accueille des « réfugiés ». C’est tout simplement totalement faux. Selon le rapport 2015 de l’OFPRA, seuls 23% des demandeurs du statut de réfugié l’ont obtenu cette année-là. A titre d’exemple et selon ce rapport, à peine 3400 syriens ont demandé ce statut en France (et 96% l’ont obtenu), contre 5000 soudanais, 3000 bangladais et 3100 kosovars. En 2014, 64 000 personnes ont déposé un dossier à l’OFPRA, contre 80 000 en 2015 (cf. p.36 du rapport). L’augmentation est réelle, mais il ne s’agit pas non plus d’un raz-de-marée comme on pourrait le croire après la crise migratoire de l’été 2015. Un tiers des demandes émanent de femmes, mais 45% d’entre elles proviennent de pays européens (Albanie, Kosovo…) et 42% proviennent de pays américains (Haïti…). Les 13% restant concernent surtout des femmes africaines (Djibouti, Ouganda…), et donc assez peu de femmes syriennes ou irakiennes.

Avec à peine 4.25% des demandes, on ne peut pas dire que les migrants soient principalement des syriens, en tout cas en France et selon ces chiffres. Alors pourquoi nous vendre de la souffrance humaine comme on peut en voir sur tous nos écrans à longueur de semaine, depuis maintenant 18 mois?

Notre pays subit le chômage de plein fouet, et celui-ci concerne aussi bien les jeunes sans qualification que les jeunes diplômés (12,5% des demandeurs d’emploi ont un diplôme supérieur niveau Bac +2, dont la moitié a en poche un bac +3 et plus). Notre tissus industriel est complètement détruit et ne nécessite donc pas de main d’œuvre peu ou pas qualifiée. En outre, nos démographie n’est pas menacée, puisque le seuil de renouvellement des populations est largement atteint avec une natalité de 2,2.

Faire croire aux français que les migrants clandestins sont une « chance pour la France » est donc non seulement un mensonge, mais aussi une saloperie incroyable. Notre pays est incapable de s’occuper de ses exclus, n’a aucune politique industrielle et creuse sa dette par milliards et multiplie les taxes pour financer des structures de solidarité clairement inefficaces. Comment peut-on oser faire croire que notre pays et ses structures peuvent absorber sans sourciller des dizaines de milliers de personnes supplémentaires chaque année? Les migrants ne s’y trompent pas, et préfèrent des pays comme le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou l’Allemagne à la France, non parce que nous sommes d’affreux fascistes anti-immigrés (rappelons quand même que le Brexit a eu lieu sur la question des migrations…), mais parce que les perspectives d’avenir sont meilleures chez nos voisins. Notre jeunesse veut déguerpir de son pays: 65% des jeunes diplômés veulent aller travailler à l’étranger, plus d’un tiers des 18-34 ans voudrait s’expatrier.

Encore plus absurde, on expulse des jeunes gens qui sont installés en France depuis parfois plusieurs années et qui mènent des études supérieures avec succès alors qu’ils n’ont commis aucun délit, mais on offre à des clandestins des cours et des entrées à la fac sans s’interroger sur leurs capacités réelles à suivre les diplômes où ils seront inscrits!

Comment peut-on oser exiger des français qu’ils accueillent des jeunes migrants quand la jeunesse française veut partir? Comment peut-on oser exiger des français qu’ils paient sur leurs impôts l’accueil de personnes qui n’ont aucune légitimité à être là, quand leurs propres enfants n’ont pas les moyens de faire d’études et n’ont aucune perspective d’emploi?

La France est historiquement une terre d’accueil. Les français aiment partager leur culture avec autrui et entretiennent une tradition d’accueil indéniable au vu des chiffres du tourisme qui année après année démontrent que nous ne sommes pas un pays xénophobe. Les échanges culturels sont partout, qu’il s’agisse de la musique, du cinéma, de l’alimentation, de modes de vie et de régimes, etc.

Oui, les français ont un problème avec une certaine partie de la population qui lui crache à la figure à tous propos. Le chien qui mord la main qui le nourrit ne mérite aucune considération. Pour autant, personne ou presque ici ne fait l’amalgame avec ces étrangers qui apprennent à apprécier notre gastronomie, nos vins, nos paysages, qui partagent nos joies lors d’événements sportifs ou culturels, qui partagent notre chagrin lors des catastrophes et attentats, et qui râlent avec nous contre tout et n’importe quoi. Notre histoire fait de nous l’un des pays les plus ouverts sur le monde et les autres cultures, et nous ne sommes en rien xénophobes. Pourtant, malgré nos traditions et notre mode de vie ouvert, nos politiques et les médias serviles qui leur cirent les pompes n’ont de cesse de nous insulter, de nous dire que nous sommes des extrémistes racistes, et veulent nous obliger à partager les quelques miettes qui nous restent avec des gens qu’on prétend réfugiés alors qu’ils ne sont que des clandestins dont certains sont des individus dangereux.

L’humanisme décérébré dont font preuve une partie des médias et des associations est non seulement difficile à comprendre, mais surtout irresponsable et presque criminel. Comment peut-on tolérer que ces gens, par leurs discours, fassent croire à des gens qui vivent des situations précaires et dangereuses, qu’ils pourront bénéficier d’aides alors que ce n’est ni le cas ni l’intention des autorités? Par leurs discours, ces militants associatifs font naître un espoir chez des populations pauvres et/ou menacées, et ne font qu’entretenir les réseaux de passeurs et de traite des êtres humains, sans même parler du risque mortel encouru lors de la traversée de la méditerranée. Aucun pays, aussi riche soit-il, ne peut accueillir toute la misère du monde. En prétendant vouloir sauver tout le monde, ces gens irresponsables ne vont faire qu’une seule chose: perdre tout le monde. Mais il est vrai que certains parmi ces associations semblent y trouver totalement leur compte sans même parler des généreuses subventions perçues par ces petits groupes et qui permettent de vivre en se faisant passer pour des gens « ouverts » et « humains ».

Les réactions identitaires n’ont jamais été aussi fortes en Europe depuis les années 1920-1930. Pourquoi encourager les filières illégales de migration alors que TOUT existe pour permettre légalement l’arrivée dans des conditions saines et durables d’étrangers, que ce soit pour étudier ou pour s’installer?

Je me demande, quand je vois ce qui se passe depuis 20 ans en Europe, si un projet plus sombre n’essaie pas de nous pousser à n’avoir plus que deux choix: disparaître, ou replonger dans le fascisme. Très franchement, je ne vois pas de raison d’avoir confiance en l’avenir.

Une guerre de religions en France au 21e siècle?

Ce 24 août 2016 marque l’anniversaire des Massacres de la Saint Barthélémy de 1572, au cours desquels  10 à 30 000 protestants furent assassinés à Paris et en Province, pour le seul fait de leur religion. Cet anniversaire, dans le contexte actuel d’omniprésence du terrorisme islamiste et des intégrismes religieux, prend une dimension très particulière.

Le 16e siècle en France est une période franchement compliquée, mais dont l’étude est vraiment intéressante, car elle rappelle certains événements actuels. Comme ce n’est pas vraiment la période la plus étudiée dans les établissements scolaires, laissez-moi vous faire un petit résumé…

Tout commence au 15e siècle, lorsqu’un obscur ecclésiastique allemand conteste les dérives de l’Eglise catholique qui vit dans une opulence d’autant plus scandaleuse que ses membres se préoccupent plus de politique que de Foi. On est en pleine chasse aux sorcières menée par l’Inquisition (le Malleus Maleficarum ou Der HexenHammer en allemand, ou Marteau des Sorcières a paru en 1487), qui frappe très durement les contrées germaniques, et des gens innocents sont envoyés au bûcher par des évêques qui s’approprient leurs biens au passage. Martin Luther, en placardant sur la porte de son église un manifeste contre une nouvelle opération financière de la papauté (la vente d’indulgences), amorce sans le vouloir un mouvement qui deviendra une religion à part entière, le Protestantisme. En un demi-siècle, la Réforme s’étend à tout le Saint Empire Germanique, en Suisse, aux Pays-Bas, en Angleterre, et bien sûr en France. Il s’agit autant d’un mouvement religieux que politique, les deux domaines étant intrinsèquement liés à l’époque. Or, la Réforme rejette l’autorité du Pape, dont l’Eglise s’immisce en permanence dans les affaires temporelles des royaumes chrétiens.

En France, l’affaire met aux prises les deux camps par l’intermédiaire de l’Amiral de Coligny, chef de file du parti protestant, et du Duc de Guise, chef du parti catholique. Ce dernier est l’un des plus proches conseillers du Roi Henri II qui meurt en 1559 (de la manière que  Michel de Nostre-Dame avait prédit…). Son fils, François II, qui n’est âgé que de 15 ans, confie les rênes du pouvoir à la famille des Guise. François II meurt à son tour quelques mois plus tard, et c’est Charles IX qui monte sur le trône, à 10 ans à peine, en 1560.

L’influence des Guise sur le Gouvernement est énorme, malgré la régence de Catherine de Médicis qui essaie tant bien que mal d’atténuer leur pouvoir en favorisant le parti royal. Les Guise sont si puissants que le parti protestant essaiera de les mettre aux arrêts en 1560, au cours des événements de la Conjuration d’Amboise. Si ce complot échoue, le traumatisme est énorme, car c’est la première fois que le Roi est directement « menacé ». A partir de ce moment, les Guise ont un pouvoir total et un conflit armé débute contre le parti protestant et ses places fortes. A partir de 1562 et le Massacre de Wassy (20 à 74 victimes protestantes selon les sources), les guerres se succèdent. Trois camps sont en présence: le parti catholique, le parti protestant (qui représente environ 2 millions de personnes dans un royaume de 20 millions), et le parti royal que Catherine de Médicis essaie désespérément de garder neutre afin de préserver l’intégrité du Royaume.

En 1570, après des conflits meurtriers et ruineux dans lesquels se sont impliqués des puissances étrangères, une paix durable semble entrer en vigueur, Charles IX accordant aux protestant une certaine liberté de culte par l’Edit de Saint-Germain.

En 1572, sont célébrées à Paris les noces de Marguerite de Valois (future « Reine Margot ») et de Henri de Navarre (futur Henri IV). A cette occasion, qui voit une catholique épouser un protestant, des membres très influents des deux partis sont réunis, dont les Guise et l’Amiral de Coligny. Les événements qui suivent sont sujets à caution et tout et n’importe quoi a été dit à leur sujet, néanmoins il semble que les Guise aient voulu faire assassiner Coligny pour venger l’un des leurs tué dix ans auparavant. S’ensuivent des tensions entre parti catholique et parti protestant, qui culminent avec l’assassinat des principaux chefs protestants présents à Paris. Coligny, qui avait survécu à la tentative d’assassinat, est tiré hors de son lit et défenestré par une petite troupe à la solde des Guise.

Ces assassinats ciblés, dans un contexte de tensions au sein de la population civile, amènent les parisiens à s’attaquer eux aussi aux protestants, au cours de la nuit de la Saint Barthélémy. L’événement provoquera la mort de 3000 personnes en quelques heures, et se répandra dans toute la France au cours de la « saison des saint Barthélémy ». Les sources ne fournissent pas le nombre exact des victimes, mais celles-ci sont estimées à environ 10 000, certains avançant le chiffre de 30 000. Ces massacres traumatisent durablement le Royaume, et aboutiront aux réflexions sur la liberté d’opinion des Lumières au 18e siècle.

Pourquoi ces événements sont-ils importants aujourd’hui, au 21e siècle?

Vous ne pouvez pas avoir manqué les polémiques qui ont émaillé l’été (migrants, burkini australo-libanais…), ni les attentats de Nice et de Rouen, sans parler des attaques dans la rue ou dans les trains (en Allemagne). Plus que jamais en France, les tensions entre musulmans et catholiques sont palpables et aboutissent de plus en plus à des actes de violence, de part et d’autre. Au milieu de ces tensions, se trouve un gouvernement non seulement faible, mais en plus totalement à côté de la plaque et idéologiquement ancré sur des notions totalement faussées.

Avant de poursuivre plus avant, je préfère préciser deux-trois choses. Si j’aime mon pays, je ne suis pas un extrémiste xénophobe. J’aime la société française en ce qu’elle est à l’écoute du monde, de par son histoire, et ouverte aux autres cultures. Même si les français sont parfois arrogants, je ne connais pas d’autre pays où les citoyens organisent autant de fêtes populaires où chacun peut y trouver son compte. Je ne connais aucun autre pays où il y a une réelle volonté de « vivre ensemble », c’est à dire de façon non-communautarisée. Mais cette volonté est en train de disparaître…

Notre ouverture sur les cultures islamiques n’est pas récente: le coran a été traduit par Du Ryer dès 1647 en français; il s’agit à ma connaissance de la première traduction occidentale moderne de ce texte. Voltaire lui-même connaissait partiellement l’histoire de l’Islam et en a tiré en 1742 un pamphlet anti-religieux intitulé Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, dirigé contre l’Eglise Catholique. Au 19e siècle, les Orientalistes « redécouvrent » le Proche-Orient. Avec la campagne d’Egypte de Napoléon Ier, une véritable passion pour les cultures arabo-islamiques et les civilisations pré-islamiques s’empare du pays. Le Coran est retraduit à de nombreuses reprises (en « Alcoran », « Koran », etc), les peintres et les écrivains s’inspirent de thèmes de la culture islamique et ottomane et produisent une vision fantasmée qui finira par motiver en grande partie l’aventure colonialiste française (car avant d’être une conquête, le colonialisme était bel et bien perçu comme une « aventure exotique », avant de se transformer en projet politique conquérant à part entière). Bref, la France a un véritable amour pour les cultures islamiques, de même que nous avons un véritable amour pour les cultures asiatiques, africaines, mésoaméricaines, nordiques ou slaves.

Cet amour est cependant mis à mal depuis une vingtaine d’années, au point qu’aujourd’hui, une hostilité communautaire réelle est palpable. Il suffit de regarder les commentaires d’un article faisant vaguement allusion aux conflits orientaux ou à la religion pour se rendre compte qu’il existe une véritable fracture d’origine religieuse entre européens et maghrébins, quelle que soit leur nationalité, et d’autant plus dangereuse que personne ne semble avoir l’intelligence ou le courage d’énoncer les problèmes et de proposer des solutions sans stigmatiser et catégoriser les uns ou les autres.

Là encore je préfère préciser quelques petites choses. Les deux « camps » ont tort, et sont manipulés par des groupes d’influence qui ont leur propre agenda politique, et qui se servent des événements à leur profit pour donner l’illusion qu’ils ont raison. De façon générale, les gens aspirent à la paix et à la bonne entente, quelle que soit leur culture ou leur origine, mais le climat ambiant est délibérément anxiogène, avec un risque terroriste islamiste omniprésent dans les médias et dans la bouche de nos gouvernants. On oublie cependant beaucoup trop que la France est un Etat laïc où la liberté d’opinion et de conscience est protégée et promue, et la Religion est en principe séparée de l’Etat, appartenant à la sphère privée pour ne pas dire personnelle.

En principe.

Depuis 2003 en effet, l’Etat a créé à l’instigation du Ministre de l’Intérieur d’alors, Nicolas Sarkozy, le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), association de type loi 1901 pour « représenter les musulmans de France ». Par pur opportunisme électoral, il s’agissait de promouvoir une vision idéologique communautariste de la religion musulmane, dans un contexte où le candidat à l’élection de 2007 entendait promouvoir la « discrimination positive » à l’américaine, alors que les pays anglo-saxons n’intègrent pas leurs minorités mais favorisent le communautarisme intégriste, qu’il soit religieux (qu’on pense aux Mormons, à la Scientologie ou aux Amish, qui se rassemblent dans des villes créées de toutes pièces pour eux) ou militant (groupes d’influence pro-Israel, associations LGBT, lobbys pro-armes…). Son adversaire, le premier Ministre Dominique de Villepin, a créé en 2005 la Fondation des Oeuvres de l’Islam de France, dans une optique moins clivante puisqu’il s’agissait de permettre le financement transparent des Mosquées et de leur fonctionnement. Dans la foulée, le Gouvernement français a opéré un rapprochement spectaculaire avec l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Qatar à des fins affairistes et financières. En contrepartie, notre pays a accueilli des religieux formés dans ces pays, c’est à dire issus de mosquées salafistes et traditionalistes. S’il faut reconnaître que cette pénétration des doctrines traditionalistes islamistes ne date pas de cette époque puisqu’on peut en trouver l’origine avec la création de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) en 1983, fédération proche des Frères Musulmans (désormais considérés comme organisation terroriste) et le mouvement politique islamique Ennahdha (le même qui prendra le pouvoir en Tunisie après la chute de Ben Ali en 2011), la pénétration des idées extrémistes s’est largement accélérée en France dans les années 2000.

Depuis lors, les polémiques n’ont jamais cessé, et les conflits proche-orientaux ont été importés sur notre territoire. Alors que nous n’étions pas visés par les attentats d’Al Qaïda après le 11 septembre (et qui ont frappé Madrid en 2004 et Londres à deux reprises en juillet 2005), nous nous sommes retrouvés en première ligne en raison de la publication par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet en février 2006. L’intervention en Afghanistan promue par le président Sarkozy a permis le recrutement de jeunes français par Al Qaïda (comme Mohamed Merah), et la radicalisation d’un nombre de plus en plus croissant de fidèles musulmans aux opinions rigoristes.

Comment en est-on arrivés là? Contrairement à l’idée générale, le terrorisme ne trouve pas son origine et sa justification dans une lecture post-colonialiste des interventions occidentales au Proche-Orient. Nous ne sommes pas ciblés parce que nous bombardons la Syrie ou soutenons (de moins en moins) Israel. Les attentats actuels proviennent d’une radicalisation qui a pris énormément de temps, et dont l’origine en France peut être retracée aux années 1980. Le mouvement Ennahdha (fondé en 1981) et les Frères Musulmans (fondés en 1928), qui ont dirigé l’UOIF, sont des mouvements politiques ET religieux: ils promeuvent l’idée de sociétés islamiques soumises à la Charia, bref en quelques mots, de conquérir et convertir les Etats non-islamiques pour instaurer un Califat Islamique (une obsession chez les intégristes musulmans), selon des préceptes pseudo-religieux datant de la fin du 19e siècle. Or, leur méthode est celle de la patience: par de petites touches, ils avancent leurs pions et radicalisent suffisamment de gens sans en avoir l’air jusqu’au moment où ils peuvent prendre le pouvoir, si possible par les urnes, comme en Tunisie en 2011. Cette méthode a été clairement exposée par Rached Gannouchi, ce qui a provoqué in fine sa chute…

Dans un pays comme la France, très ouvert aux autres historiquement et par nature, ces islamistes ont avancé leurs projets par des demandes à priori légitimes, comme la reconnaissance des fêtes religieuses (Ramadan, Aïd, Pélerinage à la Mecque), puis la reconnaissance du régime Halal dans la société (alors que les méthodes d’abattage rituel sont totalement contraires aux méthodes normalement en vigueur en France), puis la tenue de congrès de plus en plus importants, la volonté de promouvoir les « minorités visibles » à la télévision (alors que la France ne reconnaît qu’un type de citoyen quelle que soit son origine, le citoyen français…), puis la promotion de « produit ethniques« , puis la tentative de promotion d’un néo-créationnisme religieux à l’école, puis l’apparition de plus en plus fréquente de vêtements intégristes comme le Niqab (et désormais le Burqini)… Cet islamisme littéralement rampant a bénéficié d’une part de la bonne volonté française de ne pas exclure qui que ce soit de la vie publique, et d’autre part du militantisme idéologique et sélectif d’organisations pseudo-antiracistes qui oublient systématiquement de prendre fait et cause pour les asiatiques, accusent d’islamophobie toute personne critiquant les dérives communautaristes et intégristes de certains musulmans, et nient l’existence du racisme à l’encontre des populations blanches, comme si seuls les blancs étaient racistes

Aujourd’hui, la société française se polarise entre d’un côté les « antiracistes » et les islamistes, et de l’autre, les « nationalistes » (qui ne savent même plus pour quelle France ils militent, entre Vichy et Napoléon) et leurs alliés catholiques intégristes (Civitas, Deus Vult, Manif Pour Tous, SOS tout petits, et toute cette nébuleuse nauséabonde). Et au milieu, donc, des gens qui essaient d’éviter le conflit entre les deux camps, gens qui sont de moins en moins nombreux. Ces deux camps-là veulent en découdre. La rhétorique islamiste est désormais celle de la future guerre civile (« pour la défense des minorités musulmans opprimées »), de même que celle des « néonationalistes » (qui prônent la défense armée du « peuple français de souche »).

Une nouvelle guerre civile, religieuse, est tellement plausible désormais en France qu’elle devient désormais un sujet littéraire et un sujet de propagande.  C’est également une notion qui revient en permanence dans les commentaires d’articles voire dans la bouche des professionnels eux-mêmes.

Quatre siècles et demi après la sanglante Saint Barthélémy, des organisations politico-religieuses menacent une nouvelle fois de déchirer notre pays et de le plonger dans le sang et le chaos. On ne peut plus se permettre de tolérer l’intrusion du fait religieux dans la vie quotidienne de notre société: il faut le combattre de toutes nos forces, qu’il s’agisse de l’Islam ou de l’Eglise, qu’il s’agisse d’organisation religieuses ou de leurs soutiens indirects (partis, franc-maçons, associations…), sous peine de voir notre belle France se muer en un nouveau conflit des Balkans. Seule la laïcité la plus radicale et la plus intransigeante pourra nous éviter le pire…